_lorsqu'il verra qu'il n'est point avec nous, il mourra, et vos

serviteurs accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mènera au

tombeau._

_Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre esclave, puisque je me

suis rendu caution de cet enfant, et que j'en ai répondu à mon

père, en lui disant: Si je ne le ramène, je veux bien que mon père

m'impute cette faute, et qu'il ne me la pardonne jamais._

_Ainsi je demeurerai votre esclave, et servirai mon Seigneur en la

place de l'enfant, afin qu'il retourne avec ses frères._

_Car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l'enfant soit

avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de l'extrême

affliction qui accablera notre père._

JEANNETTE

elle va au devant de la récitation.

Joseph ne pouvait plus se retenir;

MADAME GERVAISE

_Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était environné de

plusieurs personnes,_

JEANNETTE

ne se retenant plus elle-même et saisissant d'autorité la récitation.

_il commanda..._

elle recommence pour avoir la reconnaissance dans son plein.

_Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était environné de

plusieurs personnes, il commanda que l'on fît sortir tout le monde;

afin que nul étranger ne fût présent lorsqu'il se ferait connaître

à ses frères,_

_Alors les larmes lui tombant des yeux, il éleva sa voix, qui fut

entendue des Égyptiens, et de toute la maison de Pharaon._

_Et il dit à ses frères: Je suis Joseph. Mon père vit-il encore?_

Je suis Joseph; je suis Joseph; je suis Jésus votre frère.

Qu'attendez-vous? _Mon père vit-il encore?_

MADAME GERVAISE

_Mais ses frères ne purent point lui répondre, tant ils étaient

saisis de frayeur._

JEANNETTE

_Il leur parla avec douceur, et leur dit: Approchez-vous de moi. Et

s'étant approchés de lui, il ajouta: Je suis Joseph votre frère que

vous avez vendu en Égypte._

_Ne craignez point et ne vous affligez point de ce que vous m'avez

vendu en ce pays-ci: car Dieu m'a envoyé en Égypte avant vous pour

votre salut._

_Il y a déjà deux ans que la famine a commencé sur la terre, et il en

reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni labourer ni

recueillir._

_Dieu m'a fait venir ici avant vous, pour vous conserver la vie, et

afin que vous puissiez avoir des vivres pour subsister._

_Ce n'est point par votre conseil que j'ai été envoyé ici, mais par

la volonté de Dieu, qui m'a rendu comme le père de Pharaon, le

maître de sa maison, et le prince de toute l'Égypte._

_Hâtez-vous d'aller trouver mon père, et dites-lui: Voici ce que vous

mande votre fils Joseph: Dieu m'a rendu le maître de toute

l'Égypte. Venez me trouver, ne différez point;_

_vous demeurerez dans la terre de Gessen, vous serez près de moi vous

et vos enfants; et les enfants de vos enfants; vos brebis, vos

troupeaux de boeufs, et tout ce que vous possédez._

_Et je vous nourrirai là parce qu'il reste encore cinq années de

famine, de peur qu'autrement vous ne périssiez avec toute votre

famille et tout ce qui est à vous._

_Vous voyez de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que c'est

moi-même qui vous parle de ma propre bouche._

_Annoncez à mon père quelle est cette gloire, et tout ce que vous

avez vu dans l'Égypte. Hâtez-vous de me l'amener._

_Et s'étant jeté au cou de Benjamin son frère pour l'embrasser, il

pleura; et Benjamin pleura aussi en le tenant embrassé._

_Joseph embrassa aussi tous ses frères, il pleura sur chacun d'eux;

et après cela ils se rassurèrent pour lui parler._

_Aussitôt il se répandit un grand bruit dans toute la Cour du Roi,

que les frères de Joseph étaient venus. Pharaon s'en réjouit avec

toute sa maison._

_Et il dit à Joseph qu'il donnât cet ordre à ses frères: Chargez vos

ânes de blé, retournez en Chanaan;_

_amenez de là votre père et toute votre famille, et venez me trouver.

