Les noirs transportent de 25 à 35 kilog. et parcourent de 25 à 35
kilomètres par jour ; en saison de pluies, ils font des étapes beaucoup
plus courtes ; pendant cette période employée à cultiver la terre, les
transactions sont fort ralenties et peu de caravaniers circulent à
travers la brousse.
Ce sont presque toujours des jeunes hommes de 15 à 35 ans qui font les
transports ; la femme porte seulement les enfants et les ustensiles du
ménage. Cependant dans le moyen et le haut Dahomey, ainsi qu’à la Gold-
Coast et dans la forêt de la Côte d’Ivoire, les femmes portent aussi des
charges de Kolas.
En beaucoup de régions de la Boucle du Niger, spécialement chez les
Mandé-Dioulas et au Pays Mossi, on emploie le bœuf comme animal porteur.
La charge d’un animal en bon état est de 150 kilogrammes ; ils
parcourent 30 kilomètres environ par jour.
L’âne est aussi très employé comme animal de transport, spécialement au
Mossi. « Il ne va pas très vite (3 kilomètres à l’heure), mais il se
nourrit facilement et supporte bien la soif. Sa charge est de 70 à 80
kilogrammes »[304].
« Le cheval sert à peu près uniquement de monture ; il n’y a guère
d’exception que pour les petits chevaux _Kotokoli_ du Dahomey (taille :
1 mètre), qui servent fréquemment au transport des Kolas dans cette
région ».
Dans le nord de la boucle du Niger, on emploie aussi parfois au
transport des Kolas le chameau, mais cet animal ne rend véritablement de
services que dans le Sahara ; la limite extrême où il peut s’avancer
vers le sud en saison sèche est située entre Dori et Ouagadougou. Le
long du Niger, il vient parfois jusqu’à Say.
CHUDEAU pense que l’on pourra un jour utiliser la voiture en Afrique
tropicale, pour effectuer les petits parcours à droite et à gauche des
voies ferrées. « L’expérience a déjà montré que l’on peut atteler les
bœufs du Soudan. La grosse difficulté provient de la rareté des routes.
La plupart des pistes sont encore inabordables même à des voitures
légères comme les _araba_ »[305].
=LES TRANSPORTS PAR EAU.=
Les paquebots anglais, qui touchent fréquemment à Sierra-Léone et à la
Gold-Coast, transportent des noix de Kolas soit vers Lagos, soit vers la
Gambie et vers le Sénégal.
Certaines grandes voies navigables sont aussi utilisées pour le
transport à l’intérieur du continent. Les Kolas destinés à la région de
Kayes et au Sahel, remontent le fleuve Sénégal depuis St-Louis, sur des
bateaux à vapeur.
Les petits bateaux à vapeur et les chalands installés sur le moyen Niger
et sur ses principaux affluents, le Milo et le Bani, sont aussi parfois
utilisés pour effectuer des transports de Kolas dans le Soudan
occidental.
Enfin un trafic indigène intense se fait par de grandes pirogues
indigènes pouvant porter plusieurs tonnes, circulent fréquemment sur le
Niger entre Koulicoro, Ségou, Djenné, Mopti, Tombouctou, Gao.
Sur tous les autres fleuves de l’Afrique occidentale, on ne trouve que
de petites pirogues peu stables et peu étanches, rarement employées pour
convoyer les précieuses amandes.
=LES TRANSPORTS PAR CHEMINS DE FER.=
La construction des voies ferrées en Afrique tropicale, commencée depuis
1880, a doté le continent noir, dépourvu jusqu’alors de routes, de
moyens de transports perfectionnés.
Aussi, dans tous les pays traversés par le rail, le commerce indigène a
pris rapidement un grand essor. Des maisons européennes se sont
installées à l’intérieur de l’Afrique. Le dioula y trouve les denrées
qu’il allait chercher autrefois à des milliers de kilomètres. Le bien-
être de l’indigène s’est aussi développé dans certains pays, de sorte
que la puissance d’achat des denrées de luxe et notamment des noix de
Kola s’est accrue beaucoup.
