CHALAIS.»

[366] La ligne est ainsi soulignée dans la copie qui est aux archives.

[367] Ainsi souligné.

[368] Une autre main: le but de son voyage.

Cette pièce n'est pas propre à diminuer le mépris que mérite la conduite

de Chalais en prison, ni la suivante à affaiblir une des plus graves

accusations qui pesaient sur lui, celle d'avoir trempé dans les

intrigues du comte de Soissons et tenté de séduire la fidélité du

commandant de Metz. Après l'arrestation des Vendôme, Chalais avait

envoyé son écuyer porter une lettre au comte de Soissons, pour l'avertir

de cette arrestation et l'engager à ne pas venir chercher le même sort à

la cour, conseil qu'avait fort bien suivi le comte; et il avait aussi

envoyé le même écuyer au marquis La Valette, qui commandait à Metz au

nom de son père le duc d'Épernon, pour l'inviter à s'entendre avec

Monsieur, qui cherchait de divers côtés un asile. La proposition faite à

La Valette n'avait pas été acceptée, mais elle avait été faite, et cela

suffisait à établir la culpabilité de Chalais. L'écuyer, après avoir

rempli ses commissions, était tombé à son retour entre les mains de

Richelieu; et quoique déjà Chalais eût subi sa peine, on n'avait pas

moins, comme nous l'avons dit, p. 73, procédé à son interrogatoire pour

éclairer encore l'ensemble de l'affaire et confirmer la justice de la

sentence rendue et exécutée. FRANCE, t. XXXVIII, fol. 12.

«DU MERCREDI 23 SEPTEMBRE 1626, à trois heures de relevée, au

château de la Bastille. Nous avons fait amener devant nous, en la

chambre du sieur du Tremblay, gouverneur dudit château, Gaston de

la Louvière, prisonnier audit château, pour l'ouïr et l'interroger

à part, serment par lui fait de dire vérité.

«Interrogé sur son nom, âge, qualité et demeure, a dit se nommer

Gaston de la Louvière, âgé de 23 ans ou environ, gentilhomme

servant d'écuyer au sieur de Chalais, avant sa prison, avec lequel

il demeuroit.