Je vous donnerai tous les biens de l'Égypte, et vous serez nourris

de ce qu'il y a de meilleur dans cette terre._

_Ordonnez-leur aussi d'emmener des chariots de l'Égypte, pour faire

venir leurs femmes avec leurs petits enfants, et dites-leur: Amenez

votre père, et hâtez-vous de revenir le plus tôt que vous pourrez,_

_sans rien laisser de ce qui est dans vos maisons, parce que toutes

les richesses de l'Égypte seront à vous._

_Les enfants d'Israël..._

MADAME GERVAISE

_Les enfants d'Israël firent ce qui leur avait été ordonné. Et Joseph

leur fit donner des chariots, selon l'ordre qu'il en avait reçu de

Pharaon, et des vivres pour le chemin._

JEANNETTE

_Il commanda aussi que l'on donnât deux robes à chacun de ses frères;

mais il en donna cinq des plus belles à Benjamin, et trois cents

pièces d'argent._

_Il envoya autant d'argent et de robes pour son père, avec dix ânes

chargés de tout ce qu'il y avait de plus précieux dans l'Égypte, et

autant d'ânesses qui portaient du blé et du pain pour le chemin._

MADAME GERVAISE

_Il renvoya donc ses frères, et leur dit en partant: Ne vous mettez

point en colère pendant le chemin._

_Ils vinrent donc de l'Égypte au pays de Chanaan vers Jacob leur

père._

JEANNETTE

_Et ils lui dirent cette nouvelle; Votre fils Joseph est vivant et

commande dans toute la terre d'Égypte. Ce que Jacob ayant entendu,

il se réveilla comme d'un profond sommeil, et cependant il ne

pouvait croire ce qu'ils lui disaient._

MADAME GERVAISE

_Ses enfants insistaient au contraire, en lui rapportant comment

toute la chose s'était passée. Enfin ayant vu les chariots, et tout

ce que Joseph lui envoyait, il reprit ses esprits;_

JEANNETTE

_et il dit: Je n'ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph

vit encore. J'irai et je le verrai avant que je meure._

MADAME GERVAISE

_Israël partit donc avec tout ce qu'il avait, et vint au Puits du

jurement, et ayant immolé en ce lieu des victimes au Dieu de son

père Isaac,_

_il l'entendit dans une vision pendant la nuit, qui l'appelait, et

qui lui disait: Jacob, Jacob. Il lui répondit: Me voici._

_Et Dieu ajouta: Je suis le Dieu très puissant de votre père, ne

craignez point, allez en Égypte, parce que je vous y rendrai le

chef d'un grand peuple._

_J'irai là avec vous, et je vous en ramènerai lorsque vous en

reviendrez._

JEANNETTE

_Joseph aussi vous fermera les yeux de ses mains._

MADAME GERVAISE

_Jacob étant donc parti du Puits du jurement, ses enfants l'amenèrent

avec ses petits enfants et leurs femmes, dans les chariots que

Pharaon avait envoyés pour faire venir ce vieillard,_

_avec tout ce qu'il possédait au pays de Chanaan; et il arriva en

Égypte avec toute sa race;_

_ses fils, ses petits-fils, ses filles, et tout ce qui était né de

lui._

_Tous ceux qui vinrent en Égypte avec Jacob, et qui étaient sortis de

lui, sans compter les femmes de ses fils, étaient en tout soixante

et six personnes._

_Plus les deux enfants de Joseph qui lui étaient nés en Égypte. Ainsi

toutes les personnes de la maison de Jacob qui vinrent en Égypte,

furent au nombre de soixante et dix._

JEANNETTE

_Or Jacob envoya Juda devant lui vers Joseph pour l'avertir de sa

venue, afin qu'il vînt au-devant de lui en la terre de Gessen._

_Quand Jacob y fut arrivé, Joseph fit mettre les chevaux à son

chariot, et vint au même lieu au-devant de son père: et le voyant

il se jeta à son cou, et l'embrassa en pleurant._

_Jacob dit à Joseph: Je mourrai maintenant avec joie, puisque j'ai vu

votre visage, et que je vous laisse après moi._

MADAME GERVAISE

_Joseph dit à ses frères, et à toute la maison de son père: Je m'en

vais dire à Pharaon, que mes frères et tous ceux de la maison de

mon père sont venus me trouver de la terre de Chanaan où ils

demeuraient:_

_que ce sont des pasteurs de brebis qui s'occupent à nourrir des

troupeaux, et qu'ils ont amené avec eux leurs brebis, leurs boeufs

et tout ce qu'ils pouvaient avoir._

_Et lorsque Pharaon vous fera venir, et vous demandera: Quelle est

votre occupation?_

_vous lui répondrez: Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur enfance

