[Note 146 : Th. DURAND et Hélène DURAND. — Sylloge Floræ Congolanæ,

1908, p. 61.]

[Note 147 : Lettre du 6 mai 1909.]

[Note 148 : ELOT. — Une mission à la Trinidad. _Rev. cult. col._, 1900,

VI, 367.]

[Note 149 : CHALOT. — Note sur le Cola, _Agr. Pays Chauds_, 1909, 1er

sem., p. 341-343.]

CHAPITRE X

* * * * *

=Ecologie et Biologie du Kolatier.=

* * * * *

=RAPPORTS AVEC LES DIFFÉRENTS MILIEUX.=

En 1866, Ernst HAECKEL, l’illustre savant d’Iéna, dans sa Morphologie

générale, a appliqué le nom d’_Ecologie_ à la science des rapports des

êtres vivants avec le milieu dans lequel ils sont placés.

E. WARMING a relevé la fortune de ce mot en insistant sur la valeur de

l’idée à laquelle il répond ; depuis, la plupart des biologistes l’ont

adopté et Ch. FLAHAULT, en particulier, l’a admis dans son essai de

nomenclature en géographie botanique. « Le milieu, écrit ce botaniste,

c’est l’ensemble des conditions physico-chimiques qui composent le

climat ; c’est aussi le sol, ce sont encore les êtres avec lesquels un

être vivant quelconque est en rapport nécessaire ou non. On doit donc

distinguer le milieu climatique, le milieu édaphique, le milieu

biologique ».[150]

Passons en revue ces divers facteurs en ce qui concerne les Kolatiers.

1o _Milieu climatique._ — La climatologie des régions qu’affectionne les

Kolatiers est assez bien connue. Il faut à ces arbres pour prospérer un

climat chaud et humide, de longues saisons de pluies interrompues par de

courtes périodes sèches pendant lesquelles les arbres peuvent fleurir,

enfin un éclairage peu intense. Quoique le ciel soit souvent gris dans

les pays producteurs de Kolas, les arbres se développent mal en plein

air, il leur faut l’abri partiel de la forêt.

Nous possédons les données suivantes sur le climat des principaux

centres où on trouve des Kolatiers de belle venue :

A Conakry (Guinée française), les températures moyennes mensuelles sont

comprises entre 24° et 28° ; la température descend très rarement au

dessous de 20°. La moyenne annuelle des pluies oscille autour de 4 m. ou

4 m. 50. Une période de sécheresse complète s’étend du 15 novembre au 15

avril : les Kolatiers vivant sur un sol mal abrité contre le rayonnement

souffrent beaucoup pendant cette période. L’humidité atmosphérique

pendant la nuit, même en saison sèche, reste très grande et presque tous

les matins on observe dans les lieux découverts une abondante rosée qui

fait presque toujours défaut dans les lieux couverts où vit le _Cola

nitida_. Bien que l’alizé du Nord-Est souffle parfois dans cette région,

les Kolatiers, presque toujours plantés dans des endroits bien abrités,

n’ont guère à en souffrir ; les plus atteints perdent une partie de

leurs feuilles à l’époque du vent d’Est.

Dans la partie de la Guinée avoisinant le N. du Libéria (Kissi), où

prospère le Kolatier, les conditions sont un peu différentes. Les

températures moyennes mensuelles sont comprises entre 23° et 27°. Il

tombe environ 2 m. d’eau par an, mais les pluies se répartissent sur une

plus longue période. L’hivernage commence parfois en février ; il est

interrompu souvent en mai ou en juin par une petite saison sèche pendant

laquelle l’air reste néanmoins humide dans les parties boisées. L’alizé

du nord-est souffle parfois plusieurs semaines, mais il ne cause des

dégâts que dans les lieux découverts.

La forêt de la Côte d’Ivoire est, par excellence, le pays des Kolatiers.

A la côte même (Grand-Bassam), on note de 24 à 29° comme moyenne

mensuelle des températures, et environ 2 m. de pluies par an ;

l’atmosphère est presque constamment humide et le ciel peu lumineux.

