monte plus au nord et on la trouve encore aux environs de Bamako. Ses
feuilles sont très reconnaissables par une marge de 2 cm. d’un vert plus
foncé, visible sur un des bords du limbe ainsi que le montre
l’exemplaire photographié. Elles sont aussi très recherchées par les
colporteurs de Kolas ; mais la plante étant en général clairsemée, elles
sont peu employées, sauf dans le nord.
Le _Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum. donne de grandes
feuilles assez semblables aux espèces précédentes, mais elles sont un
peu plus fermes et par suite moins appréciées. Cependant comme cette
espèce est très abondante dans la forêt vierge où on l’a constamment
sous la main, les dioulas en font aussi parfois usage.
La plante entièrement glabre vit par touffes dans les sous-bois épais ;
la tige est réduite à un axe dans le prolongement duquel se trouve une
seule feuille portée sur un pédoncule de 20 cm. à 30 cm. de long.
Le limbe est oblong ou oblong-lancéolé, arrondi ou cunéiforme à la base,
long de 30 cm. à 50 cm. sur 15 cm. à 25 cm. de large (Fig. 45).
Les inflorescences forment un épi isolé ou une panicule de 2 ou 3 épis
insérés à la base de la feuille, sessiles ou subsessiles, longs de 2 cm.
à 5 cm., à bractées très rapprochées. Fleurs blanches plus ou moins
teintées de violet ou de rouge-vineux. Capsules globuleuses, charnues,
de 10 mm. à 15 mm. de diamètre, d’un rouge vif à maturité, glabres, même
dans le jeune âge.
Cette Marantacée est bien connue dans tous les pays forestiers
africains, notamment à la Côte d’Ivoire. Les feuilles cousues les unes
aux autres forment de véritables tuiles végétales à l’aide desquelles on
couvre les cases.
Nous devons enfin signaler une autre Marantacée dont les feuilles sont
aussi parfois employées et qui est particulièrement abondante dans les
régions forestières de la Côte d’Ivoire où vit le Kolatier. C’est le
_Thaumatococcus Danielli_ (Benn.) Benth.
Ses caractères sont les suivants :
Plante de 1 m. 50 à 3 m. 50 de haut, avec un long rhizome rampant près
de la surface du sol, émettant de 1 à 3 très grandes feuilles et un épi
florifère aphylle inséré près de l’une d’elles. Feuille à pétiole
cylindrique, long de 1 m. 50 à 3 m. 50, à calus de 14 cm. à 20 cm. de
long, glabre. Limbe papyracé ovale ou largement oblong, arrondi à la
base, brièvement apiculé au sommet, long de 35 cm. à 50 cm. sur 22 cm. à
36 cm. de large. Epis florifères simples ou rameux, courts, denses,
portés sur des pédoncules pubescents de 3 cm. à 4 cm. de long. Bractées
oblongues de 25 mm. de long, promptement caduques. Fleurs d’un blanc-
lilas, légèrement violacées ou pourprées, longues de 30 mm., insérées
par deux à l’aisselle de chaque bractée, à sépales oblongs libres
jusqu’à la base. Fruits insérés au ras du sol et parfois à demi
enterrés, trigones indéhiscents, de 4 cm. à 4 cm. 5 de diamètre, d’un
rouge-vif à maturité, à angles ailés. Graines subtriquètres, longues de
20 mm. à 22 mm., à tégument scléreux, noir, très dur, épais de 1 mm. 5,
complètement enveloppé par une arille blanche, translucide, ressemblant
à de la gélose.
Plante excessivement commune dans la forêt vierge africaine, surtout sur
l’emplacement des anciennes plantations établies dans la forêt. Elle
est, en certains endroits caractéristiques des clairières, à la lisière
de la forêt et des sous-bois clairsemés. Son arille extrêmement sucrée
rappelle la saveur du réglisse ou de la saccharine. Cette saveur
persiste plusieurs heures dans la bouche et si l’on met seulement un
fragment sur la langue, tous les liquides que l’on boit et surtout l’eau
paraissent sucrés encore longtemps après.
_Noms indigènes._ — _Urugua méremné_ (bakoué) ; _Bobo abi_ (néyau) ;
_Bogridjia_ ou _Bobruidja_ (bété).
