« Au sortir de la cloche, les noix traitées, bien que légèrement

brunies, avaient conservé leur fraîcheur et n’avaient pas ou à peine

durci. Leur saveur n’était pas altérée. Malheureusement nous ne

trouvâmes qu’une seule larve dans ces noix attaquées. Cette larve était

raidie et comme engourdie, et, le lendemain, elle entrait déjà en

décomposition.

« Ce dernier essai, nous le répétons, n’est pas suffisamment concluant,

mais il montre la profonde différence qui existe entre l’action du gaz

d’éclairage et celle de la vapeur du sulfure de carbone ou de

chloroforme sur certaines graines vivantes. »

C’est sans doute en vue d’éliminer les noix déjà attaquées par le

_Sangara_ que les colporteurs indigènes ouvrent si fréquemment leurs

paniers de Kolas et en passent l’inspection. Il suffirait d’une noix

envahie pour perdre toute la charge, car l’insecte évolue très

rapidement, et plusieurs générations peuvent se succéder dans les mêmes

amandes.

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

336 _bis_.

FIG. 43. — =Un Orofira.=

_Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum.]

Divers moyens préventifs sont usités par les indigènes pour soustraire

les Kolas aux ravages du _Balanogastris Kolæ_. Rappelons d’abord qu’au

dire des dioulas certaines variétés de noix ne sont jamais attaquées. Ce

serait, par exemple, le cas des graines provenant de certains villages

du Samo (Guinée française). Les coussins de feuilles formant des lits

épais soigneusement imbriqués les uns sur les autres servent non

seulement à empêcher la dessication des Kolas, mais ils ont aussi

probablement la propriété d’arrêter les _Balanogastris_ qui seraient

tentés de venir effectuer leurs pontes à l’intérieur des ballots.

En Guinée française et dans la Haute Côte d’Ivoire, on lave toujours les

Kolas à l’eau de savon de Marseille avant de les emballer : ce lavage

aurait pour but de soustraire les noix ainsi traitées à l’invasion du

_Sangara_.

Plusieurs dioulas nous ont assuré que ce moyen n’était pas suffisant, à

moins qu’on emploie, au lieu du savon des Blancs (savon de Marseille),

le savon indigène obtenu à l’aide de cendres et de graisse de Kobi

(diverses espèces du genre _Carapa_).

On obtiendrait le même résultat en lavant les Kolas avec la macération

d’une plante encore inconnue.

HECKEL cite, en effet, les renseignements obtenus par un administrateur

colonial qui rapporte que les indigènes du Samo lavent l’amande, au

moment où elle vient d’être cueillie, avec une eau chargée, par

macération, des principes d’une plante dont ils utilisent la racine

pilée fraîche. Les Kolas pourraient se conserver ensuite toute une

année[293].

Enfin, chez les Ngans de la Côte d’Ivoire, pour soustraire les noix de

Kola aux ravages du charançon, on attache les paquets de noix dans des

cases enfumées constamment. L’insecte ne vient point faire de pontes

dans ces ballots que l’on peut conserver ainsi un mois ou deux avant de

les transporter au Soudan.

Au Gabon, on enterre parfois dans des termitières les grains du _Cola

Ballayi_ et du _C. acuminata_ et c’est sans doute aussi pour les

soustraire aux piqûres du _Balanogastris_. Il est certain qu’un

charençon qui s’aventurerait dans une termitière serait vite mis en

pièces. Mais ce moyen de conservation, qui peut à la rigueur être

employé sur place par les indigènes, ne saurait convenir pour la

conservation des Kolas destinés au commerce. Le jour où l’exportation

des Kolas frais vers l’Europe prendrait une grande extension, il serait

de toute nécessité de stériliser ces graines par un procédé aussi peu

onéreux que possible et qui n’altère pas les amandes.

On a signalé aussi que M. BOUVIER, professeur au Muséum, avait constaté

que d’autres insectes appartenant au groupe des _teignes_ attaquaient

aussi les noix de Kola, mais à notre connaissance aucune étude n’a été

publiée à ce sujet[294].

=VÉGÉTAUX.=

Plusieurs espèces de _Loranthus_ s’implantent fréquemment sur les

Kolatiers et à la longue ils épuisent les branches-support à la manière

du gui qui fait dépérir les pommiers. Ces _Loranthus_ ne sont pas

seulement communs dans la forêt, on les trouve aussi dans les

plantations autour des villages et les administrateurs de cercles

agiront sagement en les faisant détruire par les indigènes.

