de Kolas, principalement en pays Guéré. D’après les renseignements
inédits qu’a bien voulu nous communiquer le lieutenant RIPERT, on doit
distinguer dans ces régions deux lignes de marchés.
La première ligne, située au N., comprend les marchés de Dioandougou
(Dioanpré), Té, Banankoro.
La seconde ligne située au S., comprend les marchés de Man, Gouékangoui,
Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé, Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien
(en pays Ouobé).
A Man, on apporte par marché hebdomadaire, en mai, c’est-à-dire en
dehors de la grande récolte, 60 à 80 charges de 1.500 à 2.000 noix. A Té
et à Dioandougou, on apporte 100 à 150 charges par jour de marché en
mauvaise saison.
A Gouékangoui, à Gouagouré et à Blo, on apporte 5.000 à 10.000 Kolas par
marché.
La grande récolte des noix dans ces pays a lieu en octobre et novembre,
mais les marchés les mieux approvisionnés se tiennent en décembre,
janvier et février.
Les dioulas du Soudan fréquentent seulement les marchés de la ligne N. ;
un assez grand nombre viennent aujourd’hui jusqu’à Man. Les marchés de
la ligne sud sont fréquentés par des Dyolas et des Ouobés, qui vont
vendre leurs acquisitions aux dioulas visitant les marchés du Nord.
Après avoir franchi le Sassandra ou le Bafing, les dioulas soudanais
passent par le grand marché de Touna ou par celui de Ouaninou, puis ils
se dirigent sur Touba ou sur Beyla.
Le capitaine SCHIFFER, qui a vécu dans les pays Bétés et Gouros de 1906
à 1909, a fourni dans ses rapports inédits d’intéressants renseignements
sur la manière dont se fait le trafic des noix de Kola dans ces pays.
« C’est, écrit-il, un commerce continu de tribu à tribu vers le Nord,
mais il n’existe pas de routes ou d’artères commerciales d’un long
parcours. Par exemple, les femmes du Bogué apportent leurs Kolas dans le
Balo, vont dans le Zéblé et chez les groupes où les attirent quelques
liens de parenté, mais elles s’arrêtent généralement à Daloa et depuis
la création d’un poste dans cette région à Idéblé ; les femmes du Zéblé
vont dans le Balogué et celles de ce groupe se rendent chez les Kouyas
qui transportent à leur tour les Kolas chez les Lôs ou Gouros du Nord.
« De cette façon, les Kolas qui dans le Bogué et le Balo ont une valeur
approximative de cinq pour un sombé, soit environ un centime pièce, se
vendent déjà à Touna, Diorolé et Toubalo 5 centimes pièce ; il ne s’agit
naturellement que des plus belles noix. Celles-ci augmentent de prix
entre les deux récoltes de juin et novembre, même sur les lieux de
production où le prix monte alors : on n’obtient plus pour un sombé que
3 ou même 2 noix. Les marchandises les plus prisées par les Gouros, les
Kouyas et les Bétés en échange de leur Kolas, sont les pagnes, dits
Gouros, mais en réalité d’origine Mandé-dioula, le sel en barres, les
sombés (_rougou_ en Bété) et les bœufs.
« Jusque chez les Ouayas et même dans les villages situés au nord du
Balogué, pénètrent les grands et beaux bœufs du Korodougou et du
Koyaradougou (Séguéla et Mankono), espèce sans bosse, intermédiaire
comme taille entre les grands bœufs du Soudan et les petits bœufs de la
forêt dense.
