«Madame, le Roy a trouvé fort étrange qu'ayant reçu votre
abolition il y a plus de trois mois telle qu'on la désiroit pour
vous en ce temps et dont il vous a plu me remercier vous-même,
vous ayez fait difficulté de vous en servir comme vous disiez le
vouloir faire. Je vous avoue que je n'ai sçu jusques à présent
attribuer le délai que vous avez pris à autre chose qu'à un
dessein formé de ne revenir pas en France. L'esprit que Dieu vous
a donné m'a empêché de croire que les faux avis que l'on vous a pu
donner, aient esté capables de produire cet effet si préjudiciable
à votre propre bien, vous croyant trop judicieuse pour ne
connoistre pas que sa Majesté ne voudroit pour rien du monde vous
donner une abolition pour une chose dont elle voulût par après
vous rechercher en France. N'estant pas à Paris, elle n'a pu vous
en envoyer une nouvelle, et quand elle y auroit esté, elle
n'auroit pas jugé à propos de le faire, vu que celle que vous
avez, qui a déjà été plusieurs fois changée à votre gré, ne peut
estre plus grande et plus expresse.
«Cependant, parce que le sieur de Ville vous a voulu persuader
qu'on vous vouloit rechercher sur le fait de M. de Lorraine, je ne
crains point de vous déclarer que l'intention du Roy n'a jamais
esté et n'est point telle, et que vous jouirez de votre abolition
selon son plein et entier effet, sans qu'il soit plus parlé de
négociations faites avec M. de Lorraine. Reste donc à vous,
Madame, de faire ce que vous estimerez plus à propos pour votre
avantage, que je souhaiterai toujours autant que vous même, comme
estant véritablement, etc.»
[425] Man. de Colbert, fol. 44 bis. Manque dans le _Suppl.
franç._
LONDRES, 16 SEPTEMBRE 1639. Mme DE CHEVREUSE AU CARDINAL[426].
«Monsieur, il est vrai que je vous ai remercié comme je fais
encore des obligations que je vous ai des soins que vous avez pris
de m'obliger auprès du Roy pour m'en faire obtenir les graces que
j'en ai reçues et tiens de vous, lesquelles je vous jure ne vous
avoir jamais demandées qu'avec un dessein ferme de m'en servir;
mais, Monsieur, les rencontres qui se sont faites du depuis et que
j'attribue à mon malheur, m'ont fait faire la dernière dépêche que
je vous ai faite, afin de les vous faire sçavoir pour chercher les
remèdes que la foiblesse de mon esprit ne pouvoit trouver sans
votre aide. A ceci, Monsieur, je vous avoue que vous avez beaucoup
remédié par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire,
dont je n'ai point de remercîments capables pour en exprimer mes
ressentiments. Mais, Monsieur, il faut que je vous confesse aussi
que les appréhensions où l'on m'a mise ont esté telles que mon
esprit n'a pas été capable de les surmonter tout d'un coup en m'en
retournant présentement en France, où je vous proteste que je n'ai
jamais eu ni n'ai encore autre dessein que de m'y voir dans
l'honneur de votre bienveillance. Seulement il faut, s'il vous
plaist, que vous pardonniez à ma foiblesse qui a besoin de quelque
temps pour remettre mon esprit si étonné par tant de diverses
rencontres. C'est ce que je vous supplie de ne point trouver
mauvais que je fasse, en vous assurant que je crois mon bien si
attaché à mon retour en France que je me hâterai tant que je
pourrai pour me délivrer des inquiétudes qui travaillant mon
esprit m'empêchent de m'en aller présentement. A quoi, Monsieur,
j'avoue que la considération de votre éloignement du lieu ordonné
pour ma demeure m'est encore un grand obstacle. J'espère qu'elle
ne sera pas longue, et que, votre bonté n'ayant autre vue en cette
occasion que celle de mon repos, vous trouverez bon de me donner
le temps que je vous demande pour m'y mettre, lequel je rendrai le
plus court que je pourrai, puisque je vous assure encore une fois
que je ne le sçaurois trouver parfait qu'en vous pouvant assurer
de vive voix que je suis, Monsieur, etc., MARIE DE
ROHAN.--Londres, ce 16 septembre.»
[426] Man. de Colbert, fol. 45. Manque dans le _Suppl. franç._ On
nous a communiqué l'original sur lequel nous avons rectifié la
copie.