WARBURG se trompe en refusant l’épithète de _cultivés_ aux Kolatiers

appartenant aux indigènes. En certaines parties de l’Afrique

occidentale, ces arbres reçoivent de véritables soins. Mais, en beaucoup

de régions, le plus grand obstacle à l’extension des plantations, est

une croyance absurde. Les indigènes prétendent que quiconque plante un

Kolatier, doit mourir lorsque l’arbre commence à rapporter des fruits.

Cette légende est entretenue par les dioulas, dont l’intérêt est de

conserver le monopole du commerce des Kolas ; ils doivent par conséquent

empêcher la propagation de l’arbre producteur en dehors des régions

visitées par eux.

Il est donc très rare que l’on sème des graines.

Dans le sud du Soudan, par exemple, les quelques Kolatiers que l’on

rencontre, proviennent presque toujours de graines qui ayant été

perdues, se sont trouvées enterrées naturellement et ont produit des

germinations qui ont poussé sans l’intervention de l’homme. Dès que le

propriétaire de la case près de laquelle se développe ce Kolatier

découvre la jeune germination, il se contente de l’entourer d’un petit

enclos formé de bâtons pour empêcher les passants ou les animaux de

détruire la précieuse plante.

Dans le sud de la forêt de la Côte d’Ivoire où on cultive réellement le

Kolatier sur des espaces restreints, autour des villages, les noirs

recueillent les graines tombées des arbres vivant à l’état sauvage dans

la forêt et ayant commencé à germer et ils transportent ces germinations

dans les cultures près de leurs habitations. On déterre même parfois les

jeunes Kolatiers qu’on rencontre à travers la forêt pour les

transplanter autour des villages ; mais, à notre connaissance, on fait

rarement des semis de graines.

Cela se pratique dans certaines régions au cours de quelques cérémonies

rituelles. Ainsi on a raconté qu’à la naissance d’un enfant, au sud du

Soudan, on enterrait une noix à côté du cordon ombilical du nouveau-né.

L’arbre qui se développe et tous ceux issus de ses fruits tombés à terre

forment le patrimoine, tous les autres biens du père passent, après la

mort de ce dernier, à l’aîné des oncles.

Si cet usage existe réellement, il est très local, car nous avons

parcouru les mêmes régions sans qu’il nous ait jamais été rapporté.

Chez les Dans ou Dyolas, on ensemence réellement des Kolatiers, d’après

le capitaine LAURENT. Toutes les graines, écrit-il, ne sont pas propres

à la reproduction et aucun signe extérieur ne permet de reconnaître,

parmi les noix fraîches, celles qui germeront. Il faut, avant de les

planter, les laisser germer soit à l’air libre, soit enfouies à une

faible profondeur. Le plus souvent d’ailleurs, au lieu de les planter de

cette façon, les Dyolas repiquent les plants nés spontanément de graines

tombées.

Les Bétés, d’après RIPERT, apportent aussi beaucoup d’attention à la

culture de leurs arbres. On sème parfois des amandes, mais plus souvent

on ramasse les graines germées à la surface du sol.

Les branches retombantes sont soutenues à l’aide de perches ; on

n’enlève pas les épiphytes qui vivent sur les rameaux et sur le tronc. A

la base de celui-ci, on supprime la végétation et on remue un peu la

terre.

Nulle part, il n’existe de grands vergers de Kolatiers. On trouve de

petits groupes de cette essence autour des villages, le long des

sentiers de forêt, spécialement aux carrefours, autour des cases de

culture et très souvent sur l’emplacement d’anciens villages détruits

depuis longtemps et réenvahis par la forêt.

C’est également dans ces conditions que nous avons toujours rencontré

les Kolatiers cultivés dans les diverses régions forestières de la Côte

d’Ivoire.