« Grâce à la sécurité que va assurer aux colporteurs (_dioulas_)
l’intervention de nos armes en Pays Gouro et en Pays Bété, les Lôs et
Gouros ne pourront plus conserver le monopole d’intermédiaires et
empêcher comme ils le faisaient auparavant, les colporteurs Mandés-
Dioulas de venir s’approvisionner directement dans les pays de
production. Il nous appartiendra à ce moment de canaliser ce nouveau
courant et de l’attirer par la création de marchés vers nos postes de
Daloa et d’Issia. Les Kouyas et les Lôs seront alors obligés de récolter
le caoutchouc de la forêt pour assurer leur existence. »
Nous avons signalé, dans un chapitre précédent, l’importance de la
production des Kolas dans le Pays Bété. Dans cette province, ainsi que
dans une partie du Pays Lô ou Gouro, les Kolas sont transportés sur les
marchés du N. où ils sont achetés par les indigènes de la région de
Séguéla ; mais le transport n’a lieu qu’à la suite d’achats successifs
de tribu à tribu. Ce sont les femmes qui transportent et vendent les
Kolas dans la tribu voisine d’où ils sont ensuite portés et vendus un
peu plus loin. Ces passages de tribu à tribu amènent une forte
majoration de prix. « C’est ainsi qu’une charge de 2.000 Kolas qui vaut
à Daloa 50 francs, atteint à Balogué 65 francs, 85 francs à Vavoua, 100
francs au sud du Pays Nati et 120 francs sur l’important marché de
Ténéfero où s’approvisionne Séguéla. Or, Ténéfero se trouvant à 5 jours
seulement de Daloa vers le N., une charge de 2.000 Kolas achetée à
Daloa, transportée au tarif officiel, ne vaudrait que 55 francs à
Ténéfero[321] ».
Le lieutenant RIPERT nous a communiqué des renseignements très
intéressants sur le commerce des Kolas dans les Pays Gouros ou Lôs et
Bétés qu’il a parcourus dans tous les sens.
Ce sont généralement les femmes Lôs qui transportent les Kolas du Pays
des Bétés vers le N. Une partie des intermédiaires habitent les villages
bétés d’Ideblé, sur la frontière du Pays Gouro. Toutes les femmes Lôs
d’un village viennent en groupe sous la conduite de quelques hommes
armés et, parvenues sur les marchés de la zone sud, elles achètent les
Kolas aux Bétés et surtout aux Kouyas et aux Gouros qui sont déjà allés
s’approvisionner en plein pays Bété.
D’Ideblé, les Kolas passent à Niabéloufra (Niabéloa), en pays Gouro. Ils
ont été achetés contre des sombés, des pagnes, quelques bœufs. Presque
toutes les noix remontent ensuite vers le Pays Ton (gouro) ou Tonfra.
Les Tons les revendent aux Mangouroufra ou aux Yansouas (gouros). C’est
là que commencent les grands marchés du Pays Lô où des Mandés-Dioulas
sont installés en permanence. On y trouve aussi des commerçants Lôs.
Les principaux marchés du Pays Lô de l’est à l’ouest sont :
Besiéka (Pays Yansoua), Govlégonoma (Bogolofié des Mandés), deux autres
marchés en Pays Niananfla (Niangoro), Bandiaï (Sasamba), Dananéï
(Danono), Gouétifla (Sokoulaso), Pays Gononfla (Gotono) ; Vavoua, en
Pays Ouaya ou Kouya, était aussi un marché jusqu’à ces derniers temps.
On cite encore comme marchés à Kolas importants du Pays Lô : Bébalo
(Toubalo), Dantero (Séguiri), Bologofia.
Les points énumérés portent généralement deux noms, un nom Gouro et un
nom Mandé.
A trois à cinq jours au N. des points qui viennent d’être énumérés, on
trouve quatre grands marchés situés loin en dehors de la zone
productrice des Kolas, mais fréquentés par de nombreux dioulas du Soudan
qui ne s’avancent pas plus loin vers le sud.
Ces marchés sont ceux de Diorolé, de Touna (Gouaran), de Séguéla et de
Mankono. Ces marchés se tiennent à jour fixe, une fois par semaine, sur
une place au milieu du village. Diorolé est fréquenté par des Mandés-
Dioulas et par des Lôs.