Les feuilles de Marantacées que nous venons de décrire sont de beaucoup
les plantes les plus recherchées pour l’emballage des Kolas, surtout
celles du _Clinogyne Schweinfurthiana_. Ces feuilles se vendent par
charges entières sur tous les marchés du Pays Dyola ou des environs de
Beyla. On n’a que la peine de les cueillir dans les bois environnants. A
Beyla même, on donne 50 feuilles de _Clinogyne_ pour une noix de Kola. A
Lola, Nzo, Oua, ce commerce est fait par les enfants qui circulent à
travers des groupes de vendeurs de Kolas, portant les bottes de feuilles
d’_Orofira_ à la main, et criant leur marchandise.
D’autres confectionnent des emballages tout préparés avec plusieurs lits
de feuilles imbriquées les unes sur les autres. Ce travail est fait avec
une très grande dextérité. Dans les pays à Kolas, les feuilles sont
toujours employées à l’état frais ; celles qui ont servi à apporter les
noix au marché sont jetées et abandonnées sur la place du marché qui
finit par en être encombrée. Comme les plantes produisant ces feuilles
manquent dans le Nord, les dioulas conservent l’emballage d’_Orofira_
pendant toute la durée de leur voyage. Lorsque les feuilles sont
devenues sèches et grisâtres, on se contente de les humecter chaque fois
qu’on ouvre la charge.
Dans certaines régions, notamment à Beyla, on emballe aussi parfois les
Kolas qui ne doivent pas être exportés très loin avec les larges
feuilles de certains arbres répandus dans la forêt ou dans les galeries
forestières.
Une des feuilles les plus employées pour cet usage est celle du
_Mitragyne macrophylla_ Hiern. = _Nauclea stipulosa_ DC., grand et bel
arbre de la famille des Rubiacées, s’élevant à 30 m. ou 35 m. de hauteur
et fournissant un bois utilisé dans l’ébénisterie sous le nom de _Bahia_
ou _Tilleul d’Afrique_[298]. Les feuilles obovales, entières, fortement
nerviées et coriaces, atteignent de 30 cm. à 50 cm. de long sur 15 cm. à
30 cm. de large (Fig. 47) Les fleurs sont en petites boules pédonculées,
réunies en panicule terminale.
La plante porte les noms suivants : _Popo_ (malinké), _Powo_ (Kissi),
_Poboï_ (toma), _Kwo-Kwo_ (baoulé), _Bahia_ (agni), _Sofo_ (attié). La
charge de ces feuilles se vend 0 fr. 30 au marché de Beyla.
Parfois enfin, on garnit l’intérieur des paniers destinés au transport
des Kolas à l’aide des feuilles de plusieurs espèces d’_Anthocleista_,
plantes remarquables de la famille des Loganiacées, à rameaux étalés en
candélabre et terminés par des bouquets de feuilles qui peuvent dépasser
1 m. de longueur.
D’autres végétaux ont encore été cités comme fournissant des feuilles
servant à l’emballage des Kolas ; mais, comme nous ne les avons jamais
vus employer, nous les passons sous silence.
=Soins à donner aux Kolas en cours de route.=
Les noix de Kola doivent être l’objet de soins attentifs pendant que
dure le transport par caravanes. Les paniers doivent être ouverts tous
les 5 ou 6 jours et humectés avec de l’eau que le dioula met dans la
bouche et pulvérise en projetant le jet sur les noix qu’on remue en même
temps. On les laisse un peu à l’air avant de fermer le panier. Les noix
avariées sont retirées et jetées ou vendues de suite. Celles qui se
fanent sont mises quelque temps dans l’eau où elles reprennent leur
turgescence primitive.
=Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe.=
Les noix bien emballées, expédiées de la Côte Occidentale d’Afrique,
parviennent très fraîches en Europe, sans qu’il soit nécessaire de s’en
occuper pendant les 10 ou 15 jours que dure la traversée. A plus forte
raison, les noix expédiées par mer, de Sierra-Léone vers la Gambie ou le
Sénégal, y arrivent en bon état, de même que celles qui sont expédiées
de la Gold-Coast à Lagos.
Pour les expéditions d’une colonie à l’autre, on se contente
ordinairement de garnir l’intérieur des paniers d’_Orofira_. Parfois,
cependant, on intercalle entre les lits de noix des lits de sable ou
d’_Orofira_. Les paniers employés pour l’emballage des noix de Sierra-
Léone sont ronds ou en forme de cigare et leur poids, quand ils sont
remplis, ne dépasse pas 80 kilogs (environ 186 livres net). Parfois
aussi, on emploie des paniers d’un quintal (112 livres).
