Pour une pièce de Guinée estimée à Beyla 8 fr. à 9 fr., on obtient, au

moment de la récolte 1500 Kolas, soit 166 noix pour 1 fr. Les Kolas les

plus communs pèsent 10 gr. à 15 gr. D’après les pesées que nous avons

effectuées à Lola même, il en faut 75 pour faire un kilog.[313] ; dans

ce cas, les 166 noix payées 1 fr. (en Guinée) reviennent donc à 0 fr. 45

le kilog. De même, si on achète contre du fer, on obtient 100 Kolas pour

un _konkourou_ de 0 fr. 50, de sorte que dans ce cas le kilog. revient à

0 fr. 37. Mais si on veut obtenir des Kolas contre des espèces

monnayées, il faut s’adresser aux dioulas Koniankés qui ont effectué le

troc et dès ce moment ils prélèvent dès Lola un bénéfice sérieux[314].

Pour 5 fr., on obtient 400 Kolas. Nous avons nous-même acheté 40 noix

pesant 536 gr. pour une pièce de 0 fr. 50. Dans ces conditions, le prix

de revient du kilog. est de 0 fr. 90.

Le dioula a donc tout intérêt à venir à Lola effectuer ses achats contre

des marchandises.

En résumé, les noix sont échangées par petits lots contre des objets de

traite variés ; les commerçants accumulent ainsi des stocks importants

de noix qu’ils transportent ensuite vers le nord ou qu’ils cèdent

aussitôt à d’autres dioulas contre des espèces.

Le marché de Nzo se tient tous les jeudis, sur une place en dehors du

village. On y trouve des Guerzés, des Dans ou Dyolas, des Manons. En

1909, il était fréquenté par 2.000 personnes environ et on y apportait

100 à 150 charges de noix par marché, mises en vente par petits lots de

50 à 500 noix, rarement par lots plus forts. Les achats se font surtout

contre du sel, des bracelets, des bandes de toile indigène. Les

principaux acheteurs sont des traitants installés à demeure, tenant leur

étal sur des peaux de bête, à l’écart du marché. De temps en temps,

leurs employés apportent des charges de noix achetées au détail contre

marchandises et se réapprovisionnent en objets de pacotille.

Ces noix de Kolas sont ensuite cédées contre argent (en mars 1909, 410

Kolas pour 5 fr.) aux dioulas venus du sud avec des ânes et des bœufs

porteurs. Immédiatement, on en constitue des charges de 25 à 35 kilogs

et les noix sont de suite emballées après avoir été préalablement

comptées.

Une très grande animation règne, sur le marché de Nzo, de 10 heures du

matin à 3 heures du soir. La précieuse noix est la base de toutes les

transactions : c’est avec les Kolas qu’on paie l’huile de palme, le riz

et les autres produits alimentaires. Les noix servant aux achats sont

toujours comptées. Des enfants parcourent le marché dans tous les sens,

poussant des cris pour offrir des bottes d’_Orofira_ ou des paniers

destinés à l’emballage de la précieuse denrée. On leur achète ces objets

contre quelques noix. A 4 heures, la place du marché est évacuée ; elle

est alors toute jonchée de vieilles feuilles d’_Orofira_ ayant servi à

apporter les noix vendues. Les dioulas rentrent dans leurs cases,

comptent et emballent leurs recettes.

La plus grande partie des marchés dont nous venons de parler ont été

presque anéantis dans ces dernières années par l’installation de postes

douaniers prélevant des droits d’entrée disproportionnés à la valeur des

noix de Kola dans ces régions.

C’est sous l’administration du général de TRENTINIAN qu’un premier poste

de douane, ou plus exactement d’_oussourou_[315], fut créé à Boola en

1899.

A cette époque, la taxe sur les Kolas venant du Libéria était de 0 fr.

10 par kilog. Ce droit était en rapport avec la valeur réelle des Kolas.

