_Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de_

chenevière, faict en façon d'ung gendarme,

croix blanche devant et croix noire

derrière, en sa main tenant

une arbaleste_.

(A part.)

Ha! le Sacrement de l'autel!

Je suis affoibly! Qu'esse-cy?

(A l'espoventail.)

Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!

Hault le trait, qu'aye la vie franche!

Je voy bien, à vostre croix blanche,

Que nous sommes tout d'ung party.

(A part.)

D'ond, tous les diables! est-il sorty,

Tout seul et ainsi effroyé?

(A l'espoventail.)

Comment! Estes-vous desvoyé?

Mettez jus, je gage l'amende.

Et, pour Dieu, mon amy, desbende

Au hault ou au loing ton baston!

_Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157]

Par le sang bieu! c'est ung Breton,

Et je dy que je suis Françoys!...

Il est fait de toy, ceste fois,

Perrenet; c'est ung parti contraire!

(A l'espoventail.)

Hen, Dieu! et où voulez-vous traire?

Vous ne sçavez pas que vous faictes.

Dea! je suis Breton, si vous l'estes.

Vive sainct Denis ou sainct Yve!

Ne m'en chault qui, mais que je vive!

Par ma foi! Monseigneur mon maistre,

Se vous voulez sçavoir mon estre,

Ma mère fut née d'Anjou,

Et mon père je ne sçay d'où,

Sinon que j'ouy reveler

Qu'il fut natif de Lantriquer.

Comment sçauray-je vostre nom?

Monseigneur Rollant, ou Yvon,

Mort seray quand il vous plaira!

(A part.)

Et comment! il ne cessera

Meshuy de me persecuter,

Et si ne me veult escouter!

(A l'espoventail.)

En l'honneur de la Passion

De Dieu, que j'aye confession,

Car je me sens jà fort malade!

Or, tenez, vela ma salade,

Qui n'est froissée ne couppée;

Je la vous rens, et mon espée, [P. 158]

Et faictes prier Dieu pour moy.

Je vous laisse, sur vostre foy,

Ung voeu que je doibs à sainct Jacques.

Pour le faire, prendrez mon jacques,

Et ma ceinture et mon cornet.

(A part.)

Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,

Voire maulgré toi et à force!

(Au public.)

Puis qu'endurer fault et à force,

Priez pour l'ame, s'il vous plaist,

Du Franc Archier de Baignolet,

Et m'escripvez, à ung paraphe,

Sur moy ce petit epitaphe:

_Cy gist Pernet le Franc Archier,

Qui cy mourut sans desmarcher,

Car de fuyr n'eut onc espace,

Lequel Dieu, par sa saincte grace,

Mette ès cieulx, avecques les ames

Des francs archiers et des gens d'armes,

Arrière des arbalestriers.

Je les hay tous: ce sont meurdriers!

Je les congnois bien de pieça.

Et mourut l'an qu'il trespassa._

Velà tout; les mots sont très beaux.

Or, vous me lairrez mes houseaulx,

Car, se j'alloye en paradis

A cheval, comme fist jadis

Sainct Martin, et aussi sainct George,

J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159]

Vous laisse gantelet et dague:

Car, au surplus, je n'ay plus bague

De quoy je me puisse deffendre.

(A l'espoventail.)

Attendez! me voulez-vous prendre

En desaroy? Je me confesse

A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,

A la Vierge et à tous sainctz.

(A part.)

Or meurs-je les membres tous sains

Et tout en bon point, ce me semble.

Je n'ay mal, sinon que je tremble

De paour et de malle froidure,

Et de mes cinq sens de nature...

Cinq cens! Où prins, qui ne les emble?

Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,

Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.

Pour néant m'en confesseroye:

Oncques ensemble n'en veiz deux.

Et de mes sept pechez morteux

Il fault bien que m'en supportez:

Sur moy je les ay trop portez;

Je les metz jus, avec mon jacques.

J'eusse attendu jusques à Pasques,

Mais vecy ung advancement.

Et du premier commendement

De la Loy, qui dit qu'on doibt croire

(Non pas l'estoc quand on va boire,

Cela s'entend) en ung seul Dieu,

Jamais ne me trouvay en lieu

Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure,

Mais qu'à ce besoing me sequeure.

