BARR ; il ne nous appartient pas de discuter ou d’émettre
personnellement une opinion sur la valeur médicamenteuse de cette
drogue, ce qui serait d’ailleurs superflu, car à la suite de nombreuses
formes spécialisées de médicaments à base de Kola qui existent dans le
commerce pharmaceutique, l’usage s’en est répandu de plus en plus et
l’on peut dire qu’il est sorti du domaine purement médical pour prendre
place parmi ces substances comme le thé, le café, le maté, sortes
d’aliments de luxe, que le public consomme aujourd’hui couramment sans
aucune crainte ; c’est surtout à cause de ses qualités excitantes et
toniques qu’il est universellement apprécié.
_Modes d’emploi. — Formes pharmaceutiques._ On sait que les noirs
africains consommateurs de Kola n’emploient les fameuses noix que
fraîches, et en les mastiquant lentement, de façon à mettre peu à peu
les principes utiles ou actifs en liberté et à obtenir ainsi, la
sensation de bien-être et l’excitation physique qu’ils recherchent. Pour
eux surtout, le Kola est un aliment de luxe et dans certains cas
spéciaux un stimulant physique de premier ordre.
La difficulté de se procurer, en France, des noix fraîches, autrefois
simple curiosité de laboratoire, entraîna les industriels à ne se
préoccuper uniquement que des noix sèches et celles-ci, venues du marché
africain qui ne savait les utiliser, ont trouvé en Europe un débouché
assez important.
La plupart des formes pharmaceutiques actuelles sont donc obtenues à
l’aide de noix sèches.
La fréquence et la rapidité des moyens de transport existant
actuellement entre la côte occidentale d’Afrique et les ports d’Europe,
permet aujourd’hui d’apporter facilement en Europe des Kolas frais en
prenant quelques soins dans l’emballage. On peut ainsi utiliser dans la
pharmacopée européenne, soit des noix fraîches, soit des extraits de
noix fraîches.
Les récentes recherches que l’un de nous a particulièrement provoquées
dans son laboratoire montrent, comme il vient d’être établi
précédemment, que l’activité des noix fraîches, ne saurait être
entièrement comparée à celles des noix sèches ; aussi convient-il de
chercher maintenant à obtenir des préparations dont l’action puisse se
rapprocher le plus possible du produit frais et ce résultat est
actuellement atteint, grâce au procédé de stérilisation de GORIS et
ARNOULD qui a permis à l’industrie de fabriquer des produits nouveaux,
et d’un gros intérêt économique.
L’industrie pharmaceutique utilise, pour ainsi dire, les amandes de
toutes les espèces de _Cola_ de la section _Eucola_, aussi bien les noix
à deux cotylédons (_C. nitida_), que l’on désigne, du moins en France,
sous le nom de Kola-demis, que celles qui présentent plus de deux
cotylédons (_C. acuminata_, _C. Ballayi_, _C. verticillata_) connues
sous la dénomination de Kola-quarts.
La Pharmacopée officielle française décrit seulement la noix à deux
cotylédons, et ne la reconnait comme officinale que si elle renferme
1,25 gr. % de caféine[236].
Les préparations inscrites dans cette pharmacopée sont : l’extrait ferme
de Kola, l’extrait fluide, la teinture alcoolique, le vin et le
saccharure granulé, mais on peut en faire un grand nombre d’autres
suivant les usages particuliers auxquels on les destine.
_Extrait de Kola sec._ — La préparation de cet extrait, qu’on obtient en
épuisant la poudre de Kola par l’alcool à 60°, a donné lieu à de
nombreuses controverses dues à l’obligation officielle imposée par le
Codex, d’après laquelle l’extrait ferme de Kola doit renfermer 10 % de
caféine.
Les études de MM. WARIN[237], JAVILLIER et GUÉRITHAULT[238],
ALLARD[239], ceux du Laboratoire de la maison BOULANGER-DAUSSE[240] à
Paris ont montré que, dans la préparation de cet extrait, une partie de
la caféine restait dans les résidus et qu’il était impossible d’obtenir,
en partant de la noix sèche, le titre exigé par la pharmacopée.
Cela n’a rien qui doive surprendre, puisque l’on a vu que la caféine,
combinée à des tanins, se libérait au cours de la dessiccation, d’une
façon partielle : une quantité variable avec les conditions de cette
dessiccation restant toujours combinée au mélange dit « rouge de Kola »,
complètement insoluble dans les véhicules employés. Peut-être aussi,
comme le pensent MM. BOULANGER-DAUSSE, le mucilage abondant chez
certaines sortes de Kolas empêche-t-il le contact intime de l’alcool
avec les éléments de la poudre employée.