De la Gold-Coast pour Lagos, les expéditions se font dans de grands
paniers très solides, pesant 450 kilogs environ et munis à la partie
supérieure d’une oreille qui permet de les embarquer et de les débarquer
à l’aide d’une grue (Fig. 46).
[Illustration : (Cliché communiqué par M. H. FILLOT).
FIG. 46. — Grands couffins pour le transport des Kolas par mer.]
Les petites quantités de noix fraîches arrivant chaque année en Europe y
parviennent différemment emballées. Souvent on se contente de mettre les
noix dans des paniers garnis d’_Orofira_ ou dans du sable. C’est ce qui
explique qu’elles arrivent parfois avec un goût de moisi ou même
qu’elles soient davantage avariées. Parfois les noix arrivent aussi en
Europe, enrobées dans la terre glaise (CHRISTY in HECKEL).
Dans ces dernières années, on a importé des noix en Allemagne, emballées
dans la _Tourbe_. Elles sont toujours arrivées à Hambourg en parfait
état. C’est ce procédé d’emballage qu’il convient de recommander ; il
est très peu coûteux et protège en outre les noix contre la gelée si
l’importation se fait en hiver.
On a aussi conseillé l’utilisation des glacières sur les paquebots, mais
nous pensons que les noix, ainsi conservées à l’état frais, ne
tarderaient pas à s’avarier dès qu’elles seraient ramenées à la
température ordinaire.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
352 _bis_.
FIG. 47.— =Un Orofira=
Feuille et rameau de _Mitragyne macrophylla_ Hiern.]
=Préparation du Kola séché.=
On sait qu’une grande partie du Kola expédié en Europe est préalablement
séché avant d’être emballé. Il en arrive ainsi environ 300 tonnes,
chaque année, par le port de Liverpool, provenant principalement de la
Nigéria, du Congo (autrefois, plus maintenant), de l’Angola, de Sierra-
Léone, de la Jamaïque.
On emploie ordinairement pour cette préparation les amandes ayant 3 à 6
cotylédons, fournies par le _C. acuminata_ et le _C. Ballayi_, beaucoup
moins appréciés des indigènes.
Les amandes sont étendues sur des aires, au soleil. Les cotylédons se
séparent pendant que la dessication s’opère. Ordinairement, pour
faciliter celle-ci, on casse d’abord l’amande en petits morceaux qui
sèchent plus vite, ou plus simplement on les sépare de leurs cotylédons
qui se vendent alors sur le marché européen sous les dénominations de
Kolas-demis pour les sortes à deux cotylédons et Kolas-quarts pour les
sortes à 4-6 cotylédons.
Il faut éviter, en tous cas, les moisissures, les Kolas moisis n’ayant
plus de valeur et pouvant contaminer les morceaux bien séchés dans les
sacs où on les emballe pour les transporter en Europe.
Une certaine quantité de Kolas ainsi apportés en Europe ne sont autre
chose que des Kolas destinés primitivement à être vendus comme noix
fraîches et qu’on n’a pas su protéger contre la dessication. L’indigène
des régions côtières du golfe de Guinée apporte ces noix à la
factorerie.
SAUSSINE recommande de faire sécher les noix au soleil ou dans une
sécheuse artificielle. « Certains auteurs, ajoute-t-il, recommandent de
couper les noix fraîches en cossettes minces et les sécher, à l’étuve, à
60°, en élevant progressivement la température de manière à finir vers
100°. »[299]
Il est certain que ce procédé serait beaucoup plus rationnel, mais il ne
peut être pratiqué que dans des exploitations européennes, par exemple à
la Jamaïque et à La Trinidad, où des Kolatiers existent fréquemment dans
les Cacaoyers.
* * * * *
[Note 297 : Le vin de palme est la sève fermentée soit de l’_Elæis
guineensis_, soit du _Raphia sudanica_ ou du _Borassus flabelliformis_
var. _æthiopum_ Warb. Le citron des pays à Kola est un petit fruit très
acide fourni par une variété du _Citrus medica_, fréquemment cultivé par
les indigènes. Le _Foronto_ ou Piment enragé est le fruit du _Capsicum
frutescens_. Quant au Poivre d’Ethiopie, c’est le fruit de l’_Uvaria
æthiopica_ et en certaines régions celui de l’_U. Emini_ Engler.]