Les colporteurs payaient, en outre, un droit de circulation de 0 fr. 10

par kilog. de noix transportées. Le district de Boola ayant été rattaché

à la Guinée, le poste d’_oussourou_ fut supprimé à partir du 1er janvier

1900 ; mais, à la suite d’un voyage effectué dans ces régions par

l’inspecteur des douanes de la Guinée, une série de postes douaniers

furent installés, en 1903, non pas le long de la frontière du Libéria

qui n’existait pas, mais à côté de nos postes militaires les plus

avancés : les plus importants étaient ceux de Diorodougou, de Guéaso, de

Boola. En 1905, le gouverneur FRÉZOULS, considérant les postes douaniers

de la zône libérienne comme des entraves au commerce, en proposa la

suppression ; elle fut acceptée à la fin de 1905 ; mais, dès le milieu

de 1906, ces postes étaient de nouveau rétablis ; un arrêté de février

1909 les a maintenus en les reportant plus au sud.

Nous avons sous les yeux les recettes effectuées par le poste de Boola,

de 1904 à 1908 :

1904 1905 1906 1907

86.195 fr. 25 59.661 fr. 18 27.992 fr. 94 156.157 fr. 40

L’année 1907 a donné des recettes plus élevées, parce que le contrôle a

fonctionné constamment et, à cette époque, la plupart des caravanes

n’avaient pas encore détourné leur route pour éviter les taxes[316].

Dès le début de l’installation des postes douaniers, la fraude a

commencé à être pratiquée et elle a été en s’accroissant d’année en

année.

Alors que les Kolas achetés contre des morceaux de fer valaient à Lola,

en avril 1909, 0 fr. 37 le kilog., le droit prélevé sur les Kolas, à

Boola, était de 0 fr. 75 par kilog., et cette anomalie était d’autant

plus étrange qu’elle était perçue en un point situé à l’intérieur de nos

territoires à plus de 50 kilomètres de la frontière. Les Kolas de la

zône française des hauts bassins libériens acquittaient donc la même

taxe que ceux qui provenaient de la zône qui n’était ni française ni

libérienne (l’administration du Libéria ne s’exerçant pas, comme on le

sait, sur l’hinterland).

Cette taxe, extraordinairement prohibitive puisqu’elle s’élevait sur les

lieux de production à plus de 200 %, eut pour résultat de favoriser la

fraude dans des proportions inattendues. Les postes douaniers, réduits à

un préposé européen et à quelques gardes-frontière par poste, sont

demeurés impuisants à assurer la surveillance des routes et, en

définitive, une quantité énorme de Kolas de l’hinterland de Libéria

pénètre dans la Guinée sans acquitter de droits ; mais ces noix ne

passent plus par les grands marchés de notre territoire : ceux-ci sont

en partie anéantis. Ce n’est pas seulement le trafic des noix de Kola,

dans ces régions, qui a été atteint. On sait que les précieuses amandes,

dans tous les pays situés au sud de Beyla et de Touba, servent d’unité

de monnaie. Chaque semaine, de nombreuses femmes du Konian (environs de

Beyla) venaient à Boola et à Guéso pour y écouler les produits vivriers

de leurs plantations. Ces produits vivriers étaient échangés contre

diverses denrées, mais, en définitive, à la fin de la journée toute la

recette était réalisée en noix de Kola que les femmes rapportaient à

Beyla. Elles effectuaient ainsi un voyage de 3 ou 4 jours de marche

(aller et retour) pour rapporter seulement quelques centaines de noix à

chaque voyage. Tous les jeudis, outre de nombreuses charges de dioulas

pesant 35 à 40 kilog., il partait du Boola vers le nord une centaine de

petites charges de 15 à 20 kilog., transportées par des femmes qui les

revendaient ensuite à Beyla.

