MÉMOIRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU CONTRE M. DE CHÂTEAUNEUF.

«Du temps du maréchal d'Ancre le sieur de Chasteauneuf estoit

extrêmement mal avec lui. Le cardinal de Richelieu ne laissa de

l'assister, jusque-là que le dit maréchal lui en voulut mal. Le

lendemain que le cardinal fut chassé, le dit sieur de Chasteauneuf

fit tout ce qu'il put contre lui.

Depuis, estant en Savoie, le cardinal lui fit avoir les trois

abbayes de son frère[372], et les disputa contre la reyne mesme et

en eust sa mauvaise grâce. Depuis, lorsqu'il fut fait garde des

sceaux, il le pria de bien penser si c'estoit son avantage, parce

qu'il ne vouloit pas le proposer au Roy pour l'utilité du

cardinal, mais pour la sienne propre. Après y avoir pensé trois

jours, il le pria de faire exécuter la proposition qu'il lui avoit

faite.

[372] Les abbayes de Massai, Préaux et Noirlac, qui étoient

d'abord à Gabriel de l'Aubespine, évêque d'Orléans, furent à sa

mort, en 1630, transportés à son frère Charles.

Trois semaines après qu'il fut garde des sceaux, Monsieur s'estant

accommodé avec le Roy et ayant promis son amitié au cardinal, et

les sieurs Le Coigneux et Puylaurens désiré que le dit cardinal

les maintînt auprès du Roy, ce à quoi Sa Majesté trouva bon qu'il

s'engageast, selon certains articles que le dit sieur de

Chasteauneuf en dressa lui-mesme, il envoya le sieur de

Hauterive[373] avec Mme de Verderone[374] pour tâcher de séparer

Puylaurens d'avec Le Coigneux, ce qui étoit chose directement

contraire à ce qui leur avoit été promis; d'où Le Coigneux prit

une telle allarme, Puylaurens lui ayant dit, qu'il crut que

c'estoit un complot fait entre le dit sieur de Chasteauneuf et le

cardinal qui n'en savoit rien; d'où il conclut qu'il ne s'y

pouvoit fier, et partant médita la ruine du cardinal qui pensa

arriver par la visite que Monsieur fit chez lui et sa retraite,

d'où se sont ensuivies les guerres qu'on a vues depuis.

[373] Frère de Châteauneuf. François de l'Aubespine, marquis de

Hauterive, lieutenant général des armées du roi, mort en 1670.

[374] Les Verderonne sont une branche des l'Aubespine. Mme de

Verderonne dont parle ici Richelieu est vraisemblablement Louise

de Rhodes, femme de Claude de l'Aubespine, seigneur de

Verderonne, président de la cour des comptes de Paris.

Estant à Château-Thierry le Roy fit le dessein de surprendre

Moyenvic, sur un advis qui ne fut cognu qu'au Roy, au cardinal, au

garde des sceaux, au maréchal de Schomberg et au sieur

Bouthillier. Ce dessein ne fut pas plustôt fait que ledit garde

des sceaux le mandast à 9[375], personne intéressée en cette

affaire; et en effet ce dessein faillit, celui qui estoit dans

cette place en ayant eu assez de vent pour s'y fortifier de gens,

ce qui fit qu'on trouva toute autre garde au pont qu'il n'y avoit

pas six mois auparavant.

[375] Voyez la note qui suit.

Il déclara aussi le dessein du voyage des troupes du Roy à

Hermestein. Il a aussi dit à 9 dès Lyon que le Roy avoit résolut

de faire trancher la teste à M. de Montmorency, et ce deux jours

après la résolution que Sa Majesté en avoit prise.

Ayant été pris dans Lyon un courrier que M. de Lorraine envoyoit à

Monsieur, et dont le cardinal avoit eu advis par une voie secrète,

incontinent il en advertit 9 qui, dans la chaleur de la dispute

qu'elle[376] eut avec lui sur ce sujet pour le faire eslargir, lui

découvrit qu'elle savoit les marques particulières qu'il devoit y

avoir sur une lettre qu'on prétendoit qu'il eût cachée. Le

cardinal consulta depuis avec le garde des sceaux la peine où il

estoit de peur que par ces marques-là M. de Lorraine découvrist

qui lui avoit donné l'advis et en perdist l'autheur. Il redit

encore toute cette seconde conférence à cette mesme personne qui

depuis le découvrit au cardinal.

[376] Donc 9 est une femme. C'est très-certainement Mme de

Chevreuse.

Est à noter les lettres qu'on a interceptées qu'il escrivoit en

Angleterre conseillant la Reyne contre les sentiments du Roy,

particulièrement au fait de la religion. Ouaston, grand trésorier

d'Angleterre, a fait advertir par son propre fils, ambassadeur

extraordinaire en France, comme d'une chose bien assurée qu'il

donne pour marque de l'affection qu'il porte au cardinal, qu'il

sait de preuve très-certaine que le sieur de Chasteauneuf a

dessein de perdre le cardinal, et la Reyne d'Angleterre a dit

plusieurs fois que le garde des sceaux n'estoit point participant

des mauvais conseils du cardinal, qu'il estoit son serviteur

particulier, et qu'il feroit mieux aller l'Estat que le cardinal,

quand il seroit mort.

Est à noter encore qu'il dit à Chaudebonne[377] qu'il ne faisoit

nulle difficulté de sauver la vie à M. de Montmorency et lui

donner un autre gouvernement que celui du Languedoc, et ce pendant

qu'il lui disoit, après avoir fortement opiné à faire mourir le

dit sieur de Montmorency, et que la résolution en estoit prise.

[377] Un des principaux officiers de Gaston. Voyez les lettres de

Voiture.

Est à noter qu'aussitost que la nouvelle de la prise de M. de

Montmorency fut sçue, le garde des sceaux, de son propre

mouvement, sollicita pour qu'on envoyast une ordonnance du Roy à

M. le maréchal de Schomberg pour lui faire trancher la teste,

nonobstant ses blessures, ce que le seul cardinal détourna, sur ce

que tout le monde auroit horreur de cette action qui sembleroit

inhumaine, qu'il falloit attendre s'il guériroit ou non auparavant

du faire justice.

Est à noter encore qu'après avoir ainsi parlé audit Chaudebonne,

il vint dire au cardinal qu'il lui avoit dit qu'on ne pouvoit

sauver ledit sieur de Montmorency, et que jamais il ne donneroit

ce conseil au Roy, quand mesme le cardinal lui donneroit, et qu'il

vouloit bien qu'il le dît à Monsieur; sur quoi le dit sieur de

Chaudebonne dit à M. le cardinal de La Valette, au père Joseph et

au jeune Bouthillier[378] qu'il le jugeoit de là un étrange homme,

vu qu'il lui avoit dit tout le contraire, comme il est dit

ci-dessus, par où il le croyoit serviteur de Monsieur, puisqu'il

favorisoit M. de Montmorency, et que la difficulté venoit

seulement du cardinal qu'il tenoit ennemi de Monsieur.

[378] Léon de Chavigni, fils du surintendant des finances Claude

Le Bouthillier.

