« Une fois le bétail rassemblé, le chef de caravane doit également

s’approvisionner de toile en bandes. Cette étoffe indigène a été souvent

décrite ; elle est d’un usage courant sur les routes de caravanes pour

payer la nourriture des passagers[337].

« Avant notre occupation, les chefs de caravanes se groupaient de façon

à constituer une force suffisante pour être respectés et aussi pour

pouvoir garder le bétail pendant la nuit contre les voleurs et contre

les fauves. Maintenant les caravanes s’arrêtent dans les villages et

trouvent des parcs où elles mettent leur bétail en sûreté chaque nuit.

« La vitesse de marche est d’une vingtaine de kilomètres par jour. Des

marchés du sud du Mossi aux marchés voisins de la forêt, on compte

environ vingt-cinq jours.

« Le bétail, à son arrivée à destination, est acheté par des courtiers

interprètes, intermédiaires entre les bouchers et marchands de viande, à

qui les caravaniers sont en quelque sorte forcés de s’adresser. Ces

individus achètent aux indigènes de la forêt tout ce qu’ils apportent de

Kolas et ils sont les maîtres des cours sur le marché.

« Jusqu’à ces dernières années, l’unité monétaire était le mille de

cauris et le prix des Kolas était invariablement fixé à 10.000 cauris le

mille. Actuellement le schelling et le franc commencent à servir

d’étalon et c’est le cours des cauris qui varie par rapport à la monnaie

d’argent.

« Le prix du bétail est sujet à des fluctuations considérables.

« D’après les renseignements qui nous ont été fournis par des officiers

anglais ayant administré à Kintampo et à Salaga et aussi par de nombreux

chefs de caravanes, il semble que ces courtiers interprètes spéculent

sur le bétail d’une façon extrêmement curieuse. Ils ont des pisteurs qui

vont au devant des caravanes quelquefois à deux jours de marche vers le

Nord.

« Ceux-ci cherchent par des renseignements tendancieux à inquiéter les

propriétaires de bétail et à les amener à céder leur troupeau à vil

prix. Parfois, au plein de la saison des affaires, c’est-à-dire en

janvier et février, les fluctuations du cours du bétail, varient de cent

pour cent en quelques semaines. Les Mandés-Dioulas font assaut

d’éloquence, les Yarsés et les Mossis de politesse, les Haoussas de

bonhomie. En réalité, il y a, avec des méthodes exclusivement indigènes,

tout un embryon de place de commerce, une véritable Bourse.

« Les Kolas ainsi achetés sont ramenés au Mossi, soit par porteurs, soit

sur des ânes. Ils sont concentrés sur les principales places

commerciales et y deviennent de nouveau une valeur de spéculation.

« Une grande partie de ces Kolas sont consommés sur place, et cédés à

des revendeurs qui les font écouler sur les marchés par des femmes. Mais

le reste est destiné à l’exportation vers le Nord et depuis qu’ils n’ont

plus les captifs, les Yarsés ont beaucoup développé le commerce des

Kolas avec Tombouctou. Maintenant, c’est par rapport à la barre de sel

que sont évalués les Kolas et la spéculation se donne libre cours, soit

au Mossi, soit avec les commerçants qui reviennent du Nord, soit à

Tombouctou et à Saraféré, aux portes du pays du sel, où les Kolas

atteignent jusqu’à 0 fr. 20 la pièce.

« Un bœuf acheté cinquante francs au Mossi peut se vendre le double à

Salaga et, avec les cent francs ainsi obtenus, on peut se procurer

10.000 Kolas qui valent au Mossi environ 500 francs.

« Mais il y a des faux-frais considérables. 10.000 Kolas exigent deux

ânes ou quatre porteurs dont il faut payer la nourriture pendant près de

deux mois. Il y avait autrefois un certain nombre de coutumes indigènes

à payer, chaque fois que l’on traversait un nouveau pays. Il y a

maintenant les taxes sur les caravanes en Gold-Coast et en territoire

français. Il faut également payer le passeur qui fait franchir la Volta

au bétail. Il y a des risques, et, parfois, les bœufs fatigués par le

voyage, arrivent en si mauvais état qu’ils sont vendus moins cher qu’ils

n’ont coûté.