jusqu'à présent, et nos pères l'ont toujours été comme nous. Vous

direz ceci pour pouvoir demeurer dans la terre de Gessen; parce que

les Égyptiens ont en abomination tous les pasteurs de brebis._

_Joseph étant donc allé trouver Pharaon, lui dit: Mon père et mes

frères sont venus du pays de Chanaan, avec leurs brebis, leurs

troupeaux, et tout ce qu'ils possèdent, et ils se sont arrêtés en

la terre de Gessen._

_Il présenta aussi au Roi cinq de ses frères;_

_Et le Roi leur ayant demandé: A quoi vous occupez-vous? ils lui

répondirent: Vos serviteurs sont pasteurs de brebis, comme l'ont

été nos pères._

_Nous sommes venus passer quelque temps dans vos terres, parce que la

famine est si grande dans le pays de Chanaan, qu'il n'y a plus

d'herbe pour les troupeaux de vos serviteurs. Et nous vous

supplions d'agréer que vos serviteurs demeurent dans la terre de

Gessen._

JEANNETTE

_Le Roi dit donc à Joseph: Votre père et vos frères vous sont venus

trouver._

MADAME GERVAISE

_Vous pouvez choisir dans toute l'Égypte; faites-les demeurer dans

l'endroit du pays qui vous paraîtra le meilleur, et donnez-leur la

terre de Gessen. Que si vous connaissez qu'il y ait parmi eux des

hommes habiles, donnez-leur l'intendance sur mes troupeaux._

_Joseph introduisit ensuite son père devant le Roi, et il le lui

présenta. Jacob salua Pharaon, et lui souhaita toute sorte de

prospérité._

_Le Roi lui ayant demandé quel âge il avait:_

JEANNETTE

_il lui répondit: Il y a cent trente ans que je suis voyageur, et ce

petit nombre d'années, qui n'est pas venu jusqu'à égaler celui des

années de mes pères, a été traversé de beaucoup de maux._

MADAME GERVAISE

_Et après avoir souhaité toute sorte de bonheur au Roi, il se retira._

_Joseph selon le commandement de Pharaon, mit son père et ses frères

en possession de Ramessès dans le pays le plus fertile de l'Égypte._

_Et il les nourrissait avec toute la maison de son père, donnant à

chacun ce qui lui était nécessaire pour vivre._

_Car le pain manquait dans tout le monde, et la famine affligeait

toute la terre; mais principalement l'Égypte et le pays de Chanaan._

_Israël demeura donc en Égypte, c'est-à-dire, dans la terre de

Gessen, dont il jouit comme de son bien propre, et où sa famille

s'accrut et se multiplia extraordinairement._

_Il y vécut dix-sept ans; et tout le temps de sa vie fut de cent

quarante-sept ans._

_Comme il vit que le jour de sa mort approchait, il appela son fils

Joseph, et lui dit: Si j'ai trouvé grâce devant vous, mettez votre

main sous ma cuisse, et donnez-moi cette marque de la bonté que

vous avez pour moi, de me promettre avec vérité, que vous ne

m'enterrerez point dans l'Égypte;_

_mais que je reposerai avec mes pères; que vous me transporterez hors

de ce pays, et me mettrez dans le sépulcre de mes ancêtres. Joseph

lui répondit: Je ferai ce que vous me commandez._

_Jurez-le moi donc, dit Jacob. Et pendant que Joseph jurait, Israël

adora Dieu, se tournant vers le chevet de son lit._

_Après cela on vint dire un jour à Joseph que son père était malade:

alors prenant avec lui ses deux fils, Manassé, et Ephraïm, il

l'alla voir._

_On dit donc à Jacob: Voici votre fils Joseph qui vient vous rendre

visite. Jacob reprenant ses forces se mit sur son séant dans son

lit._

_Et_

_Il leur fit aussi ce commandement, et leur dit: Je vais être réuni à

mon peuple; ensevelissez-moi avec mes pères dans la caverne double

qui est dans le champ d'Ephron Hethéen._

_qui regarde Mambré au pays de Chanaan, et qu'Abraham acheta d'Ephron

Hethéen, avec tout le champ où elle est, pour y avoir son sépulcre._

_C'est là qu'il a été enseveli avec Sara sa femme. C'est aussi où

Isaac a été enseveli avec Rébecca sa femme, et où Lia est encore

ensevelie._

_Après avoir achevé de donner ces ordres et ces instructions à ses

enfants, il joignit ses pieds sur son lit, et mourut; et il fut

réuni avec son peuple._

_Un homme avait douze fils._ Telle fut, mon enfant,

Ce fut la première fois qu'un enfant s'est perdu.

Ce fut la première fois qu'une brebis s'est perdue.

Ce fut la première fois qu'une drachme s'est perdue.

