presque toutes localisées dans une bande de terrain nord-sud bordant les
parties marécageuses à proximité de la rive droite de la rivière Sô,
entre Agassa-Godomey et Abomey-Calavi. Sur 20.000 arbres environ, 15.000
étaient en rapport, il y a cinq ou six ans. Il existe encore de nombreux
Kolatiers près de la lagune qui s’étend à l’est de la voie ferrée depuis
Pahou jusqu’à Arané.
3o Dans le cercle de Ouidah, les plus importants des peuplements se
rencontrent à Adjara, sur la lagune Toho (7.000 pieds) et à Domé
(1.000), et quelques centaines de pieds se rencontrent à Savi et sur la
rive du lac Ahémé de Segborouhé à Pomassi et Nazoumé.
Dans le cercle de Grand-Popo, il n’y a pas de Kolatiers ou un petit
nombre seulement ; on en rencontrerait toutefois encore un assez grand
nombre dans les bas-fonds du cercle d’Allada et dans presque tous les
thalvegs fortement boisés. Le cercle de Zagnanado n’en posséderait qu’à
Gbaouté sur la rive gauche de l’Ouémé et à Dori-Cogbé dans le canton de
Coyé.
Avec le _Cola acuminata_, on rencontre parfois dans les petits bouquets
de forêts du Bas Dahomey quelques exemplaires de _Cola verticillata_,
qui ne paraissent pas avoir été plantés et seraient spontanés dans le
pays. SAVARIAU qui avait observé le premier cette espèce dans un petit
bois près de la gare de Sakété, désignait l’espèce sous le nom de _Kola
fade du Dahomey_. M. NOURY nous a montré ces arbres que nous avons pu
identifier avec les spécimens de la Gold-Coast du _C. verticillata_. Les
noix sont ordinairement dédaignées des indigènes qui nomment l’espèce
_Vigpô_ en dahoméen et _Abidan_ en nago.
Nous avons donné la répartition géographique de cette espèce à la suite
de sa description botanique.
_Cola nitida_ ferait complètement défaut au Dahomey d’après des
renseignements verbaux du regretté E. POISSON, qui avait exploré tout le
Bas Dahomey au point de vue agricole. Quelques graines de cette espèce
furent ensemencées, il y a environ sept années, au Jardin d’essai de
Porto-Novo. Les plants qui en sont sortis sont aujourd’hui de petits
arbres ayant pour la première fois porté des fruits en 1910.
D’autres Kolatiers, ensemencées en divers points de la colonie,
notamment à Cabolé, n’ont pas réussi.
Peu de temps avant sa mort, SAVARIAU avait fait planter des Kolatiers de
l’espèce _C. nitida_ dans divers bouquets de la forêt, notamment à
Sakété et à Bokoutou dans le cercle de Porto-Novo, enfin à Niaouli, près
Allada. Ces jeunes plantations, quand nous les avons vues en 1910,
étaient en bonne voie.
Il nous paraît toutefois peu probable qu’une essence aussi nettement
adaptée à la vie des sous-bois des grandes forêts tropicales que l’est
le _Cola nitida_ puisse prospérer au Dahomey. Il arrivera peut-être à
vivre dans les bouquets de forêts qui existent çà et là jusqu’au 7me
parallèle, mais il est douteux qu’il donne des rendements rémunérateurs.
Il ne faut pas espérer le voir croître dans les villages du nord, comme
Abomey, Savalou ou Djougou, où l’administration locale, mal renseignée,
a tenté vainement de l’acclimater.
Le Dahomey a d’autres essais agricoles beaucoup plus intéressants à
poursuivre.
=V. — AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.=
Les Kolatiers de la grande forêt congolaise sont encore très mal connus.
On ne peut y signaler pour le moment, d’une manière certaine, que les
deux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_, que nous y avons
observées en 1902-1904 et qui sont généralement confondues par les
indigènes de la région gabonaise sous les noms de _Ombéné_ ou _Abèl_.
Quelques voyageurs, dont nous rapportons les observations plus loin,
auraient rencontré d’autres sortes de Kolatiers, mais rien ne prouve
qu’il s’agit de plantes de la section _Eucola_, et ce point restera
obscur tant que la question n’aura pas été étudiée sur place par un
botaniste. Notre propre expérience nous a appris en effet qu’il était
presque impossible de différencier des échantillons d’herbiers de ce
groupe, à moins d’avoir une connaissance approfondie des espèces qu’on
étudie : c’est la raison pour laquelle _Cola acuminata_ et _Cola nitida_
ont été confondus dans les Herbiers jusqu’à nos jours par presque tous
les botanistes.