Dans la forêt et même à sa lisière, les arbres sont aussi gênés par les

épiphytes. Au cours de sa mémorable expédition botanique, WELWITSCH

avait déjà noté que les troncs de Kolatiers sont fréquemment envahis par

des lichens, des mousses, des orchidées et même par une cactée épiphyte,

le _Rhipsalis Cassytha_ Gærtn.

Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, on trouve ces mêmes plantes, ainsi

que des aroïdées et de nombreuses fougères en plus.

Ces plantes sont très nuisibles, cependant on ne les enlève jamais.

Dans les parties boisées de la haute Guinée et de la haute Côte

d’Ivoire, on observe sur les Kolatiers, outre la chevelure épaisse des

mousses et des lichens, les touffes ou les rhizomes grimpants de

plusieurs espèces de fougères, principalement des _Asplenium_, des

Polypodiacées (_Polypodium lycopodioides_ L. _P. phymatodes_ L., _P.

irioides_ Lamk.). Les grosses mottes formées par les _Platycerium

Stemmaria_ (P. Beauv.) Desv. et _P. angolense_ Welw., pesant parfois

plus de 10 kilog. et servant de refuge à de nombreux insectes, sont

surtout dangereuses.

De nombreuses orchidées épiphytes, notamment des _Angræcum_, des

_Listrostachys_, l’_Eulophia lurida_ Lindl., sont aussi au nombre des

espèces supportées par les Kolatiers en Afrique occidentale. Ajoutons

enfin à cette liste : un _Rhipsalis_, un _Peperomia_, assez fréquent au

Kissi, et de nombreuses espèces d’Aroïdées grimpantes. Enfin les

branches du Kolatier supportent parfois les rameaux de diverses lianes

croissant au voisinage dans la forêt.

Il existe, sans nul doute, de nombreux champignons attaquant les

différentes parties du Kolatier, mais on n’en a pas encore signalé.

Nous avons eu l’occasion d’observer en Guinée française une maladie

probablement causée par un champignon, qui occasionne de grands dégâts.

Quelques colons la désignent sous le nom de _chancre des Kolatiers_.

C’est en réalité une infection analogue aux _balais de sorcières_, qui

se développent sur nos cerisiers, en France ; elle rappelle aussi les

ramifications irrégulières qui se forment sur certains Cacaoyers à

Surinam et à la Trinidad, ramifications occasionnées par un champignon,

l’_Exoascus theobromæ_.

Cette maladie sévit indistinctement sur les jeunes plantes s’élevant

seulement de quelques mètres, ou sur les arbres adultes atteignant 15 m.

à 20 m. de hauteur. Le Kolatier malade présente, sur quelques-unes de

ses branches ou sur tous les rameaux, des buissons très épais et très

ramifiés, arrondis, de 20 cm. à 40 cm. de diamètre, portant quelques

feuilles plus ou moins déformées et parfois de grandes fleurs

hypertrophiées. Si la maladie est ancienne, on observe en outre des

branches mortes ainsi que des buissons desséchés.

En examinant de plus près chaque bouquet de rameaux malades, on constate

que la branche sur laquelle ils s’insèrent est hypertrophiée. Son

parenchyme cortical est très épaissi.

L’épiderme et parfois l’écorce toute entière sont fortement fendillés.

Dans ces fentes on observe fréquemment de petites coccides recouvertes

d’une matière cireuse blanche qui les fait ressembler à certaines

moisissures. Il s’agit vraisemblablement du _Pseudococcus citri_ Risso,

si commun sur les oranges et les citrons dans les pays chauds.

Ces animaux ne sont certainement pas la cause de la maladie, mais ils

vivent en commensaux sur les branches malades et ils émettent un liquide

sucré sous forme de gouttelettes blondes, liquide qui attire un grand

nombre de petites fourmis appartenant à deux espèces, l’une à corps

noir, l’autre à corps roussâtre.

Les rameaux malades formant le buisson sont épaissis et très rapprochés

par suite de la brièveté des entre-nœuds ; leur épiderme est crevassé. A

l’aisselle de chacune des nombreuses feuilles s’insère un gros bourgeon

(_gemmule_) qui produit très rapidement un rameau court chargé de

feuilles.