[Note 298 : A. CHEVALIER. — Première étude sur les Bois de la Côte
d’Ivoire, _Végét. ut. Afr. trop._, V, 1909, p. 228.]
[Note 299 : SAUSSINE. — Culture du Kolatier dans les Antilles. _Rev.
Cult. Colon._, II, 1898, 1er sem., p. 41.]
CHAPITRE XVIII.
* * * * *
=Le commerce et la Géographie commerciale des noix de Kola.=
* * * * *
Dans une grande partie du Soudan, les noix de Kola constituaient déjà un
article commercial important au XIIe siècle de notre ère. C’est très
probablement le trafic de cette denrée qui attira vers le XIIIe siècle,
à l’époque de la prospérité de l’Empire de Mali, des commerçants mandés
vers les contrées méridionales du Soudan, à proximité des pays
producteurs de la précieuse noix[300]. Ces commerçants, originaires du
moyen Niger, ont fait souche dans les pays où ils avaient émigré. Ils
ont formé les colonies importantes de _dioulas_ des régions de Beyla,
Boola, Touba. Dans tous les pays compris entre le Ouorodougou et Séguéla
à l’ouest, entre Bobo-Dioulasso et Bondoukou à l’est, ils ont constitué
l’importante confédération des _Mandés-Dioulas_ qui vit encore
aujourd’hui en grande partie du commerce des Kolas. Plus à l’est encore,
au nord de l’Achanti, les traficants mandés forment, dans le Mossi, de
nombreux groupements, mais ils n’y seraient venus qu’au XVIIIe siècle.
On les nomme _Yarsés_ ; ils n’ont presque aucun contact avec les Mossis
et ils ont conservé encore l’usage de la langue Mandé. Enfin, au sud-
est, dans les contrées comprises entre le Pays Achanti et la Nigéria,
spécialement dans le nord du Togo et du Dahomey, de nombreux _Haoussas_
venus de l’est, à une époque également reculée et pour y faire aussi le
commerce des Kolas, ont de leur côté constitué divers villages sur les
routes suivies par les caravanes allant à la Nigéria. Enfin, au cœur
même de l’Afrique, dans l’Adamaoua, les Haoussas et les Foulbés ont été
aussi depuis longtemps attirés par le commerce des Kolas.
C’est par milliers que les caravanes, transportant parfois des centaines
de charges de Kolas, circulent chaque année sur les sentiers du Soudan.
Ce commerce n’est pas resté localisé à l’Afrique occidentale. Chaque
année, les noix de _gouro_ sont encore apportées au centre de l’Afrique
centrale, dans les provinces du Baguirmi, de l’Ouadaï et du Darfour. A
l’heure actuelle, ce trafic est insignifiant dans ces Etats, mais il a
dû être très développé à l’époque de leur pleine prospérité.
Les noix de Kola pénètrent encore dans les oasis sahariens, puis à
Tripoli et à Benghazi, enfin à l’oasis de Koufra, mais elles n’y
arrivent qu’à l’état de Kola sec.
D’Afrique, le commerce est passé dans l’Amérique du sud. Les descendants
des esclaves importés au Nouveau-Monde, sont devenus friands de la
denrée prisée par leurs ancêtres. Vers 1850, d’après F. WELWITSCH, la
province d’Angola exportait une grande quantité de noix de Kolas au
Brésil.
Enfin, vers le milieu du siècle dernier, les noix de Kola à l’état frais
et surtout à l’état sec ont commencé à être importées en Europe ; elles
ont trouvé des débouchés d’abord restreints pour certaines préparations
pharmaceutiques ; en 1895, l’usage en a été admis au _Codex français_ ;
puis l’utilisation de la noix pour la fabrication de certaines liqueurs
apéritives ou fortifiantes a permis, depuis une quinzaine d’années,
l’importation de quantités de plus en plus élevées et il n’est point
douteux que ce commerce ira en s’étendant d’année en année.
Cependant c’est en Afrique tropicale, chez la plupart des peuples de
race noire, que la consommation des Kolas atteint depuis longtemps le
chiffre de beaucoup le plus élevé et elle est susceptible d’y prendre,
dans l’avenir, une extension presque illimitée.
Déjà dans la plupart des colonies où les nations européennes ont apporté
la paix et la liberté commerciale et surtout là où elles ont amélioré
les voies de communication et accru les ressources indigènes, le
commerce dont il s’agit a pris un développement prodigieux ; la noix de
Kola est la denrée de luxe par excellence. Tout accroissement de
richesse chez le noir amène presque inévitablement l’accroissement de la
consommation des Kolas.
