Au cours de leurs recherches, HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN ont également

fait mention d’un corps spécial qu’ils désignent sous le nom de _rouge

de Kola_. Il n’est pas inutile de reproduire _in extenso_ la partie de

ce travail consacrée à l’extraction de ce composé, à qui l’on attribua

pendant longtemps un rôle important dans l’action thérapeutique du Kola.

« En épuisant la poudre de Kola par l’alcool à chaud, on obtient un

liquide qui ne fournit que 6 % d’extrait sec. Cet extrait est jaune-

clair et renferme une grande quantité de tanin ainsi que des matières

grasses et résineuses jaunes. Quand on reprend par l’eau cet extrait

alcoolique, on perçoit une odeur très agréable qui rappelle celle du

cacao ; la caféine se dissout, et le mélange des matières grasses et

résineuses surnage. En traitant ce résidu un grand nombre de fois par

l’eau bouillante et en le desséchant au bain-marie, il finit par se

réduire en une masse sèche et friable presque insoluble dans le

chloroforme, soluble entièrement dans l’alcool et la potasse, qu’elle

colore en rouge vif. Soumise à l’action de la chaleur, cette substance

laisse dégager des vapeurs empyreumatiques et fournit dans la partie

refroidie du tube dans lequel se fait l’essai une abondante

cristallisation d’aiguilles de caféine. D’un autre côté, en la traitant

par la potasse caustique, on obtient un liquide rouge intense comme avec

le tanin. On serait donc tenté de conclure à la présence de caféine,

mais il n’en est rien, car l’alcaloïde n’existe que dans la noix de Kola

à l’état de combinaison, ainsi que nous le verrons plus tard ; il s’y

trouve à l’état de liberté. De ce que les aiguilles de caféine se

subliment dans ces conditions, il faut en conclure que l’alcaloïde est

retenu mécaniquement par cette matière résineuse. Celle-ci, sans aucun

doute, n’est autre chose qu’un produit d’oxydation du tanin et présente

la plus grande analogie avec le rouge cinchonique ; nous donnons à ce

composé particulier le nom de _rouge de Kola_ et nous indiquons plus

loin en quelle proportion il existe dans la graine. »

Plus loin, en effet, MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN[186] reviennent sur

le mode de préparation.

Ils épuisent tout d’abord la poudre par le chloroforme, puis après

s’être assurés que cette poudre ne cédait plus rien à ce dissolvant, ils

l’ont épuisée avec de l’alcool.

La solution alcoolique obtenue est évaporée en consistance d’extrait et

reprise par l’eau bouillante qui la dissout presque en totalité, mais

abandonne par le refroidissement une grande quantité de flocons bruns

(qui constituent le rouge du Kola). La liqueur surnageante renferme du

glucose, une petite quantité de sels fixes et un tanin de nature

particulière dont l’auteur étudie l’action sur les réactifs des tanins.

« Les flocons bruns qui se déposent par le refroidissement semblent être

un produit d’oxydation de tanin et présentent les plus grandes analogies

avec le rouge cinchonique. Cette poudre soumise à la dessiccation, se

présente sous la forme d’une masse brillante presque noire. Elle est

très soluble dans l’alcool, la potasse caustique, la soude caustique et

l’ammoniaque. Les solutions alcalines sont brun-rouge ; mais chauffées

au bain-marie, elles affectent une couleur rouge-sang. Leur solution

alcoolique n’agit pas sur les sels ferriques, mais elle est précipitée

en totalité par l’acétate de plomb.

« Pour purifier la substance, nous la dissolvons dans la potasse et nous

la précipitons de nouveau par l’acide chlorhydrique faible. Préparée de

la sorte et chauffée dans un tube à essai, elle fournit une huile

empyreumatique qui se solidifie au bout d’un certain temps sous forme de

tables aplaties : _On ne reconnait pas trace de caféine dans le produit

de la sublimation, elle se comporte donc d’une manière différente de

celle du produit brut dont il a été question plus haut_.

