«Monsieur, si je doutois de vos paroles je n'en mériterois pas les
effets; au contraire[413] la liberté qu'elles me font prendre à
cette heure de vous représenter mes intérêts, n'estant digne du
soin qu'il vous plaist d'en prendre. Considérez, Monsieur, l'état
où je suis, très satisfaite d'un côté des assurances que vous me
donnez de la continuation de votre amitié, et fort affligée de
l'autre des soupçons ou pour mieux dire des certitudes que vous
dites avoir d'une faute que je n'ai jamais commise, laquelle,
j'avoue, seroit accompagnée d'une autre, si, l'ayant faite, je la
niois, après les graces que vous me procurez du Roy en l'avouant.
Je confesse, Monsieur, que ceci me met en un tel embarras que je
ne vois aucun repos pour moi dans ce rencontre. Que si vous ne
vous estiez pas persuadé si certainement de la sçavoir, ou que je
la pusse avouer, ce seroit un moyen d'accommodement; mais vous
laissant emporter à une créance si ferme contre moi qu'elle
n'admet point de justification, et ne me pouvant faire coupable
sans l'estre, j'ai recours à vous même, Monsieur, vous suppliant,
par la qualité d'ami que votre générosité me promet, d'aviser un
expédient par lequel Sa Majesté puisse estre satisfaite, et moi
retourner en France avec sûreté, ne m'en pouvant imaginer aucun,
et me trouvant dans des grandes peines. Comme je suis avec
d'entières résolutions de vous servir, j'espère que vous trouverez
bon la franchise avec laquelle je vous supplie de m'en tirer, et
de me donner occasion de vous tesmoigner ce que je suis, Monsieur,
votre très humble et très affectionnée servante,
«MARIE DE ROHAN.»
[412] Manuscrits de Colbert, fol. II. Manque dans le _Suppl.
franç._
[413] Il paraît y avoir ici une petite lacune; supplées: _je vous
prie d'excuser_, ou quelque chose de semblable.