Chaque rameau hypertrophié se termine par un grand nombre de bourgeons

très rapprochés produisant les uns des feuilles, les autres des fleurs,

et le plus souvent seulement des écailles recouvertes de poils bruns.

Presque tous les buissons produisent des fleurs hypertrophiées stériles

dont le calice, très rapidement desséché, est persistant et d’une

longueur double de celle qu’il a dans les fleurs normales.

L’hypertrophie du parenchyme cortical rempli de mucilage exsudant à la

moindre blessure, permet de supposer qu’un champignon habite dans les

tissus vivants de la plante qui réagissent en produisant un grand nombre

de bourgeons vite arrêtés dans leur développement. D’autre part, nous

avons recueilli au moins cinq espèces de petits animaux sur ces rameaux

malades : petits cocons indéterminables, _Pseudococcus_, pous de bois,

une araignée, un petit coléoptère. En outre, le bois vivant est souvent

aussi percé de galeries creusées par un coléoptère.

Cette maladie est fréquente à Conakry et dans presque toute la Guinée ;

elle est beaucoup plus rare dans la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.

Elle affaiblit les arbres qui en sont atteints et les rend moins

producteurs. Si elle envahit les principaux rameaux d’un arbre, elle

peut le tuer en quelques années.

Pour arrêter sa propagation, il faut couper toutes les branches

atteintes et recouvrir ensuite la section de poix à greffer. Lorsqu’un

arbre est trop atteint, il est préférable de l’abattre et de le brider

pour l’empêcher de contaminer les pieds sains.

Comme autre maladie parasitaire, nous devons signaler les moisissures

qui se mettent dans les noix fraîches et humides emballées dans des

paniers hermétiquement clos. Ces champignons ne tardent pas à détruire

le tissu de la noix. Ce dernier est à la longue remplacé par une masse

noire ou blanche remplie de spores.

G. NACHTIGAL, l’illustre explorateur du Soudan central, a signalé depuis

longtemps, dans son ouvrage _Sahara et Soudan_, les maladies qui se

mettent dans les noix de Kola transportées par les caravanes au cœur de

l’Afrique[295] :

« Si l’extérieur de la noix accuse des taches, des macules disposées

comme les signes de la variole, il est urgent d’enlever la noix pour la

sauver, elle et surtout ses voisines.

« Quelquefois les taches sont d’un jaune-brunâtre : c’est la maladie

dite _hillé_, nom qui a pour origine le hennâ (_el hennâ_, Henné), qui

donne une coloration analogue.

« Cette maladie rend l’intérieur de la noix blanc et pâle et

complètement insipide : elle perd toute valeur. Lorsque les noix sont

maintenues trop humides, la surface se pique de tache foncées,

l’intérieur se durcit, perd toute vie et toute sève ; les gens disent

alors : la noix est atteinte de _dasemsêra_. Une autre maladie encore,

dite _tûlo_, produit des taches noires qui s’étendent lentement et

convertissent l’intérieur de la noix en poussière noire-brunâtre.

« Enfin il existe deux vers qui parfois se logent dans les noix et les

détruisent ; tous les deux sont désignés sous le nom commun de

_zankera_ ; l’un est blanc et allongé, l’autre est gris et plus court. »

CHODAT et CHUIT ont étudié les causes de la maladie du _Hillé_ due à des

bactéries. Ces organismes détruisent tout d’abord la substance colorante

et le tanin qui imprègnent les parois cellulaires des cotylédons ; elles

deviennent alors blanches, mais si l’action des bactéries continue, la

paroi cellulaire est attaquée, détruite et l’amidon contenu dans la

cellule devient libre ; c’est alors seulement qu’il commence à être plus

ou moins corrodé.

D’autre part, M. LUTZ, professeur agrégé à l’Ecole de Pharmacie, à qui

nous avions remis des noix de Kola arrivées en mauvais état en France, a

observé les moisissures banales des fruits décomposés.

Enfin, il convient de citer comme autre champignon vivant sur le

Kolatier, un pyrénomycète, le _Micropeltis depressa_ Cooke et

Massee[296], observé sur des feuilles de _Cola acuminata_ provenant de

Fernando-Pô.

* * * * *

[Note 284 : D’après un rapport communiqué par Son Excellence le

Gouverneur de Sierra-Léone, il existe dans cette colonie un petit

rongeur (probablement aussi un _Sciurus_) qui transporte les Kolas pour

manger le tégument sucré qui entoure les amandes ; il ne touche pas à

celles-ci et aide au contraire à leur dissémination.]