Mais cette drachme que l'on avait égarée,

Mais cette brebis qui s'était égarée,

Mais cet enfant, ce fils qui s'était égaré

Fut retrouvé sur le trône,

Gouvernant la maison de Pharaon

Et ravitaillant tout le royaume d'Égypte.

Et celui de Jésus au contraire, (c'est toujours le contraire),

Celui de Jésus, l'enfant perdu par Jésus,

Dans la parabole de Jésus,

Celui de Jésus fut retrouvé qui revenait de gouverner un troupeau de

porcs.

Et je pense que ses trente ou quarante cochons,

Il les ravitaillait de glands et peut-être de quelque sale pâtée.

C'est ainsi, mon enfant. Ainsi est l'ancien, ainsi est le nouveau

testament.

Dans l'ancien testament il est plus souvent question du trône.

Et dans le nouveau testament il est plus souvent question de garder

les cochons.

(Et les autres animaux, qui ne sont pas moins nobles).

Dans l'ancien testament il y a toujours une vue, une pensée vers le

commandement.

Et dans le nouveau testament il y a toujours une pensée,

Une arrière-pensée vers le service au contraire

Et vers la servitude.

Dans l'ancien testament il y a toujours un regard, une pensée vers le

gouvernement.

Et dans le nouveau testament il y a toujours un regard, une pensée

vers l'obéissance

Et vers la simple condition.

Vers la simple condition de sujet.

Vers la simple condition d'homme.

Ou s'il y a une pensée vers un commandement, et vers un gouvernement,

et vers un royaume,

Dans le nouveau testament c'est vers un commandement et vers un

gouvernement et vers un royaume

Qui n'est point le gouvernement et le commandement d'un royaume

d'Égypte.

Et dans le nouveau testament il n'y a de pensée que pour un royaume

qui n'est pas de ce monde.

Dans l'ancien testament il y a toujours une pensée vers les

richesses, vers les trésors d'Égypte et de Babylonie,

Vers les talents d'or et d'argent.

Et les richesses, et le trône, et le royaume, et le gouvernement et

le commandement

Sont présentées comme le couronnement.

Dans le nouveau testament il y a toujours une pensée,

La pensée secrète est vers l'épreuve, et vers la misère, et vers la

pauvreté.

Et c'est elle l'épreuve, et c'est elle la misère, et c'est elle la

pauvreté

Qui est toujours présentée,

Qui est le faîte et le couronnement.

C'est elle qui est la dame et la très chère et la très sainte

pauvreté.

Dans l'ancien testament on redoute toujours, il y a toujours une

pensée

De redoutement vers la famine de la faim.

Dans le nouveau testament on redoute toujours

Une autre faim inapaisée,

Il y a toujours une pensée

De redoutement vers une autre famine d'une autre faim.

Car c'est une spirituelle famine.

D'une faim spirituelle.

Ainsi marche l'ancien testament devant le nouveau testament.

Ainsi les histoires marchent devant les similitudes.

Et les hymnes et les prières et les psaumes

Devant les hymnes et les prières et les oraisons

Et la lente et la longue lignée des prophètes

Devant les bataillons serrés,

Devant les bataillons carrés

Des saints.

Ainsi marche le gouvernement des biens de ce monde

Avant le gouvernement des biens qui ne sont pas de ce monde.

Ainsi marche le commandement charnel

Avant le commandement spirituel.

Ainsi le royaume temporel

Marche avant le royaume éternel.

Et ainsi les tentes du peuple d'Israël se sont plantées dans le désert

Des siècles et des siècles avant que les basiliques,

Avant que les églises, avant que les cathédrales

Se soient plantées au sol de France.

Et dans l'ancien testament il s'agit d'emplir des sacs de blé, il y

a, (toujours),

une pensée sur les sacs de blé.

Et après ça il s'agit, (dans l'ancien testament),

Ces sacs pleins il s'agit de les empiler dans les greniers à blé.

Mais dans le nouveau testament il s'agit de bien autres sacs et de

bien autres greniers.

Car il s'agit, dans le nouveau testament il s'agit, ce sont

Des sacs de misère, des sacs d'épreuves, des sacs de misères.

Et des sacs à mettre les vertus et les mérites et les grâces

Que l'on a récoltées comme on a pu

Pour les années de disette

Et ce sont enfin

Les greniers éternels

Et dans l'ancien testament c'est le père qui finit par venir trouver

son fils

Et qui le retrouve plein de gloire

Tout vêtu.

