A deux heures du matin, le réveillon qu’Idoménée, peintre en renom,
offrait à ses amis et amies entrait dans sa période d’exaspération
joyeuse.
La table avait la beauté d’un champ de bataille, après la victoire.
Je voudrais employer une comparaison moins connue; mais on n’a pas
encore trouvé mieux. Ruines somptueuses, les pâtés aux plaies béantes,
les terrines à moitié vidées, les gigots sanglants jusqu’à l’os, les
jambons aux riches marbrures, les bouteilles à tous les coins de
l’horizon--et principalement les squelettes de deux énormes dindes,
sentant le Périgord à plein nez,--tout attestait que l’engagement avait
été rude, la lutte opiniâtre.
A présent, les vainqueurs, c’est-à-dire les convives, s’abandonnaient
et se plongeaient dans de bruyants délires;--c’était le _sac_, après
le triomphe. Le bruit remplaçait tout et tenait lieu de tout; on ne
parlait plus, on criait, on hurlait, on aboyait, on chantait. On
chantait! Quelques invités perfides rampaient déjà vers le piano.
C’était l’heure où les femmes cessent de dire à leurs amants: «Ne bois
donc pas tant que cela!»