Les postes douaniers prétendirent faire acquitter la taxe aux noix

achetées ainsi à Boola et transportées à Beyla. Mais la douane se trouva

en présence de la difficulté suivante : les femmes, qui se livraient à

ce petit trafic, ne se servaient pas d’espèces monnayées, il fallut donc

faire payer la taxe en nature, et comme les Kolas avaient parfois une

valeur moindre que la taxe exigible, les prélèvements se firent d’une

manière tout à fait arbitraire. Au début de 1909, à Guéaso, une femme

qui rapportait 200 Kolas comme produit de la vente de ses denrées,

devait en abandonner 150 au fisc pour avoir le droit d’en rapporter 50 à

Beyla. A Boola même, un préposé des douanes nous citait le cas suivant :

la femme d’un douanier indigène, qui avait acheté au marché de cette

localité 6 kilogs de Kolas pour 5 francs acquitta une taxe de 4 fr. 50 :

les Kolas valaient donc 9 fr. 50 ; mais ils se vendirent à Beyla, ville

située à 45 kilomètres plus loin, seulement 6 francs. La traficante,

outre son temps, avait donc perdu 3 fr. 50.

Ces faits expliquent l’affaiblissement du commerce de ces régions. A

Boola, où se rencontraient à chaque marché, il y a peu d’années encore,

plusieurs milliers d’acheteurs, il n’en vient que quelques centaines

chaque jeudi[317].

A la fin de 1909, les postes douaniers ont été déplacés et portés plus

au sud, à la frontière même, aux villages de Lola, de Nzo et de Danané.

Ces centres, encore prospères en 1909, seront probablement atteints à

leur tour, malgré les efforts déployés par quelques administrateurs et

par quelques officiers pour concilier les droits du fisc et les intérêts

du commerce local.

Nous pensons, pour notre part, qu’il faudrait abaisser la taxe sur les

Kolas importés par la frontière libérienne, à 0 fr. 20 par kilog. ou

même la supprimer complètement. En outre, si on la maintient en la

réduisant, il faudrait accorder la franchise aux lots inférieurs à 200

noix ; ces petits lots constituent souvent exclusivement de la monnaie

pour les transactions locales.

Nous reviendrons sur cette question dans nos conclusions.

Avant de nous éloigner de ces régions, nous devons mentionner le marché

de Beyla, bien qu’il soit situé assez loin en dehors de la zône de

production.

Ce marché, créé depuis quelques années seulement par l’autorité

militaire, se tient tous les dimanches sur une place de Diakolidougou,

faubourg commercial situé à environ un kilomètre de la résidence

administrative. C’est de 9 heures à midi que les transactions atteignent

toute leur intensité ; on compte alors, sur la place, 1.000 à 1.500

personnes venues de tous les villages de la région avoisinante sur un

rayon de 3 journées de marche. Outre les Kolas, les principales denrées

mises en vente sont : de la viande de boucherie, de la viande boucanée,

du poisson sec, des crevettes fumées, des chenilles et des fourmis

blanches desséchées, de l’huile de palme, du riz, de nombreux autres

produits alimentaires : riz, mil, maïs, haricots, _soumbara_ (fromage de

graines de nété ou _Parkia biglobosa_), légumes indigènes, épices du

pays, sel en pierre, un peu de coton, de l’indigo brut, des bandes de

coton tissées, des peaux, etc.

Les produits venus d’Europe : tissus, quincaillerie, verroterie, etc.,

se vendent surtout dans les boutiques et aux étalages installés en

bordure du marché[318].

C’est également à ces comptoirs que l’indigène porte le caoutchouc et

les défenses d’ivoire, sans les exposer sur la place publique.

Les achats se font, depuis longtemps déjà, contre de l’argent monnayé

français. Sur la place, c’est également contre de l’argent et de la

monnaie de billon que se traitent les petites affaires. Ce n’est que

pour de très faibles achats qu’on se sert des noix de Kola, dont le

cours varie souvent : au cours le plus normal, 20 noix équivalent à 0

fr. 50. On achète une pincée de piment contre une noix, une petite

mesure de riz contre 5 noix, etc.

