D’après l’auteur anonyme de l’étude sur le Kolatier en Guinée française,

que nous avons déjà plusieurs fois citée, « la récolte se fait

ordinairement à la fin de l’hivernage, de novembre à décembre ; elle est

surtout abondante pendant ce dernier mois. Les Kolas se vendent alors

sur toute la côte, à raison de 5 francs les 300 ou les 400 suivant la

grosseur et l’année ; le prix est le même en pays Tôma. En fin de

saison, au début de l’hivernage, on peut encore recueillir quelques

Kolas ; mais ils sont petits et, pour 5 francs, on n’en donne plus que

150 et même 100, en juillet et août[281].

Un rapport du 11 septembre 1907 de l’administrateur du Cercle de Dubréka

nous informe aussi que le Kolatier donne deux récoltes par an. La

première, généralement très belle et très abondante avec de grosses

noix, a lieu en décembre ; l’autre, très médiocre, donnant de petites

noix, a lieu en juillet. Un autre rapport officiel du Cercle de Beyla ne

mentionne qu’une seule récolte au commencement de la saison des pluies.

Ces divers renseignements, concernant la Guinée française, sont donc

contradictoires.

Au Dahomey, écrit SAVARIAU, « chaque arbre (il s’agit du _C. acuminata_

à 3-5 cotylédons), donne deux récoltes par an ; la première a lieu de

mars à mai, la seconde de septembre à novembre. Les vieux arbres ne se

comportent plus de la même façon : d’après les indigènes, ils

donneraient une récolte seulement tous les deux ou trois ans. »[282].

BERNEGAU rapporte qu’à Agege (Togo) les arbres portent dès l’âge de six

à sept ans et donnent deux récoltes par an : la plus forte, de septembre

à janvier ; la seconde, plus faible, de mai à juillet.

Dans les Cercles de Kouroussa et Kankan (Haute-Guinée), nous avons

remarqué des Kolatiers qui portaient des fruits mûrs en février et mars,

mais ils en restaient privés tout le reste de l’année.

Dans la zone tropicale australe, les choses se passent différemment.

A l’île de San-Thomé, les pieds de _Cola acuminata_, dispersés à travers

les plantations, donnent habituellement leurs fruits soit en août, soit

en janvier, mais nous avons vu certains individus qui portaient, en

septembre, des fruits complètement mûrs et qui n’en portaient même pas

d’autres. De même dans la forêt vierge qui se trouve au-dessus de Monte-

Café, nous avons vu, en août, le sol tout jonché de fruits là où vit

l’espèce sauvage _C. sphærocarpa_. Les mois d’août et septembre sont

donc l’époque de la pleine maturation.

Pour le Gabon, HECKEL cite le renseignement de GOUJON, d’après lequel

« l’Ombéné (c’est aussi le _Cola acuminata_) mûrit ses fruits à

l’approche de la petite saison sèche (janvier-février). Sa principale

récolte dure 3 ou 4 mois, mais les indigènes en apportent à Libreville

toute l’année, par très petites quantités, il est vrai »[283].

D’après un autre observateur, le Kolatier fournit deux récoltes au

Gabon : l’une en février et l’autre en octobre.

Sur les bords du fleuve Congo, près de l’Equateur, nous avons vu des

Kolatiers de l’espèce _C. Ballayi_ qui portaient beaucoup de fruits mûrs

au mois d’août.

Il se produit, croyons-nous, pour le Kolatier, ce qui arrive pour la

plupart des essences forestières tropicales. La majorité des arbres

d’une même espèce fructifie une seule fois par an, en une saison bien

déterminée, mais certains individus de cette espèce, pour des causes

encore mal déterminées, entrent en végétation certaines années avant ou

après la période normale, de sorte que leur fructification est reportée

à une saison toute différente de celle où s’effectue habituellement la

maturation des fruits de cette espèce. De telles aberrations de

végétation sont extrêmement fréquentes chez les arbres qui peuplent la

forêt vierge tropicale. Nous avons constaté que cette anomalie s’observe

souvent chez le Kolatier ; mais, indépendamment, certaines espèces de la

section _Autocola_ peuvent arriver, comme le Cacaoyer, à mûrir quelques

fruits pendant toute l’année ; il n’en est pas moins vrai qu’il n’y a

qu’une seule saison par an, pour chaque région, pendant laquelle la

plupart des fruits arrivent à maturité.

