LA FEMME. Tu la regardes beaucoup, ta bonne.
LE MARI, <laissant tomber son rasoir>. Hein!
LA FEMME. Elle est belle fille.
LE MARI, <haussant les épaules>. Autre chose, à présent!
LA FEMME. Et il y a des hommes si peu délicats!
LE MARI. O mon Dieu!
LA FEMME. Des gens que le torchon ne rebute pas...
LE MARI, <continuant de se raser>. Va toujours.
LA FEMME. Antonin, n’essaie pas de jouer la comédie avec moi; tu sais
que cela ne mord pas. Veux-tu que je te prouve que je sais tout?
LE MARI. Ah oui! par exemple.--Mais prends garde de me faire couper.
LA FEMME. Eh bien, le fruitier t’a vu causer hier matin avec ta bonne,
dans la rue.
LE MARI. Ah bah!
LA FEMME. Le nieras-tu?
LE MARI. Je m’en garderai bien. Le fruitier est un voyant.
LA FEMME. Ainsi, tu as causé avec Marie?
LE MARI. Je n’ai pas causé avec elle, je lui ai parlé; c’est bien
différent.
LA FEMME. Dans la rue?
LE MARI. Dans la rue. Je lui ai dit de m’acheter un autre blaireau pour
ma barbe; tous les poils du mien s’en vont. Vois plutôt.