Aux environs de Diorodougou, chez les Tômas, avant de mettre la noix

germée en terre, on en retrancherait la partie inférieure opposée au

germe[246]. Nous ne voyons pas la raison de cette pratique, si toutefois

elle existe. Le même rapport renseigne sur les procédée de culture des

Bagas. Les amandes, bien mûres, sont disposées en pépinière à 8 ou 10

cm. de profondeur, dans un coin du village ou en pleine brousse. La

germination se produit un mois après et la transplantation a lieu

l’année suivante en plein hivernage, au mois d’août. Les arbres, placés

sans ordre et toujours trop rapprochés (2 ou 3 m. d’écart seulement),

sont plantés dans des endroits légèrement humides et ombragés, parfois

même trop sombres et trop couverts, de sorte qu’un certain nombre en

souffrent et restent chétifs. Le même fait s’observe pour les plantes de

semis naturel. Les pieds isolés sont protégés contre l’ardeur du soleil

par des abris en feuilles de palmier portés sur quatre piquets.

Au Fouta-Djalon, on fait aussi germer les noix de Kola dans une galerie

forestière, au bord d’un marigot et quand l’arbuste est âgé de 5 à 6 ans

on le transplante dans une _roundé_ (terrain cultivé sur l’emplacement

d’une ferme) ou dans une _margha_ (ferme habitée).

Le document cité plus haut rapporte une opération de culture assez

curieuse, qui serait pratiquée par les indigènes du Samo[247] (Guinée

française).

Dans cette province, lorsque les Kolatiers atteignent 2 ou 3 mètres de

hauteur, à l’âge de quatre ou cinq ans, on écorce la tige sur une

hauteur de 0 m. 20. La plaie est ensuite recouverte, jusqu’à

cicatrisation, d’un morceau de toile qu’on évite de trop serrer. On

arriverait ainsi à hâter la fructification et à la rendre plus

abondante[248]. Il serait nécessaire d’expérimenter cette méthode dans

les jardins d’essais, afin de déterminer si elle est réellement

efficace.

A Sierra-Léone, les noirs cultivent assez méthodiquement le précieux

arbre.

D’après les renseignements qu’a bien voulu nous envoyer le Gouvernement

de la colonie, il existerait environ 4.500 principaux villages à Kolas ;

cultivant en moyenne 50 arbres par village ; ceux-ci espacés de 20 pieds

les uns des autres, sont en moyenne au nombre de 109 par acre (ou 272 à

l’hectare) ; ils couvriraient donc une surface de 2.065 acres dans toute

la colonie : en général, la culture est confinée au bord des rivières.

En Mellacorée, où il existe habituellement une douzaine de Kolatiers par

village de 30 cases, quelques indigènes ont assuré à E. BAILLAUD, que si

l’on plantait quelques touffes de _Sanseviera guineensis_ (plante

textile rarement utilisée par les indigènes, mais souvent considérée

comme fétiche), autour du précieux arbre, on le faisait prospérer.

Le Kissi est un des rares pays où nous ayons vu les Kolatiers entourés

de très grands soins par les indigènes. Dans cette province, on

ensemence réellement l’arbre et on en plante régulièrement chaque année

au bord des sentiers aboutissant aux divers villages.

On fait habituellement germer les noix d’une manière assez originale.

Il existe dans chaque case d’habitation un grand récipient en terre plus

ou moins poreuse (_canari_), dans lequel les femmes apportent chaque

jour de l’eau pour les usages domestiques. Ce vase est entouré d’un lit

de sable humide qui le maintient droit. On dépose sur ce lit de sable

les noix dont on veut obtenir la germination. Dès que celle-ci s’opère,

c’est-à-dire, lorsque les cotylédons s’écartent et laissent poindre la

radicule, on transporte le jeune plant à son emplacement définitif qui

est toujours situé au bord d’un sentier dans l’îlot de forêt entourant

le village.

On creuse préalablement un trou profond de 60 cm. ; on le remplit de

fumier, de cendres, et de cette terre noire très riche en matières

organiques, qui forme souvent de gros tas à l’entrée des villages. Au

fur et à mesure que le Kolatier grandit, on élève au pied un petit

monticule formé de détritus végétaux ou de balayures et de temps en

temps on remue la terre au pied des arbres. Les rameaux inclinés par le

poids des fruits sont étayés à l’aide de fourches en bois.

