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Le chameau se redressa, allongea ses grandes jambes à noeuds,

et prit son vol....

O stupeur! Au bout de quelques enjambées, voilà Tartarin

qui se sent pâlir, et l'héroïque chéchia qui reprend une à une ses

[5]anciennes positions du temps du _Zouave_. Ce diable de chameau

tanguait comme une frégate.

«_Préïnce, préïnce_,» murmura Tartarin tout blême, et s'accrochant

à l'étoupe sèche de la bosse, «_préïnce_, descendons....

Je sens ... je sens ... que je vais faire bafouer la France....»

[10]Va te promener! le chameau était lancé, et rien ne pouvait

plus l'arrêter. Quatre mille Arabes couraient derrière, pieds

nus, gesticulant, riant comme des fous, et faisant luire au soleil

six cent mille dents blanches....

Le grand homme de Tarascon dut se résigner. Il s'affaissa

[15]tristement sur la bosse. La chéchia prit toutes les positions

qu'elle voulut ... et la France fut bafouée.

V

_L'affût du soir dans un bois de lauriers-roses._

Si pittoresque que fût leur nouvelle monture, nos tueurs de

lions durent y renoncer, par égard pour la chéchia. On continua

donc la route à pied comme devant, et la caravane s'en alla

[20]tranquillement vers le Sud par petites étapes, le Tarasconnais

en tête, le Monténégrin en queue, et dans les rangs le chameau

avec les caisses d'armes.

L'expédition dura près d'un mois.

Pendant un mois, cherchant des lions introuvables, le terrible

[25]Tartarin erra de douar en douar dans l'immense plaine du

Chéliff, à travers cette formidable et cocasse Algérie française,

où les parfums du vieil Orient se compliquent d'une forte odeur

d'absinthe et de caserne, Abraham et Zouzou mêlés, quelque

chose de féerique et de naïvement burlesque, comme une page

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 129 / 170 题