amande verdâtre rappelant celle du grain de café desséché ; elles ne
sont pas alimentaires ; la pulpe constituant le tégument est sucrée et
un peu acidulée et peut être consommée. Dans les amandes, HECKEL n’a pas
trouvé trace de caféine ou de théobromine[356].
Le produit employé comme aphrodisiaque serait l’écorce.
Sous le nom de _Cola digitata_, E. HECKEL mentionne un arbre de la
section _Cheirocola_ nommée _Ombéné nipolo appopo_ (gros Kola blanc) par
les Gabonais. D’après A. JOLLY (in HECKEL), le fruit est d’un beau rouge
carmin velu. Les graines ont une amande d’une couleur rouge-amarante et
sont de très grosse taille, puisque, dépouillées du tégument, elles
pèsent 100 grammes en moyenne.
Ces graines ne sont pas utilisables ; elles ne contiennent pas trace de
caféine. « La partie comestible du fruit est le testa très développé qui
enveloppe la graine ; il est de couleur blanche et un peu sucré ; les
indigènes seuls s’en nourrissent et encore rarement »[357]. La
description et les figures que HECKEL a publiées de cette espèce, montre
qu’il ne s’agit certainement pas du _Cola digitata_ Mast. ; celui-ci a
des fruits et des graines toutes différentes. Nous ne pensons pas
davantage que le gros Kola blanc des Gabonais soit le _Cola pachycarpa_
K. Schum., ainsi que l’a supposé le savant botaniste berlinois. Au
contraire, la description des cotylédons dont la face interne « se fait
remarquer par le développement énorme de poils recouvrant sa surface
entière » nous fait supposer que la plante signalée par HECKEL est soit
_Cola Duparquetiana_ Bn., soit _Cola Trillesii_ Pierre ou _C. dasycarpa_
Pierre.
Ces trois espèces paraissent du reste extrêmement voisines et n’en
constituent probablement qu’une seule.
E. HECKEL a signalé un autre _Cola_ provenant de Franceville (Gabon),
auquel il donne le nom de _Cola sphærosperma_ Heckel. Il est
malheureusement très incomplètement décrit, puisque la diagnose ne
comporte que la description des graines ; elle est accompagnée d’une
figure représentant une jeune plante à feuilles oblongues acuminées.
K. SCHUMANN en a fait un _Haplocola_, mais n’a fourni aucun
renseignement nouveau à son sujet. La plante, du reste, n’a pas
d’intérêt économique, HECKEL n’ayant trouvé ni caféine, ni théobromine
dans les graines. Enfin, le même auteur signale un Kolatier de
Libreville appelé par les Mpongoués _Ombéné attèna-téna_, à petites
graines, « dont chacun des deux cotylédons est divisé en plusieurs lobes
(deux ou trois)[358] »
Il a trouvé que les graines sèches renfermaient 0,263 de caféine. « De
plus, cette graine ne paraît renfermer ni théobromine, ni rouge de Kola.
C’est donc une qualité très inférieure, bien au-dessous du Kola, dit du
Gabon. Il faut en rejeter l’emploi soit médical, soit
bromatologique[359]. »
L’un de nous a observé au cours de ses voyages une autre espèce de
_Cola_ dont les indigènes mangent réellement les graines, bien qu’elles
n’aient point les propriétés des amandes des _Eucola_ et qu’elles ne
puissent leur être substituées.
Elle appartient à la section _Haplocola_ et constitue probablement une
espèce inédite.
C’est un arbuste de 3 m. à 6 m. de haut, à feuilles oblongues acuminées,
obtuses au sommet, cunéiformes aiguës à la base, fortement réticulées en
dessous. Les fruits insérés à l’extrémité des branches comprennent 1 à 5
carpelles (souvent 3), d’un beau rouge écarlate à maturité, ovoïdes,
longs de 4 cm. à 6 cm., terminés brusquement par un long bec obtus.