L’habitant du Kissi et du Kouranko soigne ses Kolatiers presque avec

autant d’attention que le paysan français soigne ses vignes, ses

pommiers ou ses oliviers. Malheureusement le noir ne sait pas régler

l’éclairage des Kolatiers : l’ombrage modéré est bienfaisant pour ces

arbres, mais dès qu’il devient épais, il produit une demi-obscurité

favorable au développement des épiphytes. Les arbres d’essences diverses

environnant le précieux végétal ne sont jamais émondés, de sorte que

leurs branches s’enchevêtrent souvent dans celles du Kolatier, qui

devient dès lors presque stérile. Lui-même n’est jamais taillé, les

indigènes prétendent qu’un outil en fer ne doit jamais être mis en

contact d’une partie quelconque de l’arbre sacré. Aussi les branches

sont souvent étalées d’une manière très défectueuse. Certains Kolatiers

sont ramifiés au ras du sol et d’autres ont un tronc qui n’émet des

branches qu’à 6 ou 7 mètres de hauteur.

M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a fourni des renseignements

démontrant que les Ngans du cercle de Dabakala (Côte d’Ivoire) se

livrent réellement aussi à la culture de l’essence qui nous intéresse.

Les hommes ne s’occupent guère que des plantations de Kolatiers, tandis

que les femmes soignent les lougans d’ignames, de riz, de coton et de

tabac. Pour établir une plantation de Kolatiers, on débroussaille

entièrement un endroit de la forêt soigneusement choisi, toujours sur

une pente, afin que le drainage soit parfait ; tout est coupé, même les

arbres de haute futaie qu’on laisse habituellement dans les autres

lougans de riz ou d’ignames. Ce gros travail accompli, les Ngans

plantent d’abord des _Bans_ ou Palmiers d’eau (_Raphia_) et ensuite

seulement on ensemence les noix de Kola. Selon M. BARTHÉLEMY, les

_Raphia_[249] seraient destinés à protéger les Kolatiers contre les

dégâts des Rats palmistes (_Sciurus_) communs dans le pays. Les rats

palmistes sont très friands des fruits du Palmier et tant qu’ils ont ces

fruits à leur disposition, ils n’attaquent pas les graines du

_Kolatier_[250].

Dans les plantations de Kolatiers qui comprennent habituellement 250 à

300 arbres, plantés sans symétrie, les indigènes entretiennent aussi

habituellement une plante nommée _Béla_, à feuilles en forme de fer de

lance, destinées à faire les _froufrous_ dans lesquels on enferme les

noix de Kola. Cette plante est sans aucun doute une des Maratancées dont

il sera question dans un des prochains chapitres. Tous les arbustes et

les mauvaises herbes sont constamment arrachés.

M. SAVARIAU a donné aussi des détails intéressants sur la manière dont

les indigènes cultivent le _Cola acuminata_ au Dahomey :

« L’arbre à Kola, existant à l’état spontané au Dahomey, a été de tout

temps l’objet de quelques soins de la part des indigènes. Les plus

prévoyants de ces derniers font annuellement des semis de noix de Kola.

Ils choisissent les noix de Kola fraîches les plus belles, les sèment à

trois, quatre centimètres de profondeur dans un terrain léger, très

humifère et très humide, bien ombragé, au bord des lagunes de

préférence. Les noix quotidiennement arrosées germent au bout d’une

vingtaine de jours et les jeunes plants sont laissés en pépinière. On

les arrose fréquemment pendant cette période et on bine de temps à autre

la terre qui les porte. La transplantation est effectuée au début de la

saison pluvieuse dans les sous-bois humides et les indigènes ont bien

soin, pour mettre les Kolatiers en place, de faire des trous d’assez

grandes dimensions, qu’ils remplissent, en grattant la couche

superficielle avoisinante, évidemment plus riche en principes

fertilisants.

« Malheureusement les indigènes n’ont aucune notion de la distance à

laisser entre les arbres. Ils les plantent toujours trop rapprochés ;

beaucoup sont à deux ou trois mètres les uns des autres et cela nuit

considérablement à leur développement.

« Les soins donnés aux Kolatiers en croissance varient légèrement

suivant les régions. En certains points, on se contente de débrousser

sur un rayon de 1 m. 50 à 2 m. autour de chaque arbre ; on ne pratique

aucune taille, on ne coupe même pas les branches mortes ou brisées, on

laisse les arbres mourir de vétusté, parce que les croyances fétichistes

interdisent de faire subir le contact du fer aux Kolatiers. Dans les

régions où cette superstition n’existe point, les indigènes débarrassent

les arbres des branches mortes ou brisées afin d’empêcher celles-ci

d’endommager par leur chute les branches voisines »[251].

