pharm. Gesells._, 1898, VIII, pp. 16-18.]
[Note 206 : BOURQUELOT. — Ferments solubles oxydants et médicaments.
_Journ. Pharm. Chim._, 6e série, 1896, IV, p. 481.]
[Note 207 : H. MASTBAUM. — _Chem. Rev. über d. Fett- u. Harzindustrie_
1907, IV, p. 1 (d’après _Pharm. Centralh._ 1907, p. 704).]
[Note 208 : KNOX et PRESCOTT. — _Pharm. Rev._, loc. cit., p. 172.]
[Note 209 : A. GORIS. — Sur un nouveau principe retiré de la Kola
fraîche. _C. R. Ac. Sc._, Paris, 1907, CXLIV, p. 1162 et _Bull. Sc.
pharmacol._, 1907, XIV, p. 646.]
[Note 210 : CHEVROTIER et VIGNE. — Sur la noix de Kola fraîche. _Bull.
Sc. pharmacol._, 1906, XIII, p. 620 et aussi : Notes pharmacologiques
sur la noix de Kola. _C. R. Ac. Sc._, 1907, CLIII, pp. 175-178.]
[Note 211 : GORIS et ARNOULD. — Conservation et stérilisation des noix
de Kola fraîches. _Bull. Sc. pharmacol._, 1907, XIV, p. 159.]
[Note 212 : GORIS et FLUTEAUX. — Etat actuel de nos connaissances sur
les plantes renfermant de la caféine. _Bull. Sc. pharmacol._, XVII,
1910, p. 606-609.]
[Note 213 : A. GORIS. — Sur un second composé cristallisé de nature
phénolique retiré de la Kola fraîche ou stabilisée. _Bull. Sc.
pharmacol._, XVIII, 1911, p. 138.]
[Note 214 : O. GÖRTE. — _Inaug. Diss._, Erlangen, 1902.]
[Note 215 : POLSTORFF. — Ueber das Vorkommen von Betainen und von Cholin
in Coffein und Theobromin enthallenden Drogen. _Festsch._ OTTO WALLACH,
Göttingen, 1909, pp. 569-578.]
[Note 216 : A. GORIS et FLUTEAUX. — Plantes renfermant de la caféine.
Loc. cit.]
[Note 217 : P. BOURDET. — Les sucres de la noix de Kola fraîche. _Bull.
Sc. pharmacol._, XVI, 1906, p. 650.]
CHAPITRE XII.
* * * * *
=Action physiologique de la noix de Kola.=
* * * * *
Les premières recherches sur l’action physiologique de la noix de Kola
ont été faites à l’instigation du Dr E. HECKEL qui fut, nous l’avons
dit, le véritable introducteur de cette drogue dans l’alimentation et la
thérapeutique européennes. De nombreuses controverses et parfois même
d’âpres discussions se sont élevées dès les premières publications de ce
savant, qui eurent un retentissement considérable, jusqu’au sein de
l’Académie de Médecine.
Il serait fastidieux de reprendre ici l’historique complet de ces
discussions, exposées tout au long dans l’ouvrage du Dr HECKEL ; nous
les résumerons très brièvement et nous analyserons ensuite les
principaux travaux parus depuis cette époque. Hâtons-nous de dire que la
question de la pharmacodynamie du Kola doit aujourd’hui se diviser en
deux parties, suivant que l’on s’adresse à la noix fraîche ou au produit
sec qui, à cette époque, sauf de rares exceptions, parvenait seul sur
nos marchés. Ce que nous venons de dire sur les différences de
composition chimique, montre qu’il n’y a pas lieu de s’étonner des
variations constatées dans l’action de la drogue, et BINGER[218] avait
certes bien raison d’écrire :
« Jusqu’à présent, les expériences faites en France sur l’emploi du Kola
ont donné peu de résultats. Cela tient à ce que l’on se sert du Kola
desséché. Il serait cependant bien facile d’en faire venir du frais en
se servant de l’emballage de feuilles ».