On y apporte principalement des Kolas blancs, très estimés et très
chers. On les achète à Diorolé jusqu’à 40 fr. à 60 fr. les 1.000 suivant
l’époque de l’année.
800 à 1.000 charges sont mises en vente à chaque marché.
Le marché de Touna que nous avons visité est situé près du confluent du
Sassandra et du Bafing. Outre les Mandé-Dioulas, des Lôs, des Ouobés et
des Touras le fréquentent. On y vend surtout des Kolas rouges ; 400 à
500 charges sont apportées à chaque marché.
Séguéla est aussi un marché très important. En novembre 1908, on faisait
payer aux dioulas une taxe de circulation de 2 francs par 1.000 Kolas :
on encaissait ainsi 8.000 fr. par mois et beaucoup de charges passaient
cependant en fraude.
Mankono, situé en plein pays soudanais, a une importance commerciale
comparable ; on y apporte surtout des Kolas blancs provenant du marché
Lô de Tubalo (Bébalo).
En juin 1909, les grosses noix se vendaient à Mankono à raison de 200
noix pour 5 fr., et les petites noix, 300 Kolas pour la même somme. Au
détail, on obtenait 25 noix mélangées pour 20 sombés et les sombés se
payaient alors à raison de 14 pour 0 fr. 50. Les caravaniers, qui vont
au pays Lô échanger des marchandises contre des Kolas, trouvent à
Sakala, à Kani, à Touna, à Séguéla, à Mankono, des tissus, des
verroteries, du sel, de la quincaillerie et d’autres produits européens
importés de Kankan et de Bamako par caravanes et vendus par les dioulas
à prix relativement bas.
Dans son rapport, qui remonte déjà à 1901, le capitaine SCHIFFER a
exposé avec beaucoup de précision les changements survenus dans le
commerce des Kolas de cette région, depuis le voyage de BINGER.
Les voies commerciales suivies le plus habituellement ne sont plus
transversales de l’est à l’ouest, sauf les routes de Kankan-Maninian et
Sakala-Kong. Le mouvement se fait maintenant presque tout entier du sud
au nord. Chaque canton Lô a désormais un marché, quelquefois deux s’il
est important. Ces marchés sont restés longtemps fermés aux étrangers et
ne sont encore visités que par les femmes Lôs d’autres cantons et les
femmes Mandé-Dioulas des régions de Séguéla et Mankona. Les femmes des
Mandés-Dioulas se livrent à ce commerce avec une activité inlassable.
Plusieurs fois par mois elles quittent leurs villages, vont chercher des
Kolas chez les Lôs et les rapportent sur les marchés de Touna, Kounana,
Séguéla, Diorolé, Magnani, Tubalo et Bimbalo. En ces points, elles
rencontrent des dioulas du Soudan auxquels elles cèdent leurs noix après
avoir prélevé un bénéfice élevé. Beaucoup, dit-on, font aussi trafic de
leurs charmes en accomplissant ce courtage qui est, en définitive, fort
rénumérateur et qui permet à l’époux de mener, dans le village de
culture ou dans les villes de Mankono, Seguéla, etc., une vie oisive.
Les Kolas sont cédés par les producteurs ou par les courtiers contre de
l’argent monnayé ou contre certains articles d’échange.
A hauteur de Touna, Séguéla, Mankono, les _cauris_ du Soudan n’ont plus
cours comme monnaie locale : ils sont remplacés par les _sombés_
fabriqués dans les régions de Touna et de Sakala. Les marchandises de
traite les plus fréquemment apportés du Soudan sont : le bétail (bœuf et
moutons), les chevaux, quelques cotonnades et de la verroterie, enfin du
sel.
Cette dernière denrée est apportée du Sahel en barres de 25 à 28
kilog. : « ces barres mesurent un mètre de long sur 0 m. 40 de largeur
et 0 m. 05 ou 0 m. 06 d’épaisseur ; elles sont maintenues par des
baguettes longitudinales en bois et des cordes ou des lanières en peaux
de bœufs, et transportées à dos de bœufs porteurs ou d’ânes, plus
rarement à tête d’homme.