Aujourd’hui les Pays produisant des noix de Kola ou en consommant sont
desservis par environ 6.000 kilomètres de voies ferrées. En Afrique
Occidentale française, il en existe plus de 2.000 kilomètres. Par ces
voies les Kolas sont transportés de la Côte jusqu’au cœur des pays de
consommation. Le chemin de fer de la Gold-Coast qui pénètre dans les
pays de production de l’Achanti, apporte les noix au port de Sekondee où
elles sont embarquées à destination de Lagos.
Lorsque le chemin de fer de la Guinée sera prolongé dans la direction de
l’hinterland de Libéria, il drainera lui aussi vers le Soudan et vers le
Sénégal, les quelques milliers de tonnes de noix que produisent
actuellement la Haute-Côte d’Ivoire occidentale, le Haut-Libéria et le
territoire militaire de la Guinée française.
=MONNAIES EMPLOYÉES POUR LES ACHATS DE KOLAS.=
Les espèces monnayées d’Europe, les monnaies françaises en bronze et en
argent, dans nos colonies, tendent de plus en plus à remplacer même dans
les transactions entre indigènes, les objets qui servaient de monnaie
dans les diverses régions de l’Afrique tropicale avant l’occupation
européenne.
Cependant, en plusieurs régions de l’Ouest africain, l’emploi de
certains de ces objets a encore persisté et ils servent en particulier à
acheter les noix de Kola sur les lieux de production.
Les plus courantes de ces monnaies sont les _cauris_[306], les
_guenzés_, les _sombés_ et les _manilles_.
On sait que les _cauris_ (_kourdi_ de la Nigéria) sont les coquilles
d’un petit mollusque gastéropode, le _Cypræa moneta_, que l’on
recueillait en grande quantité sur la côte de Zanzibar aux XVIIIe et au
XIXe siècles, pour les importer à la Côte occidentale d’Afrique comme
monnaie. Ce sont des grains blancs, de la taille d’une grosse noisette,
plans d’un côté, convexes de l’autre (Fig. 48, _3_, _3′_, _3″_). En
beaucoup de régions, notamment en Guinée française, au Dahomey, les
cauris ont perdu presque toute valeur marchande, mais ils ont encore
cours dans la Nigéria anglaise et en diverses parties de notre Soudan.
Le cours, très différent suivant les régions, varie de 800 à 2.000
cauris pour un franc. En beaucoup d’endroits, ils ne s’emploient plus
que comme objets de parure.
Le _guenzé_ est un morceau de fer grossièrement forgé, ayant la forme
d’une petite tige aplatie, courbée à l’extrémité et pesant 100 à 150
grammes. Il vaut de 0 fr. 15 à 0 fr. 40 suivant les régions et les
cours. C’est la monnaie la plus courante depuis le sud du Kissi jusqu’au
cœur du Pays Dyola et c’est lui qu’on emploie comme moyen de transaction
dans tout l’hinterland de Libéria.
Le _sombé_ (Fig. 48, _1_) n’est qu’une variété de guenzé. C’est une
petite barre de fer de 10 à 15 centimètres de longueur, d’une forme
particulière. Pour les gros achats on les emporte par paquets de 20
pesant environ 2 kilogs. Les sombés se fabriquent dans la région de
Touba. Une somme de 15 ou 20 francs en sombés représente la charge d’un
homme. Cette monnaie a cours dans tout le Pays Bété et chez les Lôs ou
Gouros.
Tout le long de la Côte d’Ivoire, jusqu’à 100 ou 150 kilomètres dans
l’intérieur, on se sert dans les transactions de _manilles_ (Fig. 48,
_2_), sortes de bracelets ouverts formés d’un alliage de cuivre et de
fer et qu’on peut passer autour du bras en guise de bracelets.