« Enfin la réalisation des bénéfices est souvent malaisée, le cours des

Kolas étant, sur les places commerciales du Mossi, sujet à des

fluctuations considérables au moment du retour des caravanes. Nous avons

eu souvent l’occasion de séjourner dans un de ces grands marchés du

Mossi, celui de Rakay. L’aspect extérieur de ce village, qui a plusieurs

milliers d’habitants, n’a rien qui attire le regard et le passant n’y

voit qu’une grande plaine couverte à perte de vue de cases rondes à

toits pointus. En réalité, Rakay joue chez les Mossis un rôle tout à

fait comparable à celui d’un port de commerce.

« L’envoi d’une caravane est une opération comparable à ce qu’était

autrefois l’armement d’un navire ; et le retour des marchands, lorsque

ceux-ci ont réussi dans leur entreprise, donne lieu à des manifestations

de joie qui rappellent les bordées de matelots rentrant de campagne.

« Aussi Rakay est-il, en même temps qu’une grande place d’affaires, une

ville de plaisirs. On y trouve des changeurs, des courtiers, des loueurs

d’ânes, en même temps que des entrepreneurs de caravanes. On y trouve

aussi des musiciens, des chanteurs, et les plus belles danseuses de la

région. Et pendant toute la saison des caravanes, le marché est toujours

abondamment fourni de bière de mil[338]. »

Au moment de notre passage à Ouagadougou (août 1910) les Kolas se

vendaient au marché 2 fr. 50 les 75. Les noix mises en vente sont de

gros Kolas rouges de l’Achanti. On n’observe pour ainsi dire jamais de

noix blanches.

D’après les nombreuses pesées que nous avons effectuées, les noix

vendues en cette saison pèsent en moyenne 27 g. 20. Il faut donc 58 noix

pour faire un kilog. et la valeur du kilog. à Ouagadougou est de 1 fr.

93.

Les noix se vendent en gros ordinairement contre argent, à raison de 20

fr. à 30 fr. le 1.000 suivant la saison. Au moment de notre voyage, on

les échangeait aussi contre des cauris dont le cours était 5.500 à 6.000

cauris correspondant à 5 fr.

A cette époque, un bœuf moyen valait 30 fr. au centre du Mossi.

On achète le bétail contre argent et on va le vendre à Salaga à raison

de 60 à 125 fr. par animal, ce prix étant payé en or anglais (livres

sterling). Les Anglais ne prélèvent pas de droit d’entrée, mais les

frais occasionnés par le péage et les droits de stationnement s’élèvent

à 5 fr. par animal.

Pour aller chercher les Kolas, les caravaniers partant de Ouagadougou

passent habituellement par les villages de :

Koïnda, Nahartenga, Pomdogo, Linangoin, Ouiya, Rapadama, Bagaré, Zorogo,

Zoungou, Sapara, Koupéla, Tenkodogo, Ningaré, Bana, Bilo, Badéma,

Pougounabili, Gambaka, Raboniri, Kortengua, Sacoya, Sarago, Salaga

(capitaine SCAR).

D’autre part, d’après M. l’administrateur VIDAL, il existe trois routes

de retour pour les acheteurs de Kolas revenant de la Gold-Coast.

La première part de Gambaka (Gold-Coast), passe par Bitou, Tenkodogo,

Koupéla, Dori et Niamey ; entre Tenkodogo et Koupéla, certains

caravaniers obliquent sur Fada-Ngourma, Say et Niamey ; d’autres, à

partir de Yaya, voisin du Liptako, se dirigent sur Niamey.