(A l'espoventail.) [P. 160]

Ne desbendez? Je ne me fuys!

(A part.)

Hélas! je suis mort où je suis.

Je suis aussi simple, aussi coy

Comme une pucelle; car, quoy

Dit le second commendement?

Qu'on ne jure Dieu vainement.

Non ay-je en vain, mais très ferme,

Ainsi que fait ung bon genderme,

Car il n'est rien craint, s'il ne jure.

Le tiers nous enjoingt et procure,

Et advertist et admoneste,

Que l'en doit bien garder la feste,

Autant en hyver qu en esté:

J'ay tousjours voulentiers festé,

De ce ne mentiray-je point;

Et le quatriesme nous enjoint

Qu'on doit honnorer père et mère:

J'ay tousjours honoré mon père,

En moy congnoissant gentilhomme

De son costé, combien qu'en somme

Sois villain et de villenaille.

(A l'espoventail.)

Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille

Jusques amen; miséricorde!

Relevez ung peu vostre corde;

Ferez que le traict ne me blesse.

(A part.)

Item, morbieu! je me confesse

Du cinquiesme, sequentement:

Deffend-il pas expressément [P. 161]

Que nul si ne soit point meurtrier?

(A l'espoventail.)

Las! Monseigneur l'arbalestrier,

Gardez bien ce commendement;

Quant est à moy, par mon serment,

Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.

(A part.)

L'aultre commendement nous baille

Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,

Car en lieu n'en place quelconque

Je n'euz loysir de rien embler.

J'ay assez à qui ressembler

En ce point; je n'ay point meffait,

Car, se l'en m'eust pris sur le fait,

Dieu scet comme il me fust mescheu!

_Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy qui

le tient_.

(A l'espoventail.)

Las! monseigneur! vous estes cheu!...

Jésus! et qui vous a bouté,

Dictes? Ce n'ay-je pas esté,

Vrayement, ou diable ne m'emporte,

Au cas, dictes? Je m'en rapporte

A tous ceulx qui sont cy, beau sire,

Affin que ne vueillez pas dire

Que c'est demain ou pour demain.

Au fort, baillez-moy vostre main,

Je vous ayderay à lever.

Mais ne me vueillez pas grever:

J'ai pitié de vostre fortune.

_Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162]

ce n'est pas ung homme_.

Par le corps bieu! j'en ay pour une!

Il n'a pié ne main; il ne hobe;

Par le corps bieu! c'est une robe

Plaine, de quoy? charbieu! de paille!

Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,

Ce cuiday-je, des gens de guerre...

Que la fièvre quartaine serre

Celluy qui vous a mis icy!

Je le feray le plus marry,

Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.

Se mocque on de moy quelconques?

Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!

Qu'espoventail de chenevière,

Que le vent a cy abatu!...

La mort bieu! vous serez batu,

Tout au travers, de ceste espée...

Quand la robbe seroit couppée,

Ce seroit ung très grand dommaige.

Je vous emporteray pour gaige,

Toutesfoys, après tout hutin.

Au fort, ce sera mon butin,

Que je rapporte de la guerre.

On s'est bien raillé de toi, Pierre,

La charbieu saincte et beniste!

Vous eussiez eu l'assault bien viste,

Se j'eusse sceu vostre prouesse:

Vous eussiez tost eu la renverse,

Voir, quelque paour que j'en eusse.

Or pleust à Jésus que je fusse,

A tout cecy, en ma maison!

Qu'il poise! Mengié a foison [P. 163]

De paille: elle chiet par derrière.

C'est paine pour la chamberière,

De la porter hors de ce lieu.

(Au public.)

Seigneurs, je vous commande à Dieu;

Et se l'on vous vient demander

Qu'est devenu le Franc Archier,

Dictes qu'il n'est pas mort encor,

Et qu'il emporte dague et cor,

Et reviendra par cy de brief.

Adieu; je m'en vois au relief.

FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER

DE BAIGNOLLET.

XXIII. [P. 164]

DIALOGUE DE MESSIEURS

DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.

M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy

De neuf? M. On nous tient en aboy,

Comme despourveuz, malureux.

B. Si j'avoye autant que je doy,

Sang bieu! je seroye chez le Roy,

Un page après moy! M. Voire deux!