« Malgré cet emballage primitif et peu soigné, ce sel résiste très bien
à la longueur des routes et ne craint ni la poussière, ni par suite de
sa grande densité les pluies légères.
« Mais il revient très cher et les conditions mêmes dans lesquelles il
voyage en hivernage, en font une marchandise rare et souvent introuvable
dans la région.
« Arrivés à Maninian, Odienné, Kani, Sakala, les dioulas débitent leurs
barres de sel en douze petites barres de trois à quatre doigts
d’épaisseur nommés « Kokotla » (de Koko sel et tla ou tala, partager) ou
_Kokoti_ (dans les régions de l’est).
« Cette fraction de barre devient maintenant unité d’échange ; elle pèse
environ deux kilog. et atteint comme valeur en monnaie française 5
francs, en saison sèche et 7, 8 et même 10 francs en hivernage ; par
suite aussi sa valeur en kolas se modifie profondément. Sur les marchés
de Touna, Séguéla, Mankono, les dioulas obtiennent des courtiers 400 ou
500 Kolas, ce qui met le cent à environ un franc ; en hivernage, c’est-
à-dire vers le mois d’octobre, ils obtiennent 700 à 800 Kolas pour la
même barre, ce qui réduit la valeur de 100 Kolas à 0,70 ou 0,80.
« Enfin, sur les marchés de Toubalo et Bimbalo, la demande pendant
l’hivernage dépasse beaucoup l’offre ; une barre de sel arrive à valoir
1.000 à 1.200 Kolas, ce qui procure aux courtiers un gain immédiat de 25
à 30 % » (SCHIFFER, _Mss._).
Dans toute la première zône des marchés à Kolas signalés par BINGER, il
ne reste plus comme grand marché que Maninian. Encore ce point doit-il
être considéré comme un vaste entrepôt où viennent s’approvisionner les
marchands peu désireux de s’aventurer trop au sud ou dont les voyages
sont interrompus par l’hivernage. Il en est de même des importants
marchés de Tengréla, Tombougou, Odienné et Sambatiguila, qui ne sont que
des points d’entrepôt ou de passage, comme le sont devenus aussi les
marchés de la deuxième zône, Toté et Sakala ; celui de Siana a
complètement disparu au profit de Séguéla.
Les véritables marchés pour le trafic des Kolas se trouvent reportés
aujourd’hui sur la ligne Touna, Séguéla, Mankono, Bouandougou, marchés
qui ne furent pas indiqués à BINGER et qui n’existaient peut-être pas
encore lors de son voyage.
Notre occupation a enlevé aux habitants d’Odienné, Toté, Kani et Sakala
le monopole du courtage, de sorte que ce monopole s’est trouvé reporté
chez les peuplades vivant plus au sud ; c’est ainsi que s’est fait le
déplacement des marchés que nous avons signalé. Les centres de Kounana,
Bogolo, Diorolé, Dahantogo, Goaka et Toulé sont devenus à leur tour les
marchés terminus où s’arrêtent les dioulas venus du nord et que
fréquentent surtout les femmes Lôs et les femmes Mandé-Dioulas.
Il est certain que ce recul des marchés à Kola vers le sud ne s’arrêtera
pas là et le jour prochain où la pacification des Pays Lôs et des Pays
Bétés sera complète, les dioulas soudanais viendront s’approvisionner
dans les pays de production.
Aussi, à plusieurs reprises, les Lôs ont cherché à s’opposer à la
pénétration des européens et des soudanais, afin de conserver le
courtage des Kolas qui est leur principal négoce et leur assure, sans
grand effort, une source précieuse de bénéfices.
*
* *
La production des pays de la Côte d’Ivoire que nous venons de passer en
revue est considérable. Il est impossible de l’évaluer avec certitude et
nous ne pouvons donner que des indications. Nous pensons qu’elle atteint
2.000 tonnes par an.