Chaque follicule renferme 3 à 6 graines ovoïdes-subsphériques de 15 mm.
à 18mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de diam. transversal.
Les cotylédons, au nombre de deux, sont blancs, fendus à la base. Leur
saveur rappelle celle du gland et ils sont immangeables à l’état cru,
mais les indigènes de race Dan ou Dyola pilent ces graines après les
avoir dépouillées du tégument et la pulpe obtenue est ajoutée au riz que
l’on fait cuire. Nous pensons que c’est pour ses propriétés
mucilagineuses que cette graine est utilisée. Elle jouerait dans la
confection de la sauce le même rôle que le Gombo (_Hibiscus esculentus_
L.).
L’arbuste est commun dans la forêt de la Côte d’Ivoire et se nomme
_Séran_ en dyola.
*
* *
Il découle des pages précédentes qu’aucune espèce de Sterculiacée, en
dehors des _Eucola_, ne produit de graines pouvant être substituées aux
noix de Kola[360].
Quelques espèces de _Sterculia_ fournissent des graines dont les
propriétés alimentaires sont dues à leur richesse en amidon. Plusieurs
espèces de _Cola_ ont leurs graines recouvertes d’un tégument externe
(souvent pris pour une arille), charnu et sucré, de sorte qu’on peut le
manger. Une autre espèce produit des amandes que l’on peut utiliser dans
la préparation des aliments par suite de leur richesse en mucilage, mais
en dehors des quatre espèces _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C.
Ballayi_, _C. verticillata_, on n’en connait aucune, d’une manière
certaine, produisant des amandes pouvant être employées comme noix de
Kola.
*
* *
D’après HECKEL, on trouvait parfois, il y a quelques années, dans les
lots de Kolas qui parvenaient en Europe, des graines d’_Heritiera
littoralis_ Ait., de _Pentadesma butyracea_ Don, (le _Lamy_, graine
oléagineuse de la Guinée française), de _Physostygma venenosum_ Balfour
(la Fève de Calabar), de jeunes fruits de _Coco_ ; enfin les graines de
_Napoleona imperialis_ P. Beauv. auraient parfois été considérées comme
un faux Kola médicinal. Et il besoin de faire remarquer que toutes ces
graines n’ont aucune des propriétés des noix de Kola. Elles sont du
reste tellement dissemblables que la fraude n’est pas possible
aujourd’hui.
*
* *
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
440 _bis_.
FIG. 51. — =Garcinia Kola= Heckel]
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
441 _bis_.
FIG. 52. — =Garcinia antidysenterica= A. Chev.]
Il nous reste à faire connaître deux plantes qui n’ont aucune analogie
avec les Kolatiers, mais qui fournissent chacune un produit dont les
Noirs, mangeurs de Kolas, sont très avides. Les indigènes de l’Afrique
occidentale n’attribuent nullement à ces produits, comme on l’a dit à
tort, pour l’une de ces plantes, des propriétés analogues aux noix de
Kola, mais ils les recherchent au contraire parce qu’ils leur permettent
de manger une plus grande quantité de la précieuse amande.
Ces plantes appartiennent à la famille des Guttifères et au genre
_Garcinia_.
L’une est le _Garcinia Kola_ Heckel, l’autre une espèce encore inédite
du même genre.
_Garcinia Kola_ a été décrit par HECKEL en 1883 et 1884[361]. Julien
VESQUE, le monographe des Guttifères, l’a admis à son tour, mais les
fleurs n’ont jamais été décrites. Nous avons rencontré la plante en 1910
dans le Bas Dahomey et nous complèterons les données acquises en
reprenant la description complète de cette espèce.
_Garcinia Kola_ Heckel (Fig. 51). — Petit arbre de 8 m. à 15 m. de haut.