Mais dans le nouveau testament c'est le fils tout nud

Qui finit par venir trouver son père

Ainsi l'ancien testament est l'appariteur et le fourrier

Et le préparateur et l'annonciateur du nouveau testament.

C'est lui qui lui prépare les voies, c'est lui qui lui fait sa maison.

C'est l'ancien testament qui fait dans le désert

La longue voie temporelle.

C'est l'ancien testament qui patiemment bâtit

La maison temporelle.

_Voici, j'envoie mon ange devant ta face, qui préparera ton chemin

devant toi._

Et aussi l'ancien testament est comme une image qui marche devant le

nouveau testament.

Et comme une image en même temps il est très fidèle et en même temps

il est à l'envers.

Il est contraire. Ainsi est l'histoire sainte.

Le testament charnel est une histoire, une image du testament

spirituel.

L'ancien testament temporel est une image du nouveau testament

éternel.

Et dans le nouveau testament s'il s'agit de gloire,

Il s'agit d'une gloire qui ne se ramasse guère sur les trônes,

(Excepté saint Louis et le trône de France).

Tout l'ancien testament est une figure, une image d'ensemble et de

détail

Très fidèle, très exacte,

(Mais fidèlement inverse, exactement inverse),

Du nouveau testament dans son ensemble et dans son détail.

Dans l'ancien testament la création est au seuil,

Au commencement qui est le commencement du monde.

Et dans le nouveau testament le jugement est à la fin.

Le jugement qui est proprement le contraire de la création,

Le pied opposé, qui est proprement une contre-création.

Car dans la création j'ai fait le monde,

(Temporel)

Et dans le jugement je le défais.

Ainsi le jugement est proprement le contraire et ce qui balance la

création.

Ce que l'on peut mettre, ce qui est en face de la création.

J'ai découpé le temps dans l'éternité, dit Dieu.

Le temps et le monde du temps.

La création fut le commencement et le jugement sera la fin.

(Du temps) (Du monde du temps).

C'est exactement une symétrie, un balancement.

Ce que j'ai ouvert, je le fermerai.

Le jour de la création (les six jours) j'ai ouvert un certain monde

(On le connaît de reste)

(On le sait, on en a assez parlé)

Enfin la première heure du premier des six jours de la création j'ai

commencé une certaine histoire,

Et le jour du jugement je la fermerai.

Or tout l'ancien testament part de ce jugement que je fis de créer.

Et tout le nouveau testament va vers ce jugement que je ferai de

juger.

Ainsi l'ancien testament est symétrique au nouveau.

Et (contre) balance le nouveau.

Et tout l'ancien testament part de cette création.

Et tout le nouveau testament va vers ce jugement

Et dans l'ancien testament le Paradis est au commencement.

Et c'est un Paradis terrestre.

Mais dans le nouveau testament le Paradis est à la fin.

Et je vous le dis c'est un Paradis

céleste.

Et tout l'ancien testament va vers Jean le Baptiste et vers Jésus.

Mais tout le nouveau testament vient de Jésus.

C'est comme une belle voûte qui monte des deux côtés vers la clef de

voûte.

Et Jésus est la clef de voûte. Ainsi est la voûte de cette nef.

Et la pierre qui monte suivant la courbe de cette nef,

Décidant, dessinant, d'avance et à mesure, la courbe de cette voûte,

Formant la courbe de cette voûte,

La pierre qui monte du bas s'avance hardiment,

Et fidèlement et sûrement,

En toute sécurité sans aucune inquiétude,

Parce que montante elle sait très bien

Qu'elle trouvera la clef de voûte exacte au rendez-vous,

A la juste intersection, au sacré croisement et la clef de voûte,

c'est Jésus.

Et ensemble toute la voûte soutient et porte et hausse et maintient

la clef

Comme une énorme épaule ronde qui sans cou soutiendrait une seule

tête mais la clef seule,

La clef qui parachève,

Seule aussi ensemble est ce qui soutient seule la voûte et le tout.

Et la dernière pierre avant la clef est Jean le Baptiste.

Mais la première pierre après la clef est Pierre le fondateur.

_Tu es Pierre et sur cette pierre._

Et il fut crucifié la tête en bas,

C'est-à-dire en redescendant.

Et comme la pierre est quadrangulaire,

Il y a les quatre angles et les quatre lignes du carré.

Et l'on dit _selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, selon Jean,_

C'est-à-dire _en suivant la ligne de Matthieu, en suivant la ligne de

Marc, en suivant la ligne de Luc,_

Et _en suivant la ligne de Jean._

Et aux quatre coins sont assis le jeune homme, le lion, le taureau et

l'aigle.