Dans l’intérieur de la forêt, les pluies sont fréquentes même en saison

sèche. Dans les régions montagneuses du Haut-Cavally, les sous-bois

restent mouillés longtemps après les pluies ; un brouillard épais

enveloppe souvent le sommet ou les flancs des montagnes ; cette très

grande humidité ne paraît pas très favorable au Kolatier, en outre elle

favorise le développement des lichens, des mousses et des autres

épiphytes qui envahissent parfois toutes ses branches et empêchent le

développement des inflorescences.

Dans la partie du Congo située au sud de l’Equateur, les conditions

climatériques sont à peu près les mêmes qu’à la Côte d’Ivoire, mais les

saisons sont renversées ; c’est-à-dire que la saison des pluies commence

en novembre et dure jusqu’en mai. Le Kolatier, comme tous les arbres

vivant dans l’un et l’autre hémisphère, est parfaitement adapté à ce jeu

des saisons.

Ainsi les Kolatiers du sud du Congo mûrissent la plupart de leurs fruits

environ 6 mois après ceux de l’Afrique occidentale française. Dans l’une

et l’autre région, les arbres fleurissent ordinairement aux saisons

sèches et c’est ce qui explique les variations observées dans les

époques de maturation des fruits.

2o _Milieu édaphique._ — Sous ce nom, on groupe les facteurs relatifs au

sol et qui jouent aussi un grand rôle dans la distribution des plantes.

Ce sont : la disposition topographique du terrain, la composition

physique et chimique des terres, leur degré d’humidité.

Il est rare que le Kolatier croisse à l’état spontané dans les montagnes

rocheuses très en pente ; il abonde au contraire dans les plaines

occupées par la forêt vierge. Dans la région Libéria-Côte d’Ivoire,

c’est le _Cola nitida_ qu’on rencontre ; au Congo et au Cameroun, ce

sont surtout les _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Les Kolatiers se

plaisent surtout dans les terres recouvertes d’une épaisse couche

d’humus. Pourtant, à la Côte d’Ivoire, cette couche est, par endroits,

bien mince et la plupart des racines plongent dans la terre ocracée qui

constitue le sol de presque toutes les régions de l’Afrique tropicale.

Cette terre est généralement assez pauvre en éléments fertilisants. La

teneur en azote varie de 0,50 à 1,50 p. 1000 ; teneur en acide

phosphorique faible : 0,20 à 1 % ; teneur en potasse, parfois assez

élevée, 0,50 à 1,50 % ; teneur en calcaire des plus faibles. Dans

presque toute l’Afrique tropicale, les terres sont essentiellement

siliceuses ; ce n’est qu’à proximité de certaines roches primitives et

par suite de leur décomposition que la proportion de carbonate de chaux

contenu dans le sol devient plus élevée.

Au point de vue physique, ces terres se font remarquer par la forte

proportion d’argile mélangée à des graviers et à des sables grossiers,

ce qui les rend néanmoins perméables. Les Kolatiers n’enfoncent pas à

une grande profondeur le pivot de leur racine principale. Celle-ci

produit un grand nombre de ramifications dont les extrémités forment un

chevelu dans l’humus superficiel de la forêt.

Les sols compacts qui ne retiennent pas l’humidité sont défavorables au

Kolatier ; les terres mélangées d’humus et ombragées par la forêt, qui

gardent même pendant les périodes de longue sécheresse, une forte

proportion d’eau, lui conviennent particulièrement.

Il ne faut pas cependant que cette humidité soit exagérée.

Le _Cola nitida_, par exemple, vit souvent dans la forêt de la Côte

d’Ivoire, au bord des dépressions qui inondent à la saison des pluies,

mais il ne se rencontre pas au centre de ces dépressions occupées par

des îlots de _Raphia_ et où l’eau reste à l’état stagnant pendant

plusieurs mois.

3o _Milieu biologique._ — A l’état naturel, les Kolatiers sont au nombre

des essences constituantes de la forêt vierge de l’Afrique tropicale

occidentale : ils entrent dans la formation du deuxième étage de cette

forêt ; de grands arbres, comme les _Eriodendron_, diverses espèces

appartenant aux familles des Mimosées, des Artocarpées, des

Euphorbiacées, etc., les dominent ; de leur côté, ils abritent un sous-

bois d’arbustes et de petits arbres. Les lianes qui s’épanouissent au

sommet des grands arbres enveloppent très rarement le tronc et les

branches des _Cola_ ; elles leur seraient nettement défavorables. Par

contre, de nombreux épiphytes vivent souvent sur le tronc et dans la

fourche des branches.