[Illustration : FIG. 48. — Monnaies pour l’achat des Kolas (demi-
grandeur). 1, _Sombé_ ; 2, _Manille_ ; 3, 3′, 3″, _Cauris_.]
La valeur des manilles est de 0 fr. 20 environ pièce ; on les transporte
par paquets de 20 et 40 francs de cette monnaie représentent la charge
d’un homme[307]. Dans certaines parties de l’Afrique équatoriale
française, on emploie comme monnaie des bracelets analogues connus sous
le nom de _barrettes_.
Enfin, dans beaucoup de régions du même pays, ce sont des _verroteries,
perles bayakas_ ou autres, qui servent d’unité de monnaie. Dans la
Haute-Sangha, les Haoussas achètent les Kolas contre des _thalers_,
pièces de monnaie en argent, valant environ 3 francs, frappées à
l’effigie de Marie-Thérèse et ayant cours dans l’Afrique centrale et
orientale jusqu’à l’Abyssinie.
=DROITS DE DOUANE ET TAXES SUR LES KOLAS DANS LES COLONIES FRANÇAISES.=
Les droits de douane sur les Kolas entrant dans nos diverses colonies de
l’Afrique Occidentale sont loin d’être uniformes.
Au Sénégal, les Kolas provenant des pays étrangers sont astreints à un
tarif d’importation de 0 fr. 75 par kilog. Il est fait exception pour
les Kolas entrant en Casamance, qui paient seulement un droit de 0 fr.
40 par kilog.
Les Kolas destinés au Haut-Sénégal-Niger, ainsi que ceux entrant dans la
Guinée française, acquittent le même droit que ceux entrant au Sénégal.
Les noix provenant de l’hinterland de Libéria et pénétrant soit dans la
Guinée française, soit dans la Côte d’Ivoire, doivent acquitter le même
droit de 0 fr. 75 par kilog., bien que leur valeur dans ces régions soit
très inférieure par rapport à la valeur à la côte. Il en résulte que la
taxe s’élève parfois à plus de 100 % _ad valorem_. Les Kolas de
l’Achanti pénétrant dans le Haut-Sénégal-Niger par l’hinterland de la
Gold-Coast sont taxés à 10 % _ad valorem_, la taxe étant établie d’après
la valeur des noix à la frontière même (cette valeur est de 1 franc
environ par kilog. de noix). Les noix provenant de l’Achanti et
transitant dans l’hinterland du Dahomey, à destination de la Nigéria ne
paient pas de taxe.
Le droit d’entrée dans les ports de la Côte d’Ivoire, colonie soumise à
la convention du 15 juin 1898, est de 0 fr. 50 par kilog.
Enfin, au Dahomey, pays soumis à la même convention, les Kolas sont
exempts de droits à l’entrée.
Les noix de Kola, produites par nos colonies de l’Ouest-Africain et
circulant dans ces colonies, sont exemptes de taxe. Il faut, toutefois,
faire une exception pour les noix produites par la Côte d’Ivoire.
Celles-ci étaient, jusqu’à ces dernières années, soumises à une taxe de
circulation de 0 fr. 50 par kilog., taxe prélevée en vertu d’un arrêté
du Gouverneur de la Côte d’Ivoire en date du 24 novembre 1906, arrêté
substitué à celui du 3 juin 1905, qui avait fixé un droit de
consommation de 10 % _ad valorem_ sur les Kolas récoltés et consommés.
En 1908, cette taxe a été abaissée au taux beaucoup plus rationel de 0
fr. 25 par kilog.
Dans les pages qui vont suivre, nous examinerons en détail les procédés
de commerce et l’importance des transactions en passant en revue d’abord
les pays producteurs de Kolas, ensuite les pays où s’en fait la plus
grande consommation.