Autrefois on se servait, comme monnaie divisionnaire, des _guenzés_,

morceaux de fer dont nous avons parlé précédemment, mais ils n’ont plus

cours aujourd’hui à Beyla, tandis qu’on s’en sert toujours à Nzo, à

Lola, à Lané.

Les _cauris_, ces petits coquillages blancs dont il a été aussi

question, ne servent pas de monnaie dans la région de production des

Kolas. Les indigènes de ce pays les utilisent, en petite quantité, comme

objets d’ornement en les portant dans leur chevelure, en en faisant des

colliers ou en les fixant sur la crosse de leurs fusils.

Les noix de Kolas mises en vente à Beyla, sont habituellement plus

grosses que celles du Kissi. Les noix vendues en mars pèsent en moyenne

de 15 à 18 grammes ; les plus belles atteignent le poids de 25 à 28

grammes et les plus petites une dizaine de grammes. A la même époque,

les noix vendues au Kissi ne pèsent en moyenne que 8 à 12 grammes. Nous

avons déjà expliqué cette anomalie, en montrant que les plus belles noix

du Kissi étaient triées et exportées vers Bamako.

Il faut de 55 à 65 Kolas de Beyla pour peser un kilog. ; à Kissidougou,

il en faut parfois une centaine.

La charge de Kolas de Beyla renferme 1.500 à 2.000 noix, tandis que la

charge de petites noix du Kissi comprend jusqu’à 3.000 amandes. Malgré

la différence de taille, les noix du Kissi sont plus estimées que celles

de Beyla par les connaisseurs indigènes qui savent les différencier en

les dégustant. On assure que les noix vendues à Beyla ont été cueillies

avant maturation, ce qui les rendrait moins agréables au goût. Par

contre, elles sont moins exposées aux attaques du _Sangara_.

Comme au Kissi, on trouve au marché de Beyla des noix de trois

colorations différentes :

1o _Kolas rouges_ (_Oro oulé_ des dioulas). — Leur coloration est d’un

rouge-brun, rappelant la couleur de certains vins épais. Ils forment au

moins les 2/3, et plus souvent les 3/4, des lots mis en vente (certains

lots ne renferment même que des Kolas rouges) ; les Kolas blancs et les

Kolas rosés entrent pour 1/3 ou pour 1/4 au maximum et sont mélangés.

2o _Kolas rosés._ — Dans une charge de Kolas de Beyla, on trouve

ordinairement toutes les gammes entre les Kolas franchement rouges et

les Kolas blancs. Les malinkés nomment ces Kolas de teinte intermédiaire

_Sa oura_. Il parait qu’il existe des arbres qui produisent

exclusivement cette sorte de coloration : nous n’en avons pas observé.

Parmi ces Kolas de teinte claire, la coloration la plus fréquente est

une teinte d’un rose très clair un peu lavée de blanc-jaunâtre.

3o _Kolas blancs_ (_Oro goué_ des dioulas). — Ne se rencontrent qu’en

très petite quantité à Beyla. La noix est d’un blanc de neige au sortir

du tégument ; mais, au bout de quelque temps, elle prend à l’air une

teinte blanc-jaunâtre ou jaune légèrement verdâtre. C’est cette dernière

teinte qu’elle a sur tous les marchés.

Il est très difficile d’évaluer la quantité de Kolas apportés chaque

année au marché de Beyla. Les patentes de dioulas délivrées aux

caravaniers pourraient fournir des indications à ce sujet ; mais

l’administration, avec raison, laisse passer en franchise une grande

quantité de charges[319]. En 1908, le cercle de Beyla avait encaissé

seulement 4.000 francs de patentes, correspondant à 1.300 charges (de 30

kilog.), circulant dans le pays. En réalité, il en circule beaucoup

plus.

D’après M. LIURETTE, il passerait à Beyla, chaque année, environ 400

tonnes de noix de Kola, soit 16.000 charges.

