Ce nouveau venu n'avait pourtant rien d'effrayant à première vue.
C'était un petit homme un peu obèse, tout à fait chauve, vêtu comme un
gentleman parcimonieux, c'est-à-dire portant des habits usés, mais d'une
bonne coupe et parfaitement brossés.
Il avait un gros diamant au doigt et trois gros diamants à sa chemise.
Le diamant est une valeur, et cela ne s'use pas.
Ses joues rouges, son nez légèrement épaté, ses lèvres lippues, ses
petits yeux gris n'avaient rien de féroce; on eût dit un bon bourgeois
qui a fait sa fortune, ne demande plus rien aux affaires et caresse
secrètement l'ambition de devenir quelque jour alderman, quelque chose
comme membre du corps municipal de la cité de Londres.
Cependant, cet homme qui n'avait rien d'extraordinaire ni dans sa
personne, ni dans son maintien, ni dans son costume, ne traversait pas
une rue de Londres impunément. Un frisson parcourait tout le corps de
ceux qui le voyaient passer, et souvent on entendait un Anglais dire à
son voisin:
--Dieu vous garde d'avoir jamais affaire à M. Thomas Elgin!
Jadis l'usurier était un petit homme sale, vêtu d'une houppelande,
portant des chaussons de lisière et un bonnet de nécromancien.
La tradition voulait qu'il fût juif, logeât en un taudis sordide, et
laissât pousser indéfiniment ses ongles.