* * * * *
=I. — COLONIES FRANÇAISES.=
* * * * *
_A. — Pays producteurs de Kolas._
* * * * *
=1o GUINÉE FRANÇAISE.=
La Guinée produit des Kolas pour l’exportation ; dans toute la zône
littorale, dans le Kouranko, dans le Kissi, enfin dans les pays Tômas et
Guerzés. Elle en importe sur tous les marchés de l’intérieur de la
colonie dans les régions qui n’en produisent pas, notamment dans le
Fouta-Djalon, dans les Cercles de Duinguiray, Siguiri, Kouroussa,
Kankan, Beyla. Ils proviennent du sud-est de la colonie ou de la région
côtière. Beaucoup de Kolas, provenant de Liberia ou de la Côte d’Ivoire,
transitent aussi à travers les Cercles précédents pour être acheminés
ensuite vers le Sénégal et le Soudan. Les statistiques douanières
n’enregistrent que les quantités qui sortent par mer, quantités
s’élevant à environ 50.000 kilogs par an, d’une valeur d’environ 100.000
francs.
Le tableau suivant, communiqué par l’administration de l’Office
colonial, donne les chiffres pour les époques les plus récentes :
Exportation totale en 1907 21.575 kilos
— 1908 30.662
— 1909 59.932 valant 119.864 fr.
1er trimestre de 1910 50.953 101.906 fr.
_Exportations mensuelles de janvier 1909 à mars 1910._
1909 Janvier 9.945 kilos 19.890 francs.
Février 16.453 32.906
Mars 16.992 33.984
Avril 7.249 14.498
Mai 1.826 3.652
Juin 1.191 2.382
Juillet 1.307 2.614
Août » »
Septembre 238 476
Octobre 47 94
Novembre 102 204
Décembre 4.932 9.864
1910 Janvier 66.883[308] 133.766
Février 10.282 20.564
Mars 18.788 38.576
------ -------
95.953 192.906
D’après les renseignements compulsés par CHUDEAU dans le _Bulletin du
Comité de l’Afrique française_, la Guinée a importé en 1904 pour
2.007.793 francs de Kolas ; en 1905, seulement pour 772.000 francs ; en
1907, pour 544.000 francs.
En 1908, l’importation n’a plus été que de 282.928 francs.
Ces chiffres n’ont pas grand valeur ; ils ne correspondent qu’à une
estimation approximative des importations par la frontière du Libéria et
par la frontière intérieure de Sierra-Léone[309], puisqu’aucune
importation appréciable ne se fait par les ports. Or, comme nous le
verrons plus loin, une grande quantité de Kolas entre en fraude par la
frontière libérienne et d’autre part les noix qui acquittent la taxe
sont mercurialisées par la douane à un chiffre tout à fait arbitraire.
1o _Région littorale._ — Ainsi que nous l’avons déjà dit, les Kolatiers
sont communs autour des villages Soussous, dans les vallées chaudes et
humides de la région maritime, surtout dans les vallées du Rio-Pongo et
de la Mellacorée[310]. Ce sont ces régions qui fournissent à elles
seules les Kolas exportés par le port de Conakry et figurant dans la
liste précédente. Les exportations par mer atteignent 50 tonnes
environ ; les bonnes années ce chiffre est dépassé.
Les noix les plus estimées et les plus grosses sont celles du Samo dans
la Mellacorée et celles du Kaloum.
Les plus belles noix vendues à Conakry pèsent de 30 à 40 grammes. Les
noix rouges sont dans la proportion des 3/4 ou des 4/5.
Celles du Koba sont plus petites et sujettes à être attaquées par le
_Sangara_. Il en est de même dans tout le Bramaya. Dans la Mellacorée,
les noix font l’objet d’un très grand commerce ; elles constituent
surtout un article d’échange. Achetées dans le bas pays au moment de la
récolte, au prix de 5 francs les 400 noix, elles sont revendues dans le
haut contre du caoutchouc à un prix élevé. Les noix du Rio-Pongo sont
assez petites et attaquées par le _Sangara_ dans certains villages.