En tous cas, il faut éviter les filtrations destinées à rendre le
liquide alcoolique clair pendant l’épuisement, car la partie tanno-
résineuse en suspension renferme de la caféine.
_Extrait de Kola frais stérilisé._ — Industrialisant le procédé de
stérilisation décrit par GORIS et ARNOULD, MM. BOULANGER-DAUSSE ont
obtenu une forme extractive dite « intrait de Kola » qui renferme tous
les principes actifs de la noix et ce procédé permet seul d’extraire
intégralement toute la caféine des semences employées[241]. De plus, le
rendement total en extrait est environ d’un poids double.
Il n’est donc pas téméraire de penser que la solution du problème
industriel est trouvée et qu’au point de vue pharmaceutique, on devra,
dans l’avenir, ne se servir exclusivement que de Kola frais stérilisé
par la vapeur d’eau sous pression ou par tout autre procédé pratique
arrivant au même résultat.
_Kola frais stérilisé._ — La stérilisation est, on le sait des plus
simples. Les noix stérilisées sont ensuite desséchées puis pulvérisées
et la poudre obtenue est de couleur grisâtre pâle si elle provient de
noix blanches, ou violacée si elle provient de noix rouges. En aucun
cas, la poudre obtenue ne présente la couleur rouge acajou si
caractéristique des noix desséchées spontanément à l’air. Cette couleur
acajou indique que des oxydations ont eu lieu, qui modifient la
composition chimique en mettant en liberté de la caféine, des tanins et
du rouge Kola. C’est la formation du rouge de Kola qui donne, dans ce
cas, la coloration rouge.
La poudre de Kola frais stérilisé se conserve indéfiniment, si on la
place en un endroit sec et autant que possible à l’abri de la lumière ;
elle peut servir à tous usages et remplacer la noix fraîche, dont elle
possède l’activité physiologique.
Dans les pays plus éloignés de l’Europe que la côte occidentale
d’Afrique où les Kolas provenant de plantations ne sont pas l’objet
d’une forte consommation locale, comme à Madagascar ou à la Jamaïque,
par exemple, il serait sans doute particulièrement avantageux de
stériliser les noix fraîches avant leur expédition sur le marché
européen. La drogue, ainsi préparée par le procédé simple que nous avons
indiqué, trouverait certainement un excellent débouché dans le commerce
de la droguerie pharmaceutique.
Passons maintenant en revue les diverses formules de préparations qui
peuvent être employées :
_Comprimés et tablettes de Kola frais stérilisé._ — A l’aide de la
poudre stérilisée, on peut faire, par exemple, des comprimés du poids de
0,25 à 0,50 cg., qui représentent 0,50 cg. à 1 gr. de substance fraîche.
Une noix de Kola pesant en moyenne 10 à 12 gr., il sera donc aisé de
prendre la dose qui conviendra le mieux. La poudre de Kola pourra
également être associée à du sucre, du cacao ou toute autre substance
que l’on voudra y incorporer et dès lors on pourra faire des tablettes
alimentaires au Kola de composition et de poids variables, suivant
l’effet recherché.
_Préparations alimentaires._ — Mais, si l’on veut obtenir un produit
alimentaire de luxe très actif, il sera préférable d’employer l’extrait
ordinaire ou mieux encore la forme extractive obtenue en partant du Kola
stérilisé qui sous un faible volume est extrêmement active.
D’après MM. BOULANGER-DAUSSE, le Kola frais stérilisé et réduit en
poudre, donne environ 26 % de son poids d’extrait par l’alcool à 70° ;
26 gr. représentent donc physiologiquement 100 gr. de noix desséchée
après stérilisation, soit 200 gr. environ de substance fraîche, ou 17 à
18 noix.
En résumé, 1 gr. 40 à 1 gr. 50 d’extrait physiologique préparé par la
méthode que l’un de nous a préconisée avec M. GORIS[242] représentent
une noix fraîche du poids moyen de 12 gr. Cet extrait pourra à son tour
servir à toutes les combinaisons médicinales ou alimentaires possibles.
On a préparé ainsi, des _tablettes de chocolat au Kola_, représentant
chacune une demi-noix fraîche, des _biscuits_, des _dragées_ etc.