Le garde des sceaux dit à Chaudebonne au deuxième voyage qu'il a

fait à la cour, qu'il eût à dire de sa part à Puylaurens que si

Monsieur envoyoit quelqu'un au Roy, il feroit bien d'y venir et

qu'il lui vouloit parler. Quand Chaudebonne est revenu à

Montpellier, le garde des sceaux lui a demandé s'il s'étoit

souvenu de parler de ce que dessus à Puylaurens. Chaudebonne lui

ayant dit qu'il s'en estoit oublié (_sic_) par le peu de temps

qu'il avoit demeuré là, le garde des sceaux l'a prié de dire à

Puylaurens qu'il seroit bien aise de s'aboucher avec lui à la

campagne, si l'on s'approchoit de plus près, et qu'il feroit en

sorte qu'après M. le cardinal le verroit. Puylaurens a dit

plusieurs fois au dit Chaudebonne qu'il se fioit au garde des

sceaux et qu'il croyoit qu'il répondroit pour lui au Roy.

Chaudebonne dit aussi avoir recognu qu'il y avoit intelligence

entre le garde des sceaux et Puylaurens lorsqu'il étoit en

Flandre, et que par le moyen de Mme de Barlemont ils entretenoient

commerce sous prétexte de quelque réconciliation de Monsieur avec

le Roy, sans que le garde des sceaux et Puylaurens en eussent

dessein.

M. le maréchal de Schomberg m'a dit deux ou trois fois que

Briançon l'avoit assuré que chez Monsieur ils se faisoient fort du

garde des sceaux et qu'ils estoient en bonne intelligence. Ce que

le dit Briançon, depuis la mort du dit sieur maréchal, a donné

lieu de croire par la lettre qu'il a escrite à M. d'Haluin[379].

[379] Charles, fils du maréchal Henri de Schomberg, lui-même

maréchal, et duc de Schomberg à la mort de son père, s'appela

d'abord duc d'Halluin, du chef de sa première femme.

Est à noter que le maître des requêtes Belièvre dit à

Saint-Laurent qui estoit prisonnier à Castelnaudary: «Monsieur

menace toujours, mais ces menaces ne sont qu'en paroles; mais si

on les voyoit suivies d'effet, il trouveroit bien plus de gens qui

seroient de son parti.» Ce discours fut tenu en suite des escrits

et des menaces faites au cardinal. Briançon advertit M. le

maréchal de Schomberg de ce discours.

Il ne faut pas oublier le procédé dont il a usé au procès de

Marillac, où, lorsqu'il voyoit en mauvaise disposition le Roy et

les siens, disoit ouvertement qu'il ne le jugeroit point contre

son honneur; comme si c'eût été contre l'honneur d'un garde des

sceaux de faire la justice! Et depuis qu'il a vu le Roy en

meilleure santé, il l'a jugé comme sa charge l'y obligeoit.

Auparavant tous ses amis qui parloient franchement de cette

affaire disoient que M. le garde des sceaux ne vouloit point se

mettre au hazard par le jugement de ce procès, de se mettre mal

par la suite des temps avec des personnes qui le pourroient

perdre, et ce pour les intérêts du Roy qui sembloient chancelants

par sa mauvaise disposition et la fortune du cardinal qui ne

pouvoit qu'estre caduque, la santé du Roi n'estant pas assurée. Et

en effet M. d'Effiat[380] recognut un jour clairement qu'il

marchandoit, sur la mauvaise opinion qu'il avoit de la vie du Roy,

à prendre son congé sur la fin de son règne pour se faciliter une

glorieuse rentrée en son imagination en celui qui devoit venir peu

après.

[380] Le maréchal d'Effiat, père de Cinq-Mars.

Estant à Bésiers, il fit ce qu'il put adroitement pour faire

trancher la teste à M. de Montmorency par une simple ordonnance,

au lieu de le faire juger par le Parlement ou par commissaires. La

cognoissance qu'on avoit que cette proposition n'estoit bonne que

pour charger le cardinal de l'événement de cette affaire, disant

qu'elle ne passoit que pur l'autorité du Roy auprès duquel il

avoit grand crédit, fit que le cardinal s'en défendit disant qu'il

falloit mettre cette affaire au cours ordinaire de la justice.

M. de Montmorency ayant mandé au Roy, par le sieur de Launay, à

Toloze, que Monsieur estoit marié à la princesse de Lorraine, on

estima dans le conseil du Roy qu'il falloit tenir cette affaire

fort secrète, parce que si Puylaurens, qui l'avoit découverte à M.

de Montmorency, découvroit qu'on sçût la faute qu'il avoit commise

en cette action qu'il avoit toujours niée, la peur le reporteroit

à quelque nouvelle faute. Le Roy, pour cet effet, recommanda à son

conseil un estroit secret, ce qui fut promis de tous, mais non pas

gardé d'un chacun. La Vaupot, envoyé de Monsieur, qui estoit lors

auprès du Roy, l'ayant sçu le lendemain, ce qui produisit un si

mauvais effet qu'estant arrivé auprès de Monsieur, Puylaurens

effrayé l'emmena de nouveau hors du royaume. Sur quoi le Roy manda

au cardinal qu'ils estoient sortis parce qu'ils avoient sçu ce

dont M. de Montmorency l'avoit adverti, ce qu'il croyoit ou

sçavoit avoir été dit par le garde des sceaux.

Il est vrai qu'estant à Lectoure, dans la chambre de la Reyne, Mme

de Chevreuse demanda au cardinal en présence de la Reyne:

Dites-nous un peu ce que M. de Montmorency a mandé au Roy par

Launay. Sur quoi, le cardinal disant: il a mandé plusieurs choses;

je ne sais pas ce que vous voulez sçavoir. Elle reprit la parole

avec sa promptitude ordinaire et dit: il lui a mandé que le

mariage de Lorraine est fait; je le dis afin que vous ne pensiez

pas que nous ignorions ce dont vous faites secret. Elle n'adjousta

pas qui lui avoit donné cet advis, mais apparemment celui qui

l'avoit advertie du dessein de Moyenvic[381] lui avoit donné cette

cognoissance.

[381] Voyez plus haut, p. 396.

Le procédé du garde des sceaux, dans la maladie du cardinal, est à

considérer, où il est vrai qu'il le quitta, n'oubliant rien de ce

que l'adresse lui put suggérer pour que le cardinal lui conseillât

d'en user ainsi, ce qu'il sçavoit bien qu'il vouloit faire, Mme de

Chevreuse ayant dit audit cardinal qu'il y avoit plus de quatre

jours il avoit dit chez la Reyne que le dit cardinal demeureroit

si bon lui sembloit, mais qu'il iroit avec elle.

Est à noter l'affectation particulière que M. le garde des sceaux

eut d'envoyer Leuville[382] en Piedmond, et la proposition qu'il

fit au cardinal que le dit Leuville tueroit Toiras[383] s'il ne

vouloit obéir au roi, ce que le cardinal rejeta; en suite de quoi

cependant Leuville ne fut pas plustôt en Piedmont qu'il se mit

tout à fait du parti de M. de Toiras qui se roidit plus que jamais

à n'obéir pas, selon que M. Servien le mande, disant qu'il croit

que la venue du sieur de Leuville n'a pas peu servi à lui donner

du cœur pour résister aux volontés du Roy. Le Roy mesme m'a dit

que de Montpellier le garde des sceaux avoit envoyé un de ses

secrétaires en Piedmont à Leuville, ce qui s'estoit justifié par

l'ordonnance du voyage que longtemps après le dit secrétaire avoit

tâché de tirer en secret. Il est vrai que Leuville estant retourné

d'Italie, le garde des sceaux m'a escrit et avoué de bouche qu'il

estoit tout à fait pour Toiras, ce qui aussi estoit si clair qu'on

ne le pouvoit nier.

[382] Son neveu.

[383] Le maréchal de Toiras.