Selon l’administrateur LEPRINCE, c’est à 12.000 charges qu’il faudrait

évaluer la quantité de Kolas produites par le cercle de Beyla ou

transitant sur son territoire.

Il nous reste à dire quelques mots sur la valeur réelle des Kolas au

marché de Beyla.

Au marché de Lola, comme nous l’avons vu, les dioulas les achètent

habituellement à raison de 500 Kolas pour 5 fr. ou 15 francs la charge

de 25 à 27 kilog.

Rendus à Beyla, à 8 jours au N. de Lola, les Kolas ne valent encore que

25 fr. la charge de 1.500 noix ou 1 fr. 66 le cent en moyenne, soit 300

noix pour 5 fr. Nous-même les avons payées, sur la place publique, le 7

février 1909, c’est-à-dire à l’époque où ils sont déjà rares, sur le

pied de 250 à 270 noix pour 5 fr.

Les gros Kolas rouges triés se vendaient à raison de 200 noix pour 5 fr.

Pour que cette marchandise puisse se vendre à Beyla à un prix aussi

faible, il est nécessaire qu’elle n’ait point acquitté de droits

d’entrée, car, en ajoutant au prix d’achat à Lola la taxe de colportage

et le droit d’entrée de 0,75 par kilog., la charge à Lola même

reviendrait déjà à 36 fr. ; il serait donc tout à fait impossible

qu’elle se vende 25 fr. à Beyla.

Ce seul fait montre sur quelle étendue se pratique aujourd’hui la

contrebande.

Le colporteur indigène répugne à acquitter des taxes. Comme il est

presque toujours insolvable, en fraudant il s’expose seulement à voir

confisquer sa marchandise. Les postes de douane n’ayant qu’un personnel

très restreint, il est facile de passer sans être surpris.

En 1909, le poste de douane qui a été installé à Danané dans la haute

Côte d’Ivoire, n’existait pas encore et il était très aisé d’éviter les

postes de la haute Guinée, en passant d’abord sur le territoire de la

Côte d’Ivoire.

Les caravaniers se rendaient à Ouaninou, dans le cercle de Touba, puis

faisant un détour sur Kouroukoro et Maninian, ils venaient tomber à

Kankan.

Ces colporteurs contrebandiers ont droit, selon nous, à de sérieuses

circonstances atténuantes, car le bénéfice qu’ils réalisent, même en

évitant la taxe, est très minime.

Pour se rendre de Lola à Bamako ou à Banemba, où il écoule ses Kolas, le

dioula doit marcher environ 30 jours en faisant des étapes d’une

vingtaine de kilomètres par jour et en portant sur sa tête (à moins

qu’il n’ait quelques baudets, qui meurent fréquemment en route), une

lourde charge de 25 à 30 kilog.

Parvenu à destination, il ne reste plus au dioula que 1.000 Kolas

environ. Il a dû en sacrifier environ 500 en cours de route : certaines

noix étaient avariées par le _Sangara_ ou germées et il a fallu les

jeter ; d’autres ont été distribuées aux hôtes et aux amis pour prix du

logement et de la nourriture. Les 1.000 Kolas qui restent sont mis en

vente sur le marché. Il faudra plusieurs jours pour les écouler.

Supposons que les 3/5 de la charge comprennent de petites noix et les

2/5 des grosses noix. A Bamako, les premières se vendront 0 fr. 05

pièce ; les 600 rapporteront 30 fr., les 400 autres pourront se vendre 0

fr. 10 pièce et auront rapporté 40 fr. ; la charge aura donc été écoulée

à raison de 70 fr.[320], et comme elle a coûté environ 15 fr. à Lola,

elle aura procuré un bénéfice de 55 fr. au colporteur contrebandier ; si

toutes les taxes avaient été acquittées, le bénéfice serait de 35 fr.

seulement.