Une seconde route part de Salaga et passe par Navaro (Gold-Coast),

Kombisiguiri, Kaya au N.-E. de Ouagadougou, enfin Ouagadougou.

Une troisième part aussi de Salaga et se continue par Léo et Rakay sur

Ouagadougou.

Un autre chemin caravanier part de Salaga, passe par Kalinda entre Léo

et la Volta Noire, puis, au lieu de venir aboutir à Ouagadougou, se

poursuit à l’ouest, sur Borromo, Kouri, Djenné et Sofara.

Une partie des caravaniers parvenus à Ouagadougou s’y arrêtent peu de

temps ; ils poursuivent leur route vers le N. ou vers l’E.

Trois routes commerciales s’offrent à eux.

L’une se dirige sur Yako, Ouahigouya, Sofara ou Bandiagara et vient

aboutir à Mopti sur le Niger. Une seconde file sur Douentza, Saraféré ou

Tombouctou, enfin une troisième va à Dori et Niamey.

Les Kolas forment les 4/5 des charges apportées de la Gold-Coast au

Mossi par les caravaniers, l’autre cinquième étant constitué par des

tissus, des verroteries, du cuivre, de la quincaillerie.

L’_oussourou_ est le droit d’entrée sur les marchandises dû par les

caravanes venues des colonies étrangères par voie de terre. Il

correspond à la taxe douanière et est du dizième de la valeur des

marchandises _à leur entrée dans nos territoires_. Il n’y a pas de doute

que cette valeur doit être comprise à la frontière même et non sur les

grands marchés de l’intérieur du Soudan où l’_oussourou_ est perçu.

C’est ainsi qu’à Ouagadougou la taxe, avec juste raison, a été fixée à 1

fr. pour 1.000 Kolas, alors que ces Kolas valent sur ce marché 25 à 30

francs, mais on estime qu’ils ne valaient que 10 fr. à leur entrée au

Soudan. Par contre, en quelques points, la taxe est perçue sur un taux

exagéré. Il y a peu de temps encore, le poste de Boromo demandait aux

caravaniers 3 fr. et même 4 fr. par 1.000 Kolas. A notre avis, si l’on

veut encourager l’apport des Kolas de la Côte d’Ivoire au Mossi, il

faudra percevoir l’_oussourou_ à la frontière même et non sur les

marchés de l’intérieur, de manière que les Kolas de nos territoires

échappent à cette taxe.

[Illustration : FIG. 50. — Carte des routes suivies par les caravanes

transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien (échelle

1/16.000.000)]

L’_oussourou_ est perçu au profit du Budget local du Haut-Sénégal-Niger.

Les _dioulas_ acquittaient, en outre, récemment encore une patente de 2

francs par charge pour une durée de 3 mois.

Nous avons déjà dit que cette patente avait été récemment supprimée par

le Gouvernement général de l’Afrique occidentale.

Enfin, pour la vente au détail, les traficants paient un droit de place

de 0 fr. 20 par jour de marché[339].

Notre vieux Soudan, à l’encontre de la Guinée, a eu l’heureuse

inspiration d’appliquer aux Kolas venant de la Gold-Coast une taxe très

faible, qui n’a apporté aucune perturbation au commerce local[340]. De

son côté, l’administration de la Gold-Coast s’est abstenue de mettre des

droits sur l’entrée du bétail venant du Soudan français. Grâce à ces

méthodes de libre-échange, le commerce indigène a pris, depuis 10 ans,

une grande extension[341].

En 1903, on traitait à Ouahigouya 441.800 Kolas, et 929,820 transitaient

vers le nord.

Ces chiffres se sont considérablement accrus, comme le montrent les

tableaux publiés plus loin. De même, le trafic du bétail vers la Gold-

Coast a pris aussi une grande extension et, chaque année, 20.000 bovins

du Mossi arrivent dans la colonie anglaise.

