30 AOUST. LE CARDINAL DE RICHELIEU A Mme DE CHEVREUSE[425].

«Madame, le Roy a trouvé fort étrange qu'ayant reçu votre

abolition il y a plus de trois mois telle qu'on la désiroit pour

vous en ce temps et dont il vous a plu me remercier vous-même,

vous ayez fait difficulté de vous en servir comme vous disiez le

vouloir faire. Je vous avoue que je n'ai sçu jusques à présent

attribuer le délai que vous avez pris à autre chose qu'à un

dessein formé de ne revenir pas en France. L'esprit que Dieu vous

a donné m'a empêché de croire que les faux avis que l'on vous a pu

donner, aient esté capables de produire cet effet si préjudiciable

à votre propre bien, vous croyant trop judicieuse pour ne

connoistre pas que sa Majesté ne voudroit pour rien du monde vous

donner une abolition pour une chose dont elle voulût par après

vous rechercher en France. N'estant pas à Paris, elle n'a pu vous

en envoyer une nouvelle, et quand elle y auroit esté, elle

n'auroit pas jugé à propos de le faire, vu que celle que vous

avez, qui a déjà été plusieurs fois changée à votre gré, ne peut

estre plus grande et plus expresse.

«Cependant, parce que le sieur de Ville vous a voulu persuader

qu'on vous vouloit rechercher sur le fait de M. de Lorraine, je ne

crains point de vous déclarer que l'intention du Roy n'a jamais

esté et n'est point telle, et que vous jouirez de votre abolition

selon son plein et entier effet, sans qu'il soit plus parlé de

négociations faites avec M. de Lorraine. Reste donc à vous,

Madame, de faire ce que vous estimerez plus à propos pour votre

avantage, que je souhaiterai toujours autant que vous même, comme

estant véritablement, etc.»

[425] Man. de Colbert, fol. 44 bis. Manque dans le _Suppl.

franç._

LONDRES, 16 SEPTEMBRE 1639. Mme DE CHEVREUSE AU CARDINAL[426].

«Monsieur, il est vrai que je vous ai remercié comme je fais

encore des obligations que je vous ai des soins que vous avez pris

de m'obliger auprès du Roy pour m'en faire obtenir les graces que

j'en ai reçues et tiens de vous, lesquelles je vous jure ne vous

avoir jamais demandées qu'avec un dessein ferme de m'en servir;

mais, Monsieur, les rencontres qui se sont faites du depuis et que

j'attribue à mon malheur, m'ont fait faire la dernière dépêche que

je vous ai faite, afin de les vous faire sçavoir pour chercher les

remèdes que la foiblesse de mon esprit ne pouvoit trouver sans

votre aide. A ceci, Monsieur, je vous avoue que vous avez beaucoup

remédié par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire,

dont je n'ai point de remercîments capables pour en exprimer mes

ressentiments. Mais, Monsieur, il faut que je vous confesse aussi

que les appréhensions où l'on m'a mise ont esté telles que mon

esprit n'a pas été capable de les surmonter tout d'un coup en m'en

retournant présentement en France, où je vous proteste que je n'ai

jamais eu ni n'ai encore autre dessein que de m'y voir dans

l'honneur de votre bienveillance. Seulement il faut, s'il vous

plaist, que vous pardonniez à ma foiblesse qui a besoin de quelque

temps pour remettre mon esprit si étonné par tant de diverses

rencontres. C'est ce que je vous supplie de ne point trouver

mauvais que je fasse, en vous assurant que je crois mon bien si

attaché à mon retour en France que je me hâterai tant que je

pourrai pour me délivrer des inquiétudes qui travaillant mon

esprit m'empêchent de m'en aller présentement. A quoi, Monsieur,

j'avoue que la considération de votre éloignement du lieu ordonné

pour ma demeure m'est encore un grand obstacle. J'espère qu'elle

ne sera pas longue, et que, votre bonté n'ayant autre vue en cette

occasion que celle de mon repos, vous trouverez bon de me donner

le temps que je vous demande pour m'y mettre, lequel je rendrai le

plus court que je pourrai, puisque je vous assure encore une fois

que je ne le sçaurois trouver parfait qu'en vous pouvant assurer

de vive voix que je suis, Monsieur, etc., MARIE DE

ROHAN.--Londres, ce 16 septembre.»

[426] Man. de Colbert, fol. 45. Manque dans le _Suppl. franç._ On

nous a communiqué l'original sur lequel nous avons rectifié la

copie.

Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle · 第 50 / 119 题