B. Nous sommes francs... M. Adventureux.

B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.

M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.

M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.

B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux

Heritiers. B. De gaiges cassez.

M. Nous sommes, puis troys ans passez

Si minces. B. Si mal compassez.

M. Si simples. B. Legiers comme vent.

M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165]

De donner pour Dieu dispensez,

Car nous jeusnons assez souvent.

M. Hée, monsieur de Baillevent,

Qui peult trouver, soubz quelque amant,

Deux ou troys mille escus, quel proye!

B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.

B. Le quartier en vault l'arpent,

Pardieu! Monsieur de Mallepaye!

M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,

Puis de charbon et puis de craye.

M. Je raille. B. Je fays chère à tous.

M. Nous avons beau coucher en raye,

L'oreille au vent, la gueulle baye,

On ne faict point prochas de nous.

B. Helas! serons-nous jamais soulx?

M. Il ne fault que deux ou trois coups

Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.

M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.

M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?

M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.

M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.

B. De serjens sommes tous recreux,

Et si n'avons nulz bien acreuz.

M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.

B. Entretenus. M. Comme poux creux.

B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:

Arrière, piettons de village!

M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166]

B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.

B. Ressourdant. M. Comme bel alun.

B. Pathelin en main. M. Dire raige.

B. Et, par la mort bien! c'est dommage,

Que ne mettons vilains eu run.

M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun.

M. Quand j'en ay j'en offre à chascun,

Et suis bien aise quand j'en preste.

B. Mes rentes sont sur le commun;

M. Mais povres gens n'en ont pas ong;

B. J'y romproye pour néant la teste.

M. S'il povoyt venir quelque enqueste,

Quelque mandement ou requeste,

Ou quelque bonne commission!

B. Mais en quelque banquet honneste,

Faire accroire à cest ou à ceste

La Pragmatique Sanction!

M. Et si elle y croit? B. Promision.

M. Se elle promet? B. Monition.

M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.

M. Se on faict marché? B. Fruiction.

M. Se on fruict? B. La Petition

En façon de belle demande

D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!

B. Qui l'auroit quand on la demande,

On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!

B. On tauxeroit bien grosse amende

Sur le faict de ceste demande, [P. 167]

Se j'en quictoye le petitoire.

M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!

B. Je me raffroichiz la mémoire

Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!

B. Se on nous bailloit par inventaire

Deux mil escuz en une armoire,

Ilz n'auroient garde d'y moysir.

M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!

M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!

Nous serions partout bienvenuz.

B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.

M. Nous prendrons si bien le loisir

De compter ne sçay quantz escuz.

B. Nous sommes bien entretenuz.

M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...

B. De nos parens. M. De bonne race.

B. Rentes assez et revenuz,

Et s'a présent n'en avons nulz,

Ce n'est que malheur qui nous chasse.

M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.

M. Je volle par coups. B. Je tracasse,

Puis au poil et puis à la plume.

M. Je gaudis, et si je rimasse,

Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce

Que je ne l'ay pas de coustume.

B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.

B. Je destains le feu. M. Je l'allume.

B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168]

B. Le plus souvent, quand je me fume,

Je batteroye comme fer d'enclume,

Si je me trouvoye tout seul.

M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.

M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil.

B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.

M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.

M. On me fait tout ce que je vueil,

Quand nous sommes mon paige et moy.

B. Je ne demande qu'avoir dequoy,

Belle amye, et vivre à requoy,

Faire tousjours bonne entreprise,

Belles armes, loyal au Roy.

M. Mais trois poulx rempans en aboy

Pour le gibier de la chemise!

B. Je porteroye pour ma devise

La marguerite en or assise

Et le houx partout estandu.

M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.

M. Riens en recepte, tant en mise,

Et, toute somme, item perdu.

B. Je vous seroye, au residu,

Gorgias sur le hault verdi

Le bel estomac d'alouette.

M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,

Bien emprunté et mal rendu,

Payé d'une belle estiquette.

M. Puis la chaine d'or, la baguette,

Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169]

B. De velours. M. C'est bel affiquet.

B. Quand nous aurions fait nostre emplète,

La porte seroit bien estroicte

Se ne passions jusqu'au ticquet.

M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.

B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.