« Nous donnons à ce composé le nom de _Rouge de Kola_ pour le distinguer

de la matière colorante rouge qui est mélangée au ligneux et qu’on ne

parvient pas à extraire, même au bout de trois fois vingt-quatre heures,

à l’aide de l’alcool bouillant. Ce rouge de Kola renferme une petite

quantité de matières grasses que l’on peut enlever par le chloroforme,

l’éther ou le sulfure de carbone, après avoir préalablement desséché la

matière. L’extrait alcoolique réduit la liqueur cupro-potassique d’une

manière notable, « ce qui indique par conséquent la présence d’une

certaine quantité de glucose. »

Il est bon de faire remarquer que MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN

auraient dû pour cette recherche, déféquer la liqueur, car le rouge de

Kola, qui est du groupe des tanins, pouvait de lui-même réduire la

liqueur de Fehling. Or, en aucun endroit de cette partie de leur travail

consacré au rouge de Kola, ces deux savants ne font allusion à la

présence possible de caféine ; ils font même remarquer, au contraire,

que le composé obtenu est différent de celui qu’on isole par sublimation

et qui, dans leurs premiers essais leur avait donné de la caféïne. Nous

verrons tout à l’heure comment HECKEL est revenu sur son idée après le

travail de KNEBEL[187].

Quelques années plus tard, KNEBEL retira du Kola le même produit que

HECKEL[188] et SCHLAGDENHAUFFEN et le considéra comme un glucoside de la

caféïne. Voici textuellement sa méthode d’extraction :

« La matière finement pulvérisée était d’abord complètement épuisée avec

de l’éther qui enlève la matière grasse, la caféine et la théobromine ;

on épuise ensuite avec de l’alcool ; la solution alcoolique filtrée est

distillée dans le vide jusqu’à siccité. Le produit ainsi obtenu, mélange

de rouge de Kola, d’acide tannique, de sucre et de sels, est dissous

dans de l’eau additionnée d’un peu de lessive de soude ; on filtre et on

précipite par l’acide chlorhydrique. Le précipité est recueilli après

filtration, redissous à nouveau dans l’eau alcaline et reprécipité à

nouveau. On le sèche finalement sur l’acide sulfurique. »

Pour obtenir ce produit encore plus pur, KNEBEL emploie la méthode

suivante un peu différente :

« La poudre de Kola est épuisée directement par de l’alcool. La solution

alcoolique est filtrée, puis distillée dans le vide et évaporée à

siccité, on épuise l’extrait par le chloroforme dans un appareil

SOXHLET. Le résidu ainsi débarrassé de la caféïne libre est mélangé avec

du sable et épuisé avec de l’eau jusqu’à ce que l’eau passe colorée, ce

qui a pour but d’enlever le tanin, les matières colorantes, le glucose,

les sels ; on épuise ensuite à l’alcool et on évapore à siccité ; on

obtient ainsi la Kolanine absolument pure, car dans le premier cas les

traitements à l’eau alcaline l’altèrent un peu » (KNEBEL).

La matière ainsi obtenue (_rouge de Kola de Heckel_), analogue au rouge

cinchonique, est une poudre rouge-brune, amorphe, d’une saveur amère, à

peine soluble dans l’eau froide, très peu dans l’eau bouillante, et

s’agglomérant pour former une masse résineuse à cassure brillante. En la

chauffant fortement il se sublime de la caféine. KNEBEL admet que cette

_caféine n’est pas entrainée lors de la précipitation par l’eau, mais

forme un composé très stable_. Ce composé serait formé de caféïne,

glucose et rouge de Kola et constituerait un glucoside que KNEBEL

appelle _Kolanine_. Le dédoublement de ce composé serait très difficile,

on ne pourrait l’obtenir complètement ni par l’eau bouillante, ni par

les acides dilués même après plusieurs jours d’ébullition. Il n’y aurait

que l’acide sulfurique à 20 % qui puisse décomposer le glucoside après

quatre heures d’ébullition. Du produit de dédoublement, l’auteur a pu

séparer la caféine, puis le sucre sous forme de poudre blanche, en

l’extrayant au moyen de l’alcool méthylique et le précipitant par

l’éther. La poudre blanche ainsi obtenue était en faible quantité, mais

suffisante d’après KNEBEL, pour la caractériser comme du glucose.

L’action du chlorure d’acétyle a pour effet de séparer la caféine du

rouge de Kola et de former avec ce dernier un dérivé pentacétylé non

cristallisé.

Ce rouge de Kola provenant du dédoublement de la Kolanine aurait pour

formule C¹⁴H¹³(OH)⁵ ; fondu avec les alcalis, il donnerait de l’acide

protocatéchique. L’oxydation par le permanganate de potasse donne une

masse noirâtre qui n’a pas été examinée ; avec l’acide azotique, on

obtient de l’acide oxalique.

