Metta, de Old-Calabar, un grand nombre de noix de Kola ont été
ensemencées antérieurement à 1905, mais nous ne connaissons point le
résultat des essais poursuivis.
Nous ne sommes pas beaucoup plus renseignés sur les colonies françaises.
Dans le Jardin de Camayenne, nous avons observé une cinquantaine de
Kolatiers plantés, de 1898 à 1900, par TEISSONNIER. Quelques-uns avaient
déjà fructifié à l’âge de 7 ou 8 ans en 1907. Ce qui frappe dans ce
jardin, c’est l’irrégularité de développement de Kolatiers de même âge
et croissant dans le même terrain ; à côté des arbres bien développés,
il en existe de rabougris et qui demeureront probablement constamment
stériles. Il y aurait sûrement intérêt, dans les plantations de rapport,
à remplacer, dès les premières années, les arbres qui croissent mal, par
d’autres individus enterrés à un emplacement un peu différent.
Nous avons observé au Bas-Dahomey, spécialement au Jardin d’essai de
Porto-Novo et aux stations d’essai de Sakété et de Brouadou, de nombreux
Kolatiers plantés sous la direction de SAVARIAU. Ces arbres ont pris un
développement normal, et beaucoup, à Porto-Novo, ont fleuri dès la 5me
année ; mais Noury a constaté que la plupart des plants appartenant au
_Cola nitida_ ont leurs rameaux creusés de galeries par les larves du
_Phosphorus Jansoni_, coléoptère sur lequel nous reviendrons dans un
prochain chapitre.
Les plants de l’espèce _Cola acuminata_ sont ordinairement indemnes. Il
convient de signaler les méthodes de plantation pratiquées par le
Service d’Agriculture à Sakété et à Brouadou. En ces deux localités,
existent de petits bouquets de forêts où les indigènes ont l’habitude de
cultiver le _Cola acuminata_. On a ouvert, dans la forêt, des trouées
rectilignes distantes d’une quinzaine de mètres les uns des autres ;
chaque trouée est large de 3 ou 4 mètres et la végétation spontanée a
été enlevée sur toute la largeur. Les Kolatiers ont été plantés en
lignes droites au milieu de la tranchée et avec un écart de 6 m. à 8 m.
d’un pied à l’autre. Les jeunes arbustes, âgés de 2 ans environ, étaient
en bonne voie de croissance quand nous les avons vus en janvier 1910.
Pour terminer, nous devons dire que nous avons vu à San-Thomé, à travers
les cacaoyères, des Kolatiers très beaux appartenant à l’espèce _Cola
acuminata_. Ils ne sont l’objet d’aucun soin, mais le sol volcanique de
San-Thomé est si riche et la surface de la terre est si bien entretenue
que la grande production de ces arbres ne saurait nous étonner. Les
terres noires profondes, au bord de la mer, dans les endroits bien
abrités, semblent très favorables.
Au-dessus de 700 mètres d’altitude, le Kolatier, de même que le
Cacaoyer, réussit mal dans l’île.
=IV. — CULTURE RATIONNELLE.=
Il résulte donc, de ce qui a été dit, qu’aucune plantation européenne
n’est encore suffisamment étendue et assez ancienne pour que l’on puisse
en déduire des méthodes générales concernant les procédés de culture de
cet arbre intéressant.
C’est donc d’après la manière dont se comporte l’arbre dans la forêt à
l’état spontané, en nous basant sur son mode de vie et ses affinités
botaniques, que nous allons chercher à déduire quelques principes de
culture rationnelle.
Disons de suite que les diverses espèces de _Cola_ qui nous intéressent
s’accomodent très bien des terrains où prospèrent les Cacaoyers. C’est
aussi sous le climat approprié à ce végétal qu’elles trouvent pour leur
bon développement les conditions _optima_.
Par suite, nous tiendrons compte également de l’expérience acquise dans
la culture du Cacaoyer pour formuler les conseils qui suivent.
=1o Choix des graines.=
Ce choix a une très grande importance.