«Interrogé s'il sait pourquoi il est prisonnier, a dit qu'il ne

sait, et qu'il a fait un voyage, pour ledit sieur de Chalais, de

Blois à Paris, pendant que la cour étoit à Blois, après la prise

de MM. de Vendôme, pour porter une lettre que lui bailla ledit

sieur de Chalais pour porter à M. le comte de Soissons, laquelle

il rendit à mondit sieur le Comte en sa maison, sur la fin de son

dîner, en présence de madame sa mère, du sieur de Seneterre et

beaucoup d'autres, laquelle fut lue par ledit sieur comte de

Soissons, qui demanda au répondant depuis quand les sieurs de

Vendôme étoient arrêtés.--A dit encore ledit répondant qu'étant

retourné à Blois sans réponse dudit sieur comte, ledit Chalais,

trois ou quatre jours après, le renvoya de Blois à Metz vers le

sieur de La Valette, lui disant ces mots: «On m'a voulu mettre mal

auprès du roi. Mgr le cardinal de Richelieu m'a dit que le vrai

moyen de m'y remettre étoit de découvrir quelque chose des

affaires ou intrigues de Monsieur: va-t'en donc à Metz, et porte

cette lettre à M. de La Valette, à Metz.» Et, outre ladite lettre,

lui donna un petit billet à part, dedans lequel étoient écrits ces

mots: «Si vous voulez recevoir des propositions de la part de

Monsieur, je me fais fort de vous en faire faire;» laquelle lettre

et billet il porta au sieur de La Valette, à Metz, lequel dit au

répondant qu'il trouvoit bien étrange que le sieur de Chalais, qui

étoit de la maison du roi, se mêlât de ces affaires-là, et qu'il

ne se falloit pas adresser à lui pour cela, qu'il n'avoit aucun

pouvoir et dépendoit de M. d'Epernon, son père, et ne lui fit ne

donna autre réponse; même se souvient le répondant qu'il bailla

audit sieur de La Valette, étant dans sa salle, ladite lettre et

billet en présence de beaucoup de personnes qu'il ne connoît pas

de nom, et croit ledit répondant que c'est là le sujet pour lequel

il a été emprisonné; et s'il eût cru l'être pour cela, il n'eût

porté lesdites lettres; et même avant que partir de Blois, le

répondant dit à la femme dudit Chalais, en présence de Lustié (?),

écuyer de ladite dame, qu'il se réjouissoit fort de ce que son

maître se remettoit aux bonnes grâces du roi, et que sondit maître

lui avoit dit qu'il l'envoyoit à Metz parce que ledit sieur

cardinal le faisoit faire; et de fait ledit sieur de Chalais lui

dit que le sieur cardinal lui avoit baillé cent pistoles, dont

ledit sieur de Chalais lui en bailla quarante pour son voyage; et

étant le répondant de retour à Nantes, il fit entendre à son

maître que ledit sieur de La Valette avoit trouvé mauvais ledit

voyage, et lui avoit demandé de quelles personnes son maître se

fioit et à qui il en avoit communiqué; sur quoi ledit Chalais lui

dit ces mots: «Vraiment, tu n'as point d'esprit», s'étonnant de ce

qu'il ne lui avoit point rapporté de réponse; et lui dit qu'il

s'en alloit le dire à mondit sieur le cardinal. Et, deux jours

après, ledit Chalais ayant été emprisonné, le répondant s'en

étonna, et dit à la dame de Chalais plusieurs fois, et au comte de

Cramail, qu'il ne croyoit pas qu'il pût être en peine, parce qu'il

lui avoit dit que ledit sieur cardinal avoit fait faire ledit

voyage de Metz, et qu'il alloit par là se remettre aux bonnes

grâces du roi; auquel répondant ladite dame de Chalais disoit:

Vous le voyez bien, si c'est M. le cardinal qui l'a fait faire; et

quant au comte de Cramail il disoit qu'il falloit donc que ledit

Chalais eût trompé ledit sieur cardinal.

«Depuis quel temps il est au service dudit Chalais? A dit qu'il

entra à son service environ le temps de la foire Saint-Gervais

dernier par le moyen du comte de Louvigny, lequel il avoit servi

auparavant.

«De quelles affaires il s'est mêlé depuis qu'il est audit Chalais

autres que celles dont il a parlé? A dit qu'il ne s'en est mêlé

d'aucune autre, et que jamais il ne lui a rien dit ni donné aucun

emploi.

«S'il n'a pas toujours suivi ledit Chalais et été partout avec

lui? A dit qu'il ne le suivoit pas toujours, et quelquefois il

échappoit au répondant qui demeuroit longtemps sans le pouvoir

trouver; une fois entre autres devant le dernier voyage du roi à

Blois, ledit Chalais, sortant du Louvre après le coucher du roi,

sur les dix à onze heures du soir, comme ledit répondant le

suivoit, il le perdit entre les deux portes du pont dans la

presse, et ne retrouva ledit Chalais à son logis qu'à deux heures

après minuit, sans qu'on ait pu savoir où il avoit été.

«S'il croyoit que le voyage qu'il avoit fait à Metz étoit pour le

service du roi? A dit que oui.

«Quelle interprétation il a pu donner aux termes portés par le

billet d'offrir au sieur de La Valette des conditions de la part

de Monsieur, et s'il appelle cela faire le service du roi? A dit

que s'il a failli, c'est que son maître l'a trompé, et qu'il

croyoit que son maître vouloit découvrir l'intention du sieur de

La Valette pour le faire savoir après au sieur cardinal.

«S'il n'avoit pas encore autre créance à dire de la part de son

maître, de bouche, au sieur de La Valette, et quelle? A dit que

non, que son maître ne lui en a point donné d'autre que celle du

billet, lequel son maître lui avoit lu.

«Combien de temps le répondant séjourna à Metz? A dit qu'il n'y

demeura qu'un demi jour.

«Avec quelles autres personnes il communiqua étant à Metz? A dit

qu'il n'y a communiqué avec personne.

«Ce que portoit la lettre de sondit maître au sieur de La Valette?

A dit qu'il ne sait ce qu'elle portoit, qu'il ne l'a point lue, et

ne lui a été communiquée par son maître, mais qu'elle n'étoit que

de la moitié d'une page de papier.

«Lui avons remontré qu'il ne dit la vérité, et se rend moins digne

de grâce en la taisant, parce qu'il n'y a apparence que son maître

lui ait confié un billet de si grande importance et si pernicieux

contre le service de Sa Majesté sans lui avoir communiqué le

particulier des conditions dont son maître entendoit parler par

ledit billet, vu même que ladite lettre, courte et en peu de

lignes, comme il le confesse, ne pouvoit instruire le sieur de La

Valette, si le répondant n'eût su toutes les conditions. A dit

qu'il est vrai qu'il n'a jamais rien su d'aucunes conditions ni

autres choses que ce qu'il nous a dit, et qu'il voit bien que son

maître l'a trompé.