Pour KNEBEL, l’identité chimique de la Kolanine ne fait aucun doute,

c’est un corps glucosidique se dédoublant d’après l’équation suivante :

Kolanine (rouge de Kola de Heckel + H²O = caféine + glucose + rouge de

Kola).

Un ferment existant dans la noix aurait la propriété de provoquer ce

dédoublement. Cette opinion est défendue par SCHWEITZER[189], qui montre

que les proportions de caféine et de glucose dans la Kolanine sont en

proportions simples et que pour une molécule de caféine et de rouge de

Kola, il y a trois molécules de glucose. Il donne à la Kolanine la

formule suivante : C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹.

se dédoublant comme suit :

(C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹ + 4H²O = 3C⁶H¹²O⁶ + C¹⁴H¹³ (OH)⁵ + C⁸H¹⁰N⁴O²).

Aussitôt après l’apparition des travaux de KNEBEL, HECKEL reprit la

question et admit que la Kolanine de KNEBEL était bien son rouge de

Kola, et que le dédoublement lent par les acides, tels les acides du suc

gastrique, devait produire dans l’estomac une certaine quantité de

caféine à l’état naissant. Alors qu’il avait écrit quelques années

auparavant : « Ce rouge de Kola est un principe mal connu comme fonction

chimique, mais d’une préparation facile, il peut être rapproché du rouge

cinchonique... » ; il est grand dommage, d’après l’avis de MM. PERROT et

GORIS, — sans que cela constitue le moindre reproche pour le savant

professeur, — que HECKEL[190] n’ait pas soumis le travail de KNEBEL à un

examen plus approfondi. Le corps obtenu par KNEBEL _n’était pas

cristallisé, donc pas défini_ ; la présence de glucose, ainsi que l’a

fort bien établi CARLES[191], n’était pas suffisamment démontrée, et

HECKEL pouvait aussi bien conclure que le corps trouvé par KNEBEL

n’était en rien différent de son rouge de Kola. Il n’y avait entre les

deux travaux qu’une simple différence : HECKEL croyait la caféine

entraînée lors de la précipitation, tandis que KNEBEL affirmait qu’elle

existait sous forme de combinaison chimique. Dans la _Kolanine_ ou le

_rouge de Kola_, la caféine est fortement retenue, puisque, seule,

l’action prolongée des acides peut la séparer, mais de là à conclure à

la présence d’un composé chimique scientifiquement établi, il y a loin.

La dénomination _rouge de Kola_ donné par HECKEL, sans préjuger de rien,

était moins prétentieuse que celle de _Kolanine_, et, tout en exprimant

le même fait, la première au moins, n’avait pas l’inconvénient de faire

croire à l’existence d’un composé bien défini.

Cette Kolanine de KNEBEL[192] a de suite été industrialisée et mise sous

forme de pastilles de 0 gr. 20 de kolanine, par la maison KREWEL et Cie,

de Cologne.

G. FRANÇOIS, en 1897[193], montra que, contrairement à l’opinion de

KNEBEL, les noix séchées, c’est-à-dire oxydées, n’étaient pas plus

riches en principes actifs que les noix fraîches. D’un autre côté,

l’individualité chimique de la kolanine fut mise en doute par KNOX et

PRESCOTT[194], puis par DIETERICH[195], qui prétendit même que le

produit de KNEBEL n’était qu’un mélange des principes actifs de la noix

de Kola. Ces critiques obligèrent KREWEL et Cie[196] à défendre leur

produit ; mais cependant ils avouent : « _qu’à cause du dédoublement

facile de la kolanine, Knebel renonce à donner la description de la

kolanine pure et se contente d’obtenir par sa méthode, une kolanine

brute qui contient de 80 à 90 % de kolanine pure_ ».

Une méthode de préparation de la kolanine a été également indiquée par

J. JEAN[197] ; c’est à elle que DIETERICH[198] et BERNEGAU[199] ont

recours pour le dosage de ce produit. « Après avoir épuisé par le

chloroforme le mélange de poudre de Kola et de chaux, dans le but

d’extraire la caféine et la théobromine, la poudre de Kola est épuisée

dans un appareil Soxhlet par l’alcool à 90°. L’alcool dissout la

totalité de la kolanine, le tanin et la matière colorante. Pour séparer

ces dernières matières de la kolanine, l’alcool est évaporé au bain-

marie et le résidu est repris par l’eau distillée bouillante, qui

dissout le tanin et la matière colorante. On filtre : la kolanine

insoluble reste sur le filtre ; on lave à l’eau chaude. Le filtre est

ensuite séché et pesé ».