Tronc de 3 m. à 5 m. de long et de 25 cm. à 50 cm. de diam., à écorce
brune s’enlevant par grosses écailles. Branches plus ou moins
fastigiées. Jeunes rameaux cylindriques, verts, un peu élargis aux
nœuds, glabres ou les plus jeunes parsemés d’une légère pubérulence
ferrugineuse, présentant à l’extrémité de chaque entre-nœud deux sillons
opposés. Feuilles opposées, entières, oblongues ou oblancéolées,
cunéiformes à la base, arrondies ou obtuses, parfois un peu émarginées
au sommet, toujours sans acumen, coriaces et fortement pliées en
gouttière suivant la nervure médiane, longues de 6 cm. à 15 cm. sur 2
cm. 5 à 7 cm. de large. Surface supérieure vert-sombre et très luisante,
l’inférieure vert-jaunâtre. Nervure médiane déprimée en dessus,
saillante en dessous ; nervures secondaires 8 à 15 paires non
saillantes, à peine visibles, même par transparence ; nervilles très
fines, visibles seulement par transparence. Pétiole canaliculé en
dessus, convexe en dessous, long de 8 mm. à 15 mm., légèrement
pubérulent-ferrugineux. Fleurs dioïques, les femelles isolées,
terminales ou axillaires, de 8 mm. à 10 mm. de diamètre. Pédicelle
robuste, de 3 mm. à 10 mm. de long et de 3 mm. de diamètre, vert,
finement pubérulent, articulé à la base qui porte 4 petites bractées
lancéolées-linéaires. Calice à tube hémisphérique charnu ; lobes 4,
opposées deux à deux, verdâtres, finement pubescents à l’extérieur, les
externes en forme de croissant, beaucoup plus larges que longs (7 mm. de
large sur 3 mm. à 4 mm. de long), les internes suborbiculaires de 6 mm.
de diamètre. Pétales 4, d’un blanc-verdâtre, glabres ou finement
pubérulents, dépassant les sépales, suborbiculaires, concaves, jamais
étalés, longtemps persistants. Staminodes formant 4 phalanges de 5
fausses-étamines chacune, à filets soudés dans presque toute leur
longueur, beaucoup plus courtes que l’ovaire. Phalanges séparées par 4
masses glanduleuses, jaunâtres, pubescentes, de 3 mm. de diamètre
(disque tétra-lobé). Ovaire subsphérique, finement pubescent à
l’extérieur, divisé en quatre loges renfermant chacune un seul ovule.
Style très court ; stigmate légèrement divisé en 4 lobes plans. Fleurs
mâles et fruits inconnus.
HECKEL attribue à son espèce des feuilles ovales avec un mucron très
accusé au sommet et mesurant jusqu’à 30 cm. de long. Malgré cette
différence, il nous paraît probable que notre plante et la sienne sont
identiques. D’après le même auteur, le fruit est une baie du volume
d’une petite pomme, à épiderme rugueux, recouvert complètement sur toute
sa surface de poils âpres et offrant 3 ou 4 loges contenant chacune une
graine volumineuse ovale, cunéiforme, à face externe arrondie et à face
interne anguleuse. Cette graine est recouverte d’une pulpe très
abondante, d’une couleur jaunâtre, de saveur aigrelette qui est une
véritable arille, très adhérente au péricarpe et au tégument de la
graine. Le fruit est entouré, à sa base, par le calice persistant et
pubescent ; la corolle est souvent aussi persistante[362].
Les graines que nous avons observées sur tous les marchés de l’Afrique
Occidentale, depuis St-Louis jusqu’à Lagos, se vendent toujours à l’état
frais et retirées du fruit. Elles sont ovoïdes-allongées, un peu
asymétriques, légèrement atténuées à une extrémité, longues de 3 cm. à 3
cm. 5 et de 2 cm. à 2 cm. 5 de diamètre transversal. Leur couleur est
blanc-jaunâtre ; leur surface un peu rugueuse. L’amande est massive,
sans cotylédons différenciés ; son parenchyme est ferme et rempli de
poches à résine, dégageant un léger arôme. Elle est recouverte d’un
mince tégument rouge brique, facile à enlever.
