=La scène de la lettre.=
LA FEMME. Vous sortez, mon ami?
LE MARI. Oui, mon amie.
LA FEMME. Vous n’attendez pas le facteur?
LE MARI. Le facteur doit être passé maintenant.
LA FEMME. Comment le savez-vous?
LE MARI. Je le sais parce qu’il est midi et demi.
LA FEMME. Il n’avait rien pour moi?
LE MARI. Probablement, puisqu’on ne vous a rien remis.
LA FEMME. Ni... pour vous?
LE MARI. Pas davantage. A moins que la femme de chambre n’ait oublié...
Voulez-vous que je la sonne?
LA FEMME. C’est inutile. N’obligez pas vos gens à mentir. Vous avez
reçu une lettre.
LE MARI.--Parbleu! voilà la première nouvelle que j’en ai.
LA FEMME. Vous avez reçu une lettre, vous dis-je.
LE MARI. Ma chère amie, le temps me presse, et je crains fort de ne
plus trouver maître Panchost à son étude. Adieu, mon Adèle; à tantôt,
mon trésor.
LA FEMME. Montrez-moi cette lettre.
LE MARI. Encore? Mais quelle lettre? Je n’ai pas de lettre.
LA FEMME. Je vous ai vu la serrer dans la poche de votre habit, là...
LE MARI. De ce côté?
LA FEMME. Oui.
LE MARI. Eh bien, vous avez mal vu, ma chère, voilà tout.
LA FEMME. Je ne vous demande pas à la lire; je ne veux que la voir.
LE MARI. L’un est aussi impossible que l’autre.
LA FEMME. Vous me refusez?
LE MARI. Tyranniquement.
LA FEMME. Dites-moi seulement d’où elle vient?
LE MARI. De votre cerveau, petite tête folle et aimée.
LA FEMME, <fondant en larmes>. Ah! que je suis malheureuse!