B. Selon la saison de l'année.

M. Et de paige? B. Quelque naquet.

M. S'il vient hasart en ung banquet?

B. Le prendre entre bond et vollée.

M. Aux survenans? B. Chère meslée.

M. Aux povres duppes? B. La havée.

M. Et aux rustes? B. Le jobelin.

M. Aux mignons de court? B. L'accollée.

M. Aux gens de mesmes? B. La risée.

M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.

M. D'entretenir? B. Damoiselin.

M. Et saluer? B. Bas comme lin.

M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.

Pour contenter le femynin.

Nous ferions plus d'ung esclin

Qu'ung aultre de quinze royaulx.

M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs loyaulx!

M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.

B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.

M. Nous devrions passer aux sceaulx

Envers les officiers royaulx, [P. 170]

Comme messieurs les despourveuz.

B. De congnoissance bien pourveuz

Et de sagesse. M. On nous a veuz

Si gentilz et si francs. B. Si doulx.

M. Helas! cent escuz nous sont deubz.

B. Au fort, si nous les eussions euz,

On en tint plus compte de nous.

M. Nous avons faict plaisir à tous.

B. Chère à dire: D'ond venez-vous?

M. Esmerillonnez. B. Advenans.

M. Cent escus, et juger des coups.

On auroit beau mettre aux deux bouts,

Se nous ne tenions des gaignans.

B. Nous sommes deux si beaulx gallans.

M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.

M. Esmeuz de franche volunté.

B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.

B. Bien gays. M. Assez rescéans.

B. Porres d'argent. M. Prou de santé.

B. Chascun de nous est habité.

M. Maison à Paris. B. Bien monté,

Aussi bien aux champs qu'en la ville.

M. Il y a ceste malheurté

Que de l'argent qu'avons presté

Nous n'en arrons ne croix ne pille.

B. Où sont les cens et deux cens mille

Escus que nous avions en pile,

Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171]

M. Au fort, se nous n'en avons mille,

Nous sommes, selon l'Évangile,

Des bienheureux du temps ancien.

B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.

M. Trouvons en par quelque moyen.

B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay.

B. Hé, ung engin parisien....

M. Art lombard. B. Franc praticien,

Pour faire à present ung essay!

M. Je vis le temps que j'avançay

L'argent de chose, et adressay

Tel et tel et tel benefice.

B. Et, pour moy, quand je compassé

Monseigneur tel, et pourchassé

Moy mesmes tout seul son office.

M. J'estois tousjours à tous propice;

Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice

Nous surprint, si devenions riches.

B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,

Pauvreté, nous tient en sa lice.

M. C'est ce qui nous faict estre chiches.

B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.

B. Rebondis... M. Comme belles miches.

B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons.

B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,

B. Adventureux. M. Comme Suysses

A Nancy, sur les Bourguygnons.

B. Entre les gallans. M. Compaignons.

B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172]

B. Entre gens d'armes. M. Courageux.

B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.

B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.

Mis sus en ung jour ou en deux,

B. Nous sommes les adventureux

Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.

M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.

M. Pour servir princes. B. Curieux.

M. Et pour les mignons. B. Gracieux.

M. Et pour le commun. B. Tant à tant.

M. Hée, monsieur de Baillevent,

Quand reviendra le bon temps?

B. Quand chascun aura ses souhaits.

M. Cent mille escus argent comptant,

Sur ma foy, je seroye content

Qu'on ne parlast plus que de paix.

B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.

B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.

B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.

M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais

Faulte d'argent et les grans prestz...

M. Nous ont ung peu appaillardis.

B. Abandonnez. M. Comme hardis.

B. Requis. M. Comme les gras mardis.

B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.

B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys

Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173]

Et mignons en ont tant besoing.

M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.

B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. Près. B. Loing.

M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.

M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing,

Nous serions pour faire à ung coing

Nostre prouffit d'aultruy dommage.

Avez-vous tousjours l'heritaige

De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige

Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.

B. Cent francs de rente et ung fromaige,

Vous m'orriez dire de couraige:

Vive le roy! M. Ronfflez, villains!

B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.

B. Gré de dames? M. Amoureux craints.

B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.

B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?

M. Nous prenons escus pour douzains,

Franchement, et bourse pour bource.