Le dit garde des sceaux qui avoit affecté le voyage de Leuville en

Piedmont, depuis la mort du roy de Suède a eu grand désir de faire

envoyer le maréchal d'Estrées vers les protestants d'Allemagne, ce

qui fit que le cardinal ayant fait résoudre à son arrivée d'y

envoyer le sieur de Feuquières, il ne se put tenir de dire au

sieur Bouthillier le jeune qu'il avoit fait une grande faute, et

qu'il y falloit envoyer un officier de la couronne; et cependant

chacun sçait que les meilleures affaires ne se font pas toujours

par les plus grands, et que Feuquières, maréchal de camp et

lieutenant du Roy en la frontière, est cognu en Allemagne fort

entendu et homme de bien.

Au mesme temps le dit garde des sceaux eût bien désiré que son

frère (Hauterive) eût été envoyé en Hollande pour empescher la

trève, mais il s'est moins ouvert de ce desir pour mieux cacher

son dessein.

Au mesme temps le roy d'Angleterre ayant eu la petite vérole, et

estant à propos que le Roy envoyast le visiter, il pria le jeune

Bouthillier de proposer le chevalier de Jars pour faire ce voyage,

et le faire en sorte que l'on ne cognût point qu'il lui en eût

parlé.

Au mesme temps il proposa au cardinal d'envoyer Berruyer à

Bruxelles, sous prétexte de parler au prince d'Espinoy, lui disant

qu'il verroit par ce moyen la dame de Barlemont et Puylaurens pour

sçavoir à quelles conditions ils voudroient revenir en France.

Par tout ce que dessus, il appert qu'il veut tenir toutes les

négociations importantes de l'Estat en sa main.

Dès que le cardinal fut revenu de son voyage, le soir mesme qu'il

arriva à Rochefort, le dit garde des sceaux, quoiqu'estonné de ce

qu'il cognoissoit n'estre pas bien avec le Roy, tira une lettre de

sa pochette, que lui escrivoit Mme de Barlemont, qui estoit de

deux ou trois pages pressées dont il ne montra que trois lignes au

cardinal, ès quelles mesme il y avoit des mots en chiffres qu'il

lui expliqua, en sorte que ces trois lignes signifioient que

Puylaurens estoit déjà las d'estre là où il estoit, qu'il voudroit

bien revenir et ramener son maistre en France, qu'il avoit eu

envie d'escrire pour cet effet au garde des sceaux, mais qu'elle

n'avoit osé prendre la lettre, que mesme pour donner assurance de

lui il feroit faire le mariage de Monsieur et de la princesse

Marie. Le dit garde des sceaux représenta fort au cardinal que le

mieux qu'on pût faire estoit de l'y faire revenir, mais qu'il

n'oseroit en parler au Roy. Le cardinal lui tesmoigna approuver

son advis et dit qu'il en parleroit bien, mais qu'il falloit un

peu attendre.

Le lendemain ledit garde des sceaux reparla encore de cette

affaire au cardinal. Sur quoi le cardinal lui disant: Mais quelle

sûreté Puylaurens pourroit-il donner de lui? Il lui respondit:

Elle consisteroit en deux choses: à marier Monsieur à une autre

personne que la princesse de Lorraine, et à ce que Puylaurens

espousât une des filles du baron de Pontchasteau. Sur quoi le

cardinal respondit que cette sûreté estoit bien maigre, et qu'il

ne voudroit pas y penser de peur de donner le moindre ombrage au

Roy, à qui il devoit tout.

Est à noter que le mesme jour le garde des sceaux dit au cardinal

qu'il avoit une prière à lui faire, qui estoit d'agréer que sa

nièce de Chasteauneuf, qui avoit dix mille livres en fonds de

terre et cinquante mille escus comptant, espousât quelqu'un de ses

parents, tel qu'il voudroit, pour que par ce moyen il entrast en

son alliance, et qu'il seroit très-aise qu'il la voulût donner au

fils du baron de Pontchasteau. Sur quoi le cardinal lui respondit

qu'il se sentoit obligé de cette offre, mais qu'il feroit bien

mieux de donner sa nièce à Leuville ou au fils de Mme de

Vaucelas, comme il avoit ouï dire qu'il l'avoit projeté, qu'aussi

bien le fils du baron de Pontchasteau estoit-il aucunement engagé

avec la fille du baron de Quervenau. A cela le garde des sceaux

répliqua que Leuville et cette fille se haïssoient, qu'il ne la

vouloit point donner à son neveu de Vaucelas, et qu'il désiroit

grandement cet honneur. Puis adjousta: Y a-t-il contract ou

articles passés entre le fils de Pontchasteau et la fille de

Quervenau? Le cardinal respondit: Non. Sur quoi il dit: Il n'y a

donc rien qui empesche cette affaire. Sur quoi le cardinal se

voyant pressé lui dit: Je sçaurai de M. et de Mme de Pontchasteau

comme cette affaire va.

Est à noter le discours que Leuville a fait à Roquemont allant en

Italie, le priant de favoriser le sieur de Toiras; ce que M. le

premier[384] a sçu de Roquemont et l'a dit au Roy de qui je l'ai

appris.

[384] Le premier écuyer, alors Saint-Simon.

Est à noter que le garde des sceaux a fait cognoistre aux jesuites

qu'il ne tenoit pas à lui qu'il ne les favorisast en l'affaire du

collége du Mans, se déchargeant tacitement sur le cardinal; ce que

j'ai appris du père Maillan.

Est à noter ce que Servien escrit que Toiras a dit ouvertement

avoir sçu les résolutions portées par Gagnot, et qui plus est

celles qu'un courrier porta à M. Servien pour faire avancer les

régimens de Saulx et d'Aiguebonne; ce qui fut fait pendant que le

cardinal estoit encore en Brouage, sans qu'autres personnes en

eussent cognoissance que le ministère.

Est à noter les paroles de mépris que le chevalier de Toiras a

dites au jeune Bouthillier du Roy, ce qui tesmoigne l'impression

qu'il y a en cette maison.

Est à noter la découverte qui a esté faite chez l'ambassadeur

d'Espagne d'un homme qui donnoit des advis, laquelle est arrivée

ainsi qu'il s'en suit. La Reyne envoya quérir Navas[385] et lui

dit: Prenez garde à vous; je suis assurée qu'il y a quelqu'un chez

vous qui advertit de ce qui s'y passe. Navas parla le soir à C.

(Châteauneuf) et lui dit: Il n'y a que vous et moi qui ayons

cognoissance des despesches; la Reyne m'a dit qu'on découvre ce

qui se passe. C. l'assura de sa fidélité. La Reyne donna cet advis

en un temps que Calori (le cardinal) avoit rapporté deux ou trois

choses découvertes des malices de Mirabel[386], disant qu'elles

estoient mandées par M. de Barrault; mais il se souvient qu'on

pouvoit soubçonner qu'elles ne vinssent pas de si loin. Il disoit

que M. de Barrault les découvroit en Espagne par un espion, mais

la nature des choses pouvoit faire cognoistre que l'espion estoit

en France, et de fait il a esté si bien soubçonné que la Reyne en

a eu l'advis. Tels advis n'ont jamais esté rapportés au Roy que

devant le garde des sceaux, le maréchal de Schomberg, et

Bouthillier. Le secret du Roy, de Schomberg, de Bouthillier et de

Calori sont à l'espreuve. L'affaire de Moyenvic fait cognoistre

par expérience qui ne reçoit point la réplique que le garde des

sceaux donne des advis d'importance à la Reyne. La conjecture

tombe donc tout entière sur lui par la règle: _semel malus semper

presumitur_.