D’après l’administrateur A. HAUET, les indigènes du Rio-Pongo, vendaient
autrefois toute leur production aux maisons de commerce de la région,
mais actuellement les dioulas viennent en chercher une grande partie
pour les transporter soit sur Conakry, soit surtout sur Boké. En 1908,
on payait les noix, à Boffa, 5 francs les 300, soit environ 1 franc le
kilog. Parvenues à Conakry, les noix sont embarquées soit à destination
du Sénégal, soit à destination de la Guinée portugaise. Une notable
quantité est aussi chargée sur le chemin de fer, à destination du Fouta-
Djalon ou même de Kouroussa.
Le port de Conakry exporte chaque année 20 à 50 tonnes de noix de Kola,
estimées de 40.000 à 75.000 fr.
En 1908, la Guinée a importé, par la frontière libérienne ou par celle
Sierra-Léone, pour 282.928 francs de Kolas, alors que la valeur de ses
exportations de noix pour cette même année n’atteignait que 64.008
francs.
2o _Le Kissi._ — La production du Kissi, en y comprenant aussi le
Kouranko, qui lui est rattaché administrativement, est d’environ 400
tonnes de noix par an.
Les noix du Kissi sont très renommées dans tout le moyen Niger.
D’après la coloration, on distingue sur les marchés :
Noms français. Noms kissiens. Noms en kouranko.
--- --- ---
Kola blanc. _Kolo oumbo._ _Oro gué._
Kola rouge. _Kolo sanga._ _Oro oulé._
Kola rosé. _Kolo Kalo._ _Oro saoura._
Les noix ne pèsent en moyenne que 8 à 15 grammes, mais les plus grosses
peuvent atteindre le poids de 40 grammes.
Le village où les dioulas concentrent la plus grande partie de la
récolte avant de l’exporter vers le nord, est Kénéma ou Kissidougou.
Après la cueillette, qui se fait habituellement en novembre, les noix
sont ordinairement triées ; celles qui sont déjà attaquées par le
_Sangara_ sont mises de côté et consommées par le producteur.
L’autre lot est à son tour divisé en deux parts : l’une comprenant les
plus belles noix ; l’autre, celles de petite et de moyenne grosseur.
Celles-ci sont vendues à Kénéma et sur les marchés locaux aux dioulas et
aux habitants du pays.
Le prix de vente est très variable suivant l’époque de l’année et
suivant que la récolte a été bonne ou mauvaise. Les années de fort
rendement, on cède, à Kénéma, 250 à 260 noix moyennes pour 5 fr. Les
années de faible récolte, le prix peut doubler : on n’obtient plus que
100 à 150 noix pour 5 fr. et même si les noix sont grosses, on n’en a
plus que 80. Parfois les dioulas arrivent en grand nombre au Kissi, ce
qui détermine une concurrence effrénée. Les transactions se font souvent
la nuit et le cultivateur en profite pour vendre les noix attaquées par
le _Sangara_ dont il dissimule les défauts. Par contre, à l’époque de la
rentrée de l’impôt, le marchand à son tour exploite le producteur.
L’indigène, toujours imprévoyant, n’a pas conservé d’argent pour
acquitter sa taxe ; pour s’en procurer, il a comme seule ressource la
vente des Kolas. A ce moment (c’est ordinairement pendant les premiers
mois de l’année et en quelques semaines que l’administration fait
rentrer tout l’impôt), le cours des noix devient très bas et on peut les
obtenir à raison de 300 ou 350 pour 5 fr.
Quant aux plus grosses noix, le Kissien les conserve ordinairement
quelque temps dans sa case et à la morte saison il va les vendre lui-
même au marché de Bamako. Une charge, comprenant 1.500 à 2.000 noix
(très rarement 3.000), peut rapporter 100 à 150 fr.