Le droit de circulation de 0 fr. 25 par kilog. n’est payé que par un
nombre infime de caravaniers, de sorte qu’on ne peut tabler sur les
recettes de cette taxe pour évaluer la production.
En 1909, les recettes mensuelles de la région pour la taxe des Kolas
étaient les suivantes :
Touba, 2.000 francs ; Séguéla, 1.500 francs ; Mankono, 500 francs, soit
au total 4.000 francs par mois ou 48.000 francs par an, somme
correspondant à 192 tonnes de noix ou 7.700 charges.
*
* *
Les autres régions de la Côte d’Ivoire desquelles il nous reste à parler
sont moins riches en Kolatiers, de sorte que le commerce des noix y est
plus restreint.
Le seul canton donnant une production de quelque importance est le Pays
des Ngans, dans l’Anno. Il produit principalement de grosses noix
blanches du poids de 20 à 35 grammes et de petites noix roses pesant 8 à
15 grammes souvent vendues en mélange. La charge, comprenant 1.500 à
2.000 noix, est achetée sur place 15 francs à 30 francs par les dioulas,
suivant que la récolte a été bon ou mauvaise et aussi suivant la saison.
Cette même charge, transportée à Sikasso, y vaut 80 francs à 120 francs.
C’est surtout en novembre, décembre et janvier que se font les achats
sur place. La taxe de 0 fr. 25 par kilog. n’est perçue que sur une
partie minime de la production. M. l’administrateur BARTHÉLEMY a eu
l’obligeance de nous communiquer le relevé de fin 1908 et de 1909
donnant la taxe payée au poste de Dabakala par les colporteurs
transportant les noix.
MOIS Montant des taxes Poids des Kolas
sur les Kolas
--- --- ---
Octobre 1908 245 fr. 75 983 kil.
Novembre 1.175 25 4.701
Décembre 1.712 50 6.850
Janvier 1909 1.732 50 6.930
Février 30 » 120
Mars 675 » 2.700
Avril 491 25 1.965
Mai 90 » 360
Juin 37 50 150
Juillet » » »
Août 7 50 30
Septembre 57 50 230
Octobre 142 5 570
Novembre 120 50 482
Décembre 102 » 408
------------ -----------
Totaux pour 1909 3.486 fr. 25 13.945 kil.
Soit 14 tonnes à peine, mais ce chiffre ne représente probablement pas
la dixième partie de ce qui sort par le cercle de Dabakala et comme des
sorties importantes se font aussi par Bondoukou et par le Baoulé, il
n’est pas exagéré d’évaluer la production de cette région à 300 tonnes
par an. Bondoukou est un marché de Kolas très important qui reçoit des
noix non seulement de l’Anno, mais aussi du Pays Achanti.
Dans la Basse-Côte d’Ivoire, dans le sud-ouest du Baoulé, et dans la
partie traversée par le chemin de fer, les dioulas qui drainent le
caoutchouc de ces régions, achètent aussi aujourd’hui autant de charges
de noix de Kola qu’ils peuvent en trouver. Les indigènes de la forêt les
leur procurent à un prix infime mais ces noix sont revendues presque
aussitôt sur place de 1 fr. 50 à 2 fr. 50 le kilog. Les régions qui en
fournissent le plus aujourd’hui sont le pays de Kokoumbo, la région de
Sahoua dans le Morénou, quelques villages du pays Abé, enfin l’Attié.
Ces noix sont vendues au détail dans les centres de la colonie, à Grand-
Bassam et à Bingerville, à Abidjan, à Nziville, à Grand-Lahou, à
Tiassalé ; d’autres sont emportées par les caravaniers vers le nord.
