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--Un Maure farouche qui vend des pipes au bazar

d'Orléans....»

Ici un silence.

«Bon!» reprit le prince, «vous n'êtes pas homme à vous

[5]effrayer pour si peu; et puis on viendra peut-être à bout de ce

forban en lui achetant quelques pipes.... Allons vite,

habillez-vous ... heureux coquin!»

Pâle, ému, le coeur plein d'amour, le Tarasconnais sauta

de son lit et, boutonnant à la hâte son vaste caleçon de

[10]flanelle:

«Qu'est-ce qu'il faut que je fasse?

--Écrire à la dame tout simplement, et lui demander un

rendez-vous!

--Elle sait donc le français?...» fit d'un air désappointé

[15]le naïf Tartarin qui rêvait d'Orient sans mélange.

«Elle n'en sait pas un mot,» répondit le prince imperturbablement....

«mais vous allez me dicter la lettre, et je traduirai

à mesure.

--O prince, que de bontés!»

[20]Et le Tarasconnais se mit à marcher à grands pas dans la

chambre, silencieux et se recueillant.

Vous pensez qu'on n'écrit pas à une Mauresque d'Alger

comme à une grisette de Beaucaire. Fort heureusement que

notre héros avait par devers lui ses nombreuses lectures qui

[25]lui permirent, en amalgamant la rhétorique apache des Indiens

de Gustave Aimard avec le _Voyage en Orient_ de Lamartine, et

quelques lointaines réminiscences du _Cantique des Cantiques_, de

composer la lettre la plus orientale qu'il se pût voir. Cela

commençait par:

[30]«_Comme l'autruche dans les sables _....»

Et finissait par:

«_Dis-moi le nom de ton père, et je te dirai le nom de cette

fleur _....»

Tartarin de Tarascon(#10687) · 第 99 / 170 题