commerçants indigènes qui circulent entre les ports du Nord et les
localités de l’intérieur.
Depuis 1906, quelques maisons européennes tentent aussi de se livrer à
ce négoce. On estime que 5 % seulement de la population de Sierra-Léone
emploie le Kola comme article d’alimentation et qu’il n’en est pas
consommé plus de 10 tonnes par an dans toute la colonie.
Durant les années favorables, la colonie peut produire actuellement
2.000 tonnes de noix (8 quintaux par acre), mais les plantations
indigènes sont en voie d’extension. Une grande quantité de Kola est
transportée par terre en Guinée française et ne se trouve pas comprise
dans les statistiques du Département des Douanes.
=2o GOLD-COAST.=
Les noix de Kola sont une des principales ressources de la Gold-Coast
qui en produit pour 5 ou 6 millions de francs par an.
La plus grande partie des amandes exportées provient du Pays des
Achantis et de l’Akyem. Le _Cola rubra_ est la seule race cultivée dans
ces régions.
Suivant un _Supplément de la Gazette du Gouvernement de la Gold-Coast_
pour 1909, on estime que les 4/5 des importations dans le Pays des
Achantis, sont échangées contre des noix de Kola dont le prix serait
d’environ 10 livres sterling la tonne (soit 0 fr. 25 le kilog.). Or, la
valeur des exportations de ce produit pour l’Achanti atteignait, en
1908, 90.000 livres sterling ou 2.250.000 francs. Au prix de 0 fr. 25 le
kilog., cela correspondrait à 9.000 tonnes de Kolas, et sur cette
quantité il passerait vers le Nord pour 80.000 livres sterling de
Kolas[326]. Le chemin de fer de Coumassie en emporterait pour 250.000
francs à Sekondee. Cette valeur correspond, d’après nos évaluations, à
environ 250 tonnes.
[Illustration : (Cliché communiqué par H. FILLOT).
FIG. 49. — Couffins de Kolas préparés pour l’embarquement à Sekondee
(Gold-Coast).]
Ces 250 tonnes s’ajoutent aux quantités beaucoup plus élevées produites
par l’Akyem et par les régions avoisinant la mer et le tout est embarqué
principalement à destination de Lagos.
Les marchés de Séhara et de Halata fournissent de grandes quantités
destinées à l’exportation par mer.
Le commerce d’exportation des Kolas par mer a commencé il y a 30 ans
seulement. Les statistiques douanières signalent en 1899 une sortie
évaluée à 2.125 francs et en 1892 l’exportation n’était encore de 33.200
francs. Nous publions, d’après _The Gold Coast Civil service List
1904-05_, le tableau des exportations de 1886 à 1903 inclus :
=Gold-Coast.=
_Kolas frais exportés par mer._
Années Nombre de Valeur
Couffins en francs
1886 114 18.950
1887 206 25.250
1888 261 36.475
1889 13 2.125
1890 607 82.850
1891 347 55.600
1892 91 33.200
1893 979 642.900
1894 1.202 712.800
1895 2.352 764.150
1896 3.156 835.950
1897 4.278 946.750
1898 3.092 894.725
1899 2.671 1.425.525
1900 1.907 1.078.325
1901 1.979 875.600
1902 1.923 936.875
1903 2.773 1.264.025
Pour les dernières années, M. Emile BAILLAUD nous a communiqué les
chiffres suivants :
Années Quantités Valeur en francs
(couffins de
450 kg. environ)
1905 » 1.502.775
1906 4.703 1.840.800
1907 6.278 1.972.525
1908 4.484[327] 2.109.050
L’exportation actuelle par mer doit osciller entre 2.000 et 2.500
tonnes.
En 1903, l’exportation totale de 2.773 couffins par mer se répartissait
ainsi par les divers ports :
Accra 1.571 couffins
Cape Coast 849
Saltpond 147
Winneba 26
--------------
Total 2.773 couffins
Depuis la construction du chemin de fer de Coumassie, de nombreux
ballots sont également embarqués à Sekondee.