=IV. — DURÉE DES KOLATIERS.=

Dans les terrains favorables, les Kolatiers peuvent vivre jusqu’à un âge

extrêmement avancé.

D’après les renseignements recueillis par M. HAUET, dans le Rio-Pongo

les Kolatiers durent de 60 à 70 ans. Ils peuvent aussi atteindre 100 ans

et même un âge plus avancé.

Dans le Haut-Cavally, suivant le capitaine LAURENT, l’arbre vit très

vieux, sans jamais atteindre une grande taille.

Enfin, SAVARIAU rapporte que le _Cola acuminata_, au dire des indigènes

du Bas-Dahomey, vivrait à peu près autant que quatre générations

humaines, ce qui représenterait approximativement 120 ans.

D’après ces indications, on peut penser que les Kolatiers sont en pleine

production de 25 à 75 ans.

* * * * *

[Note 269 : HECKEL. — _Loc. cit._, 1893, p. 48.]

[Note 270 : WARBURG. — _Rev. cult. col._, 1902, 1er sem., p. 272.]

[Note 271 : FAMECHON. — Notice sur la Guinée française. _Exp. univ.

1900_, p. 100-102.]

[Note 272 : POBÉGUIN. — Flore de la Guinée, p. 77.]

[Note 273 : E. DE WILDEMAN. — Loc. cit., p. 287.]

[Note 274 : LAMBERT. — La Côte d’Ivoire, 1906, p. 731.]

[Note 275 : O. WARBURG. — L. c. et trad. _Rev. cult. colon._, I, 1897.]

[Note 276 : SAUSSINE. — _Rev. cult. colon._, loc. cit.]

[Note 277 : HECKEL. — L. c., 1893, p. 48.]

[Note 278 : Voir E. DE WILDEMAN, l. c., p. 293.]

[Note 279 : De telle sorte qu’en supposant une plantation de 100 pieds

environ à l’hectare, le rendement serait d’environ 1.000 kilogs en

moyenne, soit 1.000 francs par an, mais cela seulement à partir de la

15e ou de la 20e année.

Le chiffre de 2 tonnes à l’acre (ou 5 tonnes à l’hectare), qui nous a

été donné par l’administration de Sierra-Léone, nous semble très

exagéré.]

[Note 280 : HECKEL. — Loc. cit., p. 48.]

[Note 281 : _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 407.]

[Note 282 : SAVARIAU. — _Agr. pr. Pays Chauds_, 1906, 1er sem., p. 213.]

[Note 283 : HECKEL. — Loc. cit., p. 37.]

CHAPITRE XVI.

* * * * *

=Ennemis et maladies du Kolatier et des noix de Kola.=

* * * * *

=ANIMAUX.=

La jeune plante, aussitôt après sa germination, paraît avoir peu à

souffrir des insectes et des limaces.

M. FAMECHON nous a fait connaître qu’à Conakry un ver (larve de quelque

insecte indéterminé) dévore souvent le bourgeon terminal des

germinations, parfois même avant que les premières feuilles soient

épanouies. De nouvelles pousses repartent ordinairement, mais la

croissance est retardée.

Mais un autre grand danger menace les jeunes arbres : c’est la dent des

herbivores. En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, les animaux

domestiques : bœufs, chèvres, moutons, broutent avec avidité les pousses

de la plante qui nous intéresse. Les cochons sauvages (phacochères)

déterrent même, dit-on, les racines du Kolatier jeune pour s’en nourrir.

Ailleurs, ce sont les antilopes du genre _Cephalophus_ qui dévorent les

parties aériennes des Kolatiers récemment semés.

A un âge plus avancé, d’autres animaux s’attaquent à la précieuse

plante.

Les Rats palmistes (_Sciurus_) sont friands des graines et en font une

grande consommation[284]. Les Singes, communs dans la forêt, n’y

touchent ordinairement pas.

En 1905, à Faranna, les _sauterelles_ avaient dévoré les feuilles des

jeunes Kolatiers qui ne portaient plus qu’une dentelle de nervilles.

Lorsque l’arbre fleurit, divers insectes s’attaquent aux organes de la

reproduction. L’arbre est d’autant plus visité que les moindres

accidents dans les tissus jeunes déterminent d’abondantes extravasions

de sève très chargée de substance mucilagineuse.

A côté des insectes utiles qui facilitent la fécondation croisée[285] en

transportant le pollen d’un arbre à l’autre, il en est d’autres qui

interviennent pour commettre des déprédations dans les fleurs, notamment

plusieurs espèces de fourmis attirées peut-être par des pucerons vivant

souvent sur les axes des inflorescences.