L’espèce la plus répandue dans tout le Gabon et probablement jusqu’au
Moyen-Congo est le _Cola acuminata_. La forme de cette région,
complètement identique avec celle de San-Thomé, que nous avons étudiée
plus en détail, paraît différer un peu de la forme typique du Bénin et
du Dahomey. C’est pour cette forme du Gabon que le savant PIERRE avait
créé l’appellation de _Bichea carinata_[117]. Nous ne pensons pas pour
notre part qu’on puisse les séparer spécifiquement.
Le _Cola acuminata_ a été depuis longtemps découvert au Gabon par
GRIFFON DU BELLAY, AUBRY-LECOMTE, le P. DUPARQUET ainsi qu’en témoignent
les exemplaires conservés à l’Herbier du Muséum. C’est une espèce qui
doit être très répandue au Gabon si l’on en juge par le nombre des
spécimens de cet Herbier. Le P. KLAINE en particulier en a récolté
beaucoup dans toute la région de Libreville.
Nous avons vu nous-même la plante très abondante autour de Mayumbe où
elle vit à travers la forêt.
G. BERTHELOT DU CHESNAY a donné des renseignements intéressants sur la
dispersion dans la région côtière du Gabon et spécialement près de
Kakamoéka de cet arbre nommé _Makenso_ par les indigènes de race fiote
et qu’il rapporte inexactement au _Cola Ballayi_[118] :
« Il est une des essences constitutives des brousses de haute futaie
dans tout le Gabon-Congo.
« On le trouve poussant toujours avec une très grande vigueur, aussi
bien sur les pentes fortes que sur les terrains plats, sur les bords des
cours d’eau comme sur les sommets des montagnes (lesquels ne sont jamais
situés au-dessus de 450 mètres), enfin dans les sous-bois très fourrés
et les futaies clairsemées.
« Il ne parait exiger que deux choses : d’abord un sol profond, argilo-
ferrugineux, ensuite un bon drainage qui laisse ses racines en dehors de
l’eau stagnante. Sa présence dans un endroit est un criterium certain
que ce terrain n’est pas inondé lors des crues ; sur les bords du
Kouilou-Niari, ils peuvent servir à indiquer les limites d’inondation du
fleuve.
« On conçoit dans ces conditions les indications précieuses que la
simple vue de l’arbre donne au colon qui cherche dans la brousse un
endroit à défricher.
« Enchevêtré de lianes, privé de lumière et d’air dans la forêt, il
donne une récolte relativement faible, à peine trois cents fruits à cinq
noix par gousse, ce qui ferait trois mille noix de Kola pesant 45 à 50
kilogs. »
Le Kolatier a été aussi signalé dans beaucoup d’autres régions de
l’Afrique équatoriale, mais les renseignements fournis par les voyageurs
sont très imprécis pour qu’on puisse dire s’il s’agit toujours du _Cola
acuminata_ ou aussi du _Cola Ballayi_ dont nous nous occuperons plus
loin. C’est la première espèce qui domine au Gabon ; dans la région du
moyen Congo où le _Cola Ballayi_ est fréquent, on observerait aussi,
d’après BAUDON, mais plus rarement, une seconde espèce qui est très
probablement le _Cola acuminata_.
Casimir MAISTRE signale le Kolatier aux environs de Loudima, au
confluent des rivières Niari et Loudima. « Le chef des Bakounis, dit-il,
offrit des Kolas aux européens et aux sénégalais de la mission[119] ».
LECOMTE a vu aussi des Kolatiers dans la région du Mayumbe et du
Kouilou.
Le docteur VOULGRE, en 1877, notait le Kolatier comme existant sur les
plateaux du Pays Batéké[120].
Le docteur SPIRE, qui a parcouru la grande forêt congolaise pendant la
mission FOURNEAU-FONDÊRE, depuis l’Ogoué jusqu’à la Sangha, signale
aussi l’existence de ces arbres. « Comme fruits comestibles, écrit-il,
il faut encore parler de certaines variétés de Kolas, le _Ngoafou_, le
_Ngoma_ des Pahouins. Je n’ai pas rencontré sur le sentier le Kolatier ;
il existe cependant dans le pays des Ossyébas où les indigènes nous en
apportaient incessamment des gousses[121] ».
