«Madame, ces trois mots ne sont que pour vous dire qu'une lettre
que j'escris à Monsieur Du Dorat servira de réponse à celle que
j'ai reçue de vous, me contentant seulement de vous faire
connoistre par ces lignes que je suis, etc. Si la demeure du
Verger et d'Angers n'est pas agréable à madame de Chevreuse, on en
pourra trouver quelque autre qui lui plaira davantage; mais il est
impossible d'obtenir qu'elle demeure présentement à Dampierre plus
de huit ou dix jours.»
LONDRES, 28 MARS 1639. Mme DE CHEVREUSE A M. LE CARDINAL[417].
«Monsieur, j'ai vu en la réponse qu'il vous a plu me faire par la
lettre à monsieur Du Dorat, combien je vous suis obligée, et
combien je suis malheureuse, vous trouvant avec tant de bonté pour
moi et demeurant avec tant de mauvaise fortune. Je prie Dieu que
mes services vous puissent un jour faire paroistre que je ne suis
pas tout à fait indigne des grâces que j'ai reçues de vous, mais
seulement du malheur où je suis duquel j'espérois que vos bontés
me feroient voir la fin, alors que mon malheur m'en fait
rencontrer la continuation, par celle de mon éloignement des lieux
qui me pouvoient tirer des incommodités qu'il m'a fait souffrir,
auxquelles je vous confesse, Monsieur, qu'il m'est impossible de
me résoudre. Je me promets qu'il ne le vous sera pas toujours
d'obtenir du Roy un repos pour moi si juste que celui que je vous
ai demandé, ainsi que messieurs Du Dorat et Boispille vous le
feront encore particulièrement entendre. C'est pourquoi, m'en
remettant absolument à eux, je vous supplie seulement de les
vouloir entendre et croire que jamais je ne serai autre que,
Monsieur, votre, etc., M. DE ROHAN. Londres, ce 28 mars.»
[417] Man. de Colbert, fol. 20. L'original est au _Suppl. franç._
NOUVELLE ABOLITION DE Mme DE CHEVREUSE[418].
«Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous
présents et à venir, Salut: Nous n'avons point de plus grand
desplaisir, que quand nous nous voyons obligé par la nécessité du
bien et repos de notre Estat, de laisser aller le cours de la
justice à quelque exemple de sévérité pour maintenir nos sujets
dans le devoir, et les plus qualifiés dans l'obéissance qu'ils
nous doivent. Et au contraire ce nous est un grand contentement
lorsque par la reconnoissance de leurs fautes ils nous donnent
sujet de les oublier. Notre cousine la duchesse de Chevreuse a
autant de connoissance que personne du monde de notre inclination
plutôt à la clémence qu'à la rigueur; dont voulant présentement
lui départir un effet particulier sur le sujet de sa dernière
sortie hors du royaume, contre l'ordre et le commandement exprès
qu'elle avoit de nous de demeurer en notre ville de Tours, et sa
retraite et séjour en pays ennemi, et autres fautes qu'elle auroit
pu commettre en conséquence contre la fidélité et service qu'elle
nous doit; sçavoir faisons que nous avons favorablement reçu sa
très-humble supplication, sur le sujet desdites fautes, et par ces
présentes, signées de notre main, nous avons remis, quitté,
pardonné et aboli, remettons, quittons, pardonnons et abolissons à
notre cousine, la duchesse de Chevreuse, la faute qu'elle a
commise s'en allant de notre ville de Tours contre l'exprès
commandement que nous lui avions fait d'y demeurer, ensemble
sortant de notre royaume sans notre congé et se retirant au pays
de nos ennemis déclarés, et généralement tous autres crimes et
fautes qu'elle auroit commis en conséquence contre nos intentions,
service et fidélité qu'elle nous doit. Voulons et nous plaît que
pour raison desdites fautes ne puisse dorénavant estre recherchée
en quelque façon que ce puisse estre, imposant pour ce regard
silence perpétuel à nos procureurs généraux et à leurs substituts
présens et à venir, et l'avons restituée et restituons au mesme
état qu'elle estoit auparavant icelles; si donnons en mandement à
nos amez et féaux conseillers, les gens tenant notre cour de
Parlement à Paris, que de notre présente grâce et abolition ils
fassent, souffrent et laissent jouir notre dite cousine la
duchesse de Chevreuse pleinement et paisiblement, et qu'ils aient
à l'entériner sans que notre dite cousine soit tenue de se
représenter devant eux, dont nous l'avons dispensée et dispensons
de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale; car
tel est notre plaisir; et afin que ce soit chose ferme et stable à
toujours, nous avons fait mettre notre scel aux susdites
propositions, etc. Donné à Saint-Germain-en-Laye, au mois de mars,
l'an de grace 1630 et de notre règne le vingt-neuvième. Signé
LOUIS, par le Roy.--Bouthillier. Et scellé en placart de cire
verte: Copie collationnée par moi, Boispille.»
[418] Man. de Colbert, fol. 41. L'original de la main de
Boispille est au _Suppl. franç._ C'est la seconde abolition
modifiée selon le désir de Mme de Chevreuse et où il n'est plus
question du duc de Lorraine.