Au pied des Kolatiers, si l’ombrage n’est pas trop épais, on trouve

souvent des Zingibéracées et les indigènes plantent parfois dans cette

station l’_Aframomum Melegueta_, qui y prospère.

Dans les parties les plus profondes de la forêt, le sol est souvent nu ;

la demi obscurité qui s’étend sur le sol empêche le développement des

plantes à chlorophylle ; les feuilles et les brindilles mortes tombées à

la surface du sol sont clairsemées et promptement détruites par les

champignons saprophytes.

Dans les clairières de la forêt, créées par les déboisement des

indigènes, le Kolatier ne reste vigoureux que s’il est bien abrité ;

enfin, il fait toujours défaut à travers les savanes, même si elles sont

très boisées.

Quant aux parasites animaux ou végétaux, ils occasionnent des préjudices

surtout aux Kolatiers cultivés. Nous les passerons en revue dans les

chapitres relatifs à la culture.

=RAPPORTS DES KOLATIERS ENTRE EUX.=

_Les Races._ — Les quatre espèces de la section _Eucola_ actuellement

bien connues : _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C. verticillata_, _C.

Ballayi_, constituent un ensemble homogène, une unité systématique de

valeur bien définie, dérivant de ce que HUGO DE VRIES appelle _un type

primitif_. Chacune forme une _espèce élémentaire_, nettement

caractérisée par un ensemble de différences dans la forme des différents

organes. Toutes les quatre présentent cependant un grand nombre de

caractères communs : même mode de vie, même forme générale des feuilles,

mêmes inflorescences, même périanthe. Toutes les quatre sont cultivées,

mais elles vivent aussi à l’état sauvage dans les forêts de l’Afrique

occidentale.

Les plantes sauvages présentent pour une même espèce élémentaire de

Kolatier des variations profondes permettant de supposer que chacune est

formée d’un mélange de races différentes, mais l’étude de la flore

africaine n’est pas encore assez avancée pour qu’il soit possible de

distinguer toutes ces races ou _espèces jordaniennes_. C’est seulement

dans la _Cola nitida_ étudié par nous plus en détail qu’il a été

possible de caractériser les quatre formes décrites dans un chapitre

précédent.

Deux de ces sous-espèces, _Cola pallida_ et _Cola rubra_, sont les

seules qui aient été rencontrées jusqu’à ce jour à l’état sauvage.

Presque partout c’est le _Cola mixta_ à noix rouges et à noix blanches

qui est cultivé. Cette culture date de temps immémorial et à l’époque où

l’Islam pénétra dans les régions soudanaises, vers le XIe siècle, il est

probable qu’elle était déjà ancienne.

Chose inattendue, ce n’est pas au milieu de la zône, où le _Cola nitida_

est spontané, que sa culture s’est développée, mais à la lisière nord de

cette zône, sur les confins de la forêt et même en pleine zône des

savanes. Cette anomalie s’explique par le voisinage de la région

soudanaise. Les peuples de race soudanaise sont ceux qui apprécient

davantage les noix de Kola.

La culture des Kolatiers n’étant pas possible dans leur pays ils sont

venus chercher les précieuses noix dans les pays producteurs les plus

rapprochés, c’est-à-dire à la limite nord de la forêt vierge et c’est

ainsi que la culture de l’arbre a pris naissance dans ces contrées. Il

n’y a pas eu de véritable culture à l’origine. Quand les peuplades

forestières ont abattu la forêt pour cultiver des ignames, des bananiers

ou du sorgho, ils ont respecté les arbres qui leur donnaient des

produits utilisables directement et dont ils pouvaient tirer parti par

des échanges commerciaux. Les graines abandonnées sur le sol

produisaient en outre des germinations qu’on conservait ainsi et qu’on a

fini par transporter dans des lieux plus appropriés. C’est à cela que se

réduit encore de nos jours la culture du Kolatier chez la plupart des

peuplades de la forêt.

L’arbre ainsi transplanté, non sélectionné, privé des soins qu’on donne

habituellement aux arbres cultivés s’est très peu amélioré dans un sens

utile. Nous avons rencontré dans la forêt vierge du Pays Abé une forme

sauvage du _Cola rubra_, qui donne des amandes beaucoup plus grosses que

les Kolatiers cultivés.

