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de l'Ancien Testament racontée par le sergent La Ramée ou

le brigadier Pitou.... Curieux spectacle pour des yeux qui

auraient su voir.... Un peuple sauvage et pourri que nous

civilisons, en lui donnant nos vices.... L'autorité féroce et

[5]sans contrôle de bachagas fantastiques, qui se mouchent gravement

dans leurs grands cordons de la Légion d'honneur, et

pour un oui ou pour un non font bâtonner les gens sur la

plante des pieds. La justice sans conscience de cadis à grosses

lunettes, tartufes du Coran et de la loi, qui rêvent de quinze

[10]août et de promotion sous les palmes, et vendent leurs arrêts,

comme Ésau son droit d'aînesse, pour un plat de lentilles ou de

kousskouss au sucre. Des caïds libertins et ivrognes, anciens

brosseurs d'un général Yusuf quelconque, qui se soûlent de

champagne avec des blanchisseuses mahonnaises, et font des

[15]ripailles de mouton rôti, pendant que, devant leurs tentes, toute

la tribu crève de faim, et dispute aux lévriers les rogatons de la

ribote seigneuriale.

Puis, tout autour, des plaines en friche, de l'herbe brûlée,

des buissons chauves, des maquis de cactus et de lentisques, le

[20]grenier de la France!... Grenier vide de grains, hélas! et

riche seulement en chacals et en punaises. Des douars abandonnés,

des tribus effarées qui s'en vont sans savoir où, fuyant

la faim, et semant des cadavres le long de la route. De loin en

loin, un village français, avec des maisons en ruine, des champs

[25]sans culture, des sauterelles enragées, qui mangent jusqu'aux

rideaux des fenêtres, et tous les colons dans les cafés, en train

de boire de l'absinthe en discutant des projets de réforme et de

constitution.

Voilà ce que Tartarin aurait pu voir, s'il s'en était donné la

[30]peine, mais, tout entier à sa passion léonine, l'homme de Tarascon

allait droit devant lui, sans regarder ni à droite ni à

gauche, I'oeil obstinément fixé sur ces monstres imaginaires,

qui ne paraissaient jamais.

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 130 / 170 题