Mes prédécesseurs ont fait ou ont eu l'air de faire de grands efforts
pour vous procurer des affaires. Ils s'y sont pris de toutes façons,
sans autres résultats que celui-ci: aggraver les charges de la nation
et nous créer des obstacles. Tantôt ils forçaient les exportations par
des primes; tantôt ils gênaient les importations par des entraves. Il
leur est arrivé souvent de s'entendre avec leurs collègues de la
marine et de la guerre pour s'emparer d'une petite île perdue dans
l'Océan, et quand, après force emprunts et batailles, on avait réussi,
on vous donnait, comme Français, le privilége exclusif de trafiquer
avec la petite île, à la condition de ne plus trafiquer avec le reste
du monde.
Tous ces tâtonnements ont conduit à reconnaître la vérité de cette
règle, dans laquelle se confondent et votre intérêt propre, et
l'intérêt national, et l'intérêt de l'humanité: _acheter et vendre là
où on peut le faire avec le plus d'avantage_.
Or, comme c'est là ce que vous faites naturellement sans que je m'en
mêle, je suis réduit à avouer, que mes fonctions sont plus
qu'inutiles; je ne suis pas même la _mouche du coche_.
C'est pourquoi je vous donne avis que mon ministère est supprimé. La
République supprime en même temps toutes les entraves dans lesquelles
mes prédécesseurs vous ont enlacés, et tous les impôts qu'il faut bien
faire payer au peuple pour mettre ces entraves en action. Je vous prie
de me pardonner le tort que je vous ai fait; et pour me prouver que
vous n'avez pas de rancune, j'espère que l'un d'entre vous voudra bien
m'admettre comme commis dans ses bureaux, afin que j'apprenne le
commerce, pour lequel mon court passage au ministère m'a donné du
goût.
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_Le ministre de l'agriculture aux agriculteurs._