AUTRAN indique que le Kolatier est très abondant dans le Congo français
et surtout dans le Como, l’Ogoué et le Fernan-Vaz. Il recherche surtout
les endroits humides et le plus souvent le bord des ruisseaux[122]. Aux
localités déjà citées, CAMBIER ajoute comme habitat : la Likouala-
Mossaka, la Sangha, la Likouala-aux-Herbes. L’arbre vit, dit-il, non
seulement dans les endroits humides, mais aussi sur les plateaux[123].
Remarquons enfin que toutes les régions que nous venons de mentionner
sont comprises dans les parties de l’Afrique équatoriale occupées par la
forêt Vierge.
_Cola Ballayi_ Cornu. — Quoique moins fréquente que la précédente, cette
espèce existe aussi au Gabon et l’Herbier du Muséum en possède plusieurs
exemplaires provenant du Mayumbe et de la forêt intérieure, mais c’est
surtout dans le Moyen Congo et dans l’Oubangui qu’elle est répandue.
C’est sans nul doute à cette espèce que DYBOWSKI[124] et FOUREAU[125]
font allusion dans leur récit de voyage.
En remontant de Brazzaville à Bangui, nous l’avons rencontrée aux abords
de presque tous les villages à partir du 2° de lat. S. et elle remonte
jusqu’à 4° 15 N., un peu plus haut que Bangui. Quelques-uns de ces
arbres, vivant au carrefour des sentiers de forêt, à l’entrée et parfois
même à l’intérieur des villages, paraissent avoir été plantés.
_Kolatiers d’espèces indéterminées._ — En dehors des deux espèces
énumérées, la forêt équatoriale recèle d’autres espèces du genre _Cola_
à noix utilisables, mais il est impossible, en l’absence de documents,
de dire si ces arbres appartiennent à des espèces ou des races étudiées
plus haut ou s’il s’agit d’espèces nouvelles.
Nous devons d’abord mentionner un Kolatier à larges feuilles
retombantes, à limbe elliptique, arrondi à la base, présentant 7 ou 8
paires de nervures secondaires. Il existe dans les serres du Muséum un
exemplaire de cette plante obtenu de semences originaires du Congo et
dont nous avons publié la photographie.
Il semble que c’est à cette même plante qu’il faut rattacher le no 1209
du P. KLAINE, recueilli aux environs de Libreville et conservé dans
l’Herbier PIERRE au Muséum.
En 1908, BUCHET a signalé au Gabon l’existence d’une espèce de Kolatier
donnant des noix à deux cotylédons dont on peut faire usage. Cette
espèce serait spontanée dans la région du moyen Como, à environ 150
kilomètres du littoral de Libreville. Les noix sont de belle dimension,
aplaties sur les deux faces et de couleur rose, parfois d’un rouge assez
vif, mais jamais blanches.
Elles germent comme celles du _Cola nitida_ et chaque cotylédon porte
aussi une légère fente. La principale récolte a lieu de janvier à mars ;
une petite récolte survient probablement vers septembre ou octobre. Les
Pahouins en font à peine usage ; ils confondent l’espèce avec le
Kolatier ordinaire[126].
D’autre part, BAUDON écrit à l’un de nous qu’il a observé 3 espèces de
Kolatiers sauvages au Congo : l’une produit des amandes à deux
cotylédons, une seconde donne des graines volumineuses et presque
toujours à quatre cotylédons, enfin une troisième fournit des noix à 5
ou 6 cotylédons, qui sont couramment consommées par les indigènes. Nous
avons vu des spécimens de cette dernière : c’est sans nul doute le _Kola
Ballayi_.
Enfin, le P. TRILLES signale aussi une grande variété de Kolatiers dans
la partie du Gabon qu’il a explorée. La lettre qu’il nous écrivait en
1909 à ce sujet doit être publiée :
« Dans tout le pays que l’on pourrait appeler région de l’Ogowé, située
tout au long de ce fleuve et allant jusqu’aux Monts de Cristal où la
végétation devient différente et se rapproche de celle du Cameroun, on
trouve en assez grande abondance le _Cola acuminata_. Ainsi, dans les
forêts qui s’étendent de Libreville au cap Esterios, il est fréquent
sauf au bord de la mer. Les Mpongoués le désignent sous le nom
d’_Ombéné_. A cette occasion, il est fort regrettable que l’on donne
presque toujours à propos de la flore gabonaise, les noms indigènes
mpongoués ; cette tribu est presque éteinte et de nulle importance, à
peine 400 à 500 individus mâles aujourd’hui.
« Les Fang lui donnent le nom d’_Abel_. Il présente toujours de 4 à 6
cotylédons.