=3o CAMEROUN.=
L’hinterland du Cameroun dans les parties boisées situées au sud du 6°
de lat. N. produit des noix de Kola que des Haoussas de l’Adamaoua
allemand et de la Nigéria du Nord viennent acheter. Elles se vendent
dans les pays producteurs en passant par Ngaoundéré et Tibati, centres
caravaniers importants. Nous n’avons aucun renseignement sur ce trafic.
Les districts côtiers du Cameroun exportent aussi par mer de petites
quantités de noix de Kola embarquées à Douala et à Victoria et destinées
au Togo ou à la Nigéria anglaise. Ce commerce atteint quelques dizaines
de mille francs par an et il ne fera sans doute que se développer,
diverses plantations de Kolatiers ayant été faites dans ces dernières
années.
En 1899, le Cameroun a exporté 25.111 kilog. de Kolas valant 9.286
Mks. ; en 1900, 24.057 kilog. valant 6.994 Mks. ; en 1905, 62.789 kilog.
valant 34.564 Mks. ; en 1906, 37.068 kilog. valant 21.707 Mks. ; en
1907, 80.411 kilog. valant 21.997 Mks. et en 1908, 83.469 kilog. valant
34.265 Mks. Une grande partie de ces Kolas sont à l’état sec et destinés
au port de Hambourg.
=4o TOGO ALLEMAND.=
Le Togo produit de petites quantités de noix de Kola, notamment aux
environs de Tapa (_Cola nitida_) et de Misahöhe (_C. acuminata_), mais
la production ne suffit pas à la consommation.
Dans le nord du Togo, le transit des Kolas, allant du Pays Achanti à la
Nigéria du Nord ou aux territoires français de la boucle du Niger, donne
lieu à un trafic très intense. Au poste de Kétékratyi, situé sur la
route des caravanes, pendant le premier semestre 1899, le Comte ZECH a
recensé 233 tonnes de Kola transitant. « Cette statistique, ajoute-t-il,
ne présente qu’une partie de la totalité du trafic ; il y a encore plus
d’une voie commerciale allant du Pays Achanti au Soudan. Le commerce du
Soudan se dirigera de plus en plus vers le pays produisant le plus de
bons Kolas, c’est-à-dire vers la Côte d’Or. Si le Togo veut participer
en une certaine mesure à ce commerce, il faudra qu’on y installe des
plantations d’une bonne espèce de _Cola_. Heureusement, ces cultures
sont commencées et déjà en bel état[328] ». Nous savons que les
résultats obtenus par la suite n’ont pas été en rapport avec l’optimisme
de l’ancien Gouverneur du Togo et nous pensons, pour notre part, que le
Togo privé de grandes forêts ne parviendra pas à concurrencer les pays
approvisionnant en Kolas le Soudan, c’est-à-dire la Côte d’Ivoire et la
Gold-Coast.
=5o SAN THOMÉ=
Ainsi que nous l’avons constaté, de nombreux Kolatiers sont disséminés à
travers les plantations de Cacaoyers de l’île portugaise, mais on n’en
tire presque aucun parti.
Dans quelques _roças_ seulement, « les noix de Cola sont cassées en
morceaux et séchées au soleil[329] ».
En 1898, il en a été exporté 374 kilog. valant 1.185 francs ; en 1899,
on en exporte encore pour 3.500 fr. En 1905, ces exportations avaient
cessé.
Prix sur le marché de l’île : 0 fr. 30 le kilog.
Droits à destination du Portugal 1 % _ad valorem_
— des pays étrangers 15 % —
La culture du Cacaoyer est beaucoup plus rémunératrice que celle du
Kolatier.
Dans la notice sur l’Exposition Coloniale de Paris de 1906[330] il est
dit à propos de la culture du Kolatier : « Il s’agit là d’une culture
qui rapporte peu, c’est vrai, mais qui, étant à la portée des indigènes
et des européens — vu le peu de soins qu’elle exige — a encore cet
avantage de ne causer aucun préjudice aux meilleures essences de l’île :
le Caféier et le Cacaoyer ».