Cependant la culture a probablement fait naître, par mutation, des races

nombreuses qui ont été conservées sans discernement, alors qu’elle ne

constituaient pas toujours des variations intéressantes pour la

production des noix de Kola.

Comme le fait remarquer un auteur cité dans un chapitre précédent, les

indigènes arrivent à reconnaître dans les noix de Kola des variétés

nombreuses, exactement comme nous reconnaissons des crûs très divers

dans nos vins. Les Kolas du Samo, des îles Scherbro, du pays Tôma, du

Kissi, de l’Achanti, de Labogie ne sont pas identiques par leur saveur

et leurs propriétés, au dire des indigènes, et cependant ils

appartiennent à la même espèce globale, de la même manière que tous les

pommiers cultivés qui produisent des fruits à saveur si variable

dérivent d’une seule espèce globale _Pyrus Malus_, qui comprend aussi,

comme le _Cola nitida_, un certain nombre d’espèces élémentaires.

En résumé, comme chez la généralité des plantes cultivées et notamment

chez les arbres, l’espèce botanique serait un groupe d’espèces

_élémentaires_, pour la plupart déjà existantes dans la nature et que

l’homme a seulement sélectionnées. Cette interprétation des faits,

formulée par HUGO DE VRIES pour les arbres fruitiers des pays

tempérés[151], nous paraît s’appliquer aussi aux Kolatiers, cultivés

de temps immémorial en Afrique occidentale.

_La vie végétative._ — Les Kolatiers se comportent comme la plupart des

arbres des forêts tropicales à saisons sèches et à saisons pluvieuses

différenciées. Ils sont halophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent

supporter quelque temps un climat sec. Cependant leurs organes sont

adaptés surtout aux climats humides et s’accomodent mal des sécheresses

prolongées.

Les feuilles sont coriaces et persistantes. Dans les endroits mal

abrités, elles peuvent tomber simultanément en saison sèche sur la

plupart des rameaux, mais cette défoliation est de très courte durée.

Ces feuilles dans le jeune âge sont excessivement sensibles à la lumière

et nous avons décrit, dans un chapitre précédent, le mécanisme par

lequel le limbe s’incline plus ou moins, de manière à recevoir

l’éclairage optimum.

Comme toutes les Sterculiacées, les espèces du genre _Cola_ présentent

dans leurs divers organes des canaux et des _cellules à mucilage_. Dès

qu’une blessure intéressant les tiges ou les racines découvre les tissus

sous-épidermiques, une quantité plus ou moins abondante de mucilage est

extravasée et en se solidifiant forme une masse gommeuse recouvrant la

plaie. Pendant ce temps la plante cicatrise la blessure, à moins qu’elle

ne soit trop profonde. C’est ce qui arrive pour les galeries creusées

par le _Phosphorus Jansoni_ dans les jeunes branches, qui ne tardent pas

à se dessécher malgré l’exsudation de mucilage.

_La fonction de reproduction._ — Les Kolatiers fleurissent pendant une

grande partie de l’année, mais surtout pendant les saisons sèches. Les

fleurs sont cachées sur les parties de l’arbre les moins éclairées et

dans les mêmes inflorescences elles ne s’épanouissent que lentement, les

unes après les autres.

Ces fleurs présentent une remarquable particularité biologique.

Le polymorphisme sexuel est des plus compliqués.

Nous avons étudié ce polymorphisme chez les diverses races de _Cola

nitida_. Elles possèdent comme toutes les espèces du genre _Cola_ deux

sortes de fleurs :

1o des fleurs exclusivement mâles avec un gynécée rudimentaire ;

2o des fleurs hermaphrodites ou plus exactement d’_apparence_

hermaphrodite, constituées par un gynécée normal, entouré à la base

d’une double couronne de 10 étamines (20 thèques au total) paraissant

normalement constituées et renfermant des grains de pollen. HECKEL

assure que ces anthères contiennent un pollen souvent avorté. TSCHIRCH

et ŒSTERLÉ sont moins affirmatifs.