Le planteur fera bien de récolter lui-même les semences sur des
Kolatiers vigoureux produisant des amandes de réelle valeur et aussi
fertiles que possible. Il ne sera jamais certain d’obtenir des arbres
réunissant les qualités des portes-graines, mais malgré tout, en
procédant ainsi, il aura de plus sérieuses possibilités d’obtenir des
Kolatiers à grand rendement que s’il se contente de semer des amandes
quelconques achetées au marché.
Sur les arbres ainsi choisis, on récoltera seulement les plus belles
cabosses, lorsqu’elles commenceront à brunir, mais, avant que les valves
commencent à s’entrouvrir si elles sont déhiscentes. On les mettra en
tas dans un endroit _ombragé, mais aéré et à l’abri de l’humidité_. On
ouvrira ces cabosses pour en retirer les graines seulement lorsqu’elles
seront parvenues à maturité très complète.
On ne retiendra pour la semence que les plus belles amandes situées au
milieu de chaque cabosse. Les noix rouges étant les plus demandées par
les caravaniers, on sèmera exclusivement celles-ci, car en faisant une
sélection en sens opposé, on risquerait d’avoir plus tard des Kolatiers
produisant avec prédominance des noix blanches.
On éliminera également les graines endommagées par le couteau en ouvrant
les cabosses ainsi que celles qui sont attaquées par les insectes.
Les noix germent facilement, qu’elles soient nues ou entourées de la
membrane blanche qui les enveloppe dans la cabosse et qui n’est autre
que le tégument de la graine. Nous conseillons de laisser cette
membranne sur les graines destinées à la semence, car elle met l’embryon
à l’abri des intempéries et des insectes aussi longtemps que la
germination n’est pas effectuée.
Dans le _Fasc. IV des Végétaux utiles_ (Chapitre VI, _Procédés de
culture du Cacaoyer à San-Thomé_), on trouvera beaucoup de
renseignements qui peuvent aussi s’appliquer aux Kolatiers.
On peut semer les noix en place. On peut aussi les placer en pépinière ;
mais, dans ce cas, il faudra les transplanter très peu de temps après
leur germination, car la jeune plante acquiert très rapidement un long
pivot et le sectionnement de ce pivot entraine presque toujours la mort
des Kolatiers.
Aussi, nous recommandons de semer les graines dans de petits paniers
tressés en feuilles de palmiers, paniers qu’on installe dans un endroit
ombragé et qu’on remplit de terre de première qualité. La
transplantation se fera en enterrant les paniers lorsque les arbustes
auront un centimètre ou deux de hauteur.
Quelle que soit la méthode adoptée, on enterrera les graines à 2 ou 3
centimètres de hauteur en les plaçant de telle sorte qu’elles soient
couchées sur le côté ou placées obliquement, les quatre lobules
cotylédonaires en bas. Le sol ainsi ensemencé sera maintenu constamment
ombragé et tenu toujours frais, sans exagérer toutefois les arrosages
qui pourraient entrainer la pourriture des noix enterrées.
La germination se fait beaucoup plus lentement que celle des graines de
Cacaoyer. On compte ordinairement qu’il faut 50 à 60 jours pour que la
tigelle commence à pointer. Nous avons même vu des noix de Kola, placées
en terre depuis 5 ou 6 mois, restées parfaitement saines et qui
n’avaient pas encore commencé à germer.
On a recommandé divers procédés pour activer la germination. Le meilleur
consiste à abandonner un lot de graines dans un endroit frais et ombragé
(par exemple dans une cave d’habitation), en les humectant de temps en
temps. Au bout de quelques semaines, les cotylédons commencent à
s’écarter et la radicule s’étale et se ramifie bientôt à
l’extérieur[260]. A ce moment, on enterre chaque noix en germination
dans un petit panier rempli de terreau, lequel sera lui-même transporté
à demeure lorsque la germination aura acquis quelques feuilles.
On peut aussi stratifier les graines dans des caisses remplies de
terreau ou de sable légèrement frais et tenu à l’ombre dans un endroit
aéré. La germination pour certaines graines s’effectue parfois au bout
de 3 ou 4 semaines, mais on nous a signalé, à Conakry, des noix
enterrées depuis 1 an 1/2 restées parfaitement saines et qui n’avaient
pas encore germé. Les cotylédons avaient seulement verdi (ce
verdissement précède toujours la germination). Au dire des indigènes,
les noix qui ont pris cette teinte sont toxiques.