Les grosses noix se vendent en effet, à Bamako, 5 francs le lot de 50
Kolas.
Si les amandes sont très belles, elles s’écoulent très rapidement ; au
contraire, les noix de petite taille se vendent lentement, car à Bamako,
il en vient de toutes parts : de Conakry, de Beyla, du Ouorodougou,
rarement du Kissi.
Les petites et les moyennes noix de cette province, ainsi que celles du
Kouranko, s’écoulent habituellement dans les cercles de Faranna, de
Kouroussa, de Kankan et jusqu’à Siguiri. Là elles se rencontrent avec
les noix apportées par le Sénégal et par le chemin de fer de Kayes au
Niger.
Le Kissien qui porte de grosses noix à Bamako, s’il n’en a point donné
en cours de route et s’il n’en a pas perdu par le _Sangara_, peut
rapporter à son village 150 fr. par charge. Son voyage a duré 45 jours
(aller et retour). S’il avait vendu la même charge à un dioula au Kissi
même, il n’en eut retiré que 40 à 50 fr.
3o _Pays Tômas et Guerzés et Frontière libérienne._ — Dans tous les pays
compris dans les bassins supérieurs des rivières Makona, Loffa et St-
Paul (ou Diani), les noix de Kola donnent lieu à un commerce
considérable.
Elles constituent l’unité de monnaie la plus courante et aussi bien pour
les plus menus achats que pour le gros trafic, c’est avec des noix qu’on
solde tous les comptes. Les Kolas mis en vente pèsent habituellement de
10 à 20 grammes ; dans la partie ouest, les noix blanches prédominent ;
à l’est, on trouve surtout des noix rouges.
La principale cueillette se fait en octobre et novembre, mais quelques
noix mûrissent aussi tout au long de l’année. En outre les indigènes
conservent aussi dans des cachettes des noix cueillies depuis longtemps
et les vendent au fur et à mesure suivant leurs besoins. Elles sont
ordinairement apportées par des femmes sur les principaux grands
marchés.
Certains de ces marchés ont eu, jusqu’à ces dernières années, une
importance prodigieuse.
Les plus achalandés de la zone sud étaient ceux de : Kabaro, de Nsapa,
de Léné, de Boola, de Lola, de Nzo.
Dans la zone nord, située à 100 ou 150 kilomètres des lieux de
production sont les importants centres de Bofosso, de Diorodougou et de
Beyla.
En tous ces points, les marchés ont lieu à jour fixe, une fois par
semaine. Les marchés de la zône sud se tiennent habituellement sur une
place bien nettoyée située à l’entrée, mais en dehors du village et
ombragée par de grands arbres. Souvent cette place se trouve à la
lisière même de la forêt, et quelques sentiers seulement cachés sous les
arbres y aboutissent. Il y a peu d’années encore, les villages étaient
fortifiés par une enceinte en terre (_tata_) et les marchés se tenaient
toujours en dehors de l’enceinte. Ils sont fréquentés par tous les
habitants des petits villages voisins situés dans un rayon de 50
kilomètres et parfois à plus grande distance ; aussi ce n’est qu’à
partir de 10 heures du matin qu’une certaine activité commence à régner
sur la place ; le trafic bat son plein entre midi et deux heures de
l’après-midi. Les gros traficants qui visitent périodiquement ce pays,
sont pour la plupart des Koniankés, des Malinkés et des Bambaras venus
des régions de Beyla, de Kerouané ou de Touba.
Ils viennent du Nord, avec des marchandises européennes achetées à
Bamako, à Kankan ou à Beyla, parfois aussi à Conakry.
Ce sont des cotonnades à bas prix, du tabac, du sel en barre, des outils
en fer (machètes, couteaux, rasoirs), des verroteries, de la poudre, des
capsules, des fusils, des bracelets en cuivre, en bronze, en étain, en
aluminium, voire même des petits flacons de parfums ou des bouteilles
d’absinthe de traite. D’assez nombreux traitants et dioulas d’origine
malinké se sont fixés dans le pays pour se livrer au commerce et ont
constitué quelques petits villages musulmans en plein pays Guerzé.