[385] Probablement un des attachés de l'ambassade.

[386] L'ambassadeur d'Espagne.

«Desroches, neveu de Chanleci, a dit le 30 janvier 1633 à M. de

Fossé qu'un nommé La Forest, maître d'hotel de Puylaurens, qui fut

tué au combat de Castelnaudary, a esté une partie de l'hiver passé

à Paris et voyoit les nuits M. le garde de sceaux.

«M. de Guron m'a dit que M. de Lorraine lui a dit que lorsque le

Roy estoit à Metz la première fois, il se faisoit diverses allées

et venues vers Puylaurens de la part de M. le garde des sceaux par

un homme de Mme de Verderonne, et que ce qui se faisoit se faisoit

par son conseil.

«MM. de Bullion et de Fossé estant à Besiers auprès de Monsieur de

la part du Roy, Puylaurens leur dit, sur les difficultés de la

signature qu'on lui proposoit de faire pour la garantie de

Monsieur, qu'il signerait ce qu'il refusoit si M. le garde des

sceaux lui conseilloit; sur quoi ces messieurs lui disant qu'il en

demeureroit d'accord et qu'il lui envoyast demander son conseil,

Puylaurens repartit qu'il entendoit sçavoir l'advis dudit sieur

garde des sceaux par un des siens qu'il prétendoit lui envoyer

pour communiquer particulièrement avec lui.

«Le Boulay[387] a dit à M. de Bullion que depuis le retour du

voyage de Languedoc, le garde des sceaux lui parlant en

particulier à Paris lui demanda: Quel homme est-ce que ce

Puylaurens, et que dit-il? et que le Boulay lui respondit: Il faut

que le cardinal soit un mal habile homme ou qu'il vous ruine à

cause de Puylaurens.»

[387] Un des officiers de Monsieur, qui le trahissoit et étoit

vendu au cardinal. Il y en a une foule de lettres adressées au

cardinal et à Chavigni aux Archives des affaires étrangères.

PROCÈS-VERBAL DE LA VISITE DES PAPIERS DE M. DE CHATEAUNEUF FAITE FAR

MM. BOUTHILLIER ET DE BULLION

(Copie communiquée par M. le duc de Luynes.)

«Le lundi, vingt-huitième jour de février mil six cent

trente-trois, environ les huit à neuf heures du matin, Nous Claude

de Bullion et Claude Bouthillier, conseillers du roi en ses

conseils d'État et privé, et surintendants de ses finances, et

Léon Bouthillier, aussi conseiller du Roy en sesdits conseils et

secrétaire de ses commandements, en vertu de la commission de Sa

Majesté du vingt-sixième dudit mois, nous sommes transportés,

assistés du sieur Testu, chevalier du guet de la ville de Paris,

au logis du sieur de Chateauneuf, ci-devant garde des sceaux, pour

y faire perquisition de tous les papiers qui s'y pouvoient

trouver, pour iceux faire transporter où nous verrions bon être,

suivant la volonté de sadite Majesté; où étant arrivés, nous y

aurions trouvé le sieur de Boislouer, enseigne d'une des

compagnies des gardes du corps qui étoit en garnison audit logis

par commandement de Sa Majesté, lequel nous auroit fait faire

ouverture de la porte dudit logis où serions entrés et à l'instant

montés en la chambre où couchoit ordinairement ledit sieur de

Chateauneuf, où nous aurions fait appeler les nommés Mignon et

Menessier, l'un ayant charge de ses affaires, et l'autre son

secrétaire, auxquels nous aurions fait commandement de nous

montrer les cabinets et autres lieux où pouvoient être les papiers

appartenant audit sieur de Chateauneuf, ce qu'ils auroient à

l'instant fait; et nous aurions montré la porte d'un cabinet qui

donne dans ladite chambre, duquel nous aurions demandé la clef; et

à faute de la pouvoir trouver nous aurions à l'instant envoyé

quérir un serrurier nommé Duval, par lequel nous aurions fait

faire ouverture de ladite porte et serions entrés dans ledit

cabinet, où nous aurions trouvé des papiers, et iceux mis dans un

coffre avec tous les autres qui étoient sur les tables de ladite

chambre et sur les cabinets; de là nous serions entrés dans une

autre chambre qui est à main gauche, dans laquelle il y a deux

cabinets, lesdits Mignon et Menessier étant toujours avec nous, et

nous serions entrés dans celui dont la porte est à la ruelle du

lit, dans lequel il y a des armoires fermées de fil d'archal qui

étoient pleines de papiers, comme aussi il y en avoit force sur la

table, tous lesquels nous aurions fait tirer et mettre

pareillement dans un coffre. Ce fait, nous sommes entrés dans un

autre cabinet dont la porte est dans ladite chambre, duquel nous

en avons aussi tiré tous les papiers et mémoires qui étoient dans

un cabinet d'Allemagne tout ouvert, lesquels nous avons

pareillement fait mettre dans un coffre; de sorte qu'il s'en est

trouvé de quoi en emplir trois, lesquels nous avons à l'instant

fait fermer et d'iceux pris les clefs. De là nous sommes retournés

en la première chambre dans laquelle s'est trouvé un grand cabinet

d'ébène noir et un autre petit desquels nous n'avons pu faire

ouverture, attendu que nous n'en avions pas les clefs ni lesdits

Mignon et Menessier, non plus que de celui qui étoit dans l'autre

chambre; tous lesquels trois coffres pleins de papiers, ensemble

lesdits trois cabinets avec deux grandes écritoires d'ébène, l'une

en long et l'autre en espèce de carré, ont été transportés au

logis de M. de Bullion, pour y être lesdits papiers vus et visités

suivant l'exprès commandement du Roy et en vertu de la commission

de Sa Majesté; et ont lesdits Mignon et Ménessier signé. Ce fait,

nous nous sommes retirés.

«BULLION, BOUTHILLIER, BOUTHILLIER.»

«Et le samedi, cinquième jour de mars, audit an, à neuf heures du

matin, Nous, commissaires susdits, assistés du sieur chevalier du

guet, en vertu de l'exprès commandement du Roy et de la commission

de Sa Majesté pour procéder à la visite de tous les papiers par

nous saisis et trouvés, comme dit est, en divers lieux de la

maison dudit sieur de Chateauneuf, nous sommes transportés au

logis de M. de Bullion, où lesdits papiers avoient été portés, où

nous avons fait venir le sieur Joly, un des domestiques dudit

sieur de Chateauneuf, en la présence duquel nous avons fait faire

ouverture des deux cabinets d'Allemagne qui avoient été trouvés

dans la chambre dudit sieur de Chateauneuf avec les clefs que

ledit Joly auroit mis dans nos mains quelques jours après le

transport desdits papiers, nous déclarant qu'elles lui avoient été

données par ledit sieur de Chateauneuf, à Saint-Germain-en-Laye, à

l'heure qu'il fut arrêté, lequel lui dit qu'il les portât à la

dame de Vaucelas, sa sœur, pour en tirer de l'argent et des

lettres qui étoient dedans lesdits cabinets, et mesme ledit sieur

de Chateauneuf a mandé par un courrier qui lui avoit été dépesché

qu'il avoit donné lesdites clefs audit sieur Joly; dans lesquels

cabinets ayant été ouverts il fut trouvé grande quantité de

lettres et entre autres beaucoup en chiffres, toutes lesquelles

ont été tirées et comptées en la présence dudit Joly et mises dans

une cassette, laquelle nous avons fait fermer à l'instant et

d'icelle pris la clef; et a ledit Joly signé. Ce fait, nous nous

sommes retirés et avons remis l'assignation au lendemain neuf

heures du matin, au même lieu.»

