_Rev. cult. col._, II, 1898, 1er sem., p. 39-43.]
[Note 254 : _Rev. cult. col._, I, 1897, p. 221.]
[Note 255 : P. TEISSONNIER. — De la mise en place du Kolatier, _Rev.
cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 360.]
[Note 256 : Dr GRÜNER. — Sur l’état des plantations de Kola et sur leur
dispersion dans le district de Misahöhe. _Rev. cult. col._, VIII, 1901.
1er sem., p. 214 (traduit de _Tropenpflanz._, 1901, no 1, p. 17).]
[Note 257 : _Amtsblatt für das Schutzgebiet Kamerun_, analysé in
_Tropenpflanzer_ no 5, mai 1909, p. 230.]
[Note 258 : D’après des renseignements inédits communiqués par
l’administration de la Colonie.]
[Note 259 : A. E. EVANS. — Hints on the Cultivation and preparation of
Kola-Nuts. _Govern. Printing Press, Gold-Coast_, 1904.]
[Note 260 : Il arrive souvent que les amandes transportées en ballots
par les caravaniers germent ainsi spontanément.]
[Note 261 : _Revue cult. col._, t. II, 5 fév. 1898, p. 39-43.]
[Note 262 : _Agr. prat. Pays chauds_, 1907, p. 405.]
[Note 263 : TEISSONNIER. — _Rev. cult. col._, t. VIII, 1901, p. 361.]
[Note 264 : J. VUILLET. — _Agr. prat. Pays chauds_, 1906, 1er sem., p.
135.]
[Note 265 : BERNEGAU. — _Tropenpflanzer_, d’après E. DE WILDEMAN, l. c.,
p. 290.]
[Note 266 : E. DE WILDEMAN. — L. c., p. 293.]
[Note 267 : O. WARBURG. — _Tropenpflanzer_, déc. 1902.]
[Note 268 : _Végét. util._, fasc. IV, p. 234.]
CHAPITRE XV.
* * * * *
=Age de la production et rendement des Kolatiers.=
* * * * *
=I. — DURÉE DE LA CROISSANCE ET AGE DE LA PREMIÈRE PRODUCTION.=
Il importe, tout d’abord, de détruire une légende au sujet de la
rapidité avec laquelle se développent les Kolatiers. Contrairement aux
assertions répandues dans la plupart des ouvrages relatifs à
l’agriculture tropicale, ces arbres croissent très lentement, quelles
que soient l’espèce botanique et la région où on les cultive.
Même dans les forêts où il vit à l’état spontané, le Kolatier demeure
longtemps chétif et stérile dans les sous-bois où ses graines
parviennent fréquemment à germer. Il en est du reste de même de tous les
arbres à bois dur croissant à l’état sauvage dans ces forêts tropicales.
Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, d’après nos propres observations, un
Kolatier n’atteint son plein développement qu’à 25 ou 30 ans.
Cultivé dans des terrains de bonne qualité et sous un ombrage approprié,
c’est-à-dire laissant passer la quantité optimum de lumière, il se
développe un peu plus vite et nous pouvons donner aussi des chiffres à
ce sujet.
Aux environs de Conakry, dans un endroit où prospère cette culture, nous
avons vu de jeunes Kolatiers, âgés de deux ans, qui ne mesuraient encore
que 0m50 de hauteur ; c’est seulement vers la cinquième année que cette
plante prend l’aspect d’un arbuste de 2 m. environ de hauteur et se
ramifie en formant une tête arrondie. Jusqu’à cet âge, elle n’a produit
que de courts verticelles de 2 à 4 branches comme le Cacaoyer. Pour peu
que la pousse terminale soit détruite par un accident, ce qui est
fréquent, la croissance est encore retardée.
A partir de 5 ans, l’arbuste se développe plus vite, mais il est rare,
en Guinée française, qu’il produise quelques fleurs avant l’âge de 8 ou
10 ans.
A Faranna (Guinée française), quelques Kolatiers âgés de 6 ans, plantés
dans le Jardin du poste, exposés au soleil il est vrai, mais arrosés
tous les deux ou trois jours, ne s’élevaient encore qu’à 3 m. de hauteur
lors de notre passage.
Des cinquante Kolatiers plantés en 1897 et en 1898 par M. TEISSONNIER,
la plupart, en 1907, c’est-à-dire à l’âge de neuf ou dix ans, n’avaient
pas encore fleuri ; quelques-uns seulement portaient des fleurs pour la
première fois.