Ce fut cependant beaucoup plus tard seulement que l’on devait
s’apercevoir de la véracité de cette assertion.
Le premier travail d’ensemble sur cette question est dû au Dr
MONNET[219], élève de DUJARDIN-BEAUMETZ ; quelques années plus tard,
parut celui de PARISOT[220], élève de GERMAIN SÉE. Ces auteurs[221],
suivant la pensée de leurs maîtres, ne voyaient dans l’action du Kola
que le rôle joué par la caféine et c’est de cette époque que date la
principale discussion entre HECKEL et GERMAIN SÉE, au cours de laquelle
le premier dut s’élever avec la plus grande énergie contre les
conclusions trop excessives de l’autre. HECKEL attribuait au _rouge de
Kola_ une activité particulière qui devait s’ajouter à celle de la
caféine et les études récentes sur la composition chimique lui donnent
évidemment raison, puisque cette substance renferme sans doute encore
une petite quantité de caféine combinée au tanin, et que ce composé
tannique peut n’être pas sans influence sur l’organisme.
De nombreux essais furent entrepris dès cette époque dans l’armée, dans
les clubs d’alpinistes, dans certaines sociétés sportives, et partout on
confirma l’action excitante du Kola, qui permet à l’organisme de
supporter pendant un temps relativement long des fatigues
supplémentaires.
Aux conclusions de HECKEL[222], exposées dans différents mémoires,
vinrent s’ajouter celles de R. DUBOIS[223] qui attribuaient au _rouge de
Kola_ une action comparative à celle de la caféine, mais bien
supérieure, et cela fut encore confirmé par MM. MONNAVON et
PERROUD[224], et ensuite par le Docteur MARIE[225], médecin stagiaire au
Val de Grâce, et enfin le Dr KOTLAR[226], de Saint-Pétersbourg.
Une note un peu discordante fut jetée dans le débat par M. le Dr
RODET[227], mais il ne semble pas que ses conclusions puissent
controuver les déductions tirées de ses belles expériences par le Dr
MARIE.
Le lecteur intéressé trouvera tous détails qu’il serait superflu de
répéter ici, dans l’ouvrage de HECKEL.
MOSSO, le célèbre physiologiste de Turin, prouve également que la noix
de Kola, dépouillée de sa caféine, conserve encore une activité
manifeste, mais il démontre que la Kolanine et le rouge de Kola sont
inactifs, ce qui controuve en partie les faits énoncés ci-dessus et rend
inexplicable cette action du Kola privé de sa caféine ; mais on sait
aujourd’hui qu’il doit y avoir là une erreur, à moins que MOSSO ne se
soit adressé à un rouge de Kola préparé de telle façon qu’il ne renferme
plus de traces de caféine, ce qui est très peu vraisemblable.
En 1894, WALTER BARR[228], de Quincy (Illinois), publie à son tour une
magistrale étude sur l’action physiologique du Kola, dans laquelle,
influencé par les recherches chimiques de KNEBEL, il part de ce principe
que c’est de la kolanine que dépend l’action physiologique du Kola.
Mais, d’autre part, comme il croit aussi à la possibilité de l’action
d’autres substances, il emploie pour ses expériences à la fois des noix
fraîches ou leurs préparations et des noix sèches ou leurs préparations.
L’action de ces dernières fut, dit-il, de même ordre que celle obtenue
des premières, mais cependant plus actives et ce n’est
qu’occasionnellement, d’après lui, que l’action bien connue de la
caféine s’ajouta à celle du principe actif du Kola. Comme le travail de
ce savant thérapeute est peu connu, il nous a paru utile d’y faire de
larges emprunts.
W. BARR pense que les résultats contradictoires obtenus, jusque-là, par
les cliniciens ne sont en somme « qu’un tissu d’erreurs nettement
apparentes et provenant d’une généralisation trop hâtive. Ils confirment
cette évidence chimique que la noix de Kola est quelque chose de plus
que de la caféine pure et simple ». Mais ces contradictions rappellent à
l’auteur celles tout à fait comparables découlant des travaux sur les
_Pilocarpus_ avant la découverte de la jaborine, comme facteur de leur
pouvoir dynamique.