M. H. FILLOT a donné pour l’année 1903, dans le tableau suivant, publié
en 1906, le montant de la valeur des Kolas consommés ou exportés par les
pays bordant le golfe de Guinée.
=Valeur en francs des Kolas produits par les divers pays de l’Ouest
africain= (d’après FILLOT).
+------------------+---------+---------+---------+-----------+
| | EXPORTÉS| EXPORTÉS|CONSOMMÉS| TOTAUX |
| | par mer |par terre|sur place| |
| +---------+---------+---------+-----------+
|Guinée française | 50.000|1.000.000| 500.000| 1.550.000|
| | | | | |
|Sierra-Léone |1.954.000|1.000.000|1.000.000| 3.954.000|
| | | | | |
|Liberia | 225.000|1.000.000| 500.000| 1.725.000|
| | | | | |
|Côte d’Ivoire | 1.836|1.000.000|1.000.000| 2.001.836|
| | | | | |
|Gold-Coast |1.124.025|4.000.000|1.000.000| 6.124.025|
| | | | | |
|Togo | 181.000| 500.000| 200.000| 881.000|
| | | | | |
|Dahomey | 65.835| 116.610| 100.000| 292.445|
| | | | | |
|Nigeria | » | » | 500.000| 500.000|
| | | | | |
|Cameroun | 60.200| » | 100.000| 160.200|
| | | | | [301]|
| +---------+---------+---------+-----------+
| Totaux |3.360.396|8.616.610|4.900.000|117.177.006|
+------------------+---------+---------+---------+-----------+
« On peut dire sans aucune exagération, ajoutait le même auteur, que
cette somme est doublée par les transactions successives survenant par
suite de ventes, c’est-à-dire qu’il se fait annuellement sur les Kolas,
en Afrique occidentale, un chiffre d’affaires de _plus de 34 millions de
francs_[302] ».
Les chiffres donnés par M. H. FILLOT sont aujourd’hui au-dessous de la
réalité pour plusieurs colonies citées.
Pour notre part, nous pensons que la production annuelle mondiale de
noix de Kola peut être évaluée actuellement à environ 20.000 tonnes, se
répartissant ainsi par pays :
Guinée française 2.000 tonnes
Sierra-Léone 2.000
Libéria 1.000
Côte d’Ivoire 3.000
Gold-Coast 5.000
Togo 100
Dahomey 500
Nigéria 2.000
Cameroun 1.400
Congo français 1.000
Colonies portugaises 1.000
Autres pays 1.000
-------------
Total 20.000 tonnes
Nous mentionnons dans ce tableau les quantités de noix qui sont
consommées sur place ou qui donnent lieu à un trafic d’exportation.
Quant à la provenance botanique de ces noix, elle se répartit ainsi :
_Cola nitida_ 15.000 tonnes
_Cola acuminata_ 4.000
_Colla Ballayi_ et divers 1.000
La consommation de nos colonies peut être ainsi évaluée :
Sénégal et Mauritanie 1.000 tonnes
Haut-Sénégal-Niger 2.500
Guinée française 1.500
Côte d’Ivoire 1.000
Dahomey 500
Afrique équatoriale et Tchad 500
------------
Total 6.500 tonnes
L’Afrique occidentale française doit importer chaque année environ 1.500
tonnes de noix de Kola provenant de Sierra-Léone, de l’hinterland de
Libéria et de la Gold-Coast.
D’après les statistiques publiées par le _Gouvernement général de
l’Afrique occidentale française_ pour 1908, les importations et
exportations de noix de Kola constatées officiellement, ont atteint les
chiffres suivants (valeur en francs) :
Sénégal et Guinée Côte Dahomey Total
Ht-Sén. Nig. française d’Ivoire
Importations 2.799.544 282.928 1.843 114.906 3.199.221
Exportations 5.724 64.008 2.748 65.052 137.352
Le commerce (importation) des Kolas en Afrique occidentale
représenterait 2,7 % de la valeur totale des importations et le commerce
(exportation) 0,2 % de la valeur des exportations.
=LE COMMERCE DES CARAVANES. LES DIOULAS.=
Nous devons consacrer un paragraphe spécial aux caravaniers qui
détiennent le monopole du commerce indigène en Afrique Occidentale et
Centrale, qu’il s’agisse de noix de Kola, du bétail ou de toute autre
marchandise.