Pour être fixé, il faudrait faire des expériences de pollinisation qui

n’ont pas encore été tentées. Plusieurs raisons nous font cependant

supposer que l’autofécondation ne se produit pas : 1o dans les fleurs

d’apparence complète, les anthères sont disposées de telle sorte que les

grains de pollen peuvent parvenir difficilement aux stigmates ; 2o les

fleurs mâles sur un arbre normal sont 20 fois plus nombreuses que les

fleurs d’apparence complète et l’on ne comprendrait pas l’utilité de ces

fleurs si l’autofécondation était possible ; 3o au moment où la

déhiscence des sacs polliniques va s’opérer, un peu avant l’ouverture

des lobes du périanthe, les fleurs du Kolatier dégagent un parfum

spécial que l’on a comparé à l’odeur cadavérique ou à l’odeur

d’excréments et ce parfum doit attirer les insectes qui ont pour

fonction de transporter les grains de pollen d’une fleur à l’autre.

Effectivement dans les fleurs mâles de Kolatier non complètement

ouvertes on trouve habituellement nombre de petits insectes.

Nous pensons donc que la fécondation croisée est la règle dans les

Kolatiers. Par fécondation croisée, il faut entendre l’apport du pollen

d’une fleur à une autre fleur qui peut néanmoins appartenir à un même

arbre.

Nous avons dit plus haut que les fleurs mâles sont environ 20 fois plus

nombreuses que les fleurs d’apparence complète. Ces fleurs mâles sont

distribuées de différentes manières.

D’abord il existe des Kolatiers qui produisent, au moins à un stade de

leur vie, exclusivement des fleurs mâles et c’est sans doute ce qui

explique cette affirmation des indigènes qu’il y a des Kolatiers

toujours stériles.

Les noirs les conservent malheureusement dans leurs plantations, ce qui

peut amener la fixation de cette race à sexes séparés ou au moins

l’augmentation des individus mâles, à moins toutefois que les pieds

constituent un état physiologique spécial. Nous n’avons jamais séjourné

assez longtemps dans une région pour savoir si ces Kolatiers restaient

mâles et improductifs de graines tous les ans, ou si au contraire cette

unisexualité ne constitue qu’un stade dans la vie de l’arbre. Nous avons

observé pour la première fois des Kolatiers cultivés à fleurs toutes

mâles dans le Fouta-Djalon, au-dessus de 700 m. d’altitude, en 1905. Les

arbres étaient tout aussi vigoureux qu’aux bords de la mer, mais à cette

altitude, au dire des indigènes, ils sont souvent stériles et cela

tient, selon nos observations, à ce qu’ils ne produisent presque plus

que des fleurs mâles.

En 1907, nous avons revu, dans la forêt de la Côte d’Ivoire, des

Kolatiers, ceux-là spontanés, ne produisant que des fleurs mâles.

Le plus souvent, c’étaient de jeunes arbustes, poussant dans l’épaisseur

de la forêt. Les plantes s’étaient démesurément allongées alors que leur

tronc était resté très grèle. Grâce à cette élongation, la plante

condamnée à disparaître sous la voûte sombre de la forêt finit par

amener quelques rameaux feuillés à hauteur de cette voûte. A ce moment,

elle est sauvée et elle peut lutter contre les autres végétaux qui

vivent dans son voisinage. Or, la plupart des Kolatiers vivant dans ces

conditions ne portent que des fleurs mâles et souvent en très grande

abondance. Le périanthe des fleurs est aussi très réduit, ce qui nous

avait fait croire tout d’abord que nous nous trouvions en présence d’une

espèce distincte du _C. nitida_.

Le plus souvent les _Cola_ sauvages ou cultivés portent au moins

quelques fleurs d’apparence complète (fleurs femelles). Sur ces arbres,

certains rameaux donnent exclusivement insertion à des inflorescences

mâles, puis quelques branches, cachées dans l’épaisseur de la ramure de

l’arbre, portent quelques inflorescences mixtes.

Sans des études expérimentales, il est impossible d’expliquer cette

disjonction des sexes, tendant à la dioïcité.

Si l’on multipliait par greffe ou bouture ces rameaux ne portant que des

fleurs mâles en obtiendrait-on un Kolatier mâle ? HUGO DE VRIES cite un

grand nombre d’arbres et d’arbustes cultivés dans les jardins,

constituant des variétés horticoles, qui dérivent ainsi d’un rameau

aberrant né sur une plante normale et multipliés ensuite par la culture.