« Les cliniciens, ajoute-t-il, ont bien noté les effets du Kola sur le
fonctionnement du cœur, sur les muscles, sur la tension artérielle, sur
son pouvoir de prévenir ou d’amoindrir pour une plus ou moins longue
durée, la fatigue, mais ils n’ont fait aucun travail sérieux touchant à
l’analyse de son action sur l’économie humaine et spécialement de son
effet sur le système nerveux. »
Malgré les difficultés d’une pareille recherche, difficultés que WALTER
BARR n’ignorait point, il a établi pendant plusieurs années, dans ce
but, des séries d’expériences en prenant les plus grandes précautions
pour se mettre à l’abri de toute cause d’erreur.
Après avoir choisi un nombre suffisant d’individus de différents types,
au physique et au moral, parfaitement éduqués pour servir de sujets
d’observation, on leur administra dans des conditions aussi semblables
que possible, la même dose et au même moment.
Chaque expérience dura plus d’un mois et l’on s’appliqua spécialement à
varier les doses. Aucun sujet ne pouvait entrer en communication avec un
autre et chacun adressait à l’auteur un rapport écrit de ses
observations de chaque jour. Et, pour bien montrer la valeur de son
travail, celui-ci insiste particulièrement sur ce point, qu’il n’eut
jamais dans ces rapports à constater d’invraisemblances flagrantes.
_Action sur le système nerveux._ — « Quand l’expérience fut terminée, on
put constater que chaque variation d’effet provenait d’une variation
correspondante de dosage, d’une équation personnelle constante de
sensibilité, ou de variations de conditions ou de circonstances ».
Un grand nombre d’observations du même genre furent également faites sur
des gens sans instruction, qui ignoraient ce qu’ils prenaient : les
indications ainsi fournies n’ont fait que confirmer les résultats des
expériences et l’on put ainsi établir l’action dynamique du Kola.
Les doses moyennes amènent une stimulation de l’intelligence, légère en
ce qui concerne la rapidité et la clarté de la pensée, mais profonde si
l’on envisage la capacité de l’effort soutenu. A doses élevées, l’effet
est renversé ; on constate dans ce cas, de la fatigue mentale et un
malaise célébral, d’où résulte de la paresse mentale ayant un effet
frappant sur la mémoire.
« Un sujet à table à qui l’on demandait de passer un plat, se trouvait
dans l’impossibilité de se rappeler quel objet on venait de lui
demander ; un autre faisait des efforts énormes pour se souvenir d’une
ligne lue dans un livre après avoir refermé ce dernier et, il n’y
pouvait parvenir ; etc. ».
Mais on n’enregistra jamais de dépression consécutive.
« Depuis quelques années, dit le distingué praticien, j’enseigne que le
mot « stimulation » doit être considéré comme exprimant deux idées
différentes : soit une suractivité, toujours suivie d’une dépression,
soit une action tonique qui accroît la puissance de rendement, mais qui
n’est jamais suivie de dépression. Au point de vue du cerveau, la
première classe de stimulants amène toujours une « accoutumance » ; la
seconde classe, jamais. Le Kola appartient au groupe des _toniques
cérébraux_ stimulants (un mot nouveau serait utile) et il n’y a
certainement pas trace d’accoutumance dans ses effets.
« Les doses moyennes produisent l’insomnie, sans excitation, par manque
du besoin ou du désir apparent de sommeil, ressemblant à l’impossibilité
qu’on éprouverait de dormir le matin une heure après son réveil.
« De fortes doses, au contraire, entraînent l’apparition de langueur
mentale, de tristesse, d’insomnie suivie d’un sommeil profond, qui n’est
pas du tout physiologique et qui dure 12 heures et plus, sans qu’on
éprouve ensuite la sensation de repos. Elles produisent également du
vertige, des lourdeurs de tête, des migraines, et cela est en rapport
constant avec l’importance de la dose ingérée ; bref, une suite de
symptômes qui rappellent l’intoxication par la valériane.