=2o Choix et préparation du terrain.=
La transplantation du jeune Kolatier se fera dans un endroit à _sol
profond, riche en humus_ et planté de quelques grands arbres donnant de
l’ombrage. La forêt équatoriale, là où elle offre des terrains riches en
humus, sans eau stagnante à la saison des pluies est évidemment le genre
de station le plus favorable. A défaut de forêt, on utilisera dans la
Guinée française, dans le nord de la Côte d’Ivoire et au Bas-Dahomey les
galeries forestières longeant les rivières et les bosquets forestiers
souvent assez importants qui avoisinent certains villages.
La forêt où doit s’effectuer une plantation de Kolatiers sera en grande
partie déboisée. On abattra toutes les broussailles et essences
secondaires qui constituent le sous-bois, ainsi qu’un certain nombre
d’arbres formant le peuplement du massif, de façon à ne laisser que le
nombre strictement nécessaire pour former au sol un abri léger, tamisant
les rayons directs du soleil et donnant aux végétaux qui constituent la
plantation un ombrage approprié.
On supprimera radicalement les arbres qui ont un feuillage trop épais et
des branches trop étendues pour laisser filtrer la lumière dans la
plantation ; on éliminera aussi ceux, comme les _Eriodendron_, les
_Mussanga_, les _Ficus_, qui ont des racines puissantes et épuisent
rapidement le sol.
On conservera de préférence les arbres donnant des produits utiles. S’il
existe déjà dans la forêt des Kolatiers donnant des amandes à deux
cotylédons, on les gardera quand bien même ils détruiraient la symétrie
de la plantation. Par contre, on éliminera (au Gabon par exemple), tous
les Kolatiers des espèces à quatre ou cinq cotylédons qui pourraient
donner lieu plus tard à des mélanges de graines préjudiciables à la
vente.
On pourrait, à la rigueur, conserver les jeunes plants de cette espèce
pour les greffer plus tard, mais nous ne le conseillons pas, car au bout
de quelque temps on pourrait confondre les arbustes appartenant à la
bonne espèce avec les autres.
De même on gardera les palmiers à huile (_Elæis_), les Nsafou
(_Pachylobus edulis_), les Owala (_Pentaclethra macrophylla_), etc. Les
arbres-abris recommandés pour le cacaoyer conviennent aussi pour le
Kolatier, mais il faut les choisir de plus grande dimension, afin qu’ils
ne gênent pas le Kolatier, cette essence atteignant, comme l’on sait,
une taille double ou triple du cacaoyer.
Par suite du grand développement que prend le Kolatier, nous estimons
qu’il faut planter les sujets avec un écart de 10 à 12 mètres en tous
sens.
A l’inverse de ce qui se pratique généralement pour le cacaoyer, on ne
plantera jamais qu’une seule plante par fosse. Ces dernières auront au
moins 1 m. de dimension en largeur et en profondeur et on les remplira
de matières fertilisantes sur lesquelles nous reviendrons.
L’écartement que nous préconisons est tel qu’on ne peut planter au
maximum que 80 à 100 Kolatiers à l’hectare.
Nous devons faire remarquer que tous les agronomes ne sont pourtant pas
partisans de plantations aussi espacées.
Ainsi, d’après SAUSSINE, aux Antilles, « la plantation définitive qui a
lieu au commencement de la saison des pluies, se fait en trous carrés de
30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de profondeur, à 7 m. 50 les uns des
autres. La méthode est toujours la même : préparer le trou un peu avant
la plantation et le remplir de terreau bien fait. Quand on y met les
jeunes plantes, on étale les racines avec soin et on tasse la terre
légèrement. Il est également nécessaire de mettre un fort tuteur. Comme
les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire, s’il
n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers quelques
mois auparavant.
On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes d’attente, mais les bananiers
épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3 m. 50 les uns des autres.
Dans les endroits ombragés on supprime les bananiers au centre de chaque
carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les arbres
poussent. »[261].
L’auteur anonyme du rapport sur le Kolatier en Guinée[262], signale bien
comment les indigènes font leurs plantations, mais il ne donne pas son
avis sur la meilleure méthode.