« De cet _Abèl_ ils distinguent deux variétés, d’après le goût du fruit
âcre et moins âcre ; la première porte le nom d’_Abelayôl_ — ou _Abèl_
qui fait vomir ; l’autre le nom d’_Abèl_ simplement.
« L’_Abèl_ simple n’est pas employé ; l’_Abèlayol_, au contraire, est
très recherché, non pour son fruit, aucune de nos populations de la
région de l’Ogowé ne s’en servant — mais pour les racines et l’enveloppe
du fruit, employés dans la gonorrhée et la syphilis. On donne également
l’enveloppe du fruit broyée aux femmes enceintes pour faciliter
l’enfantement.
« L’_Abèl_ est, je crois, le _Cola acuminata_ ; avec sa variété, c’est
le seul _Cola_ de ce groupe connu dans la région de l’Ogowé.
« Lorsqu’on remonte un peu plus haut et que l’on atteint la région
montagneuse, on trouve outre l’_Abèl_, deux autres espèces de _Cola_ :
l’une porte le nom de _Nkork_, l’autre de _Ngwang_.
« Le _Nkork_ est à deux cotylédons. On en compte 3 variétés qui doivent,
je crois, tenir plutôt à la station. La première a deux gros cotylédons
blancs qui bleuissent au contact de l’air. La saveur est sucrée, puis
amère. Les Sénégalais qui étaient avec moi l’estimaient peu.
« L’arbre est _très fréquent_ sur le bord des ruisseaux, marais, etc.
« Une deuxième espèce de _Nkork_ a des fruits roses beaucoup moins gros,
mais très abondants sur le tronc qui en était parfois entièrement
recouvert.
« Ces fruits ne changeaient guère au contact de l’air. On le trouvait à
flanc de colline, dans les terrains pierreux. Les Sénégalais
l’appréciaient beaucoup.
« Enfin une troisième variété dite _Nkorketshork_, porte des fruits
tantôt rouges, tantôt blancs, tantôt les deux réunis sur le même arbre.
« Cette dernière forme est fréquente et dans ce cas les Fangs disent que
_l’arbre est marié_, ou « _alongha_ » ; c’est le seul dont ils emploient
la racine contre la syphilis.
« Enfin une troisième espèce est connue sous le nom de _Ngwang_. C’est
un bel arbre à bois blanc très dur et dont les Fangs du Nord estiment
beaucoup les fruits. J’ai expliqué dans mon récit « _Mille lieues dans
l’Inconnu_ », les accidents nerveux, tics de la face, etc.,
caractéristiques des mangeurs de ce Kola. Le _Ngwang_ comprend également
deux variétés assez distinctes. Il vous sera d’ailleurs facile de le
retrouver, car j’en ai envoyé un échantillon complet de la rivière Ebé,
au regretté PIERRE qui l’a nommé _Cola Trillesiana_[127] ». (P. TRILLES,
in litt.).
D’autre part CHALOT, a signalé qu’il existait dans la forêt de Mayumbe
et dans les environs de Brazzaville un arbre à Kola donnant des fruits
plus gros que le Kolatier ordinaire du Gabon. Ce dernier est connu entre
Loango et Brazzaville sous le nom de _Makassou_[128].
Nous ne savons presque rien sur les Kolatiers des territoires de la
haute Sangha, situés en bordure de l’Adamaoua et où les caravaniers
haoussas et foulbés viennent depuis longtemps (ce commerce était déjà
ancien à l’époque du voyage de BARTH) acheter des Kolas. Le seul
document de quelque valeur sur les noix de cette région est la lettre de
A. GOUJON, publiée par HECKEL. « On trouve les Kolas, écrit-il, dans
tous les pays situés entre Brazzaville et Koundé (Adamaoua), mais ce
sont surtout les forêts qui bordent les ruisseaux de la contrée entre
Kadou et Mambéré qui semblent être leur pays d’élection.
J’en ai trouvé dans tous les villages ou à peu près et lorsque j’en
demandais, on allait chercher quelques amandes enterrées dans un endroit
humide pour les conserver, mais ce n’est que dans les pays en relations
avec l’Adamaoua qu’ils font l’objet d’un grand commerce. Là ils sont
classés par crus, comme les grands vins, portent les noms de leurs lieux
de provenance et se vendent à des cours qui résultent de la qualité et
des quantités existantes sur le marché.