_Masticatoire au Kola._ — Mais nous donnerions volontiers la préférence
à la forme dite « masticatoire ». Rien n’est plus aisé, en effet, que
d’incorporer aux substances ordinairement employées dans la préparation
des « shevin gum » américains, par exemple, une dose de poudre ou mieux
d’extrait de Kola stérilisé. On se rapprocherait ainsi davantage de la
manière indigène en mettant lentement en contact avec la sécrétion
salivaire, les principes actifs du Kola qui abandonnent pour ainsi dire
leur caféine à l’état naissant, en même temps que la mastication
provoque une abondante salivation qui n’est pas sans action sur la
digestion.
_Granulé au Kola._ — Une des formes commerciales les plus courantes sous
laquelle on emploie le Kola en pharmacie est le saccharose granulé.
Pour le préparer, on prend de l’extrait de Kola qu’on fait dissoudre
dans du sirop de sucre et auquel on ajoute du sucre pour faire une pâte
qu’on force ensuite à passer à travers les mailles d’un tamis. On
obtient ainsi des fragments cylindriques (vermiculés) qu’on dessèche et
conserve en flacons. On règle la dose de façon que le granulé obtenu
représente son poids de Kola sec.
Là encore on substituera avec avantage l’extrait de Kola stérilisé, dont
l’activité est, on ne saurait trop le répéter, toujours plus grande et
différente du produit officinal.
_Vin de Kola._ — La préparation du vin de Kola est des plus simples. Le
Codex recommande de prendre 60 gr. de noix de Kola pulvérisée (demi-
fine) que l’on fait macérer 8 jours dans un litre de vin de Malaga ; il
suffit alors de filtrer.
On pourrait également faire du vin de Kola non seulement en remplaçant
la poudre de noix desséchée du commerce, par le même produit préparé
avec des noix fraîches préalablement stérilisées, mais encore à l’aide
des noix fraîches elles-mêmes.
Pour cela, on en prendra 80 à 100 gr. environ, soit 6-8 noix fraîches,
qu’on découpera en petits morceaux, placés immédiatement dans l’alcool à
60° ou dans du tafia, si l’on n’a que ce liquide alcoolique à sa
disposition, et en quantité juste suffisante pour que le Kola soit
imbibé ; on laissera ainsi 5 ou 6 jours et l’on versera sur le tout un
litre de vin.
Dans ce cas, il sera inutile d’employer des vins à titre alcoolique
élevé, c’est-à-dire les vins de liqueurs et l’on s’adressera aux vins
ordinaires, l’alcool de macération relevant très largement le titre de
ces derniers.
_Extrait fluide de Kola._ — Les extraits fluides, fabriqués de façon à
représenter leur poids de plante employée, pénètrent chaque jour
davantage dans la pratique pharmaceutique et le Codex a donné la formule
d’un _extrait fluide de Kola_, au sujet duquel, nous ferons en ce qui
concerne la substitution du Kola frais stérilisé la même remarque que
pour l’extrait ferme ; 1 gr. d’un tel extrait fluide correspondra dès
lors à 2 gr. de drogue fraîche, et il en faudra de 5 à 6 grammes, soit
une cuillerée à café environ pour représenter une noix fraîche.
*
* *
Les préparations à base de Kola peuvent être multiples et ne sont pas
l’apanage exclusif du pharmacien. En effet, dans le Guide de
l’Inspecteur de pharmacies de MM. ROUX, chef du service de la répression
des fraudes et GUIGNARD, directeur honoraire de l’Ecole supérieure de
pharmacie de Paris[243], on lit :
« Certaines préparations, telles que l’extrait de Café, de Kola ont
évidemment un caractère alimentaire et ne doivent pas être considérées
comme des préparations pharmaceutiques pas plus que le chocolat à la
Kola ou à l’extrait de Kola ».
Mais il n’en sera pas de même des préparations dans lesquelles entreront
d’autres substances médicamenteuses ou toniques. Nombre de vins
médicinaux composés sont dans ce cas et, à fortiori, quand il s’agira
d’associer, comme on le fait, le Kola à la noix vomique ou à la
strychnine.
On emploie le plus généralement dans ce cas, et _seulement sur
ordonnance médicale_, les mélanges suivants donnés ici à titre de simple
renseignement :
Extrait fluide de Kola (Codex) ou de Kola frais stérilisé 60 gr.