D’autre part, en 1905, nous avons vu, au Jardin d’Aburi, des Kolatiers
âgés de 15 ans qui atteignaient de 8 à 10 mètres de hauteur et les plus
gros mesuraient 0,25 cm. de diamètre à un mètre au-dessus du sol. Ils
portaient en moyenne, par arbre, une trentaine de fructifications
composées, chacune, de 5 cabosses, soit environ 750 noix.
Dans le même jardin, existaient des Kolatiers âgés de 12 ans qui
n’avaient pas encore fleuri.
De même, d’après les renseignements que nous avons recueillis sur place,
les Kolatiers du Kissi produisent rarement avant la dixième année et ne
donnent un rendement sérieux que vers la quinzième année.
Chez les Dans ou Dyolas aussi, le Kolatier ne commence à produire que
vers la dixième année. Pour Touba, le capitaine LAURENT cite des
Kolatiers repiqués en 1897 et qui n’avaient pas encore produit de fruits
en 1907.
Dans le Jardin de Mankono, nous avons vu en 1909 une quinzaine d’arbres
très vigoureux, plantés depuis 9 ans, s’élevant de 6 à 8 mètres de
hauteur. Quelques-uns avaient commencé, cette même année, à produire
quelques cabosses ; les autres étaient stériles.
D’après une communication manuscrite de M. l’administrateur HAUET,
concernant le Cercle du Rio-Pongo, l’âge où un Kolatier commence à
rapporter dans cette région est très variable et dépend du terrain. La
moyenne est de 10 années, mais les uns rapportent vers 7 ans et les
autres vers 15. A la mission de Boffa, un Kolatier de 10 ans n’a pas
encore produit.
Une communication du Gouvernement de Sierra-Léone nous apprend, enfin,
que certains Kolatiers produisent à partir de 7 ans, mais d’autres n’ont
pas encore fructifié à l’âge de 25 ans.
Ces faits sont complètement en désaccord avec tous ceux qui ont été
publiés sur le Kolatier.
Citons, par exemple, l’opinion de HECKEL[269] qui rapporte que « sur la
côte occidentale d’Afrique, le _Cola acuminata_ (lire _C. nitida_)
commence à donner une récolte vers l’âge de 4 à 5 ans, mais elle est peu
abondante ; c’est seulement vers 10 ans que l’arbre est en plein
rapport ». D’après FAMECHON, l’arbre commence seulement à rapporter à
huit ans.
Au Dahomey, où vit _C. acuminata_, la première fructification, selon
SAVARIAU, aurait lieu au cours de la 6e et de la 7e année de végétation.
WARBURG rapporte qu’à la Martinique quelques individus de 6 ans
atteignent 5 à 6 mètres de haut. La première floraison a lieu
généralement dans la 4e ou la 5e année ; toutefois, on a vu fructifier,
au Cameroun, des arbres qui n’avaient guère que 1 mètre à 1 m. 50 de
haut.
« Il semble donc, ajoute WARBURG[270], qu’on ne doive compter sur une
production de plein rapport qu’à partir de la 10e année. Toutefois, il
est permis d’espérer qu’on arrivera à abaisser cet âge d’entrée en plein
rapport par une culture appropriée, peut-être aussi par le moyen de la
fumure ou encore par la taille qui sera probablement bien supportée ».
Nous pensons nous-même que, comme il a été indiqué au chapitre
précédent, par une sélection judicieuse des graines destinées à
l’ensemencement et par une culture soignée, on obtiendra la
fructification des Kolatiers plus tôt que dans la nature, mais, dans
l’état actuel des choses, nous pouvons affirmer que les Kolatiers ne
produisent pas avant la dixième année et ce n’est que vers la 15e qu’ils
donnent un rendement déjà appréciable.
L’arbre n’atteint la hauteur normale et son port définitif que de la 20e
à la 30e année. C’est ce qui explique que les indigènes le plantent si
rarement.
=II. — RENDEMENT.=
Les renseignements publiés sur le rendement du Kolatier sont aussi très
exagérés et la plupart sont en contradiction les uns avec les autres.
Passons en revue les indications fournies par les divers auteurs et,
pour rendre comparables les chiffres donnés, ramenons toutes les
évaluations au nombre de graines, en estimant la valeur de 1 kg. de noix
fraîches à 1 fr. et en prenant pour poids moyen d’une noix 12 gr. 5 en
Guinée française et 25 gr. à la Côte d’Ivoire où les Kolas sont
ordinairement plus gros.