« L’acétanilide reste sans effet sur cette douleur qui persiste jusqu’à
ce que le sommeil ou l’exercice en amènent la disparition.
« Les réflexes et les désirs sexuels sont augmentés par de faibles
doses, mais diminués par de fortes doses ; le désir de fumer est en
général amoindri, mais sans répugnance pour le tabac et cela pour ainsi
dire sans s’en apercevoir. A doses fortes, le désir de fumer est plus
intense, dans le but qui n’est pas atteint, d’arrêter la dépression
mentale ou physique.
« Logiquement la drogue agit sur les cellules du cerveau, car les effets
ne sont pas du tout proportionnés à ceux qu’on observe sur la
circulation et ils en diffèrent totalement. Le sommeil qui en résulte
est un coma provenant d’une paralysie succédant à l’excitation exagérée
« overstimulation paralysis », ce qui au point de vue thérapeutique est
plutôt nuisible. L’action stimulante constatée sur les réflexes et les
désirs sexuels est suivie d’une paresse de l’excitabilité et d’une
paralysie de certaines parties du système sympathique.
_Système digestif._ — Deux heures après son administration, le Kola
cause une accélération marquée des mouvements péristaltiques comme aussi
de la sécrétion ; des doses de plus en plus fortes peuvent amener
d’abord de l’effet laxatif, puis purgatif, et même une forte diarrhée
avec coliques. Les selles sont normales comme couleur, à la période
laxative, plus foncées pendant diarrhée ; la langue est chargée et les
symptômes d’une surproduction biliaire apparaissent. L’administration de
liqueurs alcooliques ou aromatiques atténue la douleur, mais non la
diarrhée. Les effets sont absolument identiques quand le Kola est
administré à un estomac vide ou à un estomac plein. Après les repas,
l’ingestion de Kola accroît le pouvoir digestif d’une façon manifeste,
aussi bien sur les graisses et les matières protéiques que sur les
hydrates de carbone.
W. BARR conclut que le Kola affecte les nerfs sympathiques de l’assise
musculaire de l’appareil digestif et des glandes sécrétrices. Cette
action n’est pas une irritation locale, puisqu’elle ne débute que deux
heures après l’ingestion et qu’elle est indépendante de la quantité
d’aliments ingérés. C’est sans doute à cette augmentation du pouvoir
digestif qu’est due l’augmentation consécutive de l’appétit.
_Appareil circulatoire._ — Il est manifestement impossible, dit
l’auteur, de déterminer par expérience quels sont les effets de la
drogue sur les mouvements du cœur de l’être humain. La tension s’accroît
notablement ; il n’y a pas d’effet constant sur la température et l’on
constate seulement parfois une élévation en rapport direct avec
l’augmentation de l’activité cardiaque.
On peut conclure que l’effet du Kola n’est pas centralisé sur le cœur,
car cet effet n’est pas proportionnel à l’accroissement cérébral de
l’activité fonctionnelle et dure plus longtemps que l’excitation
cérébrale. Au point de vue de la stimulation du sympathique, il est
probable que les ganglions cardiaques sont le siège de l’action sur le
cœur[229].
_Système musculaire._ — Des doses moyennes amènent la diminution de la
fatigue, sans dépression consécutive. On ne constate pas cette
augmentation de la puissance que produisent les vrais stimulants, mais
seulement _une aptitude plus grande à l’activité. La quantité de force
par unité de temps n’est pas accrue[230], mais le temps est prolongé_.
Un fait important est dûment constaté : c’est que l’activité musculaire
est le plus grand antagoniste de l’action générale de la drogue. L’effet
dynamique est exactement en raison directe de la dose et en raison
inverse de la quantité d’activité musculaire dépensée pendant le temps
de l’action ; les effets toxiques de doses élevées, au début de leur
apparition, peuvent disparaître par un simple exercice violent.