Le grand marché de Ouagadougou a lieu tous les trois jours.

Il est habituellement fréquenté par 1.800 à 2.000 personnes.

Les noix de Kolas sont vendues sur la place publique et à l’entrée des

cases.

L’administration nous a communiqué les statistiques suivantes relatives

au trafic des noix de Kola dans le Mossi :

=Kolas provenant de la Gold-Coast et entrant dans le cercle de

Ouagadougou.=

Quantité Quantité Valeur Valeur Prix

de noix de noix par par du

par par trimestre semestre 1.000

trimestre semestre

--- --- --- --- ---

3e trimestre 1909 1.292.000 38.760 30 fr.

4e — 1909 1.675.000 50.250 30

--------- ------

2e semestre 1909 2.967.000 89.010

1er trimestre 1910 2.876.000 86.280

2e trimestre 1910 2.960.000 87.000

--------- ------

1er semestre 1910 5.836.000 173.280

Totaux du 1er 8.803.000 noix 262.290 francs.

juillet 1909 au 30 valant

juin 1910

=Kolas importés et consommés à Ouahigouya=[342].

Nombre de noix

---

3e trimestre 1909 291.500

4e — 1909 279.000

1er — 1910 126.600

2e — 1910 203.000

-------

Total 900.900

=Kolas passant en transit à Ouahigouya.=

3e trimestre 1909 1.816.500

4e — 1909 1.373.500

1er — 1910 939.500

2e — 1910 2.627.420

---------

Total 7.625.920

Soit en réunissant, la consommation et le transit, 8.526.820 noix.

Mais la plus grande partie des noix arrivant à Ouahigouya ont déjà passé

par le cercle de Ouagadougou.

Les charges sont de 2.000 Kolas environ et si l’on admet qu’il existe 60

noix par kilogramme, 33 kilog. représentent le poids d’une charge. La

quantité apportée chaque année à Ouagadougou serait donc de 146.716

kilog. ou 4.400 charges. En admettant que les arrivages se répartissent

régulièrement chaque année, la Gold-Coast enverrait au Mossi 366 charges

par mois. En réalité, ce chiffre est beaucoup trop faible. D’après M.

VIDAL, il ne représente que le tiers de ce qui passe. On peut admettre,

croyons-nous, qu’il entre dans le cercle de Ouagadougou 1.000 charges de

Kolas par mois, pendant 8 mois de l’année (de janvier à août inclus),

soit 8.000 charges par an ou environ 264 tonnes.

Les Kolas de la Gold-Coast entrent aussi au Soudan français par les

cercles de Bobo-Dioulasso et de Fada-N’Gourma. Rappelons que, d’après

MARC, l’importation des Kolas au Mossi est d’au moins 500 tonnes par an

(ce chiffre comprenant ce qui est consommé sur place et ce qui transite

vers le N. et vers l’E.).

La plus grande partie de noix transitant à Ouahigouya sont transportées

ensuite dans le N. ; les unes vont à Sofara, les autres à Saraféré.

CHUDEAU a fourni récemment d’intéressants renseignements sur ces

marchés :

« Au marché de Sofara[343] (sur le Bani, au Nord de Djenné), on

rencontre, au milieu des gens de la région qui vendent des produits

locaux (Sonr’aïs, Bambaras, Peuls, Habbés, etc...), des Maures venus du

Sahel et des habitants du Mossi et de Bobo-Dioulasso arrivés du Sud.

Malgré l’importance des transactions sur la place du marché qui, chaque

mardi, est aussi animé que celle d’un gros chef-lieu de canton de France

les jours de foire, le gros commerce a lieu dans les cases ; le Kola

craint le soleil et le sel, la pluie. D’après les chiffres qu’a bien

voulu me communiquer M. BARRIÉTY (en mai 1909), on recensait, à Sofara,

environ 1.000 barres de sel par mois, valant de 18 à 20 francs, et

environ 1 million de Kolas à 50 francs le mille. Pendant le premier

trimestre 1909, il avait été recensé un chiffre d’affaires de 180.000

francs.