Suivant HECKEL, le rendement annuel d’un pied, après la 10e année,
serait de 45 kg. dans les Rivières du Sud, soit 3.600 noix. D’après
FAMECHON[271], en Guinée française, « les noix produites par un arbre de
belle taille peuvent être vendues 30 fr. les mauvaises années et 60 fr.
les bonnes ». C’est donc un rendement moyen de 30 à 60 kg., soit 2.400 à
4.800 noix suivant les années. « Le poids moyen des graines, dit ce même
auteur, est de 80 au kg., soit 12 gr. 5 par unité. Leur valeur est de
250 à 400 pour 5 fr., à la côte, tandis qu’elle est déjà de 80 à 100
pour la même somme de 5 fr. à Siguiri et que le prix augmente à mesure
que l’on s’élève dans le nord.
« Je crois, ajoute-t-il qu’une plantation de Kolatiers serait d’un
rapport beaucoup plus sûr qu’une plantation de Caféiers, bien que les
arbres ne commencent à produire qu’à 8 ans ».
D’après M. POBÉGUIN[272], le rapport pour un arbre de belle taille peut
être évalué à 20 fr. pour les mauvaises années et à 40 à 50 fr. pour les
bonnes ; le chiffre donné plus haut est ainsi un peu réduit.
Plusieurs colons de Conakry nous ont raconté que les Kolatiers de la
région donnaient en moyenne une récolte de noix évaluée à 25 fr., soit
2.000 graines environ, et cela après la 15e année. Mais les indigènes
leur auraient assuré que les très gros arbres leur donnaient pour 60 fr.
de Kolas par an, soit 6.400 graines, et l’on montrait dans la ville de
Conakry, près des magasins du Service des Travaux publics, quelques
arbres qui, avant la fondation de la capitale de la Guinée, rapportaient
à l’heureux propriétaire la valeur d’un esclave, c’est-à-dire environ
150 fr. par an (12.000 graines, soit plus de 2.000 cabosses).
A Sierra-Léone, le rendement serait de 50 fr. par an, soit de 4.000
graines environ[273].
A la Côte d’Ivoire, d’après M. LAMBERT[274], un arbre peut donner 1.500
à 1.800 Kolas par récolte, ce qui fait 3.000 à 4.000 graines par an ; le
même auteur rapporte que le capitaine CONRAD a signalé des sujets
donnant jusqu’à 6.000 Kolas par an dans le pays des Ngans et le
commandant CHASLE porte ce chiffre, d’après des renseignements
indigènes, à 10.000 pour le district de Kokumbo dans le Baoulé.
D’après l’article déjà cité du Service de l’Agriculture de l’Afrique
occidentale, au Sankaran, on estime qu’un Kolatier donne trois ou quatre
charges de Kolas par an, ce qui, à 80 noix au kilogramme, représente de
7.000 à 10.000 noix, chiffre sans doute très exagéré.
Au Sobaneh, les évaluations sont moins fortes ; d’après les indigènes
toujours, un arbre donnerait au minimum 4.000 noix par an et il n’est
pas rare d’en récolter 6.000. Les Mendengués regardent comme une année
tout à fait mauvaise, celle où un Kolatier ordinaire ne rapporte que 5
francs ; en temps normal, il donne de 20 à 30 francs. Certains arbres
rapportent exceptionnellement jusqu’à 50 et 70 francs.
Un rapport de M. l’Administrateur du cercle de Dubréka (Guinée)
s’exprime, au sujet du rendement, de la façon suivante :
« Il est difficile de fixer d’une façon certaine le rendement annuel
d’un Kolatier, qui, pour diverses raisons échappant à l’observation,
soit en raison de son âge, soit en raison de la récolte, peut varier
d’une année à l’autre. Il est permis cependant de prendre comme
rendement moyen la somme de 50 fr. par arbre adulte, pour se maintenir
dans une juste limite et fournir un renseignement à peu près exact... ».
M. HAUET, dans un rapport analogue concernant le cercle du Rio-Pongo
pense que le rendement annuel d’un arbre peut être évalué à 15 ou 20
francs, « mais il est irrégulier : une année l’arbre produit beaucoup et
l’autre relativement peu ».
D’après O. WARBURG (Traité d’Agriculture tropicale de SEMLER, 2e éd.,
1897), à la Jamaïque on compte 500 à 600 fruits par cueillette et par
arbre, soit 45 à 50 kilogs de noix sèches ou environ le double comme
poids de noix fraîches. Dans le Moréah (Guinée française), ajoute le
même auteur, il y a des arbres qui produisent tous les ans jusqu’à 100
kilog. de noix fraîches, ce qui représente une valeur d’environ 425 fr.,
car cette noix est de qualité supérieure et se paie en conséquence[275].