=II. — BOUTURAGE.=

D’après de nombreux auteurs, les indigènes de l’Afrique tropicale

multiplient fréquemment le Kolatier par bouturage ou par marcottage.

Cette pratique a été signalée pour la première fois par E. HECKEL en

1893, d’après les observations faites par le jardinier E. PIERRE, qui

dirigea le Jardin d’essai de Libreville de 1887 à 1892.

Elle doit être pratiquée rarement en Afrique occidentale : nous ne

l’avons pas constatée, pour notre part, au cours de nos voyages.

Cependant M. Charles VAN CASSEL, membre de la mission WŒLFFEL (1899),

nous a assuré que « certains porteurs de la mission, dans le Pays des

Dans ou Dyolas, emportaient des boutures prélevées sur les arbres des

villages qu’ils traversaient, mais ils n’en prenaient pas sur les pieds

de leur propre village ». Le comte ZECH mentionne aussi ce procédé de

multiplication au Togo. « D’après mes renseignements et les observations

que j’ai pu faire, la propagation se fait aux environs de Tapa au moyen

des boutures »[252].

M. NICOLAS nous a assuré dans une communication verbale que dans le nord

de la Côte d’Ivoire les indigènes courbaient souvent les rameaux de

certains Kolatiers, de manière à en enterrer l’extrémité. Au bout de

quelque temps, des racines se forment et on n’a plus qu’à séparer et

transplanter le nouveau plant.

Dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire, on procède différemment.

D’après l’administrateur SALVAN, qui commandait le cercle de Koroko

(ancien territoire de Kong), en 1905-1906, « quand on désire établir une

plantation, on coupe une branche d’environ 1 m. 50 à un Kolatier voisin.

On la recourbe ensuite en forme d’arceau en enfonçant en terre les deux

extrémités. Lorsque l’on juge les racines assez profondes et

suffisamment fortes, l’on sépare l’arceau en deux par le milieu et l’on

obtient de cette manière deux Kolatiers au lieu d’un. »

Enfin, E. BAILLAUD a observé en Mellacorée que les Kolatiers étaient

habituellement propagés par des drageons enlevés à la base des arbres

adultes.

Si réellement les marcottes et les boutures de Kolatiers sont préférées

aux semis, c’est que les indigènes ont reconnu que ces procédés étaient

avantageux pour conserver les qualités acquises.

A notre connaissance, aucun Jardin d’essais n’a encore tenté

d’expérience en vue de contrôler le degré de créance qu’il faut donner à

ces renseignements. Il serait pourtant du plus haut intérêt de

multiplier par bouturage les Kolatiers les plus productifs et donnant

les plus grosses noix.

=III. — RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LES PLANTATIONS EUROPÉENNES.=

Diverses plantations de Kolatiers ont été entreprises par quelques

européens, surtout depuis une quinzaine d’années. La plupart ont été

abandonnées avant d’avoir donné aucun résultat. On en signale

actuellement seulement quatre ou cinq en Afrique occidentale et à

Madagascar, et elles comprennent chacune quelques milliers d’arbres au

plus.

Peu de renseignements ont été publiés sur ces plantations et sur celles

des Jardins d’essais, de sorte qu’il est difficile d’en tirer des

données pratiques.

Nous signalerons cependant les faits les plus importants mis en relief.

Le document le plus ancien, et aujourd’hui encore des plus précis sur la

manière d’établir ces plantations, est dû à l’infortuné SAUSSINE[253],

qui résida longtemps aux Antilles comme professeur de chimie au lycée

St-Pierre et périt dans l’éruption de la montagne Pelée :

« On trouve le Kolatier depuis le voisinage de la mer jusqu’à des

altitudes de 1.000 à 1.500 mètres ; mais les altitudes qui lui

conviennent le mieux sont comprises entre 300 et 600 mètres. Il lui faut

un climat chaud et humide ; il appartient à la même zône de culture que

la banane et le cacao.