* * * * *
=III. — PRINCIPAUX PAYS CONSOMMATEURS.
COLONIES FRANÇAISES.=
* * * * *
=1o SÉNÉGAL.=
Notre plus ancienne colonie africaine consomme des quantités de Kolas
qui vont en s’accroissant d’année en année, ainsi que le montrent les
chiffres suivants :
=Importations de Kolas au Sénégal (par mer).=
Année Poids Valeur
(kilogs) (francs)
1889 108.797 543.984
1890 149.860 699.522
1891 170.165 596.342
1892 335.360 1.998.229
1893 176.361 528.784
1894 274.609 768.732
1895 231.469 906.459
1896 284.301 1.388.004
1897 304.090 1.580.457
1898 232.375 1.163.625
1899 177.274 1.418.194
1900 195.187 1.544.316
1901 442.911 3.521.894
1902 426.879 3.396.896
1903 311.632 4.065.736
1904 489.905 3.882.099
1905 453.222 2.380.104
1906 510.478 2.041.914
1907 646.773 2.535.480
1908 666.590 2.799.544
1909 779.683 3.118.735
Une grande partie de ces noix sont consommées au Sénégal même ; les
autres remontent le fleuve Sénégal et pénètrent dans la colonie du Haut
Sénégal-Niger pour alimenter les marchés approvisionnés par Kayes.
La presque totalité des noix importées par mer au Sénégal proviennent de
Sierra-Léone. Pendant les dernières années, cette colonie anglaise a
envoyé aux divers ports du Sénégal les quantités suivantes (en tonnes) :
=Importations de Kolas de Sierra-Léone au Sénégal.=
St-Louis Rufisque Dakar Gorée Pour
l’ensemble
1905 3 53 211 23 290
1906 5 47 369 36 457
1907 12 21 485 40 558
1908 2 54 470 28 554
1909 16 29 606 1 652
En 1906, le Sénégal a reçu de la Guinée française 16 tonnes 5 de Kolas ;
en 1907, il en a reçu 9 tonnes ; depuis, cette quantité a été en
diminuant par suite de la construction du chemin de fer de Conakry au
Niger, qui permet l’exportation plus rémunératrice vers l’intérieur du
Soudan.
Comme le montre le tableau précédent, Dakar est le principal port
d’approvisionnement. Les noix y sont importées par quelques firmes
européennes, par des traitants indigènes et par des syriens ayant des
correspondants à Free-Town ou à Conakry. Elles arrivent dans des
paniers, 50 kilog. environ, emballées dans des feuilles ou séparées par
des lits de sable.
Les mercuriales de la douane attribuaient aux Kolas rendus au Sénégal,
jusqu’à ces dernières années, une valeur de 8 francs le kilog. ;
actuellement encore, ils sont mercurialisés à 4 francs le kilog. Les
noix débarquées à Dakar ne valent en réalité que 2 fr. 50 le kilog.
après avoir acquitté la taxe de 0 fr. 75 par kilog.
C’est surtout dans les villes, notamment à Dakar, à Saint-Louis, à
Rufisque, à Thiès, à Podor, que la consommation des Kolas prend de
l’extension. Outre l’apport par mer, d’assez nombreuses charges,
destinées aux régions de l’intérieur pénètrent aussi dans notre colonie
soit par la Gambie anglaise, soit par la frontière de la Guinée
française. Les villes de l’intérieur sont en outre approvisionnées par
des caravanes qui viennent faire leurs achats soit aux villes de la
côte, soit dans les escales du fleuve.
Grâce au bien-être que nous leur avons apporté, les diverses peuplades
de la Sénégambie, et surtout les Wolofs et les Toucouleurs sont devenus,
en moins de 50 ans, de grands consommateurs.
Une quantité considérable de noix se vend chaque jour au détail à Dakar.