« Sofara, déjà cité par BARTH, a pris un grand développement depuis une

quinzaine d’années ; il compte 2.500 habitants ; son prompt

développement tient à ce que, aussi bien situé que Djenné au point de

vue des communications par eau, il a l’avantage d’être constamment relié

par une route, praticable en toute saison, avec le Mossi et les régions

voisines. Avant que notre présence n’imposât la paix et la sécurité aux

pays noirs, cet avantage était un danger, et tout le commerce indigène

de cette région était centralisé à Djenné.

« Par une route différente qui traverse le plateau de Bandiagara au col

de Douenza, les Mossis apportent sur leurs bœufs des Kolas à Saraféré,

sur le Niger ; de Saraféré à Tombouctou, ils louent des pirogues aux

indigènes. Saraféré est un gros village (3.000 habitants) peuplé de

Sonr’aïs, de Bambaras et de Peuls. Pendant le trimestre juillet-août-

septembre 1909, il y est passé 1.400.000 Kolas ; à ce moment, la barre

de sel y valait 12 francs (G. GIRAUD).

« Il existe encore d’autres routes passant à Hombori et aboutissant à

Bamba. »[344].

Une partie des noix transitant par le Mossi parviennent à Tombouctou

environ 3 mois après avoir été achetées à la Gold-Coast.

Selon BAILLAUD, d’avril 1895 à mai 1896, pour une importation totale de

un million de Kolas à Tombouctou, 800.000 venaient du Mossi et 200.000

d’autres provenances[345].

En 1898, le commerce annuel des Kolas à Tombouctou se chiffrait à

400.000 francs. Ce trafic aurait périclité dans ces dernières années.

L’apport de sel de Taoudéni, qui servait de base aux transactions, a

beaucoup baissé, le sel de Roumanie étant venu le concurrencer sur les

marchés Soudanais. Il en est résulté une réduction dans la puissance

d’achat des Kolas à Tombouctou.

D’après M. VIDAL, Tombouctou reçoit, aujourd’hui, à la fois des Kolas de

l’Achanti et des Kolas de la Haute-Guinée et de la Haute-Côte d’Ivoire,

venus par Bamako ; ces derniers sont beaucoup plus prisés et se vendent

plus cher. Les Kolas de l’Achanti se conservent au Soudan moins

longtemps que les autres ; ils sont fréquemment attaqués par le

_Sangara_, d’autres sont détruits par la _pourriture_.

Les caravanes de Tombouctou n’emportent pour ainsi dire pas de Kolas

dans le désert. Ils viennent au Moyen Niger échanger leur sel contre des

grains, mais Tombouctou est la dernière ville vers le Nord où on fait

une grande consommation des précieuses noix.

« On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0 fr. 25

la pièce. Parfois, le prix subit une hausse extraordinaire : on est allé

jusqu’à les payer 1 franc pièce ; mais ces prix-là ne profitent qu’aux

commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement un effet de la

spéculation »[346].

Actuellement, on peut se procurer, à Tombouctou, des Kolas pour 0 fr. 15

et 0 fr. 20 pièce.

=3o HAUT-DAHOMEY.=

Les Pays Baribas et Dendis, situés dans la partie Nord du Dahomey

reçoivent les Kolas qu’ils consomment de l’hinterland de la Gold-Coast

et non de la région côtière du Dahomey.

Djougou, au sud des monts Atacora, est le grand marché où sont apportés

les noix par les caravaniers. La quantité consommée dans le pays est

insignifiante, mais il s’opère par cette région un très gros transit de

noix apportées de la Gold-Coast et dirigées sur la Nigéria anglaise. Il

n’est point exagéré d’évaluer ce trafic à 800 tonnes par an.