«S'il n'a pas fait le voyage de Metz pour persuader au sieur de La

Valette d'y recevoir Monsieur? A dit que non.

«S'il ne croit pas ce que ledit Chalais a dit touchant ledit

voyage de Metz? A dit que non.

«Pourquoi il n'en veut pas croire son maître et quels reproches il

peut avoir contre lui? A dit que c'est pour ce que son maître ne

lui a dit autre chose que ce que lui, répondant, nous a dit, et

qu'il n'a autre reproche contre lui, sinon qu'il croit à présent

qu'il s'est voulu servir de lui pour le tromper.

«Si son maître ne lui a pas communiqué l'intelligence qu'il avoit

avec autres grands du royaume, et qui ils sont? A dit que non.

«S'il ne sait pas l'intelligence qui étoit entre son maître et M.

le grand-prieur? A dit que non.

«S'il ne sait pas le parti qui se formoit entre les grands du

royaume, et à quelle fin? A dit que non, et qu'il ne lui a rien

communiqué.

«Pourquoi donc il a fait plusieurs voyages vers M. le comte de

Soissons et autres? A dit qu'il n'a fait autres voyages vers M. le

comte de Soissons que celui dont il nous a parlé ci-dessus.

«Ce que portoit la lettre écrite par son maître à M. le Comte? A

dit qu'il ne sait et qu'il croit qu'elle parloit de l'arrêt

desdits sieurs de Vendôme ainsi que son maître le lui avoit dit,

lequel arrêt avoit été fait le jour que ledit répondant partit de

Blois.

«Quelles autres charges il avoit vers mondit sieur le comte de

Soissons? A dit qu'il n'en avoit point d'autres que ce qu'il a

dit.

«A qui il parla étant à Paris? A dit qu'il ne parla à personne,

sinon au sieur de Castille et à ceux de sa maison.

«S'il ne parla pas au sieur de Seneterre? A dit que oui, et que

lorsqu'il rendit ladite lettre de son maître à M. le Comte, ledit

Seneterre le tira à part et lui demanda quand lesdits sieurs de

Vendôme avoient été pris.

«Si ledit sieur de Seneterre ne lui dit pas autre chose, et quoi?

A dit que non.

«Quelle commission on lui donna de faire à son retour à Blois? A

dit qu'on ne lui en donna point.

«Si ledit Chalais n'écrivit point audit sieur Comte qu'il se

gardât bien de venir à Blois, et autres choses? A dit qu'il ne

sait.

«S'il a su que ledit Chalais est mort? A dit qu'il l'a appris hier

par un des domestiques de céans, et ne se souvient si le sieur du

Tremblay l'a dit aussi.

«Lui avons remontré qu'il ne nous dit la vérité, et qu'il a su

toutes les menées et intelligences qui se sont passées entre

plusieurs grands et son maître, comme il en a déjà reconnu

beaucoup, et qu'il ne doit point douter que par les déclarations

de son maître et autres personnes dignes de foi, le roi ne soit

éclairci de tout ce qui s'est passé, et qu'on n'a pas besoin de sa

confession, mais que pour satisfaire aux formes de justice, on lui

en demande la vérité, l'admonestant de la dire et de se rendre par

ce moyen plus digne de grâce, comme il sera, pourvu qu'il dise la

vérité de tout ce qu'il sait, n'ayant été employé que par autrui.

A dit qu'il nous a dit la vérité.

«S'il ne sait pas l'intelligence du sieur de Chalais avec Mme de

Chevreuse? A dit qu'il a ouï dire cent fois audit Chalais qu'il en

étoit amoureux, et qu'il avoit la plus belle maîtresse du royaume,

mais que ledit Chalais ne souffroit pas que lui, répondant, vît

toutes ses actions, et qu'aussitôt qu'il étoit retiré dans sa

chambre, au Louvre, après le coucher du roi, il renvoyoit le

répondant à son logis à la ville, et qu'il a souvent vu ledit

Chalais suivre ladite dame aux églises et promenoirs, et le plus

souvent à la chapelle du Louvre.

«S'il ne sait pas que ladite dame de Chevreuse se mêloit des

pratiques et intelligences que ledit Chalais avoit avec aucuns

grands du royaume? A dit que non.

«Si quand, lui répondant, vint de Nantes à Paris, après la prison

de son maître, il ne vit pas à son arrivée, devant qu'il fût

arrêté, ledit sieur de Seneterre? A dit que non.