«Le dimanche, sixième dudit mois, à neuf heures du matin, Nous,

commissaires susdits, assistés dudit chevalier du guet, nous

sommes transportés audit logis de M. de Bullion pour faire la

visite des papiers; où procédant avons commencé par l'ouverture

d'un coffre de campagne, façon de bahut avec serrure, plein de

papiers entre lesquels il s'est trouvé quantité de lettres, à

savoir:

«Quarante-quatre lettres que nous avons mises dans une liasse

cottée A; partie desquelles il y a du chiffre et du jargon. (Suit

la mention détaillée du nombre de pages et de lignes de chacune de

ces quarante-quatre lettres.)

«Et d'autant qu'il étoit tard, nous nous sommes retirés et avons

continué l'assignation au lendemain environ les neuf heures du

matin au mesme lieu.»

«Le lundi, septième dudit mois, Nous, commissaires susdits, nous

sommes transportés à l'heure dite au logis de mondit sieur de

Bullion, assistés dudit sieur chevalier du guet; où, en continuant

la visite desdits papiers, avons fait l'ouverture d'un autre

coffre tout plein de lettres et liasses, et entre autres:

«Trente lettres toutes en chiffres du caractère suivant (divers

chiffres et lettres), desquelles nous avons fait pareillement une

liasse cottée B. (Suit la mention du nombre des pages et lignes

de chacune de ces trente lettres.)

«_Item_, trente-deux autres lettres signées de Montégu, desquelles

nous avons aussi fait une liasse cottée C. (Suit la mention

détaillée de chacune de ces trente-deux lettres.)

«La trente-unième est une réponse aux articles projetés entre la

France et l'Angleterre, écrite de la main de Montégu, contenant

une page et deux tiers.

«Ce fait, nous nous sommes retirés et avons continué l'assignation

au lendemain à neuf heures du matin au mesme lieu.»

«Le mardi, huit dudit mois, Nous, commissaires susdits, assistés

dudit sieur chevalier du guet, nous sommes transportés à l'heure

prise audit logis de monsieur de Bullion, où en continuant la

visite desdits papiers, avons procédé à l'ouverture de l'autre

troisième coffre tout plein de papiers entre lesquels se sont

trouvées trente-quatre lettres signées de la dame de Vantelet,

partie avec jargon, desquelles nous avons aussi fait une liasse

cottée D. (Suit la mention détaillée.)

«_Item_, vingt-neuf lettres, dont quelques-unes sont signées le

chevalier de la Rochechouart, écrites toutes de mesme main,

desquelles nous avons aussi fait une liasse cottée E. (Suit leur

mention détaillée.)

«_Item_, nous avons trouvé dans ledit coffre trente-une lettres de

la reine de la Grande-Bretagne, et dans un papier douze vers que

l'on croit être de sa main dont nous avons fait pareillement une

liasse cottée F.

«Ce fait, nous nous sommes retirés et avons continué l'assignation

au lendemain neuf heures du matin au mesme lieu.»

«Le lendemain mercredi, neuvième dudit mois, Nous, commissaires

susdits et assistés dudit sieur chevalier du guet, nous sommes

transportés en l'heure dite au logis de mondit sieur de Bullion,

où étant avons procédé à l'ouverture de la cassette dans laquelle

nous avions mis les lettres qui s'étaient trouvées dans les

susdits deux cabinets d'ébène, en la présence dudit sieur Joly,

entre lesquelles s'en est trouvé cinquante-deux contenant des

caractères de chiffre pareils à ceux qui en suivent (diverses

figures): desquelles lettres nous avons fait pareillement une

liasse cottée G. (Suit la mention de ces cinquante-deux lettres

qui sont celles de Mme de Chevreuse.)

«_Item_, vingt lettres du comte de Holland dont nous avons aussi

fait une liasse cottée H. (Suit la description.)

«Une autre lettre signée R. Weston, contenant presque vingt lignes

sans jargon.

«_Item_, cinquante-six autres lettres, sans chiffre ni jargon, que

l'on juge être d'amour et écrites par une femme, dont nous avons

pareillement fait une liasse cottée L.

«_Item_, neuf autres lettres dont nous avons fait une autre liasse

cottée, à savoir:

«Une lettre du sieur d'Estissac adressante au sieur de la

Vacherie.

«Une lettre écrite de la main dudit sieur de Chateauneuf contenant

quatre pages.

«Deux lettres signées Duplessis, dont l'une est adressée à Mlle de

Minieux à Bruxelles, et l'autre sans superscription.

«Deux autres lettres, l'une du sieur de Puislaurens, et l'autre

sans superscription, adressantes toutes deux audit sieur de

Chateauneuf.

«Deux autres lettres du sieur comte de Brion, l'une adressante à

Mlle d'Arscot, et l'autre à Mme la comtesse de Ganvillers.

«Une lettre du sieur duc de Vendosme, du vingt-huit octobre mil

six cent trente, signée César de Vendosme, adressante audit sieur

de Chateauneuf.

«Et le mesme jour avons de nouveau fait ouverture du susdit grand

cabinet d'Allemagne pour chercher s'il n'y avoit point quelque

cachette où il y pût encore avoir quelques papiers, et dans icelui

avons trouvé une panetière d'or garnie de pierres façon de

turquoises à l'entour, et deux morceaux d'ambre gris, lesquels

nous avons fait peser, revenant l'un à quatre onces et l'autre à

onze, lesquels nous avons pareillement tirés dudit cabinet.

«Ce fait, nous nous sommes retirés et avons continué l'assignation

au lendemain neuf heures du matin au mesme lieu.»

«Le lendemain jeudi, dixième dudit mois de mars, Nous,

commissaires susdits, assistés dudit sieur chevalier du guet comme

ci-devant, nous sommes transportés à l'heure dite au logis dudit

sieur de Bullion, où étant avons procédé à l'ouverture de l'autre

cabinet et des deux écritoires d'ébène, lesquels nous avons fait

ouvrir par un serrurier nommé Duval pour n'avoir pû trouver les

clefs, dans lesquels cabinets et écritoires ne se sont trouvés

aucuns papiers; et après avoir vu et visité tous lesdits papiers

qui étoient dans les coffres, cabinets et écritoires mentionnés

ci-devant, avons iceux remis dans lesdits coffres, à la réserve

des liasses de lettres ci-devant spécifiées au nombre de onze

inventoriées et cottées ainsi qu'il appert ci-dessus, toutes

lesquelles lettres nous avons paraphées, _ne varietur_, excepté la

liasse des trente-une lettres de la reine de la Grande-Bretagne

cottées F, que nous n'avons pas voulu parapher pour son respect,

et l'autre liasse contenant cinquante-six lettres cottées L; et

icelles retenues pour être mises entre les mains du Roy; ensemble

la susdite panetière d'or et lesdits deux morceaux d'ambre et

lesdits coffres et cabinets sont demeurés encore dans le logis du

mondit sieur de Bullion. Ce que nous certifions être vrai.»