TEISSONNIER n’indique pas l’écart à adopter pour les plantations
définitives. Il insiste seulement sur la nécessité de semer les noix en
place ou bien de les semer en pépinière et de les transplanter très
jeunes et au début de la saison des pluies.
En Guinée française, en semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la
deuxième quinzaine d’avril et on peut procéder à la mise en place dans
la première quinzaine de mai[263].
VUILLET donne les renseignements suivants qui concordent avec les
nôtres :
La transplantation étant très délicate, on devra semer à demeure en une
place soigneusement ameublie et amendée, sur un mètre de diamètre et de
profondeur.
« On pourra aussi le semer en pépinière ombragée et le transplanter en
grosses mottes au bout de quelques mois, avant que sa racine ait pu
prendre un développement important, dans des trous préparés dans les
mêmes conditions.
« Il demande un ombrage modéré qu’on peut lui procurer facilement en
plantant avec lui des _Albizzia Lebbeck_ et des bananiers de la façon
suivante : les Kolatiers à 10 m. en tous sens, à raison de un _Albizzia_
pour quatre Kolatiers, et les bananiers sur les lignes des Kolatiers à 1
m. 50 environ des arbres qu’ils devront protéger. Les touffes de
bananiers devront être émondées soigneusement et souvent, pour permettre
aux Kolatiers de recevoir la lumière nécessaire : ils seront arrachés
complètement dès que l’ombrage des _Albizzia Lebbeck_ dont la croissance
est rapide sera suffisant. Les bananes seront un appoint sérieux pour la
nourriture des ouvriers[264] ».
Au Togo, d’après BERNEGAU, les Kolatiers sont plantés dans la forêt dans
le but d’éviter les frais de déboisement. Cette forêt est plutôt
buissonnante ; on y trace tous les 7 m. des sortes de tranchées
parallèles de 1 m. de largeur. Dans ces tranchées, on fait tous les 7 m.
des trous dans lesquels la terre est enlevée sur 50 c. de largeur et de
profondeur. De cette façon, la plante a suffisamment d’ombre, et, au fur
et à mesure de sa croissance, on enlève d’autres arbres jusqu’à ce que
le fourré primitif soit remplacé par une forêt de Kolatiers.
L’expérience a appris qu’il vaut mieux planter les arbres à une distance
de 30 pieds[265].
Plus loin, le même auteur conseille de faire des plantations
intercalaires entre les Kolatiers et il conseille de planter parmi les
Kolatiers, du coton, des ignames, du maïs, des patates douces, des
ananas et comme arbres d’ombrage des bananiers et des papayers. M.
BERNEGAU montre qu’il n’est ni biologiste ni agronome. Il est impossible
que toutes ces plantes vivent sous l’ombrage épais du Kolatier et si on
les plante pendant la jeunesse de l’arbre, il en est comme le coton, le
sésame, les ananas, qui gêneront sa croissance.
Ce sont des cultures incompatibles.
E. DE WILDEMAN pense aussi qu’on peut faire de la culture intercalaire
avec le Kolatier, « celle du caoutchoutier _Funtumia elastica_ est
particulièrement recommandable[266] ».
Nous ne voyons pas bien l’utilité de l’association _Cola_ et _Funtumia_.
Ces deux arbres ont un port et une taille à peu près identiques. Si on
plante le _Funtumia_ entre deux plants de _Cola_ d’écartement normal, il
les gênera et pour éviter qu’il leur porte préjudice, il faudrait
écarter les _Cola_ de 20 ou 25 m.
Il n’y a, croyons-nous, aucun intérêt à procéder ainsi et mieux vaut
cultiver les Kolatiers et les _Funtumia_ sur des emplacements distincts.
WARBURG conseille l’emploi comme arbres d’ombrage des mêmes légumineuses
que pour le cacaoyer, c’est-à-dire les _Erythrina_ (Dadap ou
Immortelle), les _Inga_, les _Albizzia_[267].
On devra donc utiliser le sous-bois du Kolatier pour faire une culture,
et celle qui nous paraît la plus appropriée est la culture du Cacaoyer.
