philosophe.... Coïncidence singulière! Le prince avait passé
trois ans à Tarascon, et comme Tartarin s'étonnait de ne l'avoir
jamais rencontré au cercle ou sur I'Esplanade: «Je sortais
Peu....» fit l'Altesse d'un ton évasif. Et le Tarasconnais,
[5]par discrétion, n'osa pas en demander davantage. Toutes ces
grandes existences out des côtés si mystérieux!...
En fin de compte, un très bon prince, ce seigneur Grégory.
Tout en sirotant le vin rosé de Crescia, il écouta patiemment
Tartarin lui parler de sa Mauresque et même il se fit fort, connaissant
[10]toutes ces dames, de la retrouver promptement.
On but sec et longtemps. On trinqua «aux dames d'Alger!
au Monténégro libre!...»
Dehors sous la terrasse, la mer roulait, et les vagues, dans
l'ombre, battaient la rive avec un bruit de draps mouillés qu'on
[15]secoue. L'air était chaud, le ciel plein d'étoiles.
Dans les platanes, un rossignol chantait....
Ce fut Tartarin qui paya la note.
X
_Dis-moi le nom de ton père, et je te dirai
le nom de cette fleur._
Parlez-moi des princes monténégrins pour lever lestement
la caille.
[20]Le lendemain de cette soirée aux Platanes, dès le petit jour,
le prince Grégory était dans la chambre du Tarasconnais.
«Vite, vite, habillez-vous.... Votre Mauresque est retrouvée....
Elle s'appelle Baïa.... Vingt ans, jolie comme un coeur,
et déjà veuve....
[25]--Veuve!... quelle chance!» fit joyeusement le brave
Tartarin, qui se méfiait des maris d'Orient.
«Oui, mais très surveillée par son frère.
--Ah! diantre!...