Les fourmis déterminent aussi des lésions à la surface des carpelles :

les unes sont attirées par les pucerons ou les coccides qui pullulent

parfois sur certains rameaux ou certains groupes de fruits et nuisent à

leur croissance ; les autres viennent pour se nourrir de mucilage et de

sucre qui existent dans la paroi carpellaire peu de temps avant la

maturation. Il n’est pas rare de voir les carpelles, parvenus à leur

maturité, percés ainsi d’un grand nombre de galeries qui pénètrent

jusqu’à la cavité ovarienne et d’où découle, à l’extérieur, un abondant

mucilage. Ces déprédations seraient sans importance, car les fourmis ne

s’attaquent jamais à l’amande du Kola ; mais c’est vraisemblablement par

les perforations ainsi pratiquées dans le péricarpe que s’introduit le

_Sangara_ dont nous parlerons plus loin.

La fourmi rousse (_Œcophylla smaragdina_ Fab.) de l’Afrique tropicale

vit fréquemment sur les diverses espèces de Kolatiers ; elle se

construit un abri en agglutinant les bords des feuilles vivantes

rapprochées qui restent attachées sur leurs branches et continuent à

vivre. Nous ne pensons pas que cet insecte soit nuisible aux arbres sur

lesquels il habite.

Les termites occasionnent, par contre, de grands ravages quand ils

s’attaquent aux jeunes sujets qu’ils peuvent faire mourir et dont ils

retardent au moins la croissance. Ils sont surtout redoutables pour les

plants transplantés en saison sèche.

_Borers._ — Les jeunes troncs et les rameaux des Kolatiers sont parfois

perforés par des larves d’insectes perceurs (_borers_ des colons

anglais).

[Illustration : FIG. 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thoms., var. du Dahomey.

Grossi une fois et demie.]

Tous les borers du Kolatier n’ont pas encore été étudiés. Ce sont

vraisemblablement, pour la plupart, des insectes appartenant à des

espèces identiques à celles qui attaquent les Cacaoyers dans l’Ouest

africain. Nous leur avons consacré un paragraphe dans le Fascicule IV,

p. 159, des _Végétaux utiles_, et nous avons indiqué les moyens

préconisés pour les détruire.

Nous devons, toutefois, attirer l’attention sur l’un de ces insectes qui

n’avait pas encore été signalé comme commettant des déprédations dans

les plantations tropicales.

En 1910, nous constations que la plupart des Kolatiers de l’espèce _Cola

nitida_, âgés de 5 ou 6 ans et cultivés dans le Jardin d’essai de Porto-

Novo (Dahomey), présentaient dans le tronc et dans certains rameaux

vivants des galeries larges et profondes. Beaucoup de branches ainsi

atteintes s’étaient complètement desséchées. M. C. NOURY, directeur du

Jardin, voulut bien rechercher l’insecte coupable, et nous communiqua un

exemplaire adulte. Cet insecte a été étudié par M. P. LESNE, assistant

au Muséum de Paris ; il se rapproche du _Phosphorus Jansoni_ Thomson et

n’en serait qu’une race dahoméenne (Fig. 39). C’est un Coléoptère de la

famille des Cérambycides et de la tribu des Lamiaires.

L’espèce, connue depuis Sierra-Léone jusqu’au Cameroun, est polymorphe.

La forme du Dahomey présente, d’après M. P. LESNE, les caractères

suivants :

Longueur 28 mm. à 32 mm. Corps presque cylindrique, couvert d’une

pubescence d’un jaune terre de Sienne avec des reliefs d’un noir

brillant sur le prothorax, deux taches à la base de chaque élytre et une

autre tache de même couleur en forme de [Symbole : y] sur la partie

postérieure du disque de chaque élytre. Milieu des segments abdominaux

d’un noir brillant. Pattes et antennes cendrées. Ces dernières sont

minces et longues surtout chez le mâle où elles dépassent la longueur du

corps, tandis que, chez la femelle, elles n’atteignent pas l’extrémité

des élytres.

Les dégâts causés par le _Phosphorus Jansoni_ à Porto-Novo sont très

sérieux. Le seul moyen d’empêcher l’extension des ravages est de couper

et brûler les rameaux atteints. Les _Cola acuminata_ vivant dans les

environs sont beaucoup moins atteints.