«Le mardy vingt-deux du mois de mois audit an, Nous, commissaires

susdits, nous sommes transportés au logis du sieur Testu,

chevalier du guet de la ville de Paris, où est détenu prisonnier

le sieur Joly par commandement de Sa Majesté, auquel, assistés

dudit sieur Testu, avons représenté cinquante-deux lettres toutes

en chiffres inventoriées sous la cotte G, et lesquelles font

partie de celles qui ont été trouvées en sa présence dans le grand

cabinet d'ébène marqueté; et après avoir pris le serment dudit

Joly l'avons interpellé de reconnaître si le caractère desdites

lettres n'est pas semblable à celui que lui montra le nommé Guyon,

valet de garde-robe de Mme de Chevreuse, ainsi qu'il nous a

déclaré par son écrit; lequel a dit, après lui avoir montré toutes

lesdites cinquante-deux lettres les unes après les autres qu'il a

toutes bien vues et regardées, qu'il reconnoît être toutes de

semblable caractère que celui que lui montra ledit Guyon, valet de

garde-robe de Mme de Chevreuse, au logis de lui répondant où il le

fut trouver le jour même qu'il assista à l'ouverture desdits

cabinets. Lecture à lui faite de notre présent procès-verbal et de

ses réponses, a dit le tout contenir vérité et a signé ledit Joly

et approuvé les ratures.

«BULLION, BOUTHILLIER, BOUTHILLIER, TESTU.»

Nous aurions bien voulu donner intégralement les 52 lettres de Mme de

Chevreuse; mais, outre que nous n'avions entre les mains qu'une copie

assez peu correcte, elle contenait trop de chiffres dont nous n'avions

pas la clef; en sorte que le lecteur n'en eût pas tiré beaucoup

d'agrément ni d'instruction. En les étudiant avec soin, nous trouvons,

au milieu de la lettre 51, un passage qui nous semble ne pouvoir être de

Mme de Chevreuse et où nous croyons reconnaître une ou même plusieurs

lettres de Châteauneuf; nous les transcrivons pour donner une idée du

style d'amour du galant garde des sceaux:

«Si vous me croyiez autant à vous que j'y suis, vous me

commanderiez de vous servir en toutes les occasions où vous

désirez être obéie. Il est vrai que c'est assez que je sache que

90 est votre serviteur pour m'obliger à faire ce qu'il désire;

toutefois ne dépendant que de votre volonté et n'ayant point

d'autre satisfaction au monde que de la suivre, faites-moi la

grâce de me le dire souvent.»

«Bon Dieu! que je suis malheureux de me trouver avec si peu de

moyens de vous servir, étant en désir de le faire! Mais vous qui

ressemblez trop aux divinités pour n'en avoir pas toutes les

qualités, vous agréerez comme elles toutes les adorations que

l'on vous rend, quoiqu'elles ne puissent rien ajouter à votre

gloire, quand elles vous sont rendues par un cœur rempli

d'obéissance, de respect et de fidélité. Je proteste que le mien

en est si rempli pour vous, qu'il ne veut plus respirer sur la

terre que pour y admirer la vertu et la générosité du vôtre.

J'attends avec impatience votre commandement. Si c'est de parole

que vous me le voulez faire, je suis plus heureux que je ne mérite

et que je n'ose espérer.»

«Le Roy sera ici demain, et n'y sera que dix jours. Bon Dieu,

faut-il que j'en passe un de ceux de ma vie sans vous servir! Que

je me trouve lâche d'employer mes soins à autre chose, et que vous

êtes bonne de souffrir que je vous jure une éternelle fidélité et

obéissance sans que je vous la puisse témoigner par mes services

pour les deux personnes que vous m'avez dit. Il suffit de dire: Je

veux, car vous devez commander et moi obéir.»

En terminant cette note, disons que Richelieu confia la garde de

Châteauneuf, dans la forteresse d'Angoulême, sous la haute autorité de

l'honnête et respectable comte de Brassac, à l'un de ses affidés d'assez

bas étage, ce même Lamont, qu'en 1626 à Nantes il avait chargé de

surveiller Chalais, et qui sut en effet, par un air d'intérêt et en

profitant de l'abandon trop naturel à un prisonnier jeune et

inexpérimenté, en tirer plus d'aveux qu'il n'en fallait pour le faire

monter sur l'échafaud. Après Chalais, Lamont avait eu aussi à Vincennes

la garde des Vendôme; il avait employé auprès d'eux les mêmes manœuvres

qui n'avaient pas moins bien réussi. Mais elles échouèrent devant

l'innocence ou la prudence de Châteauneuf. Confiné dans une étroite

prison, il eut recours sans doute à toutes les soumissions pour obtenir

de bien légers adoucissements aux rigueurs exercées contre lui et qui

mirent quelque temps sa vie en péril; il reconnut ce qu'on savait et ce

qu'attestait la correspondance saisie chez lui, ses condescendances pour

Mme de Chevreuse; il s'accusa tant qu'on voulut d'avoir trop aimé les

dames, lui ecclésiastique, car il était d'abord l'abbé de Préaux; il

s'avoua coupable envers Dieu, mais il refusa constamment d'avouer qu'il

fût coupable envers le roi; il traita tout cela de _folies de femmes et

de badineries_, et dit qu'après tout _le roi n'étoit pas son

confesseur_. Et quand on en vint aux intrigues de son ami Jars en

Angleterre, avec le comte de Holland, contre le grand-trésorier Weston,

auxquelles on l'accusait d'avoir pris part, il rejeta bien loin une

pareille accusation; il soutint qu'il n'avait jamais eu avec Holland que

des relations de politesse et qu'il ne le connoissait que pour l'homme

que Mme de Chevreuse avait le plus aimé et qu'elle aimait encore; il

prétendit que toutes les intrigues de Jars étaient de pure galanterie,

qu'il le savait amoureux d'une des femmes de la reine d'Angleterre,

qu'il lui avait souvent dit qu'il était _un fol_, et qu'il prît bien

garde aux démarches où il se laisserait entraîner. Il repoussa avec

force l'idée de s'être mêlé de la fuite du duc d'Orléans. A son tour il

accusa le cardinal de La Valette qu'il nomme, et d'autres qu'il ne nomme

pas, d'être ses ennemis et de l'avoir desservi auprès du cardinal et du

roi. Voilà ce que nous tirons des nombreux rapports adressés par Lamont

à Richelieu qui se trouvent aux archives des affaires étrangères,

dispersés dans les divers volumes de la collection FRANCE. Il est assez

curieux de voir dans plusieurs de ces rapports que Richelieu consulte

indirectement Châteauneuf sur plus d'une affaire importante. Lamont

mettait la conversation sur telle ou telle nouvelle du jour qu'il lui

donnait. Le prisonnier prenait feu et se prononçait avec l'énergie et la

décision qui le caractérisaient. On lui parle du mariage du duc

d'Orléans avec la sœur du duc de Lorraine: il n'hésite pas à déclarer

ce mariage nul, puisqu'il est fait sans la permission du roi. Lamont lui

annonce que le cardinal, pour faire cesser les discordes de la maison

royale, songe à s'accommoder avec la reine mère. Le vieil homme d'État

s'emporte, il s'écrie avec véhémence que si le cardinal fait cette

faute, il est perdu, que jamais la reine mère ne changera, et qu'elle

recommencera tout ce qu'elle a fait. Un des points les plus intéressants

des rapports de Lamont est l'admiration sincère et constante qu'ils

attribuent à Châteauneuf pour l'Espagne. Il ne lit guère que des livres

espagnols. A tout propos il fait l'éloge de l'Espagne; il vante son

génie politique et militaire, et sans songer à plaire à celui de qui

dépend sa vie il se montre partisan de l'alliance espagnole. Cette

opinion était aussi celle de Mme de Chevreuse. Après l'avoir exprimée

sous Richelieu, l'un et l'autre la maintinrent sous Mazarin, et ils

tâchèrent de la pratiquer pendant la Fronde. En un mot, ces lettres de

Lamont sur Châteauneuf, loin de le diminuer, le peignent, à travers bien

des misères, tel à peu près que nous le verrons dans le chapitre VII,

pendant son rapide passage aux affaires en 1652.