« Il semble s’accomoder de sols assez variés, redoute seulement les

terres marécageuses ou sujettes à des inondations. Le meilleur sol est

un sol profond, légèrement argileux et bien drainé.

« _Semis._ — On le propage à partir de graines, en choisissant les plus

grosses et les plus mûres. Le semis peut se faire soit en place, soit

sur bandes ; ce dernier procédé est toujours préférable. Les graines

doivent être semées fraîches ; si on doit les transporter au loin, on

les met dans des caisses à jour, après les avoir enveloppées de feuilles

fraîches qu’on humecte de temps en temps.

« Les bandes seront établies autant que possible à l’ombre et près d’un

filet d’eau ; elles auront environ un mètre de largeur ; on y trace le

grand axe et les deux autres à 20 cm. des bords ; on y dépose les

graines à 30 cm. l’une de l’autre et on les recouvre de terre. On arrose

fréquemment et on tient la surface très propre.

« _Plantation._ — Les jeunes plantes apparaîtront au bout de trois à

cinq semaines ; on les laisse croître jusqu’à 30 cm. ; il faut alors

éclaircir les rangs en repiquant la moitié des plantes sur une nouvelle

bande jusqu’à ce qu’ils aient atteint près d’un mètre.

« La plantation définitive qui a lieu au commencement de la saison des

pluies, se fait en trous carrés de 30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de

profondeur, à 7 m. 50 les uns des autres. La méthode est toujours la

même : préparer le trou un peu avant la plantation et le remplir de

terreau bien fait. Quand on y met le plant, on étale les racines avec

soin et on tasse la terre légèrement. Il est également nécessaire de

mettre un fort tuteur.

« Comme les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire,

s’il n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers,

quelques mois auparavant. On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes

d’attente, mais les bananiers épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3

m. 50 l’un de l’autre en intercalant les Kolatiers entre eux.

« Dans les endroits ombragés, on supprime les bananiers au centre de

chaque carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les

arbres poussent.

« La plantation, une fois établie dure longtemps et peut même constituer

à son tour un ombrage pour d’autres cultures, en particulier certaines

cultures vivières.

« Le Kolatier épuise peu le sol, mais les cultures intercalaires de

bananiers avant la plantation ou de légumes après, sont par elles-mêmes

assez épuisantes pour qu’il soit nécessaire de fumer de temps à autre. »

A Madagascar, on recommande de procéder de la manière suivante : Le

semis en pépinière doit être fait sous ombrage, sur un sol bien défoncé,

bien fumé et fréquemment arrosé. La germination se produit au bout de 3

à 5 semaines.

La mise en place définitive se fait sous ombrage lorsque les plants

atteignent 40 cm. à 50 cm. de haut. Elle est très délicate et doit être

faite au moment des grandes pluies. L’écartement préconisé varie de 6 m.

à 7 m. 50. Il est inutile de faire plusieurs mois à l’avance des trous

mesurant au minimum 0 m. 70 de côté sur 0 m. 80 de profondeur.

*

* *

En Guinée française, il a été fait d’assez nombreux essais de

plantations, mais presque toutes ont été abandonnées. Dès 1897, un

colon, M. GÉNOT, recommandait de faire la transplantation deux ou trois

mois seulement après la germination, alors que la jeune plante n’a

encore que 0 m. 10 de hauteur au maximum.

Un an plus tard, la racine longuement pivotante atteint déjà 1 m. ou 1

m. 50 de longueur ; aussi l’arrachage est toujours défectueux et la

reprise des plants âgés se fait très mal[254].

En 1901, P. TEISSONNIER insiste encore sur les difficultés de la

transplantation. Malgré les soins apportés à l’arrachage des plants

restés un an en pépinière, il est impossible de conserver le pivot dans

toute sa longueur. La reprise se fait difficilement ; un grand nombre de

plants périssent pendant la saison sèche et ceux qui survivent restent

languissants. Certains arbustes ainsi transplantés atteignaient à peine

30 cm. à 40 cm. de hauteur, tandis que les Kolatiers plantés en

germination et provenant du même semis avaient une hauteur moyenne de 1

m. 60 à leur deuxième année. C’est pourquoi le directeur du Jardin

d’essais de Camayenne recommande de procéder de la manière suivante :

« Après avoir fait choix du terrain, on sème en planches en mettant

entre les rangs 0 m. 20 et en conservant une distance de 0 m. 10 sur le

rang. Les noix sont recouvertes de 2 cm. à 3 cm. de terre ; les planches

sont ombragées avec des feuilles de palmiers et arrosées chaque fois que

le besoin se fait sentir. La levée a lieu au bout de 50 ou 60 jours et

la mise en place doit se faire dès que la tige a 10 cm. à 12 cm. de

hauteur.