Ainsi que nous l’avons montré dans notre Historique, c’est le Dr BARTER
qui a, le premier, attiré l’attention sur le _Garcinia Kola_, en 1860.
La plante a été signalée à Sierra-Léone (HECKEL), à Ouidah (Dahomey)
(d’après HECKEL), dans le Bas-Dahomey et au Lagos (SAVARIAU), à Onitscha
et à Fernando-Pô (BARTER).
L’amande porte les noms suivants : _Bitter-Kola_ (english pigeon), Kola
mâle (colons).
Dans le Bas-Dahomey, l’arbre croît dans les mêmes bouquets de forêts que
le _Cola acuminata_. Il est aussi fréquemment planté autour des
habitations. Il fleurit de janvier à mars ; les fruits mûrissent à la
fin de l’hivernage. L’amande donne lieu à un commerce assez important.
La production du Bas-Dahomey est loin de suffire à la consommation ;
d’après SAVARIAU, on en importe beaucoup de Lagos. Les femmes de race
Nago, qui font ce commerce, emportent du Dahomey des Kolas et du poisson
fumé qu’elles échangent dans la colonie anglaise contre des noix de
_Garcinia_. A Porto-Novo, ces dernières semences se vendent
habituellement à raison de 4 à 8 semences pour 0 fr. 05. Elles pèsent
habituellement de 3 à 6 grammes.
Les noix de _Garcinia_ du Lagos et du delta du Niger pénètrent jusque
sur les marchés de la Nigéria du Nord. Les Haoussas en vendent de
petites quantités à Djougou et jusqu’au Mossi, mais les amandes de ces
marchés sont importées de la Nigéria, ce qui semble indiquer que l’arbre
n’existe pas dans le pays Achanti ; nous ne l’avons jamais rencontré
dans la forêt de la Côte d’Ivoire.
Les graines mises en vente au Sénégal et en Guinée française proviennent
de Sierra-Léone ; elles valent de 0 fr. 10 à 0 fr. 20 pièce, par
conséquent plus cher que les noix de Kola. Il ne faut pas confondre ces
graines avec d’autres semences de forme analogue, mais se divisant
facilement en deux cotylédons, importées aussi sur les marchés du
Sénégal, de Sierra-Léone ou de la Basse-Guinée et connues des indigènes
sous le nom de Tola (soussou). Ce sont les graines d’un arbre de la
famille des Lauracées, le _Tylostemon Mannii_ Stapf. (= _Beilschmiedia
elata_ Scott Elliot). On les emploie comme condiment, dans les
préparations du couscous, après les avoir pilées.
Les amandes de _Garcinia_ se mangent toujours à l’état crû.
Ainsi que nous l’avons dit, les indigènes savent fort bien qu’elles
n’ont pas les propriétés des noix de Kola. Contrairement à ce que
pensait SAVARIAU, si ces graines sont consommées sur une grande échelle,
ce n’est pas parce qu’elles coûtent moins cher que les noix de Kola et
qu’elles donnent par leur amertume, au consommateur peu fortuné,
l’illusion de manger de vrais Kolas, mais c’est parce qu’on leur
attribue des propriétés très spéciales. D’après les Noirs, le _Bitter-
Kola_ facilite la dégustation des vrais Kolas et les fait trouver plus
agréables. Il arrête les coliques et il suffit de croquer une graine de
_Garcinia_ pour pouvoir manger une grande quantité de noix de Kola sans
être incommodé. Aussi, les amateurs de Kola de Dakar apprécient-ils
beaucoup cette semence et ils n’hésitent pas à l’acheter à un prix
double de la noix de Kola quand elle est rare sur le marché. D’autre
part, E. HECKEL rapporte que, d’après le Consul WOHSEN, il suffirait de
mâcher 4 ou 5 graines pour apaiser les rhumes.