Teinture de noix vomique (Codex 1908) 5 —
_Dose_ : 50 gouttes, de 3 à 5 fois par jour.
ou bien encore :
Extrait fluide de Kola 60 gr.
Gouttes amères de Baumé (Codex 1908) 3 —
Enfin on peut associer, dans le même but, à la poudre de noix de Kola
fraîche stérilisée, la poudre de noix vomique ou de Fèves de St-Ignace.
Poudre de Kola frais stérilisé 60 gr.
Poudre de noix vomique 1 —
Diviser en cachets ou pastilles comprimées de 0,50 cg.
_Dose moyenne_ : de 5 à 10 cachets par jour.
Pour rendre cette dernière préparation plus active, on peut remplacer un
tiers de la poudre par de l’extrait sec de Kola pur stérilisé et prendre
de 3 à 5 cachets en augmentant la teneur de poudre de Noix vomique qui
sera portée à 1 gr. 50 dans la formule ci-dessus.
D’ailleurs le médecin reste seul juge des proportions, car on a vu
combien était variable l’action du Kola avec les individus.
On peut enfin fabriquer des élixirs de Kola, dont voici deux formules :
1o Extrait fluide de Kola 50 gr.
Alcool à 60° 100 —
Sirop simple 100 —
Vin de Lunel 250 —
On peut ici remplacer avantageusement, à notre avis, le sirop de sucre
par les sirops de groseilles, de cerises ou de framboises.
2o Extrait fluide de Kola 50 gr.
Glycérine 60 —
Alcool à 90° 60 —
Vin de Malaga blanc 500 —
Sirop de sucre 200 —
Teinture de vanille 10 —
Eau distillée, Q. S. pour 1000 —
Cette dernière formule est celle du Formulaire des pharmaciens français.
=Emploi du Kola dans la ration alimentaire des animaux.=
Il est à peine besoin d’ajouter que tout ce qui vient d’être dit
concernant les usages thérapeutiques du Kola chez l’homme, peut
s’appliquer également à la médecine vétérinaire, mais il est nécessaire
d’insister sur quelques essais spéciaux intéressants.
Si le Kola administré sagement est un excellent adjuvant pour obtenir un
rendement meilleur des forces humaines et permet un effort soutenu des
plus intéressants pour le soldat et tous ceux qui s’occupent des sports,
on conçoit qu’il ait été accueilli favorablement par les entraîneurs de
chevaux de course.
Les expériences de J. CHEVALIER et ALQUIER rapportées dans le chapitre
précédent sont concluantes, et bien qu’il soit très difficile de se
documenter sur ce terrain spécial, nous savons que bon nombre
d’entraîneurs font usage depuis longtemps déjà de la poudre de Kola. Le
Kola frais est même employé et les produits obtenus de noix fraîches
stérilisées sont actuellement très en faveur dans certaines écuries.
Des expériences ont également été faites en France et en Allemagne, sur
le cheval de guerre, et les résultats sont de même ordre physiologique
que ceux qui ont été constatés chez l’homme.
Une autre application assez curieuse est à signaler encore, c’est celle
qui a trait à l’alimentation des vaches laitières. Ces expériences ont
été faites par M. MEINERT[244], fermier à Hammertrof, en Allemagne, avec
un fourrage préparé par la Société de produits alimentaires d’Altona et
ont été rapportées en France par le professeur GRANDEAU. Les résultats
paraissaient excellents, mais à notre connaissance ils n’ont pas été
contrôlés et confirmés dans ces dernières années.
* * * * *
[Note 236 : _Codex medicamentarius gallicus_, Paris, 1908, p. 167.]
[Note 237 : WARIN. — Note sur l’extrait de Cola (Codex 1908). _J. Ph. et
Ch._, 1910, [7], I, p. 543 et 1910, [7], II, p. 350.]
[Note 238 : JAVILLIER et GUÉRITHAULT. — Sur la préparation de l’extrait
ferme de Cola. _Bull. Sc. pharmacol._, 1910, XVII, p. 337.]
[Note 239 : ALLARD. — Teneur en caféine de l’extrait de Cola. _J. Ph. et
Ch._, 1910, [7], II, p. 122.]
[Note 240 : BOULANGER-DAUSSE. — L’extrait de Kola. _Bull. Sc.
pharmacol._, 1910, XVII, pp. 639-645.]