« J’ai vu à Gaza le prix de l’amande varier de 15 à 60 cauris. Le Kola
le plus estimé est celui de Bayanda, dit _Kola Bafio_. Il doit cette
préférence à la durée de sa conservation à l’état frais qui dépasse 3
mois et à l’absence d’âpreté. A partir de Bem-Nasoury, le Kola n’est
plus exporté vers le nord, parce qu’il ne se conserve pas. Celui de
Koundé est même à peine consommé dans le pays à cause de son âcreté qui
tient, je suppose, à ce que, à l’altitude de ce point, il ne mûrit
qu’imparfaitement[129]. Je n’ai rencontré à Bania que la grosse variété
de Libreville qui, lorsqu’elle est parfaitement mûre, est d’un rose
assez vif. Je n’ai pas vu de Kola blanc[130] ».
Le lieutenant P. CHARREAU, qui a séjourné aussi dans la Haute-Sangha,
écrit que « c’est avec les noix de Kola venant de Nola, Bania, Cambé,
que les Haoussas achètent à Ngaoundéré leurs bestiaux ».[131]
D’après ce même auteur, les noix de Kola monteraient par Carnot et
Koundé vers le Nord, en paiement des importations.
Tout à l’est de nos possessions, d’après quelques voyageurs, il
existerait encore des Kolatiers dans le haut Oubangui, notamment chez
les Yakomas, entre Mobaye et Les Abiras. De là les noix sont
transportées dans les Sultanats du Haut-Oubangui où les caravaniers
islamisés venus du Ouadaï et du Darfour s’en approvisionnent. Récemment
P. PRINS a signalé l’existence d’un Kolatier à noix rouges à Rafaï sous
le 5me parallèle, près du confluent du Mbomou et de la Chinko[132].
Il est possible qu’il existe encore quelques Kolatiers dans le sultanat
de Tamboura, au sud duquel le Mbomou prend sa source. On sait que c’est
tout près de là, mais légèrement au S.-E., chez les Monbouttous ou
Mangbettous, que SCHWEINFURTH observa des noix de Kola.
Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que les arbres de la
section _Eucola_ ont leur limite septentrionale reportée de plus en plus
vers le sud quand on s’avance de la côte Ouest vers le centre du
continent. En Afrique occidentale ils sont spontanés jusqu’au 6° 30,
puis cultivés en grand jusqu’au 8e parallèle et plantés çà et là
jusqu’au 11e.
A hauteur du Dahomey, on ne les rencontre plus au delà du 7° 30.
Dans la Haute-Sangha, ce n’est qu’au sud du 4e parallèle qu’ils sont
abondants. D’après GOUJON, ils montent encore jusqu’à Koundé par 6° de
latitude, mais là ils ne produisent plus. Dans le Haut-Oubangui on n’en
observe plus au delà de 4° 30′ et même les arbres ne donnent une bonne
production que du 2° de lat. S. au 4° de lat. N.
D’ailleurs l’un de nous a depuis longtemps fait remarquer que l’aire
d’un grand nombre de végétaux de la forêt africaine a une limite
septentrionale de plus en plus rapprochée de l’équateur à mesure qu’on
s’avance de l’ouest à l’est.
* * * * *
=II. Colonies étrangères de l’Afrique occidentale.=
* * * * *
=I. — SIERRA-LÉONE=
Les Kolatiers sont extrêmement répandus à l’état cultivé dans presque
toute l’étendue de la colonie anglaise de Sierra-Léone qui en consomme
beaucoup et en exporte chaque année des quantités de plus en plus
élevées. Ils appartiennent à l’espèce _Cola nitida_ et presque tous à la
race _C. mixta_. Nous avons observé ces arbres dans presque tous les
villages de Sierra-Léone avoisinant notre frontière de la Guinée
française, notamment dans la région montagneuse de Timbikounda, aux
sources du Niger.
Il en existe aussi beaucoup aux îles Scherbro.
Son Excellence, le gouverneur de Sierra-Léone a communiqué à l’un de
nous une note intéressante sur cette culture. Le Kolatier est
principalement planté sur les bords des rivières et dans les cours des
villages ; il existerait aussi à l’état sauvage. Les districts de
Kogbotoma, de Hills, de Bagrou, de Koinadungou, situés dans la zone
forestière sont les plus riches en Kolatiers.
=II. — RÉPUBLIQUE DE LIBÉRIA.=
Cet immense territoire, peuplé de 2 millions d’habitants, est un des
pays les plus favorables à la culture du Kolatier ; il y vit du reste à
l’état spontané dans toute l’étendue de la grande forêt, aussi épaisse
qu’à la Côte d’Ivoire.