Au tournant des rues et sur chaque place, on rencontre, depuis l’aube
jusqu’à une heure avancée de la nuit, le marchand de Kolas accroupi
devant son étal formé d’une peau tannée étendue sur le sol. Il offre, au
passant, ses noix blanches et ses noix rouges, constamment à deux
cotylédons. Elles sont présentées, habituellement, par petits tas de 4 à
5 noix, valant un _tanca_ (pièce de 0 fr. 50). On peut aussi acheter une
seule noix vendue de 0 fr. 05 à 0 fr. 20, parfois jusqu’à 0 fr. 30 si
elle est exceptionnellement grosse. Comme au Soudan, il n’y a point ici
de morte saison : le commerce est prospère d’un bout à l’autre de
l’année.
=2o HAUT-SÉNÉGAL ET NIGER.=
Bien que le _Tarick-es-Sudan_, la plus ancienne chronique relative à
l’histoire du Soudan, ne fasse pas mention des noix de Kola, nous savons
par LÉON L’AFRICAIN que le commerce de cette denrée existait déjà dans
la région du Niger au XVe siècle.
CUNY rapporte qu’au XVIIIe siècle c’était un article d’échange courant.
« Les marchands du Fezzan font avec ces peuples du Niger un commerce qui
consiste en couteaux, lames de sabre, tapis et corail ; en verroteries,
miroirs, musc et divers autres objets de quincaillerie. Les marchands
d’Agadez leur apportent du sel et reçoivent en échange de l’or, des
esclaves, des étoffes de coton, des peaux de chèvres peintes, des cuirs
de vaches et de buffles, et des _noix de Gonvan_[331] ; cette noix est
le fruit d’un arbre très élevé dont la feuille est large. Ces noix sont
au nombre de 7 à 9 dans une enveloppe de 18 pouces de long : leur
couleur est d’un jaune-verdâtre. Elles sont de la grosseur de la
châtaigne ; leur goût, quoiqu’un peu amer, n’est cependant pas
désagréable. On s’en sert pour corriger les eaux du pays qui sont
nauséabondes et malsaines[332] ».
Ce n’est cependant qu’à la suite des grands voyages de Réné CAILLIÉ, de
BARTH et de BINGER, que l’importance des noix de Kola dans les
transactions soudanaises est révélée.
En 1900, E. BAILLAUD publie la _Carte économique des Pays français du
Niger_[333], montrant le tracé des principales routes caravanières du
Soudan et leur importance relative. Jusqu’à nos jours, ces routes sont
restées ce qu’elles étaient du temps de BARTH. Seul, l’aménagement des
voies de communication rapides (chemins de fer et navigation à vapeur
sur le Sénégal et le Niger) en a modifié quelques-unes.
Les Kolas qui circulent dans le Soudan nigérien sont de trois
provenances différentes. Ils arrivent :
1o Par le fleuve Sénégal et le port de Dakar ; il en vient ainsi de
Sierra-Léone et de la Guinée française.
2o Par Siguiri, Kankan (ou Kouroussa) et Beyla (ou Kissidougou) ; ils
proviennent de la Haute Guinée française, du Haut Libéria et de la Haute
Côte d’Ivoire occidentale.
3o Par Bobo-Dioulasso, par Léo ou par Salaga ; ils proviennent du Pays
Achanti (Gold-Coast).
La quantité de noix arrivant chaque année dans notre colonie n’est pas
inférieure à 2.500 tonnes.
Les marchés de Kayes et Médine, de Banemba et de Nioro, ainsi que les
provinces qu’ils desservent sont presque exclusivement approvisionnés de
noix importées du Sénégal. Le chemin de fer de Kayes au Niger en
transporte aussi jusqu’à Bamako. Ce sont les bateaux des _Messageries
fluviales_ qui effectuent la montée des noix de Kola de St-Louis à
Kayes. Tout au long de l’année, les places que nous venons de citer sont
largement approvisionnées de la précieuse denrée.