III.--CORRESPONDANCE DE LA REINE ANNE AVEC Mme DU FARGIS.

Cette correspondance se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque

impériale, _ancien fond françois_, no 9241, d'où nous avons tiré les

lettres de Craft, page 116-118. Ainsi que nous l'avons dit, note de la

page 128, il y a là une trentaine de lettres de Mme du Fargis à la

reine, une douzaine de la reine à Mme du Fargis, cinq ou six en espagnol

de la reine à M. de Mirabel, autant à son frère le cardinal infant, avec

les réponses de ceux-ci. Ces lettres s'étendent de l'année 1634 jusqu'au

milieu de 1637. Sans doute la plupart contiennent des compliments assez

innocents, mais il s'y mêle des choses fort coupables. Par les nouvelles

qu'on donne à la reine, on peut juger de celles qu'elle désire. On

l'entretient des espérances et des complots de la reine mère, de

Monsieur, du comte de Soissons, des préparatifs de l'ennemi, de ses

succès probables. La reine avec Mme de Chevreuse travaille à enlever le

duc de Lorraine à la France et à le donner à l'Espagne. Il est à

regretter que cette correspondance n'ait pas été publiée. On y verrait à

découvert les misères de l'émigration, les illusions, les discordes, les

jalousies, les soupçons, les trahisons vraies ou fausses, tout

l'intérieur d'un parti vaincu conspirant avec l'étranger et soldé par

l'étranger. Mme du Fargis, malgré sa naissance, ses anciennes charges et

celles de son mari, est contrainte par la détresse à tendre la main et à

demander de tous côtés de quoi vivre; elle frappe à toutes les portes,

et elle ne se soutient que par les bienfaits ou plutôt les aumônes

intéressées de l'Angleterre et de l'Espagne. Nous devons nous borner à

citer quelques passages de ces lettres qui suffisent à montrer leur vrai

caractère.

LA FARGIS A LA REINE, 15 AVRIL 1634: «...L'on croit l'accommodement

de Monsieur assuré à d'étranges conditions, celui de la Reyne mère

rompu, quoique l'on dise ici qu'elle avoit fait toutes les avances

raisonnables pour ne pas être seulement reçue, mais applaudie,

recherchée et désirée. Dieu en a ordonné autrement. On lui a même

refusé par deux fois le passe-port qu'elle avoit fait demander pour

le père Suffren, son confesseur, homme sincère et d'incomparable

probité, qui mieux qu'aucun autre pouvoit assurer le Roi des saintes

intentions de la Reyne sa mère. La défaite du duc de Weimar par

Galas est confirmée. Il est fort blessé, s'il n'est mort. L'échec

est rude pour les Suédois. Ratisbonne est assiégée par le duc de

Bavière pour l'Empereur, qui promet au duc Charles de l'assister de

tout son pouvoir à le rétablir.»

13 SEPTEMBRE 1636: «...Le frère de la Reyne s'est abouché avec le

prince Thomas (de Savoye). La résolution est d'entreprendre

bientôt quelque chose d'important. On croit qu'ils ont attendu que

Galas entre. Des lettres du 23 août disent qu'il devoit passer

entre Langres et Chaumont avec 20 mille hommes d'infanterie et 12

mille chevaux, qu'il vient encore 12 mille Polacres. Le roi de

Hongrie est encore à Brissac. Les Hollandois ont fait semblant de

bouger, mais on croit que c'est seulement pour changer d'air, la

peste étant en leur armée. Aucuns doutent si ceux-ci pourront

avancer plus, puisqu'ils manquent d'infanterie. Le bruit est que

l'armée de France se grossit; mais aussi elle doit être forte pour

résister en cas que Galas entre, lequel y est contraint pour faire

vivre tout son monde. Les Bourguignons ont fait chanter le _Te

Deum_, où la princesse de Phalsbourg et toutes les dames étoient.

Force feu de joye. On dit que Monsieur n'est pas à Compiègne. On

doute fort si on lui donnera de l'emploi.»

27 SEPTEMBRE: «Le marquis de Velade est arrivé. L'armée est encore à

Corbie que l'on fortifie jusques aux dents. On en fait autant à

Ancre. Les Espagnols attendent que Galas soit entré en France pour

agir. Les Hollandois ne font rien ni n'en ont envie, à ce qu'il

semble. Les Espagnols ont envoyé leur flotte pour se battre avec

celle de France. On fait courir ici un bruit que M. le Cardinal est

mort. On dit que le Roy très chrétien consulte à qui fier le

ministère; si cela est, La Fargis prie à mains jointes que la Reyne

parle pour le marquis de la Vieuville qui est le plus homme de bien

de la terre, fidèle à la France et serviteur de la Reyne et de

Monsieur jusques au centre de l'âme, et capable d'un si grand

fardeau que le ministère.»

1er DÉCEMBRE: «...On est fort surpris de la nouvelle que Monsieur et

M. le Comte se sont retirés, et croit-on que la comédie ne fait que

commencer: il faut voir ce qui en sera. Le frère de la Reine dans

trois jours sera ici, où il retourne aussi glorieux que la prudence

humaine le pouvoit rendre, puisque le dessein n'étoit pas de prendre

des places, mais de faire des diversions pour contribuer au secours

de Dôle, et advancer si avant en la Picardie que, quand le Roi de

France y viendroit, comme cela étoit certain, les volontaires ne

trouvant de quoi faire long séjour, le Roi de France n'eût le

pouvoir de venir ici, et ainsi auroit de quoi exercer sa patience

comme sur Corbie, jusques à ce que la saison obligeât ici chacun au

petit compliment de la retraite.»

20 DÉCEMBRE: «...La fuite de Monsieur à Blois a bien donné sujet

d'espérances, évanouies maintenant que l'on en entend autre suite.

Mirabel n'a cru autre chose de cette levée de boucliers. Le comte

de Soissons passe ici aussi pour un de ces François qui n'ont pas

un marc de plomb en la tête. Dieux! quelle sorte de génération! La

Reine mère et Madame sont confuses de cette banqueroute, car les

François ici s'étoient imaginé de grandes choses.»

31 JANVIER 1637: «L'Infant se porte fort bien. Mirabel a été malade.

La Reine mère au désespoir que Monsieur n'est sorti, Fabroni tâche à

faire grandes choses avec M. le comte de Soissons.»

6 MARS: «Les actions de Monsieur font bien parler le monde; et

certes la Reine avoit raison de dire: con los Franceses basta por

una ver; c'est ce que l'on m'a dit. Parlons de l'Infant qui mérite

après la Reine autant de mondes qu'il y a d'étoiles au firmament; il

a été saigné deux fois, par précaution, non autrement. Le prince

Thomas se porte aussi bien; on se prépare à la campagne. Monsigot a

été à Sedan; il dit que Soissons attendoit réponse du Roi de France

et qu'il se résoudroit selon; on croit qu'il s'accommodera. Monsieur

lui avoit envoyé dire qu'il avoit un nouveau mécontentement, mais le

diable s'y fie.»