Le volume et la teneur en matières solides de l’urine diminuent et la
durée de l’action dynamique de la dose, quoique très variable, est
d’environ six heures. Une seconde dose administrée avant que les effets
de la première aient disparu, produit les mêmes manifestations qu’une
dose double. Plus la dose est forte, plus l’action dynamique dure
longtemps, les doses toxiques agissant pendant douze heures et même
plus.
L’action du Kola commence environ trente minutes après l’absorption,
quand il s’agit de préparations liquides et l’action dynamique atteint à
peu près son maximum une heure et demie ou deux heures après.
_Doses de Kola à ingérer._ — W. BARR se garde bien de donner les poids
de Kola administrés ; car, dit-il, cela pourrait induire en erreur et
conduire à des expériences dangereuses. Une quantité relativement
faible, qui produit chez un individu des effets à peine sensibles, peut
provoquer des phénomènes pathologiques chez un autre.
Chez sept personnes prenant la même dose dans les mêmes conditions et au
même moment, on a observé sept variations graduées dans l’intensité de
l’action. « _La dose de Kola pour chaque individu est la quantité
suffisante pour produire l’action désirée_ ; il est inutile d’en dire
plus », conclut l’auteur.
Les variations dans l’action du Kola chez différents individus, les
conditions d’administration étant les mêmes, sont fréquentes, mais
« chacune de ces variations est due à une variabilité de l’intensité de
l’action sur une partie quelconque de l’appareil sympathique ». On peut
donc prévoir un grand nombre d’actions individuelles.
Une chose importante encore constatée par W. BARR, c’est l’antagonisme
de la noix vomique ou de la strychnine[231] envers les effets toxiques
de fortes doses de Kola, et l’auteur résume ainsi ses expériences :
« Le Kola a une action spéciale sur les systèmes cérébro-spinal et
sympathique, action qui n’est pas du tout celle de la caféine et est due
à un autre principe actif. L’action primitive est une augmentation du
pouvoir actif du système cérébro-spinal et une augmentation de
l’activité du système sympathique ; une hyperexcitabilité renverse
l’action, comme c’est la loi en physiologie, mais il n’y a pas de
dépression consécutive du système cérébro-spinal, ni du sympathique,
excepté lorsque la dose est forte et, dans ce cas, la dépression se
manifeste seulement dans la partie la plus sensible à l’action de la
drogue (certains réflexes et les désirs sexuels).
« Le ralentissement de l’hyperexcitabilité du cerveau amène des effets
physiologiques marqués qui sont dangereux si l’intoxication continue.
L’action du Kola sur le système cérébro-spinal retentit nettement sur le
système musculaire. L’action sur le sympathique provoque une
accentuation des mouvements péristaltiques et une augmentation de
sécrétion, ainsi que la contraction des artérioles. L’élévation de la
tension sanguine que l’on constate, étant due en partie à cette vaso-
constriction périphérique comme aussi à l’augmentation de l’activité
cardiaque, qui est elle-même une manifestation de l’excitabilité des
ganglions sympathiques.
« Il y a d’abord une augmentation des réflexes et du pouvoir vénérien
qui disparaît par suite d’une hyperexcitabilité de cette partie du
sympathique avant que les autres portions moins sensibles ne soient
déprimées. Il ne se produit aucune accoutumance ; l’euphorie (sensation
de bien-être psychique et physique) est marquée ; l’urine est moins
abondante et l’élimination de la drogue ne dure guère plus de six
heures ».
« Les variations individuelles sont telles qu’aucune donnée posologique
n’a pas de valeur pour cette drogue qui doit être employée avec
circonspection et peut produire chez certains individus des effets
véritablement extraordinaires.
« La mort peut survenir, mais il faut pour cela des doses très élevées
et elle provient probablement de la paralysie du cœur.