Nous devons à M. l’administrateur DEHNÉ la communication du tableau ci-

contre, mentionnant les charges de Kolas passant à Djougou chaque année

et contrôlées par l’administration :

=Tableau indiquant par mois le nombre de charges de Kolas venant de

l’ouest passant à Djougou (Dahomey).=

+------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+

|ANNÉES| JAN | FÉV | MAR | AVR | MAI | JUI |JUL|

+------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+

| 1906 | » | » | » | » | » | » | » |

| | | | | | | | |

| 1907 | 752| 753|1.105|1.265| 111| 356|324|

| | | | | | | | |

| 1908 |1.041|1.415|2.105|1.745|1.034| 533|685|

| | | | | | | | |

| 1909 |1.230|1.442|2.005|1.720|1.585| 1.470|786|

| | | | | | | | |

| 1910 |1.123|2.082|3.144|2.726| | | |

+------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+

[Suite]

+------+----+----+----+----+----+-------+-------------+

|ANNÉES| AOÛ| SEP| OCT| NOV| DÉC|TOTAUX |OBSERVATIONS |

+------+----+----+----+----+----+-------+-------------+

| 1906 | » | » | » | 477| 437| 914}Chiffres |

| | | | | | | }approximatifs|

| 1907 | 412| 202| 65| 265| 657| 6.116} |

| | | | | | | | |

| 1908 | 463| 120| 56| 235| 506| 10.089} |

| | | | | | | }Chiffres |

| 1909 | 645| 376| 178| 383| 718| 12.536}exacts |

| | | | | | | }déclarés |

| 1910 | | | | | | } |

+------+----+----+----+----+----+-------+-------------+

En 1910, notre administration a dû enregistrer environ 15.000 charges de

noix de Kolas arrivant à Djougou, soit 450 tonnes si on évalue chaque

charge à 30 kilog.

Mais, d’après M. DEHNÉ, pour éviter de payer la taxe de colporteurs,

environ 15.000 charges diverses passent en contrebande, à travers les

sentiers des Monts Atacora et du Pays Somba. Sur ces 15.000 charges, les

⅘ sont constituées par des Kolas. Les Kolas arrivant à Djougou sont

toujours des noix rouges à deux cotylédons, pesant en moyenne de 12 à 18

grammes. Le prix du kilog. au détail est de 1 fr. 75.

Les caravaniers qui transportent les noix de Kola de Salaga (Gold-Coast)

dans la Nigéria du Nord sont presque tous des Haoussas du Sokoto. Ils

ont fondé des villages sur tout le parcours, notamment à Say, à Djougou,

à Sansanné-Mango, à Salaga.

Ceux qui passent par Djougou suivent la voie : Samaré, Ouafilo, Bassari,

Zangiogo et Salaga.

Ceux qui veulent se soustraire à la taxe évitent Djougou et passent par

Konkobiri, Maka, Tanguéta, Makoua ; ils entrent en territoire allemand

vers Sansanné-Mango.

Leur trafic de transit comporte des dépenses assez élevées. A la Gold-

Coast, ils n’ont aucune taxe à acquitter, mais, pour la traversée de

Togo, ils doivent payer un droit de 3 marcks par charge ; au Dahomey,

ils étaient, jusqu’à ces derniers temps, munis d’une patente de 2 francs

par charge, valable trois mois, ne pouvant donc servir que pour un

voyage ; enfin, dans la Nigéria, ils doivent encore acquitter un droit

de 4 schellings par charge.

Aussi, ce trafic des caravanes est appelé à diminuer d’année en année.

Beaucoup de Haoussas vont déjà faire leurs approvisionnements de Kolas

dans les grands centres sur le parcours de la voie ferrée de Lagos-

Nigéria, où les Kolas sont apportés par la mer et le chemin de fer.

La colonie du Dahomey voudrait détourner les caravaniers de la voie

Djougou et les amener par Parakou et Savé, à l’extrémité du rail du

Dahomey, où les maisons européennes pourraient accumuler des provisions

de noix importées par mer.