Des analyses de graines de _Kola-bitter_ ont été faites par HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN, mais elles n’ont révélé la présence d’aucun principe
spécial[363].
Est-ce la résine contenue dans les poches sécrétrices qui agit ? On sait
que d’autres _Garcinia_, et notamment le _G. Hamburyi_ Hook., donnent
une gomme gutte qui est un purgatif drastique[364].
La seconde espèce de _Garcinia_, mentionnée plus haut, est encore
inédite. Nous l’avons rencontrée au cours de notre voyage de 1909, dans
la forêt vierge de la Côte d’Ivoire. Ce n’est plus la graine, mais la
racine, qui jouirait de propriétés merveilleuses, comparables mais non
identiques à celles de la noix de Kola. Les Mandés la nomment _Ko ouoro_
(Kola d’eau), parce qu’au nord de la forêt l’arbre croît parfois dans
les galeries forestières, au bord des cours d’eau.
Les porteurs de notre mission, emmenés de Beyla vers Danané, dans la
forêt, chaque fois qu’ils passaient sous un de ces arbres, déposaient
leurs fardeaux pour déterrer, souvent avec beaucoup de difficultés, les
précieuses racines. Ils en taillaient de petites baguettes longues de 10
cm. environ et de la grosseur d’un doigt et ils mâchaient ces baguettes
tout le long de la route. A défaut de racines, ils utilisaient les
branches considérées comme ayant beaucoup moins de valeur. Les fruits de
l’arbre ne sont pas employés. Nous donnons ci-après la description de
cette intéressante espèce.
_Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (_sp. nov._) (Fig. 52). — Groupe du
_G. punctata_ Oliv. Arbre de 10 m. à 30 m. de haut, dioïque, entièrement
glabre, à racines traçantes, rampant près de la surface du sol,
jaunâtres. Tronc cylindrique de 5 m. à 15 m. de long et de 20 cm. de
diam., à écorce grisâtre, un peu fendillée, laissant exsuder un peu
d’oléo-résine blanche, aqueuse. Jeunes rameaux grêles, flexibles,
alternes ou opposés, un peu comprimés ou subquadrangulaires. Feuilles
opposées, fermes-membraneuses, oblongues, ou oblongues-elliptiques,
cunéiformes ou parfois presque arrondies à la base, brusquement
acuminées, obtuses ou subaigues au sommet, longues de 6 cm. 5 à 12 cm.,
sur 3 cm. à 5 cm. 5 de large, à bords parfois un peu ondulés ; surface
supérieure vert-sombre, l’inférieure vert-glauque. Nervure médiane non
visible en-dessus, saillante en-dessous ; nervures latérales non
apparentes, remplacées par de légères sinuosités visibles par
transparence.
Pétiole de 6 mm. à 10 mm. de long. Inflorescence ♂ en petits fascicules
axillaires et terminaux, composés de 1 à 5 fleurs (dont l’une terminale
et les autres opposées 2 à 2) portées sur des pédicelles de 2 mm. à 3
mm. de long insérés sur un pédoncule commun presque nul. Bractées
connées à leur base, arrondies, longues de 2/3 de mm. à peine. Fleurs
inodores, de 12 mm. à 15 mm. de diam. Sépales 4, opposés deux à deux,
jaune-verdâtres, suborbiculaires-concaves, souvent très inégaux, les
deux externes longs de 2 mm., larges de 2 mm. 5, les deux internes longs
de 4 mm. sur 6 mm. de large. Pétales 4, obovales-suborbiculaires,
rarement oblongs, entiers, ou retus, ou découpés au sommet, d’un blanc-
jaunâtre, longs de 6 mm. à 8 mm., sur 3 mm. à 6 mm. de large. Etamines
en 4 phalanges recourbées sur le disque, longues de 3 mm. ; filets de
chaque phalange connés dans toute leur longueur ; anthères 6 à 8 par
phalange, disposées en éventail sur le bord interne d’une dilation
subréniforme de la phalange large de 2 mm. 5, elliptiques, divisées
chacune en deux loges déhiscentes longitudinalement bien avant
l’ouverture de la fleur, dépourvues de septa transversaux. Disque
hémisphérique divisé en 4 lobes par les raquettes staminales qui
s’appliquent à sa surface, d’un jaune-safran, finement rugueux à sa
surface, très résinifère-glanduleux. Inflorescences ♀ à fleurs isolées
ou par faisceaux de 2 à 5, à l’aisselle des feuilles et des cicatrices
foliaires et parfois sur le bois âgé ; pédicelles plus longs que dans
les fleurs mâles, mesurant 8 mm. à 10 mm., articulés un peu au-dessus de
la base, présentant au-dessus de l’articulation deux petites bractées
opposées, largement deltoïdes-apiculées, longues de 1/2mm à peine.