[Note 285 : Il est rare que les fleurs mâles et les fleurs femelles d’un

Kolatier s’épanouissent en même temps. Il est donc nécessaire, pour que

la fécondation s’opère, que le pollen frais d’un arbre soit transporté

sur les stigmates de fleurs femelles d’un autre arbre épanouies au même

moment.]

[Note 286 : _Bull. séances Soc. Entomol. France_, 1895, p. CLXXVII.]

[Note 287 : Description de la larve et de la nymphe de Charançon de la

noix de Kola (_Balanogastris Kolæ_ Desbr.), _Bulletin Muséum_, 1898, p.

140.]

[Note 288 : _Deutsche Entomologische Zeitschrift_, 1898, h. 1.]

[Note 289 : J. SURCOUF. — Note sur le Charançon parasite de la noix de

Kola en Guinée. _Journ. Agr. trop._, 1908, p. 350.]

[Note 290 : _Bull. Soc. Entomol. France_, 1898, p. 280-282.]

[Note 291 : Il ne faut pas confondre ces taches avec la suture, brune,

des cotylédons.]

[Note 292 : Nous ne pensons pas que les trous de ponte puissent servir à

reconnaître les noix attaquées, car ces blessures, peu caractéristiques,

ressemblent à celles que font les _Balanogastris_ lorsqu’ils veulent

consommer le parenchyme de la graine. Il semble en effet que, dans

certains cas, les Charençons percent l’amande uniquement pour satisfaire

leur faim (Note des auteurs cités).]

[Note 293 : HECKEL. — Loc. cit., p. 54.]

[Note 294 : A. MILNE EDWARDS. — Relations entre le Jardin des Plantes et

les colonies françaises. _Rev. cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 11.]

[Note 295 : G. NACHTIGAL, d’après WARBURG, l. c., _Rev. Cult. col._, VI,

1900, 1er sem., p. 274.]

[Note 296 : _Grevillea_, XVII, p. 43.]

CHAPITRE XVII.

* * * * *

=Récolte, préparation et emballage des noix de Kola.=

* * * * *

=I. — PROCÉDÉS DE RÉCOLTE.=

On n’attend ordinairement pas que les noix de Kola soient mûres pour

cueillir les fruits. On reconnaît que la cabosse est à point quand elle

a acquis une teinte d’un vert-brun avec de légères marbrures jaunâtres.

Dans le Kissi, on laisse les graines mûrir sur l’arbre ; aussi le Kola

du Kissi est plus ferme, moins aqueux et surtout moins amer et c’est ce

qui explique pourquoi il est si prisé sur les marchés.

Au sud de Beyla, au contraire, on récolte les Kolas avant maturité,

quand la cabosse est encore toute verte. Le principal avantage est qu’on

évite la contamination par le _Sangara_ qui, comme nous l’avons vu,

attaque les Kolas pendant qu’ils sont encore sur l’arbre, mais ces noix

cueillies hâtivement sont âpres dans la bouche par suite de l’abondance

des tannoïdes. On éviterait ces inconvénients en cueillant les Kolas un

peu avant maturité et en laissant les graines quelques jours dans les

cabosses non ouvertes, celles-ci étant abritées dans des locaux protégés

par des toiles métalliques, pour empêcher les insectes adultes de venir

y faire leurs pontes.

La cueillette des cabosses est faite à la main. On arrache les fruits en

tordant le pédoncule. Jamais celui-ci n’est sectionné au couteau.

Pour enlever les fruits insérés hors de portée, les hommes grimpent sur

les arbres ou se servent de longues perches à l’aide desquelles ils

gaulent les cabosses.

On pourrait utilement employer pour cette opération les outils servant à

la cueillette des cabosses de Cacaoyers.

=Extraction des noix.=

Aussitôt cueillies, ou quelques jours après, les cabosses sont ouvertes

pour en extraire les noix.

Lorsque la maturité est déjà assez avancée, on peut briser le péricarpe

à la main ; dans le cas contraire, il faut se servir d’un couteau, en

prenant des précautions pour que les noix ne soient point entamées par

la lame.