« En semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la deuxième quinzaine

d’avril et on peut procéder à la mise en place dans la première

quinzaine de mai.

« Par cette méthode, il n’y aura aucun vide dans la plantation ; on

obtiendra dès la deuxième année des plantes de 1 m. 60 et la

fructification se trouvera avancée dans de notables proportions »[255].

En Guinée encore, un colon nommé VACHER, avait fait il y a quelques

années des plantations de Kolatiers assez étendues dans le Bramaya et

dans la Mellacorée. D’après les renseignements qu’il nous communiquait

en 1905, peu de temps avant sa mort, il faudrait :

1o Clôturer les terrains où croissent les jeunes Kolatiers pour les

soustraire à la dent des animaux domestiques et des mammifères

sauvages ;

2o En Guinée, on doit arroser les jeunes Kolatiers en saison sèche ;

3o C’est en hivernage qu’il faut pratiquer la taille.

Dans la colonie allemande du Togo, des essais de culture ont été faits

par M. PLEHN et par le Dr GRÜNER. Ce dernier observateur insiste sur la

nécessité d’ombrager le Kolatier et de le planter dans des terrains non

pierreux. Dans les terrains pierreux, si l’on veut absolument créer une

plantation, il faudra priver, au moins jusqu’à un mètre de profondeur,

la terre de toutes les pierres qu’elle contient. Malgré ces conseils, il

ne semble pas que les tentatives faites au Togo aient donné de grands

résultats[256].

On planta en 1904, en deux endroits différents 100 Kolatiers, au Jardin

de Victoria au Cameroun.

A l’un des endroits, le sol fut profondément creusé et l’on installa des

cultures intercalaires. Plus tard on fuma deux fois avec un compost. Les

arbres mesurent maintenant à un mètre au-dessus du sol 0 m. 50 à 0 m. 60

de circonférence.

Le diamètre moyen de la couronne des arbres varie de 3 à 4 m. 50, et ils

ont, déjà en 1907, porté des fruits. Cette année (1908), ces derniers

ont été abondants et ont atteint leur complète maturité.

La deuxième plantation, abandonnée sans soins, n’a donné que des arbres

rabougris, atteignant à peine la hauteur de l’homme.

La meilleure méthode consiste à placer les semences en plates-bandes

exposées au sec, mais arrosées matin et soir. Les plantules sont mises

en place trois mois après la germination à des distances de 6 mètres, en

les ombrageant à la façon des Cacaoyers et des _Funtumia_.

40.000 à 50.000 Kolatiers sont ainsi plantés au Cameroun[257].

Dans les colonies anglaises de l’Ouest africain, les Jardins d’essais

officiels ont fait aussi des plantations expérimentales étendues

relatives aux Kolatiers, mais ces stations n’ont publié que des

renseignements succincts sur les résultats obtenus. A Sierra-Léone, on a

reconnu que l’arbre, planté en forêt, croît mieux que dans les terrains

déboisés ; il est bon de remuer le sol pour l’empêcher de durcir au-

dessus des racines qui seraient ainsi privées d’air. Le Kolatier

rapporte plus ou moins promptement, et cela dépend de la sélection des

graines ; quelques arbres, en effet, commencent à produire vers 7 ans et

pour d’autres il faut 25 ans[258].

A la Gold Coast, plus de 10.000 pieds de _Cola rubra_ avaient déjà été

plantés en 1905 dans le Jardin botanique d’Aburi et à la station de

Tarkwa. Une courte notice sans intérêt pour nous a été publiée par les

soins de l’Administration et est destinée à être distribuée aux

indigènes[259].

Les kolatiers & les noix de kola · 第 24 / 40 段