Plus tard, les arbres ainsi sélectionnés produisent parfois un ou

plusieurs bourgeons qui donnent des rameaux ayant repris les caractères

de la plante normale d’où ils dérivent. C’est ce que HUGO DE VRIES nomme

des _bourgeons ataviques_.

Nous pensons que nos Kolatiers à fleurs toutes mâles sont des anomalies

dont certains bourgeons font parfois retour au type d’origine en

produisant des inflorescences bisexuées.

En général, on observe quelques fleurs femelles dans chaque

inflorescence mâle. Le plus souvent les choses se passent de la manière

suivante : sur un rameau florifère, issu d’un bourgeon, on observe

quelques racèmes de fleurs toutes femelles (ou complètes ?) à la base du

rameau. Plus haut se montrent des grappes de fleurs mâles qui portent à

leur extrémité quelques fleurs femelles, enfin l’extrémité du rameau ne

donne plus insertion qu’à des grappes de fleurs toutes mâles.

Il est très rare de constater l’inverse, c’est-à-dire des grappes mâles

à la base et femelles au sommet.

Cette production, par le même arbre, à des stades successifs, de fleurs

femelles et de fleurs mâles, a sans doute pour but d’empêcher

l’autofécondation. Lorsqu’un Kolatier épanouit ses grappes de fleurs

mâles, ordinairement les grappes de fleurs femelles ont leur pistil

fécondé depuis longtemps, de sorte que le pollen a dû être apporté

d’arbres voisins qui se trouvaient à un autre stade de végétation.

Nous n’avons que très rarement observé des Kolatiers produisant des

fleurs femelles en plus grande quantité que des fleurs mâles. Enfin,

nous n’avons jamais vu ni dans les cultures, ni à l’état sauvage, des

Kolatiers produisant exclusivement des fleurs femelles ou plus

exactement des fleurs d’apparence hermaphrodite.

Les faits que nous venons d’exposer montrent qu’il y aurait le plus

grand intérêt à greffer le Kolatier en prélevant des greffons sur des

arbres produisant beaucoup de fleurs femelles, puisque souvent la

stérilité provient vraisemblablement de l’absence ou de la rareté des

fleurs pistillées.

On rencontre dans les régions tropicales un assez grand nombre de

végétaux dont le polymorphisme floral ressemble à celui des Kolatiers.

Nous avons déjà eu l’occasion de signaler le Palmier à huile (_Elæis

guineensis_) qui est dans ces conditions (_Végét. ut._, VII, p. 37).

Si nous adoptons la terminologie admise par R. CHODAT, le Kolatier est

normalement _andromonoïque_, c’est-à-dire qu’à côté des fleurs

hermaphrodites, il y a aussi des fleurs mâles.

Enfin, dans certains cas, il peut devenir _androdioïque_, c’est-à-dire

qu’à côté des individus monoïques, on en trouve d’autres exclusivement

mâles. Ce dernier cas constitue sans doute une anomalie. Des Kolatiers à

fleurs toutes mâles ne s’observent, comme nous l’avons dit, que dans les

parties très ombragées de la forêt ou sur les montagnes. CHODAT a déjà

observé, à propos d’autres plantes, que « les expériences de culture

montrent qu’on peut, par une diminution de la fertilité du sol ou une

luminosité amoindrie, augmenter considérablement la proportion de fleurs

unisexuées sur les andromonoïques »[152]. La prédominance des fleurs

mâles, ou même l’existence de ces fleurs, à l’exclusion des autres,

s’expliquerait donc par des conditions climatiques ou édaphiques

défavorables au Kolatier.

Entre l’épanouissement des fleurs et la maturation des fruits des

Kolatiers, il s’écoule ordinairement 6 mois. Ainsi que nous l’avons

signalé, les fruits se développent ordinairement dans les parties les

plus touffues de l’arbre non exposées à la lumière et ils s’insèrent sur

des branches assez fortes.

Dès le jeune âge, le petit embryon contenu dans le sac embryonnaire est

divisé en autant de cotylédons qu’il en aura à l’état adulte et il

possède déjà la coloration de la noix adulte : il est rouge si elle doit

être rouge, blanc ou rosé dans le cas contraire.

Les kolatiers & les noix de kola · 第 17 / 40 段