«Monseigneur, Votre Eminence ne trouvera pas étrange la petite
nouveauté qui est arrivée en cette cour puisqu'elle a esté de
tout temps le théâtre de semblables aventures. Elle admirera
plustost le bonheur de la Reyne et la sagesse de sa conduite qui a
prévenu un mal lorsqu'il estoit sur le point d'esclater, et
dissipé en un moment et presque sans bruit un orage qui se formoit
de longue main, et qui ne pouvoit esclater qu'avec une grande
violence. Votre Éminence saura donc que cette princesse, ayant
inutilement employé la douceur et les bienfaits pour contenir
certains esprits dans leur devoir, a esté contrainte de se servir
d'une conduite plus forte pour les empescher d'achever la faute
qu'ils avoient fort avancée. Je laisse à penser à V. E. combien
cette princesse s'est fait violence en quittant le chemin de la
bonté qui lui est si naturelle pour entrer dans ceux de la
justice, et dans les moyens fâcheux d'une précaution nécessaire.
Pour moi, je suis venu dans le ministère avec cette ferme
résolution de n'y considérer jamais mes intérêts, et de n'y faire
point desplaisir à personne, et d'y faire plaisir à qui je
pourrai. J'avoue que ce m'a esté une très sensible douleur de
n'avoir pas peu, comme j'eusse désiré, m'opposer à un accident qui
ne m'est pas moins fâcheux qu'à ceux qui le souffrent. S'il n'eût
été question que de ma retraite pour guérir les esprits malades,
le remède m'eût été doux et facile, comme V. E. le pourra juger;
et avec un repos qui n'eût pas été sans honneur, j'eusse pu
retirer les autres des inquiétudes et des troubles qu'ils se sont
donnés; mais le commandement absolu de la Reyne, la confiance
qu'elle me fait l'honneur d'avoir en moi, et ce que je dois à la
bonté du feu Roi, dont vous estes en partie témoin, seront
toujours des motifs plus forts pour m'obliger à continuer dans le
service, quelque hasard qu'il y ait à courir, que la considération
de mon repos et de la sûreté même de ma personne pour me le faire
abandonner en un lieu où Sa Majesté croit que je lui suis utile et
en quelque façon nécessaire. Voilà mes véritables sentiments en
cette occurrence que vous ne condamnerez pas, à mon avis, estant
généreux et reconnoissant au point que vous estes. Au reste depuis
cet accident, tout jouit ici d'un calme parfait, et toute la
crainte et les alarmes qui agitoient les esprits, ont passé en un
estat incroyable d'assurance. Pour ce qui est de nos affaires,
elles sont partout florissantes, et nous espérons avec la grâce de
Dieu recueillir des fruits de la prise de Thionville, qui feront
que la fin de cette campagne ne démentira point le bonheur du
commencement. Je suis de toutes les forces de mon âme, etc., etc.»
IBID., A BERINGHEN, ALORS EN MISSION EN HOLLANDE AUPRÈS DU PRINCE
D'ORANGE, 10 AVRIL 1641.
«...On m'a donné avis que Brillet et Fouqueret (H. de Campion),
qui sont les deux personnes qui ont eu le plus de part dans la
confidence de M. de Beaufort, et auxquelles il s'est le plus
ouvert dans la conspiration qui avoit esté faite contre ma
personne, sont allés servir dans les troupes en Hollande, ayant
pris de grandes barbes qu'ils ont laissé croître afin de n'estre
pas connus, et ont changé de nom, Brillet se faisant appeler La
Ferrière. Je vous prie de faire toutes les diligences possibles
pour vérifier si cela est, et donner ordre, quand vous viendrez, à
quelque personne confidente pour veiller de près à leurs actions,
parce que nous songerions après au moyen de les avoir...»
IBID., LETTRE DU 15 AVRIL 1644, A LA FERTÉ-SENETERRE COMMANDANT DU CÔTÉ
DE LA LORRAINE.
«Je sais que c'est vous obliger que vous donner occasion de servir
la Reyne. On lui a donné advis que dans les troupes qui sont en
vos quartiers il y a un lieutenant d'une compagnie de cavalerie
nommé Vigé, si ami et despendant de Beaupuy qu'on a grande raison
de croire que toutes les menées et cabales de M. le duc de
Beaufort ne se sont pas faites sans sa participation et sa
connoissance. Sa Majesté désire donc qu'avec adresse vous essayez,
ou par vous-mesme ou par l'entremise de quelque personne affidée,
de le faire parler et lui tirer, s'il est possible, les vers du
nez, et si vous reconnoissez qu'il soit informé de ce qui s'est
passé dans lesdites cabales, que vous m'en donniez advis
secrètement, et je vous ferai envoyer les ordres du Roi de ce que
vous aurez à faire.»
IBID., LETTRE DU 16 SEPTEMBRE 1645 AU CHANCELIER SEGUIER, OU IL L'INVITE
A VEILLER SUR L'AFFAIRE DE BEAUFORT REMISE AU PARLEMENT, ET DE RESTER A
PARIS POUR LA BIEN SUIVRE.
LETTRES ITALIENNES, T. I, FOL. 226, VERSO, LETTRE A ONDEDEI DU 25 MARS
1645.
«Baupui essendo stato il principal confidente di M. di Beaufort
nell'assassinato ordito contro di me, si fa istanza d'haverlo
nelle mani perche possi finirsi qui il processo che se ne forma,
dove lui è più volte nominato; onde prego vostra signoria a voler,
occorrendo, fornire ragioni al signore de Gremonvilla, acciò non
possi il Papa difendersi di non consegnarlo.»