Ces commerçants ambulants sont aujourd’hui connus dans toute l’Afrique
occidentale sous le nom de _dioulas_. On donne au contraire le nom de
_traitants_ aux commerçants indigènes installés à poste fixe en certains
points importants et recevant leurs marchandises soit des dioulas, soit
des factoreries européennes.
Le _dioula_ est l’âme du commerce soudanais ; c’est lui qui dissémine la
richesse à travers toutes nos possessions africaines. Sa vie se passe à
transporter des marchandises depuis les centres habités par les
Européens, jusqu’aux villages les plus éloignés dans la brousse ou dans
la forêt.
La vie précaire menée par le _dioula_ a été décrite avec beaucoup de
précision par BINGER[303] et aujourd’hui encore il y a peu à modifier à
l’esquisse qu’il traçait en 1892.
« Il faut envisager l’existence que mènent ces gens-là. Ils marchent
chargés chacun avec 30 ou 40 kilogrammes, et cela pendant la plus grande
partie de la journée.
« Arrivés à l’étape, il faut piler et préparer les aliments, couper du
bois, chercher de l’eau souvent à plusieurs kilomètres de distance. S’il
y a un enfant dans le ménage, souvent la femme le porte sur le dos. Ils
vivent sans feu ni lieu.
« Surpris par les pluies, ils voyagent quand même, supportant toutes les
intempéries sans se plaindre.
« Quand le noir a travaillé avec sa femme pendant un an, il achète un
esclave ; c’est la meilleure acquisition qu’il puisse faire ; c’est un
auxiliaire de plus pour travailler ; il vivra de la même façon que ses
maîtres ; le bien-être des uns rejaillit sur les autres dans cette vie
en commun.
« Quand le cas se présente où l’esclave se sauve, le maître n’en est pas
découragé pour cela. « C’est la volonté du Tout Puissant », dit-il avec
résignation. « Je vais aller chercher la fortune, _in chi Allaho_, « si
Dieu le veut ». Et il recommence.
« Ne blâmons pas trop ce malheureux nègre. S’il y en a qui attendent
paisiblement allongés sur leur natte l’occasion d’agrandir leur famille
et d’augmenter leur bien-être par des rapines ou une guerre, il y en a
d’autres qui sont bien méritants, et ce ne sont pas les moins
nombreux. »
On pouvait croire, il y a quelques années, que la création d’importants
moyens de transport modernes (chemins de fer et bateaux à vapeur) et la
suppression définitive de la traite des esclaves allaient désorganiser
cette intéressante corporation des dioulas et tuer le commerce des
caravanes.
Il n’en a rien été heureusement.
Avec une admirable souplesse, les caravaniers indigènes se sont adaptés
aux nouvelles conditions sociales et économiques que nous avons créées
en Afrique. Ils ont déserté les grandes routes, parcourues aujourd’hui
par les locomotives, où ils n’avaient plus rien à faire ; beaucoup ont
cessé de venir chercher à la côte les marchandises indispensables qu’ils
trouvent à bon compte dans les maisons européennes, installées dans
l’intérieur ou à l’extrémité actuelle des voies ferrées.
Par contre, ils se sont répandus dans tous les points de l’immense
domaine que nous avons pacifié. Chez toutes le peuplades qui leur
fermaient autrefois leur territoire, ils viennent aujourd’hui apporter
leurs objets de pacotille et drainer les produits naturels
d’exportation. Ils pénètrent jusqu’au cœur de la forêt vierge, jusqu’au
sommet des falaises rocheuses des Habés de la Boucle du Niger, ou
jusqu’au haut des pitons granitiques difficilement accessibles, habités
par les Touras du Haut-Sassandra.
S’ils n’ont plus la possibilité d’acheter de nouveaux esclaves, ils
trouvent, par contre, des hommes devenus libres ou des familles entières
qui consentent à associer leur fortune à des chefs de caravane,
moyennement une rénumération proportionnelle aux bénéfices réalisés en
commun.
Sans ces caravaniers, une grande quantité de produits, comme le
caoutchouc, la gomme copal, le bétail, ne pourraient pas affluer vers la
côte. Ils sont aujourd’hui, comme autrefois, l’âme de la vie économique
du Soudan et ainsi que nous le constations au cours de notre récent
voyage, jamais leur nombre n’a été aussi grand et leur action aussi
féconde pour le grand commerce.
=LES TRANSPORTS PAR CARAVANES.=