[Note 241 : On peut également préparer une forme extractive de Kola
stérilisé par le procédé BOURQUELOT à l’alcool bouillant, mais l’extrait
obtenu ne renferme pas non plus toute la caféine.]
[Note 242 : PERROT et GORIS. — Le stérilisation des plantes médicinales
dans ses rapports avec leur activité physiologique. _C. R. Ac.
Médecine_, séance du 22 juin 1909 et _Bull. Sc. pharmacol._, 1909, XVI,
p. 384.]
[Note 243 : E. ROUX et L. GUIGNARD. — Guide de l’Inspecteur des
Pharmacies, Paris, 1909, p. 65.]
[Note 244 : _Deutsche Landw. Presse_, 1898, no 41.]
QUATRIÈME PARTIE.
* * * * *
=Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.=
* * * * *
CHAPITRE XIV.
* * * * *
=La Culture des Kolatiers.=
* * * * *
Jusqu’à ces dernières années, la littérature coloniale est demeurée
excessivement pauvre en renseignements sur la culture des Kolatiers.
Dans sa Monographie, E. HECKEL dût passer ce chapitre presque sous
silence. O. WARBURG, dans le _Traité d’Agriculture tropicale_ de SEMLER
(2e édition)[245], réunit pour la première fois un faisceau
d’observations sur ce sujet, mais il constate combien sont rares encore
les indications précises et signale de nombreux problèmes à résoudre :
« Ce qu’on sait aujourd’hui de la culture du Kolatier ne pèse pas lourd,
écrit-il. Il n’y a nulle part de grandes plantations... La culture en
grand n’existe pas encore, et cependant en présence de la consommation
toujours croissante, il aurait été tout indiqué, depuis longtemps déjà,
de s’en occuper très sérieusement ; il aurait fallu, pour le moins,
organiser de vastes cultures expérimentales afin de tirer au clair les
détails pratiques de la culture industrielle. Exemple : nous savons
qu’au Soudan les grandes transactions commerciales ne portent que sur
quelques sortes de Kola bien définies, et qui ne se rencontrent que dans
une région étroitement limitée. Serait-ce dû uniquement à des
circonstances climatériques ? N’y aurait-il pas là des variétés
botaniques distinctes, susceptibles de fournir, même sous un climat
identique, chacune un produit différent ? Les recherches de K. SCHUMANN
faites depuis, semblent donner raison à la dernière supposition. A
quelle variété appartiennent les Kolatiers des divers Jardins
botaniques ? C’est que chacun de ces individus conservés dans les
Jardins botaniques est susceptible de devenir le point de départ d’une
culture industrielle, le jour où on arrivera à en faire. Il faudrait
tout de même savoir ce que valent toutes ces espèces-là. Sont-elles
bonnes ? Ou bien n’exposent-elles pas plutôt à des déboires les
planteurs qui s’y fieraient ?
« Voilà des questions qui demandent à être résolues par des stations
botaniques avant d’aborder la culture du Kolatier industriellement et en
grand.
« Le plus simple et le plus sûr serait de créer une plantation d’essai
d’abord dans l’Afrique occidentale même : par exemple, dans l’hinterland
du Togo. Il faudrait absolument ne prendre pour cet essai que les noix
les meilleures en les faisant venir directement des centres de
production renommés ; il faudrait qu’elles soient toutes fraîches ; on
pourrait simultanément envoyer à la côte une partie de ces noix de
qualité supérieure, afin d’y faire des essais parallèles.
« J’ai la ferme conviction qu’il est temps d’aborder d’une façon plus
sérieuse que cela n’a été fait, la culture industrielle du Kolatier dans
les colonies européennes de l’Ouest de l’Afrique. On prendrait pour
modèles la culture du Cacaoyer et celle du Caféier.
« L’Afrique même offre pour le Kola un débouché sûr et de toute première
importance...
« Une fois démontrée, la possibilité d’une culture industrielle,
d’importants centres nouveaux de production ne tarderaient pas à se
créer ; ils auraient sur ceux d’aujourd’hui (Achanti, Sources du Niger,
etc.), divers avantages, entre autres celui d’être bien plus facilement
accessibles à la côte.
« D’ailleurs la consommation du Kola en Europe et en Amérique va, elle
aussi, en croissant.
« Pour le marché européen et américain, il y aurait lieu peut-être un
jour de rechercher, par la sélection, la création de nouvelles variétés
qui n’aient pas cet arrière-goût de moisi qui nous est désagréable dans
la noix de Kola actuelle ; on aura avantage à créer d’autres variétés
qui soient particulièrement riches en principes actifs.