Malheureusement les 12.000 noirs Américo-Libériens[133] qui constituent
toute la République, ne tirent aucun parti de cette richesse.
La seule espèce se rencontrant çà et là est le _Cola nitida_, c’est-à-
dire celle qui produit les meilleurs noix de Kola.
Les diverses sous-espèces signalées déjà à la Côte d’Ivoire y existent
vraisemblablement. Nous avons vu surtout les _Cola mixta_ et _Cola
rubra_ dans les parties du haut Libéria que nous avons effleurées aux
environs des monts de Nzô. En quelques villages de la rive droite du
Bas-Cavally, que nous avons aussi visités, existent des _Cola pallida_.
Pour la partie du territoire habitée par les Libériens, Sir HARRY
JOHNSTON a publié quelques renseignements relatifs à la dispersion de
l’arbre. Il est généralement planté dans la région côtière, les noix
donnent lieu à un petit commerce local ordinairement entre les mains des
Sierra-Léonais[134].
Mais c’est principalement dans les territoires situés au N. du 7e
parallèle, là où très peu d’explorateurs ont pénétré, que les Kolatiers
deviennent communs. Ces territoires sont habités par des peuples _de
même race que ceux qui vivent dans le sud-est de la Guinée française et
dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire_. C’est également avec les
territoires qui nous appartiennent aujourd’hui et que nous administrons
depuis quelques années que les populations du centre de la forêt
libérienne trafiquent le plus, de sorte que des échanges commerciaux
continuels se font à travers la frontière artificielle qui vient d’être
tracée. Chaque jour les indigènes de nos territoires apportent du bétail
pour la boucherie et des articles de traite et emportent en échange, du
cœur de la forêt, du caoutchouc et des noix de Kola. Il est difficile de
fixer les quantités de marchandises qui s’échangent ainsi tout au long
de l’année, mais le chiffre en est certainement fort élevé.
=III. — GOLD-COAST.=
La Gold-Coast est aujourd’hui une des colonies les plus florissantes de
l’Ouest africain. La culture du Cacaoyer faite exclusivement par les
indigènes y a pris un admirable développement. La production des noix de
Kola s’est aussi considérablement étendue.
Ce développement agricole et commercial intense a été la conséquence de
l’administration prudente et active qu’un certain nombre de gouverneurs
ont pratiquée depuis surtout Sir Alfred GRIFFITCH et qui a été continuée
ensuite avec un remarquable esprit de suite.
Comme efforts de ces dernières années, nous citerons seulement : la
construction du chemin de fer de Sekondie à Coumassie avec une rapidité
inaccoutumée en Afrique ; le développement de l’enseignement indigène ;
l’importance de plus en plus grande prise par les services agricoles de
cette colonie ; l’enrichissement du Jardin d’Aburi, constituant
aujourd’hui une des plus belles stations botaniques de l’Afrique
tropicale, enfin récemment encore, la belle mission forestière accomplie
par H.-N. THOMPSON et qui a eu pour résultat la publication d’un
remarquable rapport[135].
Aujourd’hui, la Grande-Bretagne récupère largement les sacrifices
consentis. Elle exporte pour plus de 20 millions de francs de Cacao par
an. L’exportation des Kolas par mer, qui était évaluée à 33.200 francs
seulement en 1892, s’élevait déjà en 1903 à 1.264.025 kilos.
L’exportation des noix de Kola par la frontière N. a pris aussi une très
grande extension, puisqu’on l’évaluait en 1908 à 2.000 tonnes ou 70.000
charges estimées sur place 2 millions, mais ayant déjà augmenté de
valeur lorsqu’elles passent la frontière du Haut-Sénégal-Niger ou celle
du Togo. La production totale du Pays Achanti, d’après un supplément de
la _Gazette_ du gouvernement paru en 1909, serait d’environ 2.250
tonnes ; car, outre les 2.000 tonnes qui passent en territoire français
ou allemand, 250 tonnes descendent par le chemin de fer pour être
embarquées à Sekondée à destination de Lagos. Cette même année 1908, il
a été exporté par mer 2.004 tonnes de noix estimées 2.109.050 francs.
Le Pays Achanti n’est pas, en effet, la seule province de la Gold-Coast
produisant des noix de Kola. L’Akyem (ou Akam, ou Akim), l’Akouavou, le
Prahsi, l’Adansi, en produisent aussi beaucoup.
Les principaux marchés à Kolas de l’Akim sont : Insuaim, Essamang,
Kwaben, Tumfa et Kankan[136].