Le plus redoutable insecte pour les noix de Kola et celui qui cause les

plus grands préjudices aux dioulas transportant cette précieuse amande à

travers le Soudan est certainement le _Balanogastris Kolæ_ (Desbr.)

Faust = _Balaninus Kolæ_ Desbr., petit coléoptère de la famille des

Curculionides.

C’est seulement en 1895 que cet insecte fut découvert par M. J. PEREZ,

professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, dans un lot de noix de

Kola importées de l’Afrique occidentale par un droguiste de Bordeaux

(Fig. 40).

L’insecte adulte communiqué à M. J. DESBROCHERS DES LOGES, fut décrit la

même année dans le _Bulletin des séances de la Société entomologique de

France_, 1895, p. CLXXVI (Séance du 27 mars 1895).

Nous en reproduisons la description originale :

« =Balaninus kolæ=, n. sp. — Long. 4 mill. (rostro excluso) ; lat. 2

mill. — _Ovatus, rufo-ferrugineus, squamulis paucis flavescentibus vage

variegatus, rostro valido, curvato, thorace vix longiore, concolore,

antennis articulis 2-primis parum elongatis, obconicis, cæteris

subtransversis, thorace subconico, creberrime fortiter punctato, medio

carinato, elytris punctato subselcatis, interstitiis planis, crebre

punctatis, femoribus omnibus valide dentatis, apice infuscatis, tibiis

latioribus compressis, curvatis._ — Sénégal.

[Illustration : FIG. 40. — Le Charançon de la Noix de Kola

(_Balanogastris Kolæ_ Desbr.)

Adulte vu de dos et de profil, grossi 6 fois.]

« Coloration, taille et forme générale de _B. cerasorum_ Herbst et de

_B. rubidus_ Gyll. Le rostre est bien moins grêle et plus court que chez

le premier, la ponctuation du prothorax et des élytres plus forte que

chez les deux espèces, et la squamosité ne forme pas, sur les élytres,

de bandes ondulées. Les antennes, chez _B. cerasorum_ et _B. rubidus_,

ont les premiers articles du funicule très longs, les derniers même

aussi longs que larges. Le prothorax, chez _B. Kolæ_, est légèrement

sinué dans son milieu latéral. La dent des cuisses en triangle

subéquilatéral, à son côté interne aussi long que l’épaisseur du reste

de la cuisse.

« Le mâle m’a semblé à peine différent de l’autre sexe, par le rostre un

peu moins long et par les strioles et la ponctuation du dessus plus

étendue postérieurement.

« Cette espèce a été trouvée dans des noix de Kola, chez un droguiste de

Bordeaux, par M. J. PÉREZ, professeur à la Faculté des sciences de cette

ville, qui a bien voulu m’en communiquer plusieurs exemplaires ».

En même temps, M. J. PÉREZ publiait les renseignements suivants sur la

biologie de l’insecte[286] :

« — _Note sur un Curculionide_ (Balaninus Kolæ _Desbr._) _trouvé dans

des fruits de Kola_, par J. PÉREZ (de Bordeaux) :

« Deux fruits de Kola seulement, sur un grand nombre qui furent

examinés, contenaient le Charançon dont M. DESBROCHERS DES LOGES a bien

voulu donner la diagnose.

« On sait qu’un fruit de Kola se compose de quatre amandes

irrégulièrement pyramidales, à face extérieure convexe, les deux autres,

par lesquelles elles sont accolées, étant à peu près planes.

[Illustration : FIG. 41. — Larve du _Balanogastris Kolæ_ Desbr.

Vue de profil et de dessous, grossie 6 fois.]

« C’est vers la partie centrale du fruit qu’étaient logés les

Curculionides, parfaitement développés, bien qu’un peu immatures,

quelques-uns du moins. Les cavités où ils s’étaient métamorphosés

n’étaient, en général, séparées de la surface des noix que par une mince

cloison ; un petit nombre seulement se trouvaient reculées dans une

partie plus ou moins profonde des galeries creusées par les larves,

élargies en ce point en une logette ovalaire. Toute le reste de la

galerie était obstrué par les déjections des larves fortement tassées.

