II

Comme toujours, il y avait là un individu qui nourrissait la folle

prétention de dominer l’orgie et de la diriger. Ce n’était pas

Idoménée, ce n’était pas l’amphitryon; rendons-lui cette justice.

C’était le sculpteur Berhard. Je ne dirai rien du sculpteur Berhard,

si ce n’est qu’il était arrivé absolument gris,--gris comme un fiacre,

pour parler le langage du XVIIIe siècle.

On pardonna à cet excès de zèle; mais le sculpteur Berhard puisa dans

la bienveillance générale une initiative et un entrain qui lui firent

perdre toute mesure. Il se livra à des écarts que justifie à peine

l’usage de la terre glaise. Il mouilla d’un baiser emporté l’épaule

d’une voisine, sur laquelle il n’avait d’autres droits que ceux que

la nature inscrit dans son code de feu. Il s’obstina à demander des

nouvelles du bagne à un substitut miraculeusement rasé et cravaté.

Jaloux de la supériorité incontestée des voyageurs de commerce, il

échafauda les uns sur les autres trois cornets de champagne et but

celui du milieu sans effleurer les autres. Il fit tenir deux couteaux,

fichés dans un bouchon, en équilibre sur le rebord du goulot d’une

bouteille. Il proposa de soulever avec les dents la table surchargée

de tous les plats; repoussé sur ce point, il tenta de se réfugier

dans la chorégraphie et voulut danser un pas de caractère, les yeux

bandés;--mais, devant la parfaite indifférence de l’assemblée, il dut

s’abstenir, par un effort de dignité.

Alors, allant s’asseoir dans un coin de l’atelier, par terre, la tête

entre les doigts, le sculpteur Berhard se répandit en gémissements

inarticulés, qui ne furent remarqués de personne.

Les femmes qui font des scènes · 第 113 / 248 题