Les noix pesant de 10 à 20 grammes se vendent au détail 0 fr. 10 pièce,
parfois 2 noix pour 0 fr. 15 ; les très belles noix valent 0 fr. 15 et 0
fr. 20 pièce.
A Bamako, les noix ont sensiblement la même valeur. Ce grand centre
reçoit annuellement, par caravanes, environ 200 tonnes de noix provenant
de la haute Côte d’Ivoire et de la haute Guinée.
Ségou en reçoit de Bamako et de Djenné (provenant du Pays Achanti). Nous
n’avons pu nous procurer les évaluations relatives à ce commerce pour
les dernières années, mais nous savons qu’en 1898 il arrivait déjà 3
millions de noix à Ségou par an, soit environ 40 tonnes.
A Sikasso, près de la limite du bassin du Niger et de la Comoé, il passe
aussi d’importantes caravanes de Kolas, spécialement de janvier à mai.
Ces noix proviennent soit du pays Lô, soit du pays Dyola et ont traversé
le Ouorodougou. Elles sont pour la plupart rouges et de belle taille.
Lors de notre passage dans cette ville, elles se vendaient 0 fr. 03
pièce, soit de 1 fr. 75 à 2 fr. le kilog.
Bobo-Dioulasso est aussi un marché important où les dioulas de la boucle
du Niger et même de la région de Tombouctou viennent se mettre en
rapports avec les Mandé-Dioulas et les Haoussas fréquentant les marchés
de la Gold-Coast et de Bondoukou (Côte d’Ivoire).
D’autres Haoussas se rendent directement de la Nigéria dans l’Achanti y
faire des achats de Kola. La plupart retournent dans leur pays par le
Togo septentrional et par le N. du Dahomey ; un certain nombre passent
par le sud du Mossi et par le Gourma en traversant les villages Navaro
(Gold-Coast), Bittou, Tenkodogo, Koupéla ; de là, les uns vont sur
Niamey et d’autres traversent le Gourma en passant par Fada, Konkobiri,
Say ou Karimama.
Le _Moniteur officiel du Commerce_, année 1907, après avoir rappelé
l’importance des noix de Kola au Soudan français, donne les
renseignements suivants :
« L’importation a atteint l’an dernier (soit en 1906), les chiffres
suivants :
Kayes 30.301 fr.
Région nord 181.724
Région nord-est 248.486
Bougouni 381.623
Région sud 507.462
---------
Total 1.349.596 fr.
représentant 24 millions et demi de noix[334], d’un prix très variable à
l’entrée, mais ne dépassant pas 15 fr. le cent dans la région Nord où
elles valent le plus cher. A Bougouni au contraire, leur valeur ne
dépasse pas 2 fr. 50 le cent.
A San, on les achète à raison de 7 ou 8 noix pour un franc ; pour la
même somme, on en obtient 6 à Djenné.
Au cours de notre récent voyage en Afrique occidentale, nous avons
rassemblé des renseignements beaucoup plus nombreux sur le commerce des
noix de Kola dans la partie orientale de la boucle du Niger et
spécialement au Mossi.
L’importance de cette province, peuplée de plus de 2 millions
d’habitants, a été révélée par BINGER, mais c’est seulement depuis 1900
que les officiers et administrateurs qui y ont vécu ont mis en relief
son grand intérêt économique. L’élevage des bovins et des moutons est
pratiqué sur une très large échelle par les Peuls et par les Mossis ;
une belle race de chevaux y prospère également.
Malgré l’irrégularité des pluies, les diverses céréales africaines et
spécialement le sorgho y donnent presque chaque année de bonnes récoltes
dans de vastes plaines transformées, sur de grandes étendues, en
terrains de culture : « Tout cela, plus tard, devra n’être qu’un immense
champ de coton », écrivait déjà il y a 10 ans, à la suite de son voyage
de 1899, Emile BAILLAUD[335]. Nous revenons aussi du Mossi avec la même
conviction.