«S'il ne vit pas d'autres domestiques dudit sieur comte de

Soissons, et ce qu'ils lui dirent? A dit qu'il n'en a point vu,

sinon qu'un jour après son arrivée, ledit sieur Comte, venant

visiter le sieur de Castille, l'écuyer dudit sieur Comte, qui

pique ses grands chevaux, duquel il ne sait le nom, lui demanda

seulement comment alloient les affaires du sieur de Chalais.

«Quelle réponse lui fit ledit sieur de La Valette lorsqu'il fut à

Metz, autre que celle qu'il a dit? A dit qu'il ne lui en fit point

d'autre.

«Si au retour de Metz il passa par Paris? A dit qu'oui.

«S'il ne rendit pas compte de son voyage à M. le comte de

Soissons? A dit que non et qu'il ne vit pas M. le Comte.

«A quelle autre personne il en rendit compte à Paris? A dit qu'il

n'en parla à personne.

«Lui avons remontré que par ses confessions il s'est manifestement

convaincu, et que l'excuse de l'ignorance qu'il allègue et de

s'être laissé abuser par son maître, comme il dit, est contre le

sens commun pour un gentilhomme accoutumé à la vie de la cour, et

que les pernicieux voyages qu'il a faits contre la personne du roi

et son État ne peuvent avoir été faits que par un mauvais dessein

prémédité; ce partant, que cela l'oblige davantage à dire la

vérité, et mériter par ce moyen la grâce du roi et faciliter sa

liberté, l'admonestant de reconnaître la vérité. A dit qu'il n'a

rien à dire pour la vérité plus que ce qu'il a dit.

«Lecture à lui faite du présent interrogatoire, a dit ses réponses

contenir vérité, y a persisté, et a signé LA LOUVIÈRE.»

Nous avons vu, p. 69, 70 et 71, qu'à la suite des viles dénonciations de

Louvigni qui amenèrent l'arrestation de Chalais, à Nantes, le 8 juillet

1626[369], Monsieur, mandé devant le roi et sa mère, perdit la tête

comme il avait fait au mois de mai précédent, et fit des aveux

accablants pour ses complices, et en particulier pour Chalais.

Richelieu, dans ses Mémoires, nous fait connaître en gros ces aveux;

mais les procès-verbaux qui les comprennent sont encore aux archives des

affaires étrangères, FRANCE, t. XXXIX, f. 329-335, avec les signatures

autographes, avec le mot _employé_, attestant que Richelieu s'est servi

de ces papiers, et même avec les principaux faits relevés de sa propre

main à la marge. Nous donnons ces procès-verbaux tout entiers, comme un

curieux et triste monument de l'une des plus grandes bassesses dont

l'histoire fasse mention. Ici, en 1626, Gaston s'est d'avance surpassé

lui-même, et tout ce qu'il fera plus tard dans l'affaire de Montmorency

et dans celle de Bouillon et de Cinq-Mars n'est en vérité rien devant

l'abîme d'infamies que contient cette première trahison, suivie de tant

d'autres. Plus on l'examine, plus elle fait horreur. Son objet, le motif

qui l'a déterminée, n'est ni l'ambition, ni l'amour, ni l'orgueil, ni la

vengeance; c'est un intérêt d'argent, le désir d'un plus riche apanage.

Les personnes qui vont en être victimes, c'est un de ses favoris,

Chalais, c'est son propre gouverneur Ornano, ce sont ses deux frères

naturels les Vendôme, ce sont deux femmes qui se sont fiées à lui, la

reine et Mme de Chevreuse. Ajoutez que le comte de Soissons est seul

parvenu à s'échapper, et que tous les autres, Chalais, Ornano, les

Vendôme, sont là sous la main du terrible cardinal, et que ses aveux les

livrent à l'échafaud, tandis qu'il pouvait les sauver tous aisément en

se déclarant prêt à épouser Mlle de Montpensier, à servir loyalement le

roi et à bien vivre avec son ministre, à la condition qu'on délivrât les

prisonniers et qu'on abandonnât les procédures commencées. Richelieu

aurait bien été forcé d'accepter cette condition, et il l'aurait

embrassée avec joie si, à ce prix, il avait espéré acquérir

véritablement celui qui le lendemain pouvait être son roi et hériter de

la couronne de Louis XIII déjà très-malade et encore sans enfants.

[369] Pendant tout le procès, Louvigni n'a cessé de s'entendre avec

le cardinal, car il y a aux archives des affaires étrangères,

FRANCE, t. XXXVIII, dans l'extrait de la correspondance de 1626, un

billet de Louvigni à Richelieu, du 15 Juillet: «Il ne peut aller

trouver monseigneur le cardinal, de peur de se rendre suspect et de

se mettre par là hors d'état de servir.»

Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle · 第 24 / 119 题