B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse

M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource.

B. Hay! hay! tout est mal compassé.

M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.

M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;

Autant vauldroit ung arc cassé.

M. Monsieur mon pere eust amassé [P. 174]

Plus d'escus qu'on eust entassé

En ung hospital de vermine.

B. Mais nous avons si bien sassé,

Le sang bieu! que tout est passé,

Gros et menu, par l'estamyne.

M, Si vient guerre, mort ou famine,

Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne

Ferons nous pour gaigner le broust?

B. Quant à moy, je me determine

D'entrer chez voisin et voisine

Et d'aller voir si le pot bout.

M. Mais regardons, à peu de coust,

Quel train nous viendroit mieulx à goust

Pour amasser biens et honneurs.

B. Le meilleur est prendre partout.

M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,

Pour cinq solz, à ces pardonneurs.

M. Allons servir quelques seigneurs.

B, Aucuns sont si petitz d'honneurs

Qu'on n'y a que peine et meschance.

M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;

Mais entre nous, ans estradeurs,

Il nous fault esplucher la chance.

M. Servons marchans pour la pitance,

Pour _fructus ventris_, pour la pance.

B. On y gaigneroit ses despens.

M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,

Petite foy, large conscience;

Tu n'y scez riens et y aprens.

M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175]

Je veulx estre mis sur les rangs,

S'ilz ont argent, si je n'en crocque.

M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,

Qui se font bien servir des gens;

Mais de payer, querez qui bloque!

M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:

L'ung pourchasse, l'autre desroque,

Et semble que tout soit pour eulx.

B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque.

Il n'est point de pire defroque

Que de malheur à malheureux.

B. Pour despourveuz adventureux

Comme nous, encor c'est le mieulx

De faire l'ost et les gens d'armes.

M. En fuite je suis couraigeux.

B. Et à frapper? M. Je suis piteux;

Je crains trop les coups, pour les armes.

B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes,

Et prenons leurs bissacs à fermes,

Car il n'y a pas grand débit.

M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,

Et pleureroyent maintes lermes

Devant que nous prinssions l'habit.

B. Se en cest malheur et labit

Nous mourions, par quelque acabit,

Ame n'y a qui bien nous face.

M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,

Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176]

Et du surplus, Dieu le parface!

B. Hée, fault-il que Fortune efface

Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;

Mais il n'a nul bien qui n'endure,

B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.

B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:

A loups ravis grosse pasture.

M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure.

B. Qui nous admoneste? M. Nature.

B. Pour aller? M. Où on nous attend.

B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.

B. Logez où? M. Près de la clousture

De monsieur d'Angoulevent.

B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent

***************************

Et passerons par Mallepaye.

B. Brief, c'est le plus expédient

Que nous jetons la plume au vent:

Qui ne peult mordre, si abaye.

M. Où ung franc couraige s'employe,

Il treuve à gaigner. B. Querons proye.

M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.

M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,

Que la plume au vent on envoye.

B. Puis après? M. Alors comme alors.

B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors!

B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177]

Je me tiendray des mieulx venuz.

B. On n'yra point, quand serons mors,

Demander au roy les tresors

De messieurs les despourveuz.

La plume au vent! M. Je le concluz.

****************************

Pour les povres de ceste année.

B. Ne demeurons plus si confuz.

****************************

Au grat, la terre est degelée!

M. Allons, suyvons quelque traînée.

Devant! vostre fièvre est tremblée,

Car nous sommes tous estourdiz.

B. Dieu doint aux riches bonne année!

M. Aux despourveuz grasse journée!

B. Et aux femmes pesans mariz!

Prenez en gré, grans et petiz.

FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE

ET DE BAILLEVENT.

[P. 178]

XXIV.

LES REPEUES FRANCHES

DE FRANÇOIS VILLON

ET DE SES COMPAGNONS.

Vous qui cerchez les repeues franches,

Et, tant jours ouvriers que dimenches,

N'avez pas planté de monnoye,

Affin que chascun de vous oye

Comment on les peut recouvrer,

Vueillez vous au sermon trouver

Qui est escript dedans ce livre.

Mettez tous peine de le lire,

Entre vous, jeunes perrucatz,

Procureurs, nouveaulx advocatz,

Aprenans aux despens d'aultruy.