M. CARLES[200] donne un procédé un peu différent : « Pour doser la

kolanine dans une graine de Kola ou dans un extrait, on épuise cette

graine ou cet extrait par l’eau distillée froide et on continue

séparément avec de l’alcool à 70°. L’extrait alcoolique obtenu, lavé de

nouveau à l’eau froide, laissera la kolanine brute insoluble ; on devra

la dessécher à une douce chaleur jusqu’à poids constant avant de fixer

son poids, pour y doser les alcaloïdes, on pèse 1 gr. de chaux éteinte

et 3 gr. de carbonate de chaux, on triture avec une trace d’alcool, on

dessèche et on épuise au chloroforme alcoolisé d’après la méthode

indiquée par l’auteur ».

La kolanine purifiée se présente sous l’aspect d’une substance d’un brun

noir amorphe, à reflets brillants, susceptible de fondre à 50°-60° quand

elle est humide. CARLES[201] se refuse à voir en cette substance un

glucoside, et, dit-il, « chaque fois que nous avons agi sur une kolanine

purifiée, renfermant de 14 à 20 % d’alcaloïdes, ces alcaloïdes ont bien

été séparés par les acides chlorhydrique et sulfurique étendus, avec une

merveilleuse blancheur, mais dans la liqueur saturée par la baryte et

déféquée par l’acétate basique de plomb, nous n’avons jamais pu déceler,

par les moyens ordinaires, _aucune trace de glucose_ ».

La kolanine ne semblerait pas exister dans la noix fraîche et ne

prendrait naissance que par dessiccation, sous l’action d’un ferment

oxydant (koloxydase).

Le produit comparable de la noix fraiche serait la _kolanine vraie_, ou

_rouge kolanique soluble_, qui, par oxydation se transformerait en un

produit insoluble (kolanine KNEBEL, rouge de Kola HECKEL), produit mort,

pathologique et inactif. Cette dernière hypothèse, émise par le

pharmacologiste bordelais, a le grand tort de ne pas s’appuyer sur des

expériences chimiques et physiologiques précises qui en augmenteraient

la valeur.

Outre l’exploitation de la kolanine par la maison KREWEL de Cologne,

d’autres brevets concernant le rouge de Kola furent pris en Allemagne.

Citons celui-ci, pris en 1892, qui visait un procédé spécial

d’extraction des substances utiles de la noix de Kola[202]. Il consiste

dans les opérations suivantes :

1o On broie à la meule, en évitant le contact des objets de fer, la noix

de Kola fraiche et triée, juteuse et colorée ; on obtient un suc rouge

trouble et une masse grossièrement concassée que l’on traite dans un

appareil à déplacement par l’alcool à 93 %. Après distillation du

solvant, il reste un extrait rouge foncé, d’où il se sépare par

refroidissement une masse résineuse qui constitue le rouge de Kola. On

le purifie par extraction successive au chloroforme, à l’éther, et enfin

à l’eau bouillante. Les extraits chloroformiques et éthérés sont traités

suivant le paragraphe 2.

Le _rouge de Kola_ ainsi obtenu est exempt de caféine, de théobromine,

de tanin, de substances grasses ou cireuses, etc., il est insoluble dans

l’eau, l’éther et le chloroforme, neutre aux réactifs colorés,

indifférent aux acides étendus, et soluble dans l’alcool seulement en

une belle couleur rouge.

2o Le suc obtenu lors du broyage est mis à digérer avec l’éther pendant

plusieurs jours ; on agite et on sépare l’éther que l’on distille. Il

abandonne une cire que l’on ajoute à celle obtenue par l’évaporation des

extraits chloroformiques et éthérés, et une matière colorante jaune que

l’on dissout dans l’eau. Elle possède l’odeur, la saveur et le bouquet

de la noix de Kola fraiche.

3o L’extrait rouge foncé du paragraphe 1er, d’où s’est séparé le rouge

de Kola, est clarifié par filtration, puis évaporé en consistance

d’extrait. Il renferme la caféine et la théobromine. Le reste de ces

substances s’obtient en traitant par l’eau bouillante le résidu du

traitement à l’alcool du no 1.