Ordinairement on laisse en tas quelques jours les graines extraites,

encore recouvertes de leur tégument d’un blanc de neige. Celui-ci brunit

peu à peu et ses tissus se décomposent. On lave les noix pour enlever

les restes du tégument et les Kolas peuvent dès lors être mis en vente.

On fait disparaitre plus rapidement le tégument en laissant trois jours

les semences plongées dans l’eau.

Dans le Kissi, les graines aussitôt extraites, sont enveloppées dans des

feuilles spéciales (_Orofira_) ; au bout de 6 à 8 jours, on ouvre le

paquet. L’enveloppe blanche est devenue noire et est en partie détruite

par suite de la fermentation qui s’est opérée ; on lave ensuite les noix

dans une eau légèrement savonneuse et on les met sécher sur une

couverture à l’intérieur d’une case. On remet ensuite les noix nettoyées

dans des _Orofira_.

=Préparation des noix pour le transport.=

Nous avons dit, au chapitre précédent, que, pour soustraire les Kolas

aux ravages du _Sangara_, on les lavait parfois soit avec du savon

indigène, soit avec la macération de racines d’une plante encore

inconnue (D’après GODEN _in_ HECKEL).

Dans la région de Beyla, on nous a assuré que le lavage au savon

indigène [confectionné avec la graine de _Kobi_ ou _Touloucouna_

(_Carapa procera_) et le lessivage de certaines cendres], n’était pas

suffisant pour protéger les noix contre le _Sangara_. Il a seulement

pour but de donner un plus bel aspect aux noix rouges. Les noix blanches

ne peuvent, paraît-il, être soumises à ce traitement qui les

endommagerait.

Au dire des dioulas, le seul moyen efficace de détruire les larves de

_Sangara_, quand elles existent déjà dans les noix, consiste à laver

celles-ci avec une mixture composée de vin de palme, additionné de jus

de citron et dans lequel on délaye du piment pilé (_Foronto_) et du

Poivre d’Ethiopie (_Kanifing_) également réduit en poudre[297]. Au

Kissi, on se contente de répandre dans les charges de Kola du _Foronto_

et du Kanifing, pulvérisés à sec.

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

344 _bis_.

FIG. 44. — =Un Orofira.=

_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum.]

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

345 _bis_.

FIG. 45. — =Un Orofira.=

_Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum.]

=Conservation des noix dans les pays de production.=

Au Gabon et dans quelques autres régions, les indigènes, d’après les

dires de divers voyageurs, enterrent les noix de Kola dans les

termitières pour les conserver plusieurs mois.

Chez les Tômas et chez les Dyolas, on réunit les noix séparées par des

lits de feuilles dans des paniers que l’on enfouit dans le sol, ou qu’on

garde sous la vérandah des cases en les visitant souvent. On peut

conserver ainsi les noix pendant des mois et parfois d’une récolte à

l’autre. C’est ainsi que, chez les Dyolas, les premiers Kolas d’une

saison sont souvent vendus mélangés à ceux de l’année précédente. Les

indigènes prélèvent dans ces réserves ce qu’il leur faut pour leur

consommation et pour la vente au fur et à mesure de leurs besoins.

Ces réserves sont toujours tenues soigneusement cachées. Chez les

Dyolas, elles se trouvent habituellement dans les cases de culture en

pleine forêt.

=Emballage pour le transport par caravanes.=

Le bon emballage pour le transport des Kolas à distance et leur

conservation est d’une importance capitale.

Dans le Kissi, dans les pays du sud de Beyla et chez les Dyolas, les

noix sont placées dans des paniers à très larges mailles, tressées soit

avec les tiges flexibles du roting d’Afrique occidentale nommé _Timbi_

en malinké (_Calamus Barteri_), soit avec les roseaux d’une marantacée

(_Hybophrynium Braunianum_ K. Schum.), ou avec les lanières d’écorce de

diverses espèces de _Costus_.

Ces paniers allongés mesurent de 60 cm. à 80 cm. de longueur et environ

25 cm. de profondeur et de largeur ; en-dessus ils sont ouverts dans

toute leur longueur ; en-dessous et sur les côtés les baguettes sont

assemblées à l’aide de folioles de Palmier à huile. On garnit ces

paniers à l’intérieur d’_Orofira_, les feuilles formant plusieurs lits

et s’imbriquant les unes sur les autres. Chaque panier représente une

charge de 25 à 30 kilog. et est porté à tête d’homme.