Venez-y tost, sans nul estrif,

Clercz, de praticque diligens,

Qui congnoissez si bien vos gens;

Sergens à pied et à cheval,

Venez-y d'amont et d'aval,

Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179]

Qui sçavez jargon jobelin;

Capitaine du pont-à-Billon;

Tous les subjetz Francoys Villon,

Soyez, à ce coup, reveillez.

Pas ne devez estre oubliez,

Tous gallans à pourpointz sans manches,

Qui ont besoing de repeues franches,

Et tous ceulx, tant yver qu'esté,

Qui en ont grant nécessité.

Venez vous apprendre comment

Les maistres anciennement

Sçavoyent tous les tours de ce faire:

Messire Chascun Poicdenaire,

Qui de livres sçait les usaiges,

Et veult lire tous les passaiges,

De celuy en prins appetis;

Venez-y donc, grans et petis,

Car, de la science sçavoir,

Vous ne povez que mieulx valoir.

Venez, chevaucheurs d'escuyrie,

Serviteurs de grant seigneurie,

Venez-y sans dilation,

Tous gens sotz et toutes gens sottes;

Venez-y, bigotz et bigottes;

Venez-y, povres Turlupins

Et Cordeliers et Jacopins;

Venez aussi, toutes prestresses,

Qui sçavez piecà les adresses

Des presbitaires hault et bas;

Gardez que vous n'y faillez pas!

Venez, gorriers et gorrières,

Qui faictes si bien les manières;

Que c'est une chose terrible.

Pour bien faire tout le possible; [P. 180]

Toutes manières de farseurs,

Anciens et jeunes mocqueurs;

Venez-y tous, vrays macquereaulx

De tous estatz, vieulx et nouveaulx;

Venez-y toutes, macquerelles,

Qui, par vos subtilles querelles,

Avez tousjours en vos maisons

Pour avoir, en toutes saisons,

Tant jours ouvriers que dimenches,

Souvent les bonnes repeues franches.

Venez-y tous, bons pardonneurs,

Qui sçavez faire les honneurs,

Aux villages, de bons pastez,

Avecques ces gras curatez,

Qui ayment bien vostre venue

Pour avoir la franche repeue;

Affin que chascun d'eulx enhorte

Les paroissiens, qu'on apporte

Des biens aux pardons de ce lieu,

Et qu'on face du bien pour Dieu.

Tant que le pardonneur s'en aille,

Le curé ne despendra maille,

Et aura maistre Jehan Laurens

Fermement payé les despens

Et quarte de vin, simplement,

Au curé, à son parlement.

De tout estât, soit bas ou hault,

Venez-y, qu'il n'y ait deffault;

Venez-y, varletz, chamberières,

Qui sçavez si bien les manières,

En disant mainte bonne bave,

D'avoir du meilleur de la cave,

Et puis joyeusement preschez,

Après que vos gens sont couchez. [P. 181]

Ceulx qui cerchent banquets ou festes

Pour dire quelques chansonnettes,

Affin d'atrapper la repeue,

Que chascun de vous se remue

D'y venir bien legièrement;

Et vous pourrez ouyr comment

Ung grant tas de bonnes commères

Sçavent bien trouver les manières

De faire leurs marys coqus.

Venez-y, et n'attendez plus,

Entre vous, prebstres sans séjour,

Qui dictes deux messes par jour

A Sainct-Innocent, ou ailleurs;

Venez-y, pour sçavoir plusieurs

Des passaiges et des adresses

De maintes petites finesses

Que l'en faict facillement

Qu'advient, par faulte d'argent,

En maint lieu, la franche repeue,

Qui ne doit à nul estre teue.

Par tel, cil qui veue ne l'aura,

Paiera, et celuy qui fera

De ceste repeue le présent,

De l'escot s'en yra exempt,

Moyennant qu'il monstre ce livre:

Par ce moyen sera delivre;

En lieu où n'aura esté veu

Il sera franchement repeu,

Ainsi qu'on orra plus à plain,

Qui de l'entendre prendra soing.

[P. 182]

BALLADE DE L'ACTEUR.

Œuvres complètes de François Villon Suivies d'un choix des poésies de ses disciples · 第 7 / 13 段