Pour réaliser un bénéfice aussi maigre, 40 journées environ se sont

écoulées entre la date de l’achat et la date de la vente et le

caravanier a dû parcourir 600 kilomètres lourdement chargé et en menant

une existence de privations.

Avec les 70 fr. retirés de la vente des Kolas, le dioula soudanais,

achetait autrefois à Banemba du sel de Taoudéni venu par Tombouctou et

Nioro. A Bamako, il faisait l’acquisition de tissus d’Europe.

Aujourd’hui il trouve ces marchandises à meilleur compte à Kankan où

existent une vingtaine de maisons européennes. Il peut s’y procurer non

seulement des étoffes, mais aussi du sel gemme en tables, provenant de

Roumanie, presque semblable à celui de Tombouctou, et se vendant

seulement 0 fr. 75 à Kankan, environ 1 fr. à Beyla. Sur ces marchandises

le dioula ne réalise que de maigres bénéfices. Seul le bétail donne

parfois d’assez belles recettes ; il est amené du cœur du Soudan et

vendu soit à Beyla, où de nombreux troupeaux se sont développés grâce à

ces introductions, soit même aux peuplades forestières chez lesquelles

on le débite comme viande de boucherie en l’échangeant contre du

caoutchouc. Mais le convoyage des troupeaux de Bamako vers Lola et Nzo

est lent, les maladies à trypanosomes sont fréquentes, de sorte qu’il y

a souvent des déchets nombreux. Aussi le pécule du dioula s’accroit

lentement.

=2o HAUTE COTE D’IVOIRE.=

Nous avons fait connaître dans un chapitre précédent l’importance de la

production des noix de Kola dans la partie N.-O. de la forêt de la Côte

d’Ivoire, spécialement chez les Dyolas ou Dans, chez les Bétés et chez

les Lôs ou Gouros.

« Le commerce des Kolas, écrit le capitaine LAURENT, est le seul auquel

se livrent les Dyolas. Ils s’y sont adonnés de tout temps, car il est

leur seul moyen de se procurer tout ce qui leur manque. Le commerce se

fait soit isolément dans les villages, l’acheteur traitant directement

avec le récolteur, soit sur des marchés périodiques où colporteurs et

vendeurs se rendent en grand nombre. Les objets les plus divers tiennent

lieu de monnaie. Les plus appréciés sont le sel, les pagnes, la toile,

le cuivre en baguettes ou bracelets, les coupes-coupes, les instruments

de culture, les bœufs, les articles de verroterie.

« Les marchés sont hebdomadaires et se font toujours aux mêmes endroits.

Les plus importants sont ceux de :

Noms des marchés Jour Provenance des indigènes qui les

fréquentent

Té » Cantons du N.-E. et Touras.

Dioandougou » Cantons du S.-E.

Togouapolé mardi Canton de Plépolé, Végoui, Nuanlé, Iésé.

Oua mardi Canton de Gouro, Sé, Ouansoménou, Oua

nord.

Flampleu dimanche Canton d’Oua (centre et sud), Doualé,

Koualeu, Iorolé, Gouané, Nuanlé et

divers groupements Guérés ; très

important.

Bounda samedi Canton de Blossé, Lolé, Koulinlé, très

important.

Fineu mardi Canton de Blossé, Iorolé, Koulinlé, Folé.

Danané jeudi Canton de Houné.

« Tous ces marchés sont fréquentés par les colporteurs mandingues de

Touba et Beyla et par des Guerzés. Ceux du bassin de la Nuon : Zoualé

(le jeudi), Gapleu (le mardi), ne reçoivent que de rares Guerzés.

« Les étrangers venant acheter les Kolas sont toujours bien accueillis.

« D’une façon générale, les trafics se font sans la moindre difficulté.

