IX

=Crise suprême.=

<Dans l’alcôve. Trois heures du matin. Le mari ronfle.>

LA FEMME, <éclatant tout à coup en sanglots>.--Oh! oh! oh!

LE MARI, <réveillé en sursaut>. Lucie, qu’as-tu? Ma bonne amie,

que t’arrive-t-il? Est-ce que tu te trouves mal?

LA FEMME. J’en étais sûre!

LE MARI. Sûre de quoi! Attends, je me lève. Où sont les allumettes?

C’est une attaque de nerfs, probablement.

LA FEMME. Ne me touchez pas! ne me touchez pas!

LE MARI. Eh bien, non; mais qu’est-ce que tu éprouves, ma chère femme?

réponds-moi, c’est Antonin, c’est ton mari...

LA FEMME. Devais-je m’attendre à cette indignité!

LE MARI. A quelle indignité? Tu as un peu de délire... Je vais te faire

du tilleul, veux-tu? Cela ne sera rien.

LA FEMME. Monstre!

LE MARI. Qui est-ce que tu traites de monstre?

LA FEMME. Tu oses le demander?

LE MARI. Certainement.

LA FEMME. Tout à l’heure, pendant que tu rêvais, ne t’ai-je pas entendu

prononcer le nom de ta bonne: Marie?

LE MARI. Ah! (<Il regarde fixement sa femme; puis, à> <peine

vêtu d’un caleçon, il se précipite hors de la chambre à coucher, un

bougeoir à la main.>)

X

=Dénoûment.=

LE MARI, <entrant comme une bombe dans le cabinet de la bonne>. Ma

fille, levez-vous sur-le-champ! m’entendez-vous?

LA BONNE, <se dressant sur son séant>. Quoi qu’il y a? Est-ce le

feu ou les voleurs?

LE MARI. Levez-vous tout de suite et allez-vous-en!

LA BONNE. Que je me lève! à cette heure-ci! Bien sûr, vous êtes malade,

notre maître...

LE MARI. Voilà vingt francs, voilà trente francs, voilà cinquante

francs. Faites votre malle et partez. Ne perdez pas une minute. Vous

êtes la plus brave fille du monde, un trésor pour la cuisine. Mais que

voulez-vous? ma femme s’est imaginé... Ce n’est pas ma faute. Je vous

trouve affreuse, moi; je n’y vais pas par quatre chemins. Mais elle a

cela dans l’idée. Allez-vous-en, je vous prie. Vous ne voudriez pas

être la cause d’un malheur. Attendre à demain! Ah bien! je préfère

vous aller chercher une voiture. Voyons, ma fille, soyez raisonnable...

LA BONNE. Voilà, monsieur, je me lève. C’est bien extraordinaire tout

de même.

LE MARI. Oui, oh! oui. Mettez-vous à ma place, j’ai besoin de mon

repos. Passez votre jupe, je tourne le dos. Tous les jours, l’enfer! Il

vaut mieux que vous vous en alliez. Ma femme est ridicule, injuste, je

le sais bien, mais c’est ma femme...

LA BONNE. Ah! c’est qu’il ne faudrait pas qu’elle s’avisât de dire

quelque chose sur mon compte! Elle trouverait à qui parler, oui-dà!

LE MARI. Là, maintenant, vos bottines. Quand vous passeriez quelques

œillets... Dépêchez-vous! Je vais dire au portier qu’il vous ouvre.

Allez!...

LA FEMME, <accourant>. Elle ne s’en ira pas avant que j’aie visité

sa malle!

Les femmes qui font des scènes · 第 20 / 248 题