Dans les Antilles, d’après SAUSSINE, on évalue le rendement, dans les
bonnes conditions, à 50 à 60 kilog. de noix sèches par arbre et par an,
ce qui correspond à 100 ou 150 kilog. de noix fraîches[276].
L’_Ombéné_ du Gabon produit, suivant BERTHELOT DU CHESNAY, 20 à 25
kilog. de noix fraîches par an.
Les mêmes assertions sont rapportées par DE WILDEMAN. SAUSSINE, WARBURG
et DE WILDEMAN ont vraisemblablement pris ces indications, sans citer la
source, dans HECKEL, auquel on doit en effet le renseignement suivant :
« M. FAUWCET, parlant de ses observations à la Jamaïque, dit (_Indische
Mercuur_, Amsterdam, 29 nov., 1890) :
« L’arbre à Kola se reproduit par les graines et commence à produire des
fruits à l’âge de 4 ou 5 ans.
« Il y a des arbres de Kola dans le Jardin botanique de Castleton qui
sont plantés là il y a plus de 50 ans et qui portent régulièrement des
fruits. Ces arbres doivent être plantés à une distance de 20 pieds l’un
de l’autre, ce qui fait un nombre de 108 arbres par acre. Ces arbres
atteignent une hauteur d’environ 40 pieds. Ceux de Castleton produisent
à chaque récolte 500 à 600 gousses. Si chaque gousse, en calculant sans
exagération, contient 4 graines et nous calculons par « quart », un
arbre de 800 gousses produira alors 50 quarts de noix par récolte, ce
qui fait 100 quarts par arbre pendant une année. Un quart de noix sèches
aura à peu près un poids de 1/4 de livre, ce qui donne 125 livres par
arbre ».
Et HECKEL ajoute : la production à la Jamaïque est donc comparable à
celle de la côte occidentale d’Afrique, ce qui n’a rien de surprenant,
les climats de ces deux régions étant comparables[277].
Nous ne sommes point surpris de voir quelques Kolatiers « âgés de plus
de 50 ans » et cultivés dans un Jardin botanique donner un rendement
aussi élevé, presque sextuple de ce que peut produire un Kolatier
normal. De tels faits s’observent pour les Cacaoyers plantés dans
certaines conditions, mais c’est à tort, croyons-nous, que HECKEL et
WARBURG ont généralisé ces observations.
On pourrait citer encore quantité d’autres auteurs qui ont attribué au
Kolatier un rendement très exagéré. M. BERNEGAU rapporte qu’à Agege (au
Togo) un arbre de 7 ans donne annuellement 50 marks de rente, c’est-à-
dire 3.500 noix, tandis qu’un Cacaoyer du même âge, exigeant plus de
soins et par suite plus de frais, a rapporté un mark[278].
L’erreur est d’autant plus flagrante que les Kolatiers ne fleurissent
pas ordinairement avant la dixième année.
Quant à l’évaluation du rendement du Cacaoyer, elle est au moins
risquée, puisque le Togo n’exportait pas encore de cacao dans ces
dernières années.
SAVARIAU donne pour le Dahomey, qui confine au Togo, des renseignements
beaucoup plus vraisemblables. Un arbre d’une vingtaine d’années planté
en terrain riche et suffisamment humide, donnerait une trentaine de
fruits composés de cinq follicules contenant chacun six ou sept noix en
moyenne, soit une moyenne de mille noix. Avec beaucoup d’optimisme,
SAVARIAU évalue ces noix à 0 fr. 075 pièce, ce qui ferait un revenu de
75 fr. par an. C’est peut-être la valeur locale lorsque les Kolatiers
existent en petit nombre dans une région, mais s’ils étaient nombreux,
en prenant le dizième de ce chiffre comme valeur réelle, on serait plus
près de la vérité.
Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il s’agit du _C. acuminata_.
Nulle part, au cours de nos voyages, nous n’avons constaté de rendements
aussi élevés et nous avons la conviction que tous ces auteurs se sont
influencés les uns les autres ou bien ont recueilli, sans les vérifier,
les assertions des indigènes, toujours sujets à caution en pareil cas.
Le Kolatier, en réalité, produit peu et très irrégulièrement. S’il
donnait toujours des rendements élevés, les planteurs de San-Thomé ou de
la Jamaïque auraient cherché à en tirer un plus grand parti depuis
longtemps.
