Un heureux hasard m'a suggéré une pensée qui ne s'était jamais
présentée à l'esprit de mes prédécesseurs; c'est que vous appartenez
comme moi à l'espèce humaine. Vous avez une intelligence pour vous en
servir, et, de plus, cette source véritable de tous progrès, le désir
d'améliorer votre condition.
Partant de là, je me demande à quoi je puis vous servir. Vous
enseignerai-je l'agriculture? Mais il est probable que vous la savez
mieux que moi. Vous inspirerai-je le désir de substituer les bonnes
pratiques aux mauvaises? Mais ce désir est en vous au moins autant
qu'en moi. Votre intérêt le fait naître, et je ne vois pas comment mes
circulaires pourraient parler à vos oreilles plus haut que votre
propre intérêt.
Le prix des choses vous est connu. Vous avez donc une règle qui vous
indique ce qu'il vaut mieux produire ou ne produire pas. Mon
prédécesseur voulait vous procurer du travail manufacturier pour
occuper vos jours de chômage. Vous pourriez, disait-il, vous livrer à
ce travail avec avantage pour vous et pour le consommateur. Mais de
deux choses l'une: ou cela est vrai, et alors qu'est-il besoin d'un
ministère pour vous signaler un travail lucratif à votre portée? Vous
le découvrirez bien vous-mêmes, si vous n'êtes pas d'une race
inférieure frappée d'idiotisme; hypothèse sur laquelle est basé mon
ministère et que je n'admets pas. Ou cela n'est pas vrai; en ce cas,
combien ne serait-il pas dommageable que le ministre imposât un
travail stérile à tous les agriculteurs de France, par mesure
administrative!
Jusqu'ici, mes collaborateurs et moi nous sommes donné beaucoup de
mouvement sans aucun résultat, si ce n'est de vous faire payer des
taxes, car notez bien qu'à chacun de nos mouvements répond une taxe.
Cette circulaire même n'est pas gratuite. Ce sera la dernière.
Désormais, pour faire prospérer l'agriculture, comptez sur vos
efforts et non sur ceux de mes bureaucrates; tournez vos yeux sur vos
champs et non sur un hôtel de la rue de Grenelle.
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_Le ministre des cultes aux ministres de la religion._