Le Mossi avait acquis il y a plusieurs siècles une grande renommée dans
tout l’Ouest africain. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, des
_Mandés-Dioulas_ de la région de Ségou vinrent s’établir dans le pays.
Ils ont formé la souche des _Yarsés_, disséminés dans tout le Mossi,
parlant encore la langue mandé et monopolisant le commerce de ces
régions.
Le Mossi doit son importance commerciale actuelle au transit des noix de
Kola et à l’exportation du bétail vers le Gold-Coast.
Peu de temps après l’occupation française, BAILLAUD put parcourir le
centre de la boucle du Niger et nous révéla ce remarquable trafic.
...... « Jusqu’à ces derniers temps, c’était avec des captifs que les
Mossis se procuraient les Kolas sur les marchés en relation avec le pays
de production, parce que le sel de Taodéni était d’un prix trop élevé
pour pouvoir lutter sur ces marchés avec le sel marin qui venait de la
côte.
« Dans ces dernières années, ce commerce s’est transformé. Depuis
l’établissement des Anglais dans l’arrière-pays de l’Achanti, ceux-ci
ont eu besoin pour leur alimentation d’un nombre assez considérable
d’animaux de boucherie. Les terres qu’ils occupaient ne pouvaient les
leur fournir. Les troupeaux du centre de la boucle ont trouvé là un
important débouché.
« Les indigènes qui s’adonnent au commerce ont donc à traiter avec les
marchandises suivantes : sel, captifs, Kolas, animaux domestiques,
produits divers du Mossi, bandes de coton, fer. Ce commerce s’exerce du
nord au sud d’une façon très définie que l’on peut analyser
succinctement ainsi :
« Les Mossis se rendent chargés de Kolas dans le nord, soit qu’ils
aillent jusqu’à Tombouctou, soit qu’ils s’arrêtent dans les différents
marchés de cette région situés entre Djibo, Hombori et le Niger. Là, ils
échangent leurs Kolas contre du sel et s’en reviennent dans leur pays.
Avec leur sel, ils se procuraient autrefois des captifs ; c’était le
seul article demandé sur les marchés de Kolas ; aujourd’hui, ils
achètent, en outre, des bestiaux ; ils les conduisent dans le sud, se
procurent de nouveaux Kolas et recommencent l’opération.
« On peut aisément se rendre compte des bénéfices que ces commerçants
peuvent ainsi réaliser. Supposons qu’un Mossi prenne sur les marchés du
sud une charge de Kolas (2.500). Lors de notre passage à Ouagadougou,
les Kolas valaient en moyenne 0 fr. 10 pièce. On peut en déduire que les
marchands Mossis se procuraient sur les marchés de Kolas une charge pour
150 fr. Rendue à Tombouctou, cette charge augmente considérablement de
valeur. On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0
fr. 25 la pièce. Parfois le prix subit une hausse extraordinaire : on
est allé jusqu’à les payer 1 fr. pièce ; mais ces prix-là ne profitent
qu’aux commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement, en effet, de la
spéculation.
« Sur une charge de Kolas, il n’y en a guère plus de deux mille qui
restent en bon état après un si long voyage. A raison de 0 fr. 25 la
pièce, c’est donc une somme de 500 fr. que le Mossi a réalisé après
avoir écoulé sa marchandise ; avec cela il achète du sel. La barre vaut
en moyenne 25 fr. ; il peut donc s’en procurer 20 barres. Rendues dans
le Mossi, ces barres valent à peu près 50 fr. chacune, soit 1.000 fr.
qu’ont rapporté les 150 fr. de première mise.
« Avec ce sel, les commerçants se procuraient autrefois des captifs qui,
lors du voyage de M. BINGER, valaient de 70 à 80 fr. Ils ont beaucoup
augmenté de valeur depuis. Les commerçants achètent maintenant des
moutons, des bœufs. Dans le Mossi, un très beau mouton vaut 3 fr. et un
bœuf 40 à 50 fr.