La plantation donnera ainsi deux produits qui ne se concurrenceront pas
et quand l’une des récoltes sera compromise, on pourra encore espérer
retirer de la seconde culture un rendement rémunérateur.
Dans les plantations indigènes, nous conseillerons même l’apport d’une
troisième essence utile : le palmier _Elæis_, dont le rendement en
palmistes et huile de palme est des plus appréciables. La culture en
association de ces trois plantes : _Kolatier, Elæis, Cacaoyer_, se
recommande particulièrement à la Côte d’Ivoire.
Enfin dans d’autres régions on pourrait essayer l’association :
_Kolatier, Caféier Libéria_ ou encore _Kolatier, Elæis, Caféier
Libéria_.
Le revenu du terrain sera par conséquent relativement minime, si l’on
tient compte de l’amortissement du capital indispensable pour le
déboisement préliminaire et l’établissement de la plantation. Ce que
nous disions récemment pour le Cacaoyer dans nos colonies de l’Ouest
africain est vrai aussi pour la culture qui nous occupe : pour la mise
en valeur d’un terrain vierge, il n’est pas exagéré de compter l’emploi
d’un capital de 2.000 francs par hectare, avant que ce terrain soit en
état de rapporter si la plantation est faite par une entreprise
européenne[268].
Nous insistons sur la nécessité de donner aux Kolatiers un écartement de
10 m. au moins en disposant autant que possible les trous en quinconce.
Que le semis se fasse à demeure ou qu’on effectue la transplantation au
début de l’hivernage, il faudra dans les deux cas avoir planté des
bananiers 6 mois à l’avance.
Il est également indispensable dans tous les cas de creuser des fosses
ayant au minimum un mètre de diamètre dans tous les sens. Ces fosses
seront remplies de débris végétaux de toutes sortes, de terreau
rapporté, de cabosses de Kolatiers ou de Cacaoyers ; à la partie
supérieure de la fosse, où s’étaleront d’abord les racines du jeune
arbre, on fera bien de placer du fumier de ferme si on peut s’en
procurer.
Les indigènes remplaceront cet engrais par les immondices de toutes
sortes accumulées autour des villages. Dans les pays où les noirs
pratiquent l’élevage, on leur conseillera aussi de recueillir les bouses
de vaches desséchées qui se perdent à travers la brousse.
Le choix du terrain a aussi une grande importance. On doit rechercher
les sols présentant un couvert forestier imposant qui sont profonds,
perméables et recouverts d’une épaisse couche d’humus.
=3o Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance.=
Dès les débuts de la plantation, il sera nécessaire, en Guinée française
notamment, d’arroser les Kolatiers pendant la saison sèche au moins une
fois par semaine. Si on dispose d’une rivière voisine, un filet d’eau
amené à travers la plantation serait de la plus grande utilité.
On doit supprimer les troncs des bananiers à mesure qu’ils deviennent
gênants. Lorsqu’il aura une certaine taille, le Kolatier parviendra du
reste à les éliminer lui-même.
On fera sarcler deux fois par an le terrain de la plantation et les
débris végétaux provenant de cette opération seront accumulés aux pieds
des jeunes arbres.
A partir de 5 ou 6 ans, le Kolatier ne demande presque plus de soins.
Nous sommes toutefois convaincus qu’en bêchant la terre une fois par an
autour de l’arbre sur un rayon de un mètre et en accumulant, autour, des
brindilles de bois qui facilitent l’aération du sol, on n’aura pas à le
regretter.
On aura soin de supprimer les épiphytes, les lianes qui pourraient
s’étaler sur l’arbre, enfin les _Loranthus_ et les _Balais de sorcières_
qui apparaissent fréquemment sur les rameaux du Kolatier et dont il sera
question plus loin.
Il est enfin deux opérations culturales sur lesquelles nous ne possédons
encore aucune donnée et qui pourraient cependant avoir la plus haute
importance pour accroître le rendement en fruits et la dimension des
noix.
Nous voulons parler de la taille et du greffage.
On ne doit pas hésiter à supprimer les gourmands qui se développent sur
le tronc ou au pied de l’arbre.
