«J'ai vu par vos lettres et entendu par Renaut les sentiments où
vous estes pour mon retour, et le désir que vous avez de sçavoir
quels sont aussi les miens. A quoi bien véritablement je vous
respondrai que j'ose dire qu'ils sont encore plus grands que les
votres de me voir en France en estat de remédier à nos affaires et
de vivre doucement avec vous et mes enfants. Mais je connois tant
de péril dans la résolution d'aller là, comme je sçais les choses,
que je ne la puis prendre encore, sachant que je n'y puis servir à
votre avantage ni au leur si j'y suis dans la peine. Ainsi il me
la faut doublement éviter pour le pouvoir un jour faire, et
cependant chercher avec patience quelque bon chemin qui enfin me
mène là, avec le repos d'esprit que je ne puis encore trouver.
C'est ce que je vous jure que je demande tous les jours à Dieu, et
que je m'étudie à trouver tant que je puis, n'ayant autre dessein
au monde que celui-là et le ciel. J'estois dans la même pensée
quand Boispille partit, et, croyez moi, j'ai encore appris des
particularités très importantes depuis, et dont je suis absolument
innocente, ainsi que peut-estre même on connoist à cette heure, et
toutes fois dont toutes les apparences montrent qu'on me vouloit
accuser. Je ne puis pas m'expliquer plus clairement sur cela, mais
je vous proteste bien qu'aussitôt que je connoistrai, selon les
lumières que Dieu me donne, m'en pouvoir retourner surement, je ne
perdrai un quart d'heure sans faire ce qu'il faut pour haster mon
partement d'ici. Et puisque c'est mon intérêt aussi bien que le
votre, vous devez en cela vous en reposer sur la parole que je
vous en donne, vivant cependant le plus doucement que vous
pourrez, et espérer avec moi que Dieu ne permettra pas que ce
soit long-temps sans nous voir. Réglez votre maison le mieux que
vous pourrez; ce sera toujours autant de fait quand je serai là,
et la mienne le sera assez aussi pour n'y apporter point de
désordre. C'est celle qui est absolument à vous, M.--16 novembre.»
[430] Man. de Colbert, fol. 52. Manque dans le _Suppl. franç._
Nous avons sous les yeux l'original.