« Sur les marchés du sel, ces moutons valent 8 fr. en moyenne et les
bœufs de 80 à 100 fr.
« Notre marchand liquide donc son opération en revendant ses bêtes près
de 2.500 fr.
« Il faut déduire de cette somme les frais de route ; mais ils ne
dépassent guère 200 fr., même en tenant compte des animaux qui ont péri.
« Nous faisons cette évaluation en francs et non en cauris, parce qu’il
nous faudrait entrer dans le détail des différentes valeurs de cette
monnaie.
« On le voit, le bénéfice de l’opération ne laisse pas que d’être très
considérable ; aussi dans tous les villages du centre de la boucle du
Niger on s’est adonné à ce commerce[336]..... »
Les officiers qui ont séjourné au Mossi ont complété ces informations et
nous avons eu la bonne fortune de pouvoir, en août 1910, dépouiller dans
les archives des postes de Ouagadougou et Ouahigouya, tous les documents
relatifs aux questions économiques du Mossi.
En 1900, on achetait encore les Kolas à Salaga contre des bandes de
coton, des pagnes, des moutons, des bœufs, des ânes, du sel, du savon.
Un mouton de 5.000 cauris à Ouagadougou valait 1.000 Kolas ou 15.000
cauris à Salaga. Un bœuf valant 30.000 cauris se vendait 100.000 à
120.000 cauris (soit 120 fr.) à Salaga. Tout le commerce du Mossi se
fait avec la Côte d’Or et spécialement avec les marchés de Oua,
Kintampo, Ouanki, Gambaka. Quelques dioulas, surtout ceux du Bousangsé,
vont parfois au marché allemand de Sansanné-Mango.
L’officier, qui rapportait ces faits intéressants, ajoutait
judicieusement dans son rapport inédit de 1900 :
« _Nous pourrons arriver un jour à détourner ce commerce de la Côte d’Or
au profit de la Côte d’Ivoire. Pour arriver à ce résultat, il
faudrait_ : 1o _Que les dioulas trouvent sur les marchés de l’hinterland
de la Côte d’Ivoire les marchandises qu’ils désirent et surtout les
Kolas ;_ 2o _qu’ils puissent passer en toute sécurité du Mossi et du
Gourounsi sur la rive droite de la Volta Noire et descendre dans le sud
sans courir le risque d’être dévalisés ;_ 3o _qu’ils n’aient que de
faibles droits à payer, comparables à ceux établis par les Anglais_ ».
A une époque plus rapprochée de nous, le lieutenant MARC a publié des
renseignements très précis sur le trafic des Kolas dans le Mossi. Il
nous paraît utile de reproduire intégralement ses notes :
« Nous avons dit ce qu’étaient les Yarsés et quelle était leur situation
dans le Mossi. Ce sont eux qui sont les plus nombreux à se livrer au
commerce dans la région qui nous occupe.
« Il vient également des Haoussas, mais probablement depuis peu
d’années. Des Maures viennent parfois de Dori jusqu’à Ouagadougou. On ne
rencontre presque pas de Mandés-Dioulas. Quant aux Mossis purs, ce n’est
que depuis très peu de temps qu’ils se mettent, eux aussi, à suivre les
caravanes. Voici, en ce qui concerne le commerce des Kolas et du bétail,
ce que nous avons observé sur place :
« Vers la fin de l’hivernage, en septembre ou en octobre, les Yarsés
commencent à rassembler le bétail pour partir vers le sud. Dans
certaines grandes places commerciales comme Kaya, Pouitenga, Rakay, on
trouve vers cette époque les propriétaires de bétail : chefs Mossis,
Peuls ou riches indigènes, disposés à vendre leurs animaux.
« Ce sont les beaux bœufs à bosse du Yatenga et du Nord du Mossi qui
sont les plus demandés. On rassemble aussi des moutons de l’espèce du
Mossi qui est assez chétive. Les gros moutons à longue laine du Macina
ne s’exportent guère.