On ne peut pas songer à tailler le Kolatier lorsqu’il est adulte, mais
quand il est jeune on peut fort bien diriger la formation de sa
ramification pour l’empêcher de s’élever trop haut ou pour l’amener à
avoir les branches principales suffisamment écartées les unes des
autres, afin que la lumière tamisée vienne baigner les petites branches
médiocrement feuillées situées en dedans de la voûte formée par les
rameaux terminaux. On sait que c’est sur ces branches enfouies dans
l’épaisseur des ramifications que se développent presque toujours les
fruits, souvent très loin les uns des autres.
=4o Problèmes à résoudre. — Rôle des Jardins d’essai.=
Nous montrerons, dans le prochain chapitre, qu’il n’est pas possible,
dans l’état actuel, à une entreprise européenne de trouver des bénéfices
dans la culture exclusive du Kolatier. Cet arbre n’ayant jamais été
soumis à une culture attentive et intensive ne produit qu’à un âge
avancé et d’une manière irrégulière. Aussi, les Jardins d’essais situés
dans la zône où prospère le Kolatier devraient-ils se mettre sans retard
à l’étude des problèmes nombreux de la solution desquels dépend le
perfectionnement de la culture du Kolatier, perfectionnement qui
permettra peut-être d’en faire un jour une culture rémunératrice pour
des Européens et dont les indigènes, en tout cas, tireront toujours
profit. Au milieu des milliers de Kolatiers existant dans les
plantations indigènes, on observe parfois quelques individus que
l’indigène ne songe pas à sélectionner, mais qui présentent des qualités
spéciales. Certains pieds produisent des noix beaucoup plus grosses ou
sont plus fertiles, ou mûrissent leurs fruits à des époques plus
favorables à la vente. Il en est qui donnent des noix plus recherchées
des indigènes par le goût ou par la couleur ou encore qui contiennent
plus de caféine. Il en existe aussi dont les noix ne sont presque jamais
attaquées par le ver du Kola, alors que d’autres ont leurs graines
envahies sur l’arbre même. Enfin, ainsi que nous l’avons vu, certains
pieds produisent quelques fruits dès la cinquième année, alors que
d’autres restent stériles jusqu’à la 25me année. Il est très
vraisemblable que toutes les bonnes sortes pourraient être multipliées
par la greffe, le bouturage ou le marcottage et elles conserveraient
ainsi, au moins en partie, les avantages acquis. Mais la greffe, le
bouturage et le marcottage sont-elles des opérations pratiques pour le
Kolatier ? Dans quelles conditions peut-on faire ces opérations pour
réussir ? Personne ne peut encore répondre à ces questions.
Par des sélections de graines bien choisies sur les arbres bons
producteurs, par des hybridations artificielles faites avec méthode, on
pourrait aussi sans doute améliorer le Kolatier, mais dans cette voie
rien encore n’a été tenté.
Qui peut dire aussi de quelle manière il faut tailler le Kolatier, à
quel âge il faut pratiquer cette opération, et si même elle est toujours
utile ?
Nous ignorons enfin s’il faut pratiquer la fumure du précieux arbre et,
dans ce cas, les sortes et les proportions d’engrais qui conviennent.
Des expériences de longue haleine, méthodiquement conduites, peuvent
seules résoudre tous ces problèmes. C’est le rôle des Jardins d’essais
de les entreprendre.
* * * * *
[Note 245 : Article traduit en français : O. WARBURG. — La culture du
Kolatier, _Rev. Cult. col._, VI, 1900, 1er sem., p. 270.]
[Note 246 : Rapport. _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 405.]
[Note 247 : _Ibid._, p. 406.]
[Note 248 : _Ibid._, p. 407.]
[Note 249 : Appartenant probablement à l’espèce _R. sudanica_ A. Chev.]
[Note 250 : L’abondance des _Raphia_ devrait alors amener le pullulement
des _Sciurus_ qui finiraient par attaquer les Kolas. Il est plus
probable que le _Raphia_ est cultivé pour le vin de palme qu’il fournit,
ainsi que pour les rachis de ses feuilles utilisés pour faire la
charpente des toitures de cases.]
[Note 251 : SAVARIAU. — Le Kolatier au Dahomey. _Agr. Pays Chauds_,
1906, 2me sem., p. 211.]
[Note 252 : ZECH. — _Rev. cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 367.]