Parvenus dans les régions soudanaises, les dioulas confectionnent des

emballages plus sérieux. Aux paniers en rotin et en lanières de Palmier

à huile on substitue des couffins tressés avec les lanières de feuilles

de _Phœnix reclinata_, d’_Hyphæne thebaica_, ou de _Borassus_ à

l’intérieur. Les noix sont encore maintenues dans leur lit d’_Orofira_,

mais les diverses feuilles sont complètement desséchées.

=Principaux Orofira.=

On donne le nom d’_Orofira_ (mot à mot _Feuilles à Kola_ en langue

mandé) aux feuilles de certaines plantes employées pour l’emballage des

noix de Kola destinées à être transportées par les caravanes loin des

régions productrices. On n’emploie pour cet usage que les feuilles

d’espèces bien déterminées et ce sont toujours les mêmes qui sont

usitées dans les contrées les plus diverses.

Ces feuilles, disposées en plusieurs couches, forment un revêtement

imperméable maintenant une humidité constante autour des noix.

En tête des _Orofira_ il faut placer diverses espèces de _Marantacées_

et surtout celles du genre _Clinogyne_ Benth.

Le _Clinogyne Schweinfurthiana_ (O. Kze) K. Schum. = _Donax cuspidata_

Baker, est le plus usité ; partout où il existe, il est employé à

l’exclusion de toutes les autres plantes.

La photographie ci-contre (Fig. 43) nous dispense de nous étendre

longuement sur sa description. Il croît en grosses touffes dans les

sous-bois humides de la forêt vierge et des galeries forestières.

Les feuilles s’élevant à une hauteur de 1 mètre à 1 mètre 50 sont

glabres, à l’exception de la partie supérieure du pétiole, légèrement

pubescente.

Le limbe, employé pour l’emballage des Kolas, est membraneux, papyracé,

ovale-oblong, arrondi à la base, brusquement acuminé-subulé au sommet,

d’un beau vert brillant, avec reflets métalliques en dessus, d’un vert

pâle en-dessous ; sur l’un des bords il présente une marge plus lustrée

large de 2 cm. environ. Sur les beaux exemplaires il mesure 30 cm. à 40

cm. de long sur 14 cm. à 16 cm. de large. L’inflorescence est un épis

grêle, dépassé par la feuille engainante, composé à la base, mais

contracté et non étalé en panicule. Les fleurs disposées par paires à

l’aisselle des bractées dressées, mesurent de 16 mm. à 18 mm. de long.

Les sépales ovales lancéolés sont longs de 9 mm. et larges de 5 mm. Les

pétales, d’un blanc rosé, ont leur extrémité libre ovale acuminée,

longue de 10 mm. Les staminodes sont pétaloïdes, obovales elliptiques et

d’un jaune vif. Fruit globuleux, pubescent dans le jeune âge, rouge-

clair à maturité, renfermant trois graines.

L’espèce est très répandue depuis la Casamance jusqu’au centre de

l’Afrique (Haut-Chari, Haut-Oubangui, Haut-Nil). Elle croît à la fois

dans la zône des forêts et dans celle des galeries forestières, c’est-à-

dire partout où le Kolatier peut être cultivé.

A la Côte d’Ivoire, la plante se nomme _Kra Bobo_ (en néyau). Aux

environs de Beyla, on la nomme _Nangouan boulo_ (malinké).

Une deuxième espèce dont les feuilles sont aussi très employées est le

_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum. = _Phrynium ramosissimum_

Baker (Fig. 44).

La plante s’élève à 2 m. ou 2 m. 50 de hauteur et, à l’encontre de la

précédente, elle est très ramifiée ; le pétiole est entièrement glabre.

Le limbe ovale-oblong, arrondi à la base et brusquement acuminé au

sommet mesure habituellement 25 cm. à 30 cm. de long, sur 14 cm. à 16

cm. de large, mais il atteint parfois des dimensions encore plus grandes

que dans _C. Schweinfurthiana_. Il est d’un vert brillant, sans reflets

métalliques en-dessus. Les inflorescences sont simples, plus souvent

très rameuses et dépassant longuement les feuilles. Le bractées étalées

normalement mesurent 3 cm. 5 de long ; les fleurs, longues de 12 mm. à

15 mm., sont entièrement d’un pourpre violacé. Les fruits sont roses et

restent pubescents jusqu’à maturité.

Les kolatiers & les noix de kola · 第 28 / 40 段