« En sculptant ces déjections fort dures, opération qu’un peu d’eau

rendait plus aisée, il était facile de dégager entièrement les galeries,

et l’on se rendait ainsi compte de leur forme et de leur parcours. La

partie la plus large, celle qui correspondait au dernier âge de la

larve, se trouvait non loin de l’arête axiale commune aux deux faces

planes de la noix. En se rétrécissant, la galerie mène à son origine,

sur la face convexe extérieure. Son trajet, tout à fait irrégulier et

sinueux, présente cependant ce caractère constant, que sa terminaison,

interne par rapport à l’axe du fruit, est toujours placée plus bas que

son origine extérieure. La larve, en creusant sa galerie, tend donc

toujours à avancer dans une direction générale, oblique de haut en bas

et de dehors en dedans. Souvent la galerie atteint la surface plane et

l’absorbe, entamant légèrement la face accolée de l’amande juxtaposée.

Je n’ai pas vu qu’elle passe d’une amande à l’autre.

« L’origine de chaque galerie est une petite ponctuation de la surface

extérieure, large d’un demi-millimètre ou un peu plus, ombiliquée,

souvent creusée à son centre. C’est le trou par lequel fut introduit

l’œuf, et qu’avait pratiqué la mère à l’aide de son rostre, comme font

nos espèces européennes.

« Ces trous de ponte sont assez nombreux à la surface convexe de la

noix, jusqu’à 10 à 12 parfois, distribués sans aucun ordre, du sommet

vers le milieu, qu’ils ne dépassent guère. Beaucoup d’œufs doivent

avorter, car, dans les noix examinées, le nombre des galeries était bien

loin de correspondre à celui des trous de ponte.

« Le Charançon, pour éclore, a sans doute besoin d’attendre la

séparation naturelle des quatre amandes, puisque la cellule où on le

trouve n’est, en général, séparée de la surface plane que par une mince

épaisseur de la substance de l’amande respectée, soit par les déjections

entassées dans la galerie ».

[Illustration : FIG. 42. — Nymphe du _Balanogastris Kolæ_ Desbr.

Vue de dessus, de profil et de dessous, grossie 6 fois.]

En 1898, M. P. LESNE, assistant au Muséum, complétait les renseignements

fournis par M. J. DESBROCHERS DES LOGES, en décrivant avec beaucoup de

détails la larve (Fig. 41) et la nymphe (Fig. 42) du charançon de la

noix de Kola[287].

A la même époque, un entomologiste russe, M. J. FAUST, montrait que

l’insecte en question n’était pas un _Balaninus_ et il en faisait le

type du genre nouveau _Balanogastris_[288].

Les belles figures, qui accompagnent la note de M. LESNE et qu’il a bien

voulu nous autoriser à reproduire, nous dispenseront de nous étendre

longuement sur les descriptions.

La larve mesure 6 mm. environ de longueur. Le corps présente l’aspect

habituel des larves de curculionides, épais, assez court, courbé en

croissant, atténué aux deux extrémités, blanchâtre, charnu, à

l’exception de la tête qui forme une capsule chitineuse testacée ;

mandibules brunes. Tête plus longue que large avec la région buccale en

saillie. Corps composé de 12 segments.

Une grande partie de la surface du tégument est garnie de très petites

spinules chitineuses dirigées en arrière et destinées à fournir des

points d’appui pendant le forage et la progression.

Des soies tactiles peu développées existent aussi sur les différentes

parties du corps.

Quant à la nymphe, elle a le corps atténué en avant et en arrière,

blanchâtre, à tégument membraneux.

Nous pouvons donner quelques renseignements complémentaires sur cet

insecte, renseignements recueillis au cours de nos voyages.

Il vit dans les amandes des différentes espèces de _Cola_ de la section

_Eucola_. Il est commun sur le _Cola nitida_ en Guinée française. Chose

curieuse, il ne se trouve pas partout, mais par certains groupes de

villages formant des îlots et les indigènes le savent bien, car les

Kolas provenant des villages non contaminés sont cotés à un prix plus

élevé. Le ver devient plus fréquent en Guinée depuis quelques années,

les Kolas du Koba, jadis inattaqués, le sont aujourd’hui. M. BERNEGAU

l’a observé au Togo et au Cameroun, sur le _Cola acuminata_. Nous

l’avons rencontré nous-même à l’île de San-Thomé sur le _Cola

acuminata_. Il vit dans les fruits adhérents à l’arbre, non ouverts,

mais cependant presque mûrs.

A l’intérieur de ces follicules on trouve parfois un grand nombre de

femelles adultes qui viennent y faire leurs pontes.

Nous ne pensons pas que ces insectes puissent perforer le péricarpe

épais du fruit, mais ils pénètrent par les galeries que creusent

fréquemment les fourmis pour aller chercher le mucilage extravasé de la

paroi du fruit par les moindres lésions.