Sépales souvent subégaux, de 3 mm. de diamètre. Pétales comme dans les
fleurs mâles. Etamines et staminodes nuls. Ovaire lisse, d’un vert-pâle,
subquadrangulaire, haut et large de 2 mm. 5, divisé en 4 loges contenant
chacune un ovule, surmonté d’un large stigmate glanduleux, jaunâtre,
sessile, suborbiculaire ou un peu rhomboïdal, légèrement déprimé au
centre. Jeune fruit ovoïde-subsphérique, tronqué et surmonté du stigmate
desséché, contenant une seul graine, les trois autres ovules étant
avortés.
_Distribution géographique._ — _Côte d’Ivoire_ : dans le N. de la forêt
vierge, entre Nzo et Danané. Entre le Morénou et l’Indénié, dans le
bassin du moyen Comoé. — _Haute-Guinée française_ : d’après des
renseignements indigènes existerait dans le Kissi, dans le Konian et
dans le Pays Tôma, le long des galeries forestières.
_Noms vernaculaires._ — _Ko ouoro_ (malinké) ; _Kollopello_ (kissien) ;
_Gon_ (dan ou dyola) ; _Harou Kouayo_ (agni).
_Usages._ — Les indigènes mâchent l’écorce amère, prétendant qu’elle a
des propriétés comparables à la noix de Kola. Elle guérirait aussi les
diarrhées les plus rebelles et la dysenterie. Pour l’administrer, on
enlève les lames d’écorce de la racine ; on les fait sécher au soleil ;
ensuite, on les broie au pilon, la poudre obtenue est mélangée avec des
piments également pulvérisés et le mélange est absorbé matin et soir. A
défaut des écorces de racines, on peut employer des feuilles de la même
plante, mais l’action est moins active.
*
* *
Les propriétés des _Garcinia Kola_ et _Garcinia antidysenterica_ sont
connues des peuplades vivant très loin les unes des autres et n’ayant
pas de rapports entre elles. Il est donc très probable que leur
efficacité est réelle. De nouvelles recherches chimiques sont donc
indispensables pour élucider ce problème d’un haut intérêt
pharmacologique.
* * * * *
[Note 351 : HECKEL. — Les Kolas africains, p. 91. Toutefois M. HECKEL a
fait prudemment observer que ces graines ne renfermaient probablement
pas de caféine.]
[Note 352 : Cette plante est très vraisemblablement le _Cola
Trillesiana_ que nous avons cité à la page 186 de cet ouvrage.]
[Note 353 : K. SCHUMANN in ENGLER. — _Monogr. Afr. Pflanz._, V, 1901, p.
102.]
[Note 354 : _Kew Bulletin_, 1907, p. 408-409.]