[Note : N.-B. — Nous devons également signaler les résultats obtenus au

moyen d’un procédé spécial, par M. le professeur A. GAUTIER, dans

l’analyse des noix de Kola fraiches qui lui avaient été remises par M.

G. LE BON. « Les noix de Kola ayant été transformées en extrait

concentré dans une atmosphère d’acide carbonique pour éviter l’action de

l’air, cet extrait précipité par le sulfate de magnésie, donna un

produit qui rougissait rapidement en s’oxydant au contact de l’air. Ce

produit se décomposerait en présence de l’eau et des acides étendus en

trois corps différents : une matière rouge et deux alcaloïdes qui ne

furent pas déterminés. L’un d’eux est probablement de la caféine, et je

ne serais pas étonné que l’autre fut de la théobromine ». (G. LE BON. —

Les recherches récentes sur la noix de Kola. _Rev. scient._, 1893, III,

pp. 527-551).]

4o En distillant à la vapeur d’eau la noix de Kola fraiche, on obtient

une eau distillée, sur laquelle nage une mince couche huileuse,

l’essence de Kola. Cette huile essentielle rappelle par son odeur et son

goût l’odeur de l’essence de Sassafras.

BERNEGAU[203], qui, à son tour industrialisa ses recherches, compléta

toutes ses publications par la prise d’un brevet pour l’obtention d’un

produit qui serait employé avec les aliments tels que le lait, les

jaunes d’œufs, le cacao à titre d’excitant et aussi comme médicament et

matière colorante. Il obtient ce produit « en traitant les noix de Kola

une heure à l’eau bouillante, séchant et pulvérisant le produit. Le

produit est épuisé à l’alcool à 90° jusqu’à épuisement complet. Le rouge

de Kola ainsi obtenu est sirupeux et de couleur rubis, soluble dans un

peu d’eau, d’alcool et la glycérine »[204].

Beaucoup d’auteurs, et en particulier SIEDLER[205], n’ont guère cru à

l’utilité et à l’emploi de la Kola BERNEGAU comme aliment.

Toutes les recherches que nous venons de signaler ont été faites en

opérant sur la noix de Kola sèche, ou bien encore sur la noix fraiche,

sans tenir compte de l’action oxydante d’un ferment existant dans la

noix et agissant sur les composés chimiques qui y sont contenus.

En 1896, BOURQUELOT[206] attirait incidemment l’attention sur l’action

de la Koloxydase et montrait qu’en opérant de façon à détruire celle-ci

par l’action de l’alcool bouillant on pouvait obtenir un extrait blanc

de Kola, que M. CHOAY prépara également plus tard, en s’inspirant des

mêmes principes.

Cette diastase oxydante n’est d’ailleurs pas la seule dont on ait

signalé la présence dans la noix de Kola, car M. MASTBAUM[207] a trouvé

une enzyme dédoublant les graisses, qui se distingue des lipases

végétales décrites jusqu’ici, par ce fait, que les acides dilués et même

l’eau seule entravant considérablement son action en la détruisant

complètement.

KNOX et PRESCOTT[208], l’année suivante, opéraient d’une façon

identique, employant l’alcool bouillant pour détruire l’oxydase, ce qui

permettait de traiter ensuite plus facilement la noix de Kola. Ils

retirèrent ainsi de la noix fraiche un composé tannique qu’ils

appelèrent _Kolatanin_. Leur mode d’extraction est le suivant :

« Les noix de Kola fraiches sont coupées et jetées dans l’alcool

bouillant, où on les maintient pendant quelque temps. On sèche dans une

étuve et on pulvérise. On épuise ensuite avec de l’alcool à 50°. Les

liquides alcooliques sont distillés dans le vide pour chasser l’alcool ;

on filtre.

« Le résidu insoluble est surtout constitué par du _kolatanate de

caféine_. La solution renferme : caféine, théobromine, kolatanin,

kolatanate de caféine, matières grasses, glucose et matières colorantes

provenant de la transformation du tanin pendant la distillation de

l’alcool. On ajoute du chlorure de sodium à saturation, ce qui fait

précipiter le kolatanate de caféine. Le résidu sirupeux rouge introduit

dans une ampoule est agité avec du chloroforme qui enlève caféine et

matières grasses ; on épuise ensuite à l’éther. Le kolatanin étant

insoluble dans le chloroforme et l’éther, il s’enlève peu de ce produit.

