«Monsieur, j'arrivai ici mardi devant l'ordinaire bien las et
fatigué, où j'ai rendu Madame très-contente et satisfaite des
graces et bontés de Son Éminence, qui ne parle plus que de son
retour, et aussi très satisfaite de vos soins et peines. Il faut
pourtant tout dire: ayant voulu m'entretenir, avant de lire ses
lettres, croyant que j'en sçavois la teneur, je la trouvai fort
émue, même estonnée et en des appréhensions; mais après qu'elle
eut lu la lettre de Son Éminence, surtout les trois lignes de sa
main, ce fut un changement et une satisfaction si entière que je
ne vous le sçaurois représenter. Je crois que ces trois lignes ont
plus de force que toutes les abolitions en cire verte qu'elle a
reçues; et en effet entre vous et moi elle en avoit grand besoin,
et vous fîtes un grand coup quand vous suppliâtes son Éminence de
prendre cette peine, car j'en eusse bien eu à l'assurer, après les
appréhensions qu'on lui donne de Paris et _novissime_ depuis cinq
ou six jours. Elle avoit encore la lettre en sa poche qu'elle m'a
fait l'honneur de me montrer, c'est-à-dire me donner part de la
lecture, sans avoir voulu que j'aie sçu qui (la lettre anonyme qui
précédoit celle du duc de Lorraine). En substance on lui mandoit
qu'elle ne prenne aucune créance et qu'il n'y a pour elle aucune
sureté. Je crois pourtant sçavoir à peu près qui c'est. Enfin,
Monsieur, il faut partir et s'en aller, c'est à ceste heure que
l'on en parle tout de bon, et pour cet effet il faut payer où elle
doit, car de prendre de l'argent de ceux qui lui en ont offert, il
y a fort longtemps qu'elle n'en a voulu prendre, ni aussi refusé
sur l'incertitude de son affaire; elle ne le fera pas; c'est sur
ce sujet que nous vous ferons une dépêche dans un jour ou deux;
car de quitter et retourner pour cela, je ne le crois pas à
propos, et crois que son Éminence ne le trouveroit pas bon;
toujours elle ne pourroit partir qu'après la Quasimodo, et si la
Reyne la veut retenir tant qu'elle pourra. Je remets donc le reste
de cette affaire à la dépêche que je vous ferai par ordre et
commandement de ma dite dame, pour vous dire que M. de Lorraine
est arrivé dès le 17e à Bruxelles. Madame n'en a aucunes
nouvelles, ni n'en a eu aucune depuis celles qu'elle vous dit en
avoir reçues. Londres, 21 avril 1639.»
[419] Man. de Colbert, fol. 22. Dans le _Suppl. franç._ une
simple copie.
RECONNAISSANCE DE DU DORAT ET BOISPILLE COMME M. LE CARDINAL DE
RICHELIEU LEUR A REMIS ES MAINS 18000 FR. POUR LES DETTES DE MME
DE CHEVREUSE EN ANGLETERRE[420].
«Nous soussignez reconnoissons que monseigneur le cardinal duc de
Richelieu ayant sçu par nous le désir qu'a Mme de Chevreuse de
revenir en France pour amender le passé par l'avenir, en
découvrant tout ce qu'elle sçaura qui puisse servir au bien des
affaires de Sa Majesté, ce qu'elle ne peut faire si elle n'est
secourue dans la nécessité et incommodité où elle se trouve; son
Éminence nous a mis entre les mains la somme de dix-huit mille
livres pour donner moyen à la dite dame de s'en revenir et
accomplir les bonnes intentions qu'elle a pour le service du Roy;
laquelle somme de dix-huit mille livres nous promettons à son
Éminence d'employer aux fins que dessus. Fait à Ruel ce 19 mai
1639.