Enfiévrée, tremblante, elle appuya son front brûlant contre le marbre
froid d’une colonne... Une insupportable douleur serrait sa gorge, un
sanglot muet qui la secouait toute, sans une larme.
Les ornements de corail de son diadème eurent un faible cliquetis contre
la pierre... Alors Taalith tressaillit, se redressa, très pâle.
Dans un coin, le vieux puits maure sommeillait, abîme étroit et sans
fond.
Elle se pencha un instant sur le mystère noir du trou... Puis, elle
monta sur la margelle usée. Un instant, elle apparut ainsi, toute droite
dans la gloire lunaire, comme une idole argentée.
Elle ferma les yeux, un murmure pieux d’Islam remua ses lèvres, et elle
se laissa tomber, dans l’ombre d’en dessous, avec un frôlement de soie,
un cliquetis de bijoux. Un choc mat, un clapotis lointain: l’eau noire,
le monstre, léchait les parois gluantes... Puis, tout se tut.
Taalith, parée en épousée, avait disparu. Tous l’accusèrent de s’être
enfuie pour aller se prostituer dans les bouges de la Casbah.
Mais Zouïna, hagarde, vieillie, devina la vérité et supplia qu’on la
descendît dans le puits au bout d’une corde. Devant cette incessante
prière qui semblait de la folie, l’autorité fit murer le puits. Alors,
Zouïna s’arracha les ongles et la chair des mains contre la pierre,
hurlant pendant des jours le nom chéri: Taalith!
On chercha au dehors, en vain. Alors, on rouvrit le gouffre, un homme
descendit, trouva Taalith qui flottait...
On ramena le cadavre sur les dalles blanches, et le soleil discret du
soir ralluma des lueurs roses sur les bijoux enserrant encore les chairs
boursouflées, verdâtres, toute l’immonde pourriture qui avait été
Taalith...