18 AVRIL 1637: «Madame (Marguerite de Lorraine) tient force

correspondance avec Soissons qui a mandé ne vouloir entendre un

accommodement. La princesse de Phalsbourg procure assistance pour

le duc son frère et pour le prince François douze mille écus par

mois. L'Infant part dans trois jours pour se pourmener sept jours

à Anvers et en Flandre, voir peintures qui pour mille écus

serviront al buen retiro. Le comte Palvasin est envoyé à Sedan

pour offrir au Comte tout ce qu'il pourroit désirer d'ici. Les

François se divisent et font caballe pour Madame, et à cet effet

voudroient avoir pour chef le marquis de la Vieuville qui n'a pas

envie, dit-on, d'accepter la condition.»

2 MAI: «...Tout est en nécessité, jusqu'à la Reine mère qui de

trois mois n'a pas eu un sol. Certes le Comte-duc fait à sa mode,

mais aussi faut-il avouer que la conservation des États du Roi

d'Espagne paroît venir de quelque autre pouvoir, et non pas de la

dextérité et diligence de ceux qui gouvernent. La Fargis peut

assurer la Reine que le prince Thomas n'y fait pas beaucoup, étant

chose remarquable que l'indifférence du personnage qui cause

désespoir à plusieurs. Du temps que les ennemis sont alertes, il

chasse; on se demande s'il veut être un saint Hubert. L'Infant

vaut un monde, mais aussi est-ce parce qu'il ressemble à la Reine

comme deux gouttes d'eau; il ne se faut pas fâcher contre lui, car

il est impossible. La Reine mère est toujours en l'attente pour

voir ce que fera le Comte. Palvasin y est encore qui écrit que la

Comtesse (douairière) vouloit venir, ce que le Comte n'a pas

voulu, craignant que si son accommodement ne se faisoit ce voyage

ne lui portât préjudice. Les pères Chanteloub et Champagne sont en

exécration. Fabroni consulte les astres si lui ou Deslandes

tireront à la courte-paille.»

23 MAI: «On commence à faire les aprests pour la campagne parce

que l'on dit que le Roi de France fait marcher son armée.

Picolomini n'étant pas encore venu, et y ayant peu d'apparence que

ce soit tôt, cela cause des appréhensions à ces peuples,

auxquelles le prince Thomas est si peu sensible qu'il semble ne

penser qu'à la chasse... Il y a cabale chez la Reine mère contre

Fabroni. Le parti est le duc d'Elbœuf, Saint-Germain, Deslandes,

princesse de Phalsbourg à qui Madame tend les mains, et le

confesseur de ces bonnes âmes. Le prince Thomas a envoyé Pascal au

Comte avec promesse.»

30 MAI: «L'Infant se prépare pour la campagne, et n'attend-on que

jusques à ce que le Roi de France paroisse avancer son poste. Le

comte de Soissons fait croire ici que le Roi de France ne fera

rien cet été, et qu'il aura de l'ouvrage chez soi. On a despêché

vers Milan pour obliger Leganez de faire diversion.»

27 JUIN: «J'ai reçu la lettre de la Reine du 11 du présent. Sitôt

que j'aurai le portrait de l'Infant, je l'enverrai. L'incluse est

pour Chevreuse, m'étant donnée par l'homme qu'elle a envoyé à

Mirabel qui est parti en bonne compagnie. L'Infant, à ce qu'on

dit, ne bougera pas d'ici; le prince Thomas y est encor; il est

fort haï du peuple et des officiers parce qu'il ne fait que

chasser. On fait ici tout ce qu'on peut pour demeurer sur la

défensive; le secours de Picolomini est limité, ne pouvant servir

contre les Hollandois; Galas l'a négocié ainsi par dépit. Si la

Reine mère et le cardinal Infant peuvent trouver argent, le comte

de Soissons montera à cheval, Bouillon joindra avec deux mille

hommes de pied et cinq cents chevaux; sinon tout ira en fumée. La

Reine mère est au désespoir que le président Rose fait difficulté

de fournir quatre cens mille livres au comte de Soissons.

Saint-Ibar est encor ici sollicitant.»

LA REINE A LA FARGIS, 9 JUILLET:--«J'ai reçu deux de vos lettres,

et une pour la Chevreuse que je lui ai fait tenir, et aussi celles

de l'Infant et Mirabel à qui je fais mes excuses si je ne leur

fais point de réponse. Je n'ai pas le loisir pour cette fois, et

je ne vous écris que pour vous dire que je suis en une extrême

peine de ce que le Roi d'Angleterre a fait avec le Roi de France,

parce que j'appréhende fort que cela ne mette le Roi d'Espagne et

le Roi d'Angleterre mal ensemble; si cela étoit j'en aurois une

très grande peine; et aussi Gerbier seroit obligé de quitter le

lieu où il est, par conséquent la Reine seroit privée d'avoir des

nouvelles de l'Infant qui ne lui est pas une petite satisfaction.

Je vous prie de me mander votre opinion là-dessus et le plutôt que

vous pourrez, vous m'obligerez infiniment, et d'être assurée de

mon affection.»

LA REINE A LA FARGIS, 23 JUILLET:--«Je suis toujours bien en peine

des bruits qui courent que le roi d'Angleterre et le roi d'Espagne

vont être mal ensemble. Que je sçache de vous ce qui en est; je

vous avoue que cela me touche bien sensiblement; je ne vous en

dirai pas davantage sur ce discours; les incluses sont pour

l'Infant et Mirabel, et je vous prie de lui dire qu'au nom de Dieu

il ne parle jamais de moi en façon du monde et pour cause.»

Voici la lettre de la reine dont nous avons parlé, p. 130:

CARTA DE LA REYNA AL CARDINALE INFANTE PARA EMBIAR AL COMTE D

(UQUE), 28 MAY 1637. «Por ser cosa que importa mucho al servicio

del Rey el conservar en el al Duque de Lorena, he procurado con mi

amiga (Mme de Chevreuse) que hallasse una comodidad segura con que

poder escrivir al amigo (le cardinal Infant); ha me dicho que la

tiene, que lo es mucho, y as si digo que se de parte muy segura,

que de aqui se haze quanto se puede con el para que salga del

servicio del Rey y de toda sù casa, haviendo le embiado persona

expresa para proponer se lo, y prometer le que le bolueran todo lo

que le han quitado y quanto el quisiere, como haga lo que se

desea. A lo qual se tambien que ha respondido, como deve, que por

quantas cosas hay, no dexarà el servicio del Rey y de sù casa, y

que, aunque tuviera mucho mas que perder de lo que ha perdido, lo

haria de bonissima gana, pues no podrià reconocer con menos las

obligaciones que les tiene. Ha me parecido dezir lo todo esto al

amigo para que lo diga al amo nuevo; y tambien, que lo otro lo

sepa, para que puedan mostrar que saben reconocer los servicios

que les hazen, y que lo muestren as si al Duque de Lorena, pues

verdaderamente lo merece muy bien; y save el amigo la parte que a

mi me toca en esto, pues save que he hecho lo que he podido para

que el Duque de Lorena serviesse al Rey, como lo haze; y me

holgarè tambien infinito que continue siempre en serville, y que

lo reconoscan como es justo; y como me parece tambien que les

importa tener al Duque de sù parte, no dirè mas en esta materia,

pues el amigo sabra hazer mejor que yo se lo digo todo lo que le

pareciese sobre ello, etc., etc.»

Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle · 第 29 / 119 题