Ils vivent en bonne intelligence avec les autochtones ; malgré l’état
d’insécurité du pays pour les étrangers des peuplades voisines qui s’y
aventureraient, les commerçants reçoivent toujours l’accueil le plus
loyal. Outre les noix de Kola, ils achètent aussi depuis quelques années
le caoutchouc.
Le marché se tient le jeudi à Boola, le lundi à Lola, le jeudi à Nzo, le
samedi à Lané. Nous avons visité ces divers centres commerciaux.
A Kabaro, chaque année, transitent environ 60 tonnes de Kolas. Leur
valeur est de 150 à 350 noix pour 5 fr.
Ce marché est très fréquenté par les dioulas malinkés circulant à
travers la Guinée. Un rapport administratif explique ainsi le trafic
auquel se livrent ces commerçants :
Après avoir vendu contre de l’argent ses marchandises apportées de
Conakry dans la région de Diorodougou, le dioula se rend à Kabaro et
obtient en moyenne 240 kolas pour 5 fr. Il en prend une ou plusieurs
charges et repart vers le nord jusqu’à ce qu’il trouve à les échanger
contre du caoutchouc, ce qui le mène dans la région de Kouroussa. Contre
120 Kolas on lui donnera là un kilogramme de caoutchouc[311], c’est avec
ce produit qu’il va prendre le chemin de Conakry pour y reconstituer sa
pacotille. « Connaissant le prix du caoutchouc, dit le rapport, on peut
aisément apprécier le bénéfice réalisé.
« En prenant le cycle de ces diverses opérations, autrement dit en
ramenant notre homme au point où nous l’avons pris, on arrive aux
conclusions suivantes que l’on peut résumer graphiquement :
Diorodougou : 5 francs (en espèces) ;
Kabaro : 240 Kolas (valeur moyenne) ;
Cercle de Kouroussa : 2 kilogs de caoutchouc ;
Conakry : 18 francs en espèces échangés contre 6 pagnes à 3 francs ;
Diorodougou : 6 pagnes vendus 5 fr., soit 30 fr.
La mise de fonds aurait donc sextuplé.
« Toutes ces données n’ont rien de rigoureux ; bien des circonstances
particulières peuvent les faire varier. Nous avons seulement considéré
le cas le plus général en prenant comme point de départ une somme de 5
fr. pour plus de facilités. »
Nous n’avons rapporté ces renseignements qu’à titre documentaire. Ils
sont manifestement inexacts. Le rapport ne tient compte ni des Kolas qui
s’avarient en cours de route, ni des dépenses de la caravane, ni des
aléas auxquels est exposé le dioula (marchandises volées, noyées au
passage des rivières, détériorées par les tornades ; fluctuations
fréquentes dans le cours du caoutchouc qui ont leur répercussion jusque
dans les villages producteurs).
En réalité, comme nous l’avons dit plus haut, les opérations du dioula
sont beaucoup moins rémunératrices.
Au marché de Lola, on vend surtout des Kolas rouges. Ce n’est pas le
producteur, mais un premier intermédiaire appartenant à la race des
_Manons_ qui les apporte au marché. Les noix sont étalées par petits
lots[312] et vendues contre marchandises, c’est donc d’abord un troc.
Les principaux articles utilisés pour ces échanges sont le fer, le sel,
la guinée, les bandes de toile indigène.
Pour une petite barre de fer, sorte de lame aplatie longue de 35 cm. et
pesant 200 à 300 grammes, lame nommée _konkourou_ dans le pays, on
obtient 100 noix. Le _konkourou_ est estimé 0 fr. 50 par les dioulas. Le
_guenzé_, morceau de fer plus petit, est évalué 0 fr. 33 à Lola.