Nous pensons, pour notre part, que ce projet a peu de chances de se

réaliser. Les caravaniers qui renonceront à aller s’approvisionner en

Kolas dans le Pays Achanti, iront plutôt au chemin de fer du Lagos, plus

rapproché d’eux et où ils trouvent déjà des noix de Kola à très bon

compte.

Conservons donc le marché de Djougou et cherchons à le développer en

assurant, aux dioulas de passage, le plus de bien-être possible.

=4o TERRITOIRE DU TCHAD.=

Il n’arrive plus que rarement des noix de Kola fraîches dans le bassin

du Tchad. En juillet 1903, pendant que nous nous trouvions à Corbol,

sous le 10me parallèle, à environ 300 kilomètres au sud du lac Tchad, il

en parvint quelques charges au Sultan de Baguirmi. C’étaient des Kolas

rouges à deux cotylédons, pesant 10 gr. à 20 gr. chacun et provenant du

Pays Achanti. Ils étaient emballés dans un panier rond, tressé en

lanières de feuilles de palmier Doum, panier nommé _Keskir_ en Kotoko.

Elles étaient encore très fraîches et on nous raconta qu’il en arrivait

parfois de plus loin. Peu de temps avant notre voyage, une caravane de

Bambaras, qui étaient venus par Siguiri et Bamako, en avait apporté

quelques charges à Tchecna, et des pèlerins du Soudan se rendant à la

Mecque en emportent parfois au-delà du Ouadaï comme denrée d’échange.

Ces pèlerins, à leur passage à Kousri ou à Fort-Lamy, écoulent

ordinairement les noix fraîches à raison de 10 pour un thaler, soit 0

fr. 50 pièce. Si ces Kolas se dessèchent en cours de route, ils les

emportent parfois jusqu’au terme de leur voyage, ce qui explique qu’on

puisse se procurer à La Mecque même des noix de Kola desséchées.

* * * * *

=IV. — PAYS CONSOMMATEURS ÉTRANGERS.=

* * * * *

=1o GAMBIE ANGLAISE.=

La Gambie importe chaque année de grandes quantités de noix de Kola

provenant surtout de Sierra-Léone et vendues aux comptoirs de Bathurst

et Mac-Carthy.

Une partie est consommée dans le pays ; l’autre est emportée dans le

Soudan par les caravanes.

Les chiffres d’importations pour les dernières années sont :

=Importations de Kola.=

Années Poids (kilog.) Valeur (francs)

1902 » 714.425

1903 » 820.500

1907 460.009[347] 998.550

1908 409.985 993.100

Par une autre source, nous savons que la colonie de Sierra-Léone aurait

expédié en Gambie : 335 tonnes en 1905, 456 en 1906, 515 en 1907, 433 en

1908, 474 en 1909.

=2o GUINÉE PORTUGAISE.=

La Guinée portugaise reçoit par ses ports de Bissao et Boulam les noix

de Kolas qu’elle importe de Guinée française et de Sierra-Léone.

Cette dernière colonie, d’après les statistiques anglaises, aurait

expédié en Guinée portugaise les quantités suivantes de Kolas frais :

1905 122 tonnes

1906 216

1907 256

1908 140

1909 314

En 1904, la Guinée française expédiait en Guinée portugaise 15 tonnes

706.

Ce chiffre s’est abaissé dans les dernières années.

=3o NIGÉRIA ANGLAISE.=

La Nigéria anglaise est, avec notre Soudan, le pays qui consomme la plus

grande quantité de noix de Kola.

Au sud, s’étend la Southern Nigéria qui en produit et en consomme ; au

nord, se trouve la Northern Nigéria qui en produit très peu, mais en

consomme de très grandes quantités.

Les kolatiers & les noix de kola · 第 34 / 40 段