« _Les noix sèches produisent sensiblement les mêmes effets que les
fraîches, mais il faut en absorber une plus grande quantité et les
effets particuliers de la caféine se manifestent en même temps que ceux
du principe actif particulier du Kola._ »
Tels sont les résultats des remarquables expériences du docteur W.
BARR ; on nous pardonnera de les avoir rapportées en détail, car il
semble qu’elles aient, tout au moins en France, passé un peu inaperçues.
Certes, on peut leur reprocher de n’être point rigoureusement
scientifiques en se plaçant au point de vue du physiologiste, mais il
n’en est pas moins vrai qu’elles présentent un très grand intérêt au
point de vue thérapeutique et cela nous suffit.
Somme toute, dans l’étude des phénomènes physiologiques produits par
l’ingestion de la noix de Kola et surtout des préparations faites avec
la noix desséchée, on retrouve au moins dans l’ensemble, la plupart des
caractères pharmacodynamiques de la caféine, il importe donc de rappeler
ici brièvement ce que l’on sait de l’action particulière de cette
substance.
_Action pharmacodynamique de la Caféine._ — La caractéristique
pharmacodynamique de la Caféine consiste dans l’action toni-musculaire
et toni-nervine qu’elle exerce et dont la constatation empirique a été
la cause de l’emploi alimentaire des caféiques avant que ceux-ci ne
fussent utilisés en médecine. Tout le monde est d’accord sur un point :
la caféine facilite grandement le travail musculaire et, dans une mesure
également fort appréciable, le travail intellectuel ; elle augmente le
rendement énergétique de l’individu, permet la prolongation de l’effort
et retarde l’apparition de la fatigue et de l’essouflement ; mais, où
les interprétations diffèrent, c’est sur le mécanisme de la production
de cet état particulier et cela, parce que, comme toujours en
pharmacodynamie, certains expérimentateurs ne se sont pas attachés à
spécifier d’une manière assez précise les doses employées, d’autres
n’ont pas mis en évidence d’une manière assez nette que les effets
obtenus étaient totalement différents suivant qu’il s’agissait de doses
faibles ou, au contraire, de doses fortes et même parfois toxiques ;
d’autres, enfin, ont appliqué à l’homme des résultats expérimentaux
obtenus chez l’animal, dans des conditions tout à fait spéciales et ne
permettant pas cette comparaison. Enfin, des questions de théorie pure
sont venues se greffer sur cette question, si bien que, pour certains,
la caféine est surtout un toni-musculaire, alors qu’en réalité cette
action n’est que secondaire et sous la dépendance intime du système
nerveux central.
_Action de la caféine sur le système nerveux central._ — La caféine est
surtout un stimulant nervin dont le pouvoir excitant sur le cerveau est
surtout évident chez l’homme, alors qu’il est dominé par une exagération
du pouvoir excito-réflexe médullaire chez les animaux.
Par suite de cette action cérébrale, la caféine se classe parmi les
modificateurs intellectuels et se rapproche de la morphine.
Comme elle, elle est susceptible de déterminer de l’excitation cérébrale
suivie de dépression et même de narcose, mais elle s’en différencie
nettement par ce fait que l’excitation cérébrale de la caféine est
toujours secondaire et précédée d’une période de dépression que, d’autre
part, la période de narcose est inconstante et en tous cas toujours plus
fugace et moins intense que celle déterminée par la morphine.
Dans la plupart des cas, avec des doses thérapeutiques, même fortes, ce
phénomène n’est pas obtenu et l’on n’observe qu’une exaltation de
l’excitabilité réflexe plus ou moins intense, ne se transformant en
tétanos que chez l’animal.
L’effet des doses utiles de caféine se traduit simplement par
l’augmentation de l’excitabilité du système nerveux central retentissant
sur l’action musculaire. L’influx nerveux moteur part du cerveau avec
une plus grande énergie et vient agir sans résistance sur des centres
médullaires plus excitables ; or, en même temps, les muscles sont
disposés à passer plus facilement de l’état de relâchement à l’état de
contraction, il s’en suit que la caféine se conduit comme un sthénique
tout à fait remarquable.