Car l'Église est quadrangulaire,

Comme elle est lapidaire étant fondée sur la quadrangulaire

Pierre.

Et encore l'ancien testament est tout linéaire.

C'est une longue, c'est une grêle ligne des prophètes.

Et les prophètes y viennent l'un après l'autre

Comme les peupliers viennent l'un après l'autre dans cette belle

lignée.

Dans cette belle avenue de peupliers.

Et tout l'ancien testament c'est cette belle, cette longue avenue de

peupliers.

Venue des profondeurs de la plaine et marchant droit sur la plaine.

Cette longue avenue, cette longue lignée fidèle

(Sans largeur).

Les peupliers y sont placés l'un après l'autre, les prophètes y sont

placés l'un après l'autre.

Sur la rangée double.

Venante, sortie, venue des profondeurs de l'horizon la noble allée,

La fidèle, la directe allée droite linéaire

Droite l'avenue s'avance sur la plaine droite.

Car elle sait où elle va.

Et elle ne va pas moins que.

Directement elle va droit au seuil du château.

Et elle conduit, et elle amène, et elle introduit le regard et le pas.

Elle seule conduit au seuil mais elle ne franchit pas le seuil, elle

ne passe pas le pas de la porte.

Elle ne se prolonge pas à l'intérieur du château.

Mais le quadrangulaire château du nouveau testament

S'ouvre à ce seuil et la longue allée de peupliers ne s'y continue

pas.

Mais la cour d'honneur s'y ouvre, et les bâtiments du château.

Et le beau perron pour monter et les quadrangulaires murailles.

Et ainsi le nouveau testament a une dimension de plus.

Car l'ancien testament est une ligne

Mais le nouveau couvre une surface.

Ou encore l'ancien testament est cette fine, cette grêle

Cette uniquement fidèle allée de peupliers,

Perdue dans la plaine rase

Mais le nouveau testament est le solide parc du château.

Le robuste bois de chênes, carré,

Bien clos derrière ses quadrangulaires murailles,

Et qui couvre toute la surface.

Ou encore l'ancien testament est cette voûte qui monte en une seule

arête,

En une seule nervure et le nouveau testament

C'est la même voûte qui retombe,

Qui redescend en toute une nappe.

Et l'arête qui monte part de la terre et c'est une arête charnelle.

Mais cette nappe qui redescend vient de l'esprit

Et c'est une nappe spirituelle.

Et l'arête et la nervure qui monte part du temps et est une

temporelle arête.

Mais la nappe qui redescend vient de l'éternité et c'est

Une éternelle nappe.

Et la clef de cette mystique voûte.

La clef elle-même

Charnelle, spirituelle,

Temporelle, éternelle,

C'est Jésus,

Homme,

Dieu.

Et la création fut une sorte d'ouverture du temps et de fermeture en

quelque sorte de l'éternité.

Or le jugement sera proprement la fermeture du temps

Et la totale et la définitive

Réouverture de l'éternité.

Ou encore l'ancien testament est le lac profond qui reflète la haute

forêt.

Et la forêt est toute dans le lac mais elle n'y est pas.

Et le lac sombre et le lac profond est enfoncé dans la terre.

Et dans le lac le ciel est au fond.

Mais vers le haut la haute forêt.

Partant du bord du lac. La haute forêt réelle.

Hausse une tête réelle.

Fait monter une sève réelle.

Vers le seul profond ciel réel.

On envoie les enfants à l'école, dit Dieu.

Je pense que c'est pour oublier le peu qu'ils savent.

On ferait mieux d'envoyer les parents à l'école.

C'est eux qui en ont besoin.

Mais naturellement il faudrait une école de moi.

Et non pas une école d'hommes.

On croit que les enfants ne savent rien.

Et que les parents et que les grandes personnes savent quelque chose.

Or je vous le dis, c'est le contraire.

(C'est toujours le contraire).

Ce sont les parents, ce sont les grandes personnes qui ne savent rien.

Et ce sont les enfants qui savent

Tout.

Car ils savent l'innocence première.

Qui est tout.

Le monde est toujours à l'envers, dit Dieu.

Et dans le sens contraire.

Heureux celui qui resterait comme un enfant

Et qui comme un enfant garderait

Cette innocence première.

Oeuvres complètes de Charles Péguy, Oeuvres de poésie (tome 6) Le Mystère des Saints Innocents; La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc; La tapisserie de Notre-Dame. · 第 6 / 13 段