On agite enfin avec de l’éther acétique à de nombreuses reprises. On

réunit les liquides éthérés et on distille sous pression réduite.

« Le tanin obtenu est poreux, blanc rosé, très friable et facilement

soluble dans l’eau. On y ajoute une solution de NaCl et on reprend par

l’éther acétique. On répète plusieurs fois ce traitement ; finalement

l’éther acétique étant distillé complètement, on reprend la masse de

kolatanin par l’éther et on le distille dans le vide. Le résidu est

séché dans le vide sulfurique ».

Le kolatanin est une poudre crême légèrement rosée, complètement soluble

dans l’eau, l’alcool, l’acétone, l’éther acétique, légèrement soluble

dans l’éther, insoluble dans le chloroforme et la benzine. Il aurait

pour formule C¹⁶H²⁰O⁸. Il colore en vert l’acétate ferrique, précipite

en brun le bichromate de potasse, en blanc la quinine ; l’acétate de

plomb ne précipite ni l’émétique, ni l’albumine. Avec le chlore et le

brome, il donne des précipités blancs ou légèrement jaunes ; avec la

formaldéhyde, en présence d’acide chlorydrique comme agent de

condensation, il donne un précipité rose devenant rouge. Ces réactions

font que ce composé s’éloigne de l’acide gallotanique pour se rapprocher

plutôt du tanin de chêne.

Par ébullition avec HCl ou SO⁴H² dilué, il se forme un précipité rouge

devenant peu à peu noir ; l’analyse montre qu’il ne se forme pas là un

composé défini ; il ne renferme pas de glucose. En chauffant le

kolatanin dans l’eau à des températures différentes et supérieures à

100°, on obtient une série d’anhydrides.

MM. KNOX et PRESCOTT ont fait également avec ce corps une série de

composés de substitution, tels que les dérivés acétylés et bromés

nombreux, et des dérivés à la fois acétylés et bromés

(Pentacétylkolatanin, Hexabromokolatanin, Pentacétyl-

pentabromokolatanin, etc.).

Fondu avec les alcalis, ce tanin donne de la phloroglucine et de l’acide

protocatéchique.

Pour expliquer ce dédoublement et ses nombreux composés, les auteurs

admettent la formule suivante :

[Formule chimique]

qui en ferait un dérivé hydro-benzénique : ce serait un éther de l’acide

monométhyltrihydroxydihydrobenzoïque, éthérifié avec un

monométhylméthoxydihydrotriphénol.

Malheureusement, tous ces dérivés bromés, acétylés, ainsi que le

kolatanin lui-même, ne sont pas cristallisés, et sont d’un intérêt bien

limité. Les auteurs n’ont eu entre les mains qu’un mélange de composés

taniques, parmi lesquels se trouvait très probablement en grande

quantité le corps retiré en 1907, par A. GORIS[209], dans le laboratoire

de l’un de nous et nommé _Kolatine_.

Enfin MM. CHEVROTIER et VIGNE, quelques mois après cette découverte, ont

prétendu avoir extrait de la noix de Kola, un tannoglucoside, au moyen

de l’éther acétique[210]. Ils avouent n’avoir pu retirer le corps

signalé par A. GORIS ; cependant l’étude faite par ce dernier du

tannoglucoside en question, ne permet pas de le considérer comme autre

chose qu’un extrait obtenu par une méthode spéciale et renfermant une

assez grande proportion de cette kolatine, dont il convient de rappeler

la préparation et les caractères chimiques.

=Extraction de la Kolatine= (GORIS).

1o _Préparation de la matière première._ — Au début de son travail,

l’auteur insiste sur ce point, qu’il est indispensable pour ces

recherches d’avoir constamment à sa disposition des noix fraîches ou

traitées de telle façon que le principe actif ne s’y trouve pas altéré.

Il a donc tout d’abord essayé de conserver les noix fraîches pendant un

certain laps de temps et de la façon suivante.

_Conservation._ — Les noix de Kola, exemptes de toutes traces

d’altération sont déposées par couches dans des boites en fer blanc de

la contenance de 500 à 1.000 gr. que l’on garde dans un endroit sec. Ces

graines peuvent ainsi se conserver un laps de temps variable (deux,

trois et même quatre mois), pendant lequel on vérifie leur état tous les

4 ou 5 semaines, en ayant soin d’enlever les noix qui commencent à se

tacher.

Les kolatiers & les noix de kola · 第 19 / 40 段