[Note 355 : Les Gabonais donnent le nom d’_Orindé_ à diverses plantes
considérées par eux comme jouissant de propriétés aphrodisiaques. L’une
des plus réputées et des mieux étudiées est une apocynée, le
_Tabernanthe Iboga_ Bn. dont les racines renferment un alcaloïde
l’_ibogaïne_ (LANDRIN).]
[Note 356 : E. HECKEL. — L. c., p. 148.]
[Note 357 : E. HECKEL. — L. c., p. 138.]
[Note 358 : HECKEL. — L. c., p. 150.]
[Note 359 : HECKEL suppose que l’_Ombénè atténa-téna_ constitue une
variété de son _Cola Ballayi_ (qui renferme, comme nous l’avons montré,
le _Cola Ballayi_ vrai et le _Cola acuminata_ Schott et Endl.). Dans
aucune espèce de la section _Eucola_, les graines ne nous ont donné un
si faible rendement en caféine.]
[Note 360 : On a cité aussi _Cola lepidota_ K. Schum., espèce du
Cameroun, appartenant à la section _Cheirocola_, comme pouvant donner
des noix utilisables. (Voir E. DE WILDEMAN. Plantes tropicales, I, p.
295).
Il est fort douteux que ce renseignement soit exact.]
[Note 361 : _Journ. Pharm. et Chim._, VII. p. 88 — et in HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN, Les Kolas, 1884, p. 33.]
[Note 362 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 108.]
[Note 363 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 220.]
[Note 364 : Les mangeurs de Kola de la Sénégambie et de la Guinée
française font aussi usage du _Gingembre_, nommé _Niamacou_ en Mandé,
_Guinyar_ ou _Guiyar_ en Wolof. On mâche les rhizomes après avoir mâché
la noix. Sa saveur, dit-on, fait apprécier davantage les qualités du
Kola et comme il passe pour aphrodisiaque, il stimulerait activement,
combiné avec le Kola, la fonction génésique. Il est cultivé en grand à
Sierra-Léone, dans certaines parties de la Guinée française (Rio-Pongo)
et en petite quantité dans le sud du Soudan. Les caravaniers,
transportant les noix de gouro, emportent avec eux, vers le nord, ce
Gingembre et, parvenus sur le Niger, vendent chaque griffe 0 fr. 10 ou 0
fr. 05, c’est-à-dire aussi cher que l’amande de Kola.]
CHAPITRE XX.
* * * * *
=Rôle du Kola dans la vie des Indigènes.=
* * * * *
=CROYANCES, RITES, SUPERSTITIONS, USAGES, RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ.=
Nous ne croyons pas qu’il existe, dans toute l’Afrique, un produit
végétal qui jouisse chez les noirs d’une réputation comparable à la noix
de Kola. Une grande partie des propriétés attribuées à cette amande sont
du reste fondées ainsi que l’ont établi les recherches de HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN et comme l’ont confirmé encore les travaux exposés dans
la troisième partie de notre ouvrage.
Les vertus merveilleuses des Kolas sont apparues aux peuples primitifs
comme une manifestation de la puissance divine. Les peuples primitifs
vénèrent toutes les forces de la nature ; n’est-ce pas par une de ces
forces qu’on obtient d’une graine de saveur peu agréable au premier
abord un état de bien-être absolument réel ?
Les féticheurs ont entretenu soigneusement la croyance à l’origine
divine du Kola et la religion de Mahomet non seulement a laissé à la
précieuse noix le rôle social et religieux qu’elle avait avant les
conquêtes de l’Islam, mais elle lui a attribué des vertus encore plus
grandes.
Aussi la semence du Kolatier tient une place immense dans les légendes,
dans les mythes, dans les cérémonies du culte et dans les cérémonies
profanes ; en un mot dans tous les actes importants de la vie des
populations soudanaises.
Le Kola est l’excitant par excellence des noirs africains. Il tient chez
eux la place donnée au thé chez la race jaune ; au Soudan, il a une
importance comparable à celle qu’a aujourd’hui en Europe le café.