Même en admettant que tout le Kola soit exporté à l’état de Kola sec qui
a beaucoup moins de valeur que la noix fraîche, un arbre fournissant 45
kilos de Kolas frais, soit 20 kilogs de Kola sec, valant en moyenne 0
fr. 30 à 0 fr. 40 la livre anglaise sur le marché de Liverpool,
rapporterait donc environ 12 à 15 francs par arbre. Or il faudrait 8 à
12 Cacaoyers pour fournir le même rendement annuel.
La consommation de Kola sec est déjà assez étendue, puisque le port de
Liverpool en reçoit environ 300 tonnes par an, valant environ 150.000 ou
180.000 fr., qui trouvent leur utilisation dans la fabrication de
nombreux produits pharmaceutiques. Si le rendement de 45 kilos de noix
fraiches était exact, les planteurs de Cacaoyers auraient donc beaucoup
plus d’intérêt à cultiver le Kolatier.
Cependant tous ceux que nous avons interrogés à San-Thomé sont unanimes
à déclarer qu’il n’en est rien et les faits que nous avons constatés
montrent qu’ils sont dans la vérité.
Aussi résumerons-nous notre manière de voir de la façon suivante :
1o Le rendement des Kolatiers est extrêmement irrégulier :
_a_) Dans une localité, certains pieds demeurent toute leur vie
rachitiques et c’est à peine s’ils produisent quelques cabosses chaque
année.
_b_) Certains arbres, mêmes vigoureux, sont constamment stériles. Ces
pieds produisent exclusivement des fleurs mâles.
_c_) D’autres arbres adultes et parfaitement constitués donnent peu de
fruits, soit par suite de la rareté des fleurs femelles, soit pour toute
autre cause encore indéterminée.
_d_) Enfin les pieds donnant une production normale se reposent
ordinairement une année sur deux : à une année pendant laquelle la
production a été élevée, succède souvent une année durant laquelle les
récoltes sont faibles.
La culture intensive perfectionnée des Kolatiers (et notamment la
sélection des graines et le greffage), aurait sans doute pour résultat
d’accroître et de régulariser la production, mais comme nous l’avons vu,
rien n’a été encore tenté dans ce sens.
2o Les cabosses étant répandues dans des parties de l’arbre, fort
éloignées les unes des autres, la cueillette est lente et difficile. De
plus, les fructifications arrivent successivement à maturité et souvent
à de longs intervalles. La cueillette de ces fruits serait donc des plus
dispendieuses si elle devait être faite par une main-d’œuvre aussi
coûteuse que celle qu’emploient les planteurs européens.
Dans les plantations de Caféiers et de Cacaoyers à San-Thomé, il existe
çà et là des Kolatiers de l’espèce _C. acuminata_ ; les colons portugais
n’en tirent aucun parti et les statistiques de l’île accusent
ordinairement une exportation annuelle de Kola séché qui s’élève
seulement à quelques centaines de francs.
A la Jamaïque, à Grenade et à la Trinidad, où les Kolatiers sont
également fréquents dans les plantations de Cacaoyers, les choses se
passent exactement de la même manière.
Plusieurs planteurs de San-Thomé nous ont assuré que les Kolatiers les
plus vigoureux ne pouvaient donner que quelques kilos de noix sèches par
an et le temps qu’il faudrait passer à récolter et préparer ces noix
sera, selon eux, plus rénumérateur si on le consacre à la culture du
Cacaoyer.
En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, le problème se pose
différemment, le Kolatier appartenant à une autre espèce et ses noix
pouvant se vendre à l’état frais ; mais là encore, il ne faut pas
compter sur les rendements merveilleux rapportés par divers auteurs
cités plus haut.
Il est possible que, certaines années, un Kolatier adulte et isolé,
cultivé au milieu d’un village, dans un terrain riche en humus, arrive à
produire quelques milliers de noix, mais de telles récoltes dans l’état
actuel nous semblent très exceptionnelles et si, dans une plantation
régulière, on arrive à récolter en moyenne 1.000 noix par arbre adulte
et par an, on devra s’estimer très heureux.
Pour notre part, nous n’avons jamais compté plus de 50 fruits à la fois
sur un arbre et souvent il n’y avait que 10 à 20 fructifications
simultanément.
En admettant que chaque fruit contienne en moyenne 3 follicules
renfermant chacun 5 graines, on arriverait pour un arbre portant 50
fruits à un rendement de 750 noix par an dont le poids, à la Guinée,
équivaut à 9 k. 375 environ.
Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches nous paraît donc être le
maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_,
_cultivé dans les meilleures conditions_[279]. Plus fréquemment la
récolte s’élèvera à la moitié de ce poids à peine. Les Kolatiers vivant
à l’état sauvage dans l’intérieur de la forêt de la Côte d’Ivoire
fournissent des rendements encore beaucoup plus faibles.
Les constatations que nous avons faites au cours de nos voyages sont
donc en contradiction avec la plupart des indications rapportées plus
haut. Dans les pays où le climat est le plus approprié et dans la saison
la plus favorable, il est très rare de voir des Kolatiers _couverts de
fruits_ ; les arbres portant 20 à 50 groupes de carpelles sont les plus
communs ; enfin d’assez nombreux individus ne portent que quelques rares
fruits ou sont mêmes stériles. Nous ne pensons pas qu’on puisse compter
dans l’état actuel sur un rendement moyen par arbre et par an de plus de
30 groupes de carpelles comprenant chacun 3 à 4 cabosses de 5 noix, soit
600 noix par arbre adulte ou 5 à 8 kilog. de noix fraîches.
C’est la proportion moyenne que nous avons observée à Conakry, à Grand-
Bassam et à Aburi.
Au Kissi, on voit très exceptionnellement des Kolatiers donner certaines
années une charge, c’est-à-dire environ 2.000 noix de Kolas, mais
l’arbre se repose l’année suivante. J’ai eu dans cette région un
interprète intelligent et à la bonne foi duquel on pouvait se fier, près
duquel j’ai recueilli les indications suivantes :
Il possédait à Kissidougou 5 Kolatiers lui appartenant personnellement
et qui lui avaient fourni au total, pour la récolte de 1908-1909, 850
noix.
L’année précédente, les mêmes arbres avaient produit 1.500 noix. Le même
interprète affirmait qu’un Kolatier adulte et en bon état, c’est-à-dire
âgé de 25 à 30 ans, produisait au Kissi environ 400 noix par an que l’on
pouvait vendre de 5 fr. à 10 fr., suivant la saison.
Cependant il survient des années pendant lesquelles on ne récolte
presque pas de noix. Les années pluvieuses seraient les plus favorables,
surtout si les pluies sont précoces.
=III. — NOMBRE DES RÉCOLTES ANNUELLES.=
Mais, objectera-t-on, on peut faire plusieurs récoltes par an ? On
trouve en effet cette affirmation dans presque toutes les études
traitant du Kolatier, mais elle ne résiste pas à l’observation. Pour
cette question, comme pour le rendement, les auteurs se sont copiés les
uns les autres.
On sait que, dans les régions où ils trouvent réalisés les conditions
climatériques qui leur conviennent, les Kolatiers sont en fleurs presque
toute l’année, mais, dans la zône tropicale nord, la floraison est
particulièrement abondante en mars, avril et mai, au début de la saison
des pluies. A cette floraison succède une fructification plus ou moins
riche. Pendant la saison des pluies, les jeunes fruits s’accroissent,
mais il est rare de trouver des follicules développés en cette saison ;
ils ne parviennent à complète maturité qu’après la mousson d’automne.
Au Kissi, les arbres, fleurissant en mars et avril, ont leurs fruits
mûrs en novembre et décembre, c’est-à-dire 7 à 8 mois après la
floraison. La maturité de tous les fruits d’un arbre s’échelonne
ordinairement sur une période de 2 ou 3 mois, comme chez le Cacaoyer et,
en dehors de cette saison, il n’y a plus que de rares cabosses arrivant
à complet développement.
A la Côte d’Ivoire, la principale période de maturation des fruits va du
15 octobre au 15 janvier. Quelques follicules mûrissent un peu avant et
un peu après, mais cela est toujours exceptionnel. De même, dans la
période allant de février à juin, le Kolatier ne fournit presque aucune
cabosse adulte, mais certaines fleurs femelles peuvent encore produire
quelques follicules qui mûrissent en juin et juillet. Toutefois, cette
récolte est généralement très maigre, ainsi que nous l’avons constaté à
la Côte d’Ivoire et, dans la plupart des régions de cette colonie, on ne
trouve que très peu de cabosses mûres à cette époque.
Suivant HECKEL, en Guinée française « la floraison de juin porte ses
gousses en octobre et novembre, celle de novembre et décembre aux mois
de mai et juin »[280].