« Il est vrai, la culture en vue de l’exportation en Europe de la noix
sèche ne deviendrait avantageuse que le jour où les prix seraient
montés ; mais il faut bien se dire que cela arrivera fatalement dans un
avenir assez rapproché, si la consommation européenne et américaine
continue à progresser dans les mêmes proportions que par le passé.
« Le transport en Europe de la noix fraîche même est chose fort aisée
dès aujourd’hui ; les arrivages de noix de Kola fraîches à Marseille et
à Londres augmentent, en effet, d’année en année et sont déjà fort
appréciables.
« Il est certain que les précieuses propriétés de la noix de Kola lui
frairont, le temps aidant, une large route ; la nation qui, la première,
aura abordé avec énergie et succès la culture du Kolatier, retirera
naturellement la plus grande part des profits de cette nouvelle branche
d’industrie agricole tropicale.
« Lorsque des noirs plantent en terre, en quelque endroit propice, une
noix de Kola pour venir recueillir ensuite les fruits de l’arbre qui
aura poussé, cela ne mérite pas le nom de _culture_.
« Pas davantage, d’ailleurs, que la pratique des propriétaires
d’esclaves en Amérique qui avaient coutume de planter un Kolatier dans
quelque coin de leur exploitation et le laissaient se débrouiller tout
seul sans y apporter guère plus de soins que les noirs en Afrique.
« L’élevage de Kolatier dans une serre en Angleterre n’est toujours pas
encore de la « culture » dans le sens que nous entendons.
« Nous proposons ci-dessous un petit questionnaire auquel on ne saura
donner des réponses qu’après que des blancs auront fait des cultures
d’essai sur une vaste échelle, et ceci pendant un certain temps :
« Quels sont les sols et les expositions dans lesquels le Kolatier
pousse et ceux où il réussit le mieux ?
« Sa végétation peut-elle être réglée au moyen de la taille ? Supporte-
t-il la forme naine comme c’est le cas du cacaoyer et du caféier ? Une
irrigation régulière lui serait-elle profitable ?
« Quels perfectionnements pourrait-on utilement apporter aux procédés
actuels de préparation du fruit pour la consommation ?
« Une fois ces principales questions résolues, ce sera le moment de
passer à l’amélioration de la noix par une sélection attentive de la
semence. Il n’y a pas lieu de douter de la possibilité d’un
anoblissement de la noix de Kola par une culture digne de ce nom ; ce
serait nier toute l’histoire de l’industrie agricole.
« Pour ce qui est des conditions naturelles de la culture du Kolatier,
tout ce que nous savons pour le moment est que l’arbre réclame un climat
tropical et assez humide ; qu’il ne redoute d’ailleurs pas une période
de sécheresse retournant tous les ans, pourvu qu’elle ne soit pas très
longue ».
WARBURG énumère ensuite tous les renseignements qu’il a pu recueillir
sur la culture du Kolatier. Ils sont peu nombreux et une partie ne sont
pas exacts.
Depuis 1898, un très grand nombre de notes ont été publiées sur la
culture du Kolatier, mais elles laissent encore quantités de problèmes
dans l’ombre ; elles apprennent très peu de faits nouveaux et la plupart
des auteurs se sont copiés les uns les autres. Des plantations
expérimentales ont bien été entreprises dans quelques Jardins d’essais,
mais ces plantations ont été faites ou sur une très petite échelle ou
dans des conditions défavorables au point de vue des solutions à
attendre. D’autres ont été abandonnées presque aussitôt commencées et ne
peuvent donner de résultats intéressants.
Il serait, croyons-nous, oiseux de reproduire dans ce chapitre tout ce
qui a été publié sur la culture du Kolatier. Beaucoup de renseignements
rapportés par divers auteurs ont été controuvés par nos propres
observations.
Nous nous bornerons donc à signaler les constatations faites par l’un de
nous _de visu_ ainsi que les renseignements recueillis sur place au
cours de nos périgrinations en Afrique. Nous rappellerons seulement les
renseignements d’autres sources quand elles seront en concordance avec
nos propres observations.
Nous voulons éliminer ainsi un grand nombre de faits inexacts déjà trop
souvent publiés.
=I. — PROCÉDÉS DE CULTURE INDIGÈNE.=