A travers le Baoulé, transitent les charges de Kolas achetées dans le
bas Bandama et le long de la voie ferrée. Des noix rouges et des noix
blanches (⅔ de rouges environ) sont apportées tous les mercredis à
Bouaké, mais il ne s’en vend pas plus d’une centaine de kilogs par
journée de marché. Ces noix sont consommées sur place par les Soudanais
ou exportées vers le Nord par Mankono.
Nous évaluons la production actuelle de la Côte d’Ivoire à 3.000 tonnes,
se répartissant ainsi par régions :
Noix sortant par le cercle de Touba 1.000 tonnes
Sortant par le district de Séguéla 700
Sortant par Mankono 500
Production de l’Anno (Ngans) 300
Production du Baoulé, du Morenou, de l’Attié
et de la Basse Côte d’Ivoire 500
La production peut être considérablement développée dans cette colonie.
=3o BAS-DAHOMEY.=
Le Bas-Dahomey produit une assez grande quantité de noix de Kola à 4 ou
5 cotylédons, qui sont consommées sur place ou exportées à Lagos. De ce
point, arrivent par contre au Dahomey des Kolas à 2 cotylédons importés
de la Gold-Coast.
Les importations de Kolas au Dahomey, par la lagune de Lagos, atteignent
quelques tonnes chaque année.
Les exportations, en 1908, ont été de 32.536 kilog., estimés 65.052
francs ; en 1909, 29.738 kilogs valant 59.476 francs.
Les noix se vendent au détail sur tous les marchés de la côte : ceux de
Porto-Novo, Cotonou, Adjara, Abomey, en sont particulièrement bien
approvisionnés.
Les noix du Bas-Dahomey ne dépassent pas Savé et Savalou, de sorte que
le Haut-Dahomey est approvisionné exclusivement de noix de la Gold-Coast
à deux cotylédons, venues par l’hinterland du Togo.
=4o AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.=
Le bassin de la Haute-Sangha, habité par les Bayas, produit une certaine
quantité de noix de Kola que viennent acheter des caravaniers Foulbés et
Haoussas. Ces noix sont transportées dans l’Adamaoua. Il en parviendrait
même jusque dans la Nigéria du Nord.
Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur ce
commerce. Seul, le lieutenant CHARREAU a fourni quelques indications :
« Bien avant notre arrivée, les Foulbés et les Haoussas avaient établi
des marchés à Koundé... Les échanges commerciaux se faisaient en nature,
en cauris ou en esclaves... Pour 200 à 500 Kolas[322], ou 20.000 à
40.000 cauris, le Foulbé donnait un bœuf[323] ». Les caravaniers, après
avoir dépassé Koundé, se dirigent vers le sud en passant par Gaza (sur
la rivière Kadéï) ou par Bertoua, près de la Mambéré. « C’est avec les
Kolas venant de Nola, Bania, Cambé, que les Haoussas achètent à
Ngaoundéré leurs bestiaux, et ce trafic est tel que les Européens ont
songé à réclamer comme pour le caoutchouc le monopole de l’achat à
l’indigène, afin de revendre les Kolas aux Haoussas »[324]. Notre
administration s’est heureusement opposée aux prétentions des Sociétés
concessionnaires, prétentions qui non seulement auraient porté atteinte
aux droits des indigènes Bayas, puisqu’en général les Kolas sont des
produits de culture, mais elles risquaient aussi d’anéantir le commerce
local des Haoussas qui est des plus intéressants.