La ponte s’effectue en dedans du tégument séminal, sur la paroi même de

l’embryon. Nous avons vu à San-Thomé des follicules non encore ouverts,

renfermant des noix dont les cotylédons étaient déjà creusées de

galeries profondes dans lesquelles on rencontrait des larves

complètement développées et même des nymphes.

Le charançon de la noix de Kola est connu et redouté des indigènes.

Les Soussous le nomment _Sangara_ ou _Sangaran_. D’après un

correspondant de M. HECKEL, on le nommerait _Tembouc_ en Mellacorée.

Enfin, d’après M. LAMBERT, les Dioulas de la Côte d’Ivoire le nomment

_Sambara_ et les Achantis _Koutia_.

Dans les pays que nous avons visités, le ver en question porte les noms

suivants :

_Sangara_ (en bambara), _Sangouara_ (en konianké), _Dérouda Kolo_ (en

kissien), _Kouakoua_ (en langue des Ngans).

M. J. SURCOUF, en examinant de nombreuses larves vivantes dans des

amandes provenant de Guinée, en a observé qui étaient parasitées par un

très petit hyménoptère. « Il y a lieu d’espérer, ajoute cet

entomologiste, que ce parasite se développera à son tour et établira un

équilibre entre l’hôte et le parasite, comme cela se produit fréquemment

dans la nature. En outre, il serait bon de recueillir les premières noix

tombées et de les détruire ; ce sont celles qui contiennent les

parasites qui se reproduisent. Il y aurait lieu aussi de surveiller les

paniers de séchage pour s’assurer que les _Balanogastris Kolæ_ n’y

viennent pas pondre ; dans ce cas, il suffirait de recouvrir d’une gaze

quelconque les paniers pour les préserver de la contamination[289] ».

Les noix attaquées sont irrémédiablement perdues. Le mieux est de les

trier soigneusement et de les brûler. M. P. LESNE et le regretté Joanny

MARTIN, préparateur au Muséum, avaient proposé de détruire les larves en

les asphyxiant par le gaz d’éclairage, mais, outre que ce procédé n’est

pas applicable aux colonies, il n’a pas sa raison d’être, puisque, nous

le répétons, les noix attaquées sont sans valeur. En outre, le gaz

d’éclairage ne tue sans doute pas les œufs et l’éclosion de ceux-ci peut

amener de nouvelles invasions dans les ballots de noix transportés par

les indigènes. Nous reproduisons cependant, à titre documentaire,

quelques passages de la note de P. LESNE et J. MARTIN.

P. LESNE et JOANNY MARTIN. — =Note sur quelques essais en vue de la

destruction du Charançon de la noix de Kola= (_Balanogastris Kolæ_

Desbr.)[290].

« Les noix fraîches attaquées par le _Balanogastris_ sont généralement

très faciles à reconnaître. Presque toujours, en effet, les galeries

creusées par les larves dans l’épaisseur du parenchyme se rapprochent de

la surface de l’amande sur une portion plus ou moins étendue de leur

parcours. En cette portion superficielle, elles ne sont guère séparées

de l’extérieur que par le tégument de la graine qui se dessèche, durcit

et prend, en ces points, une coloration brune tranchant sur sa couleur

normale rose lie-de-vin ou blanc-jaunâtre[291]. La largeur de ces taches

brunes, plus ou moins allongées, sinueuses et souvent ramifiées, est

d’environ 2 millimètres. Elles sont quelquefois assez nombreuses, car il

arrive que deux ou trois larves cohabitent dans la même noix[292].

« Nous citerons très brièvement les premiers essais : séjour des noix

dans une atmosphère de vapeur de sulfure de carbone pendant deux ou

trois jours, traitement parfaitement efficace quant à la destruction des

insectes, mais altérant les noix, les durcissant en leur donnant une

teinte brun terreux sale. Mêmes résultats obtenus en un espace de temps

très court avec la vapeur de chloroforme.

« Des essais plus intéressants furent ceux tentés en faisant agir le gaz

d’éclairage.

« Des noix attaquées furent disposées sous une cloche dont l’atmosphère

pouvait être raréfiée à l’aide d’une trompe à eau. Un robinet à trois

voies permettait de la mettre en communication, soit avec le gaz, soit

avec la trompe...

Les kolatiers & les noix de kola · 第 27 / 40 段