Les Dyolas sentent qu’ils ont besoin des étrangers et les ménagent. Ils

ne leur font pas payer le logement, mais simplement la nourriture et

encore les colporteurs s’en tirent-ils à bon compte s’ils savent s’y

prendre. Pour peu qu’ils soient habiles et beaux parleurs, ils

s’installent en maîtres et sont bien traités partout où ils passent ;

leurs conseils sont écoutés, généralement suivis, et leur influence est

grande. »

Jusqu’à ces dernières années, les Dyolas vendaient leurs Kolas sur place

aux Mandés. Rares étaient ceux qui faisaient le colportage.

Ils s’y mettent un peu maintenant que nous leur assurons la sécurité des

routes. Ils se risquent jusqu’à la lisière N. de la forêt, faisant le

petit commerce d’intermédiaires, aux marchés de Nzo, Oua, Gouro, Iuro,

Flampleu, Danané, Bounda, Fineu. Aux marchés importants de Bounda

(Blossé) et Flampleu (Oua), il se vend une moyenne de plus de 100.000

noix par semaine.

Les marchés se tiennent presque toujours en dehors du village, sur une

place bien nettoyée située dans la forêt, au point de rencontre de

plusieurs sentiers et souvent à quelques centaines de mètres de toute

habitation.

« Ils durent, en général, écrit LAURENT, de 8 h. du matin à 2 h. de

l’après-midi. Ils commencent par le trafic des céréales, des poulets et

de menus objets entre indigènes du voisinage. Puis vers 10 heures, une

fois disparus les femmes et les enfants, le commerce des Kolas pratiqué

exclusivement par les hommes fait son début.

« Les vendeurs s’installent pêle-mêle à l’ombre, exposent leurs fruits,

soigneusement enveloppés dans des feuilles et attendent. Les colporteurs

s’approchent tenant à la main un objet de troc quelconque et le

présentent à la ronde en criant « Eh ! Eh ! » Quand ils ont trouvé un

amateur, ils s’arrêtent et négocient.

« Quand les deux parties sont d’accord, le colporteur dépose à terre

l’objet qu’il cède et se fait compter les Kolas dans un pagne. Il les

examine avec soin, présente ses observations, refuse ceux qui lui

paraissent suspects. Acheteur et vendeur ont jusqu’au dernier moment le

droit de se dédire. Les comptes terminés, ils se consultent une dernière

fois du regard et si l’accord persiste, le vendeur donne un Kola

supplémentaire qui est le signe de la conclusion définitive du marché.

« L’acheteur, non plus que le vendeur, ne répond pas des vices cachés de

sa marchandise. C’est à la partie adverse à examiner sérieusement et à

ne pas s’engager à la légère. »

LAURENT fournit la mercuriale des Kolas à Danané (pour 1907) :

Un coupe-coupe (machète) = 200 Kolas.

Un bracelet en cuivre = 30 à 40

Un pagne mandingue = 300 à 500

Un bila (petit pagne) = 100

Un collier de perles = 80

Un bœuf de belle taille = 9.000 à 10.000

La valeur de chaque noix pesant 12 à 15 grammes serait de 0 fr. 05.

En avril 1909, au marché de Oua, le prix des Kolas était notablement

moins élevé et les pièces de monnaie commençaient à avoir cours.

Les dioulas obtenaient pour 5 francs 320 à 350 noix. La valeur des Kolas

était donc d’environ un franc le kilog. Contre des marchandises, le prix

était encore moins élevé : pour un pagne valant deux francs à Touba on

obtenait 200 noix.

Kahounien, par 6° 57′ de lat., est le marché limite des Kolas vers le

sud dans le bassin du Cavally ; les caravaniers du Nord s’y rencontrent

avec les Guerzés du Sud qui viennent aussi y acheter des Kolas, car eux-

mêmes n’en produisent pas.

Plus à l’est, entre le cours du Sassandra, à partir de l’endroit où il

s’incurve vers le sud et le cours du Marahoué, affluent du Bandama, il

existe encore des marchés de Kolas très importants sur lesquels nous

reviendrons.

Les kolatiers & les noix de kola · 第 31 / 40 段