« Le Haoussa, écrit CHARREAU, échange contre tout. Se rendant de
Ngaoundéré à Carnot, il transformera son pécule plusieurs fois en
traversant les divers villages. Partant avec des bœufs, il les échangera
contre du caoutchouc qu’il vendra ensuite à l’Européen pour de l’argent
ou pour des nattes et des perles troquées à Carnot contre des Kolas. De
retour à Ngaoundéré, il revendra ses noix au détail, achètera des bœufs
et entreprendra un nouveau voyage et la même série d’échanges. A chaque
transformation, son pécule augmente. Il n’est pas rare qu’un Haoussa se
dépouille de ses vêtements pour acheter un ou deux animaux et qu’il
revienne au voyage suivant avec un troupeau de quatre ou six
bœufs. »[325]
Il a existé, jusqu’à ces dernières années, au Gabon, un intéressant
commerce de noix de Kola sèches qui étaient exportées en Europe et
notamment à Liverpool. D’après les statistiques officielles, les
dernières exportations furent les suivantes :
=Exportations de Kolas secs au Gabon.=
Années Poids (kilos) Valeur (francs)
--- --- ---
1896 21.972 22.191
1897 17.802 22.433
1898 10.340 29.308
1899 4.481 3.875
1900 2.235 1.836
1901 4.890 2.510
1902 néant néant
La disparition de ce commerce a coïncidé avec la substitution du régime
des grandes concessions au régime du commerce libre. Les Noirs du Gabon
avaient pris l’habitude de venir vendre aux factoreries, pour la plupart
anglaises et hollandaises, divers produits de cueillette : Kolas,
piassava, copal, noix palmistes. Le jour où les concessionnaires émirent
la prétention de payer ces produits au-dessous de leur valeur réelle, ou
contre des marchandises inusitées dans le pays, l’indigène renonça à
recueillir les produits qu’il exploitait depuis longtemps.
Ce régime a eu pour résultat d’arrêter l’essor commercial d’une de nos
colonies les plus riches en ressources naturelles. De nouvelles mesures
administratives actuellement en voie d’application pourront seules la
tirer de sa stagnation. Là, comme dans tous les autres pays du monde, ce
n’est que le commerce libre avec le jeu de la concurrence qui peut
inciter l’indigène au travail et, partant, assurer la prospérité
économique de notre colonie.
=II. — PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS ÉTRANGERS.=
* * * * *
=1o SIERRA-LÉONE.=
Nul, il y a une trentaine d’années, le commerce d’exportation des noix
de Kola par mer a pris un grand développement depuis une dizaine
d’années.
Les colonies qui reçoivent la plus grande quantité des Kolas de Sierra-
Léone sont la Gambie (474 tonnes en 1909), le Sénégal (652 tonnes en
1909), la Guinée portugaise (314 tonnes en 1909).
Nous avons pu nous procurer les chiffres suivants donnant l’exportation
totale par mer depuis 1895 :
Quantités Valeur
(tonnes de 1016 (francs)
kilos)
1895 499
1896 504 971.300
1897 646 1.138.775
1898 548 1.241.750
1899 488 1.536.375
1900 » 1.980.475
1904 798 2.018.550
1905 769 1.893.200
1906 1.255 2.602.100
1907 1.374 2.831.850
1908 1.162 2.622.375
1909 1.324 3.846.225
Suivant l’abondance des noix et les demandes dans les colonies qui font
l’importation par mer, les cours des noix subissent parfois des sauts
très brusques.
Habituellement les noix se vendent 16 livres sterling (400 fr.) la tonne
(1016 kilogs), dans les villages producteurs et à Free-Town elles valent
déjà 1 fr. ou 1 fr. 25 le kilog. Toutefois ce prix est parfois dépassé
et en janvier 1910 la tonne se payait 64 livres sterling (1600 fr.).
D’après le rapport commercial qu’a eu l’obligeance de nous communiquer
Son Excellence le Gouverneur de Sierra-Léone, les noix de Kola viennent
en deuxième ligne dans les exportations de la colonie et en 1907, elles
représentaient 16,83 % de la valeur totale des exportations de la
colonie.
Les cantons de Mano, Salija et Sulima, du district de Sherbro, sont
particulièrement riches en Kolas et s’ils pouvaient être atteints par le
chemin de fer, une grande impulsion serait donnée au commerce de toute
la contrée. L’expédition des noix par des embarcations légères présente
des aléas, de sorte que les indigènes ne recueillent qu’une partie des
fruits.