Kolatiers en abondance qu’à partir du pays Kopo, par 6° 40.
Bounda, par 7° 7, est aussi un marché important pour les Kolas qui
iraient de là à Flampleu.
Vers le nord nous les avons observés encore abondants à Sampleu, près
des sources de la Nuon et à Oua par 7° 45 environ.
A l’époque où nous avons effectué notre voyage, en avril et mai,
beaucoup de Kolatiers étaient en pleine floraison, mais il y en avait
très peu à porter quelques fruits. La grande floraison dans cette région
commence vers le 15 mai et se continue jusqu’au 15 juin. A cette époque,
on ne voit que très rarement des cabosses sur les arbres, 2 ou 3
bouquets au maximum par arbre et les 19/20 des Kolatiers n’en ont pas.
La principale récolte se fait en octobre et novembre en même temps que
la récolte du riz, mais les indigènes conservent plusieurs mois des
réserves de noix dans leurs cases ou même dans la forêt et ne les
vendent qu’au fur et à mesure de leurs besoins.
C’est entre 250 m. et 350 m. d’altitude que les Kolatiers sont plus
nombreux. On les observe habituellement en plein massif forestier, le
long des sentiers de la forêt aboutissant à chaque village et surtout
dans les carrefours de ces sentiers. Il est rare d’en rencontrer à plus
de 500 mètres des villages.
Ces Kolatiers sont généralement en très bon état, mais ils supportent
une végétation d’épidendres très abondante : orchidées, fougères,
_Calvoa_, _Begonia_, _Urera_ ; les branches sont fréquemment chargées
d’une chevelure de mousses et de lichens.
Les Kolatiers se nomment _Go_[110] (en dyola), _Hié_ (en guerré).
b) _Pays des Touras ou Touradougou._ — Le Touradougou est situé à l’est
et au nord-est du pays Dan. Il est extrêmement montagneux et la plupart
des villages sont bâtis au sommet de dômes granitiques très escarpés,
dressés souvent de plusieurs centaines de mètres au-dessus des villages.
Il forme avec la partie orientale du Pays Dyola le district de Man, que
nous avons traversé dans presque toute sa longueur en 1909. Ce district
était alors administré par le lieutenant RIPERT, qui eut l’amabilité de
nous accompagner durant notre voyage. Observateur attentif, il nous a
fourni aussi des renseignements précieux sur les Kolatiers de ce
district et sur ceux des régions comprises entre le moyen Sassandra et
le Bandama, qu’il avait aussi parcourues.
Dans le district du Man, il y a relativement peu de Kolatiers. La ligne
des marchés du sud : Man, Gouékangoui, Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé,
Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien (en pays Ouobé) est alimentée de
noix récoltées au sud.
Au marché de Sémien en particulier, on vend des Kolas récoltés dans les
pays Dyolas, Ouobés, Bétés, Ouayas et Lôs.
La presque totalité des Kolas sont rouges. On ne trouve que de rares
Kolas blancs sur les marchés[111]. D’après RIPERT, on trouverait dans
ces régions un nombre relativement élevé de noix à trois cotylédons,
appartenant néanmoins à l’espèce _C. nitida_.
Dans le Touradougou proprement dit, il n’existe que quelques Kolatiers
dans chaque village et il est rare que les Touras sédentaires fassent le
trafic des noix. Certains _Cola rubra_ encore vigoureux et productifs
s’observent dans des villages perchés dans les rochers jusqu’à 900
mètres d’altitude.
c) _Pays des Bétés._ — Le pays Bété proprement dit comprend presque
toute la partie moyenne du bassin du Sassandra et les parties les plus
occidentales du bassin moyen du Bandama. Au sud, il commence vers 5° 30′
à hauteur de Boutoubré. Au nord, il s’étend jusque vers le 7° 45,
puisque, d’après THOMANN, les _Ouayas_ ou _Bobouas_ proviendraient du
croisement des Bétés et des Bakoués. A l’ouest, ce pays est bien limité
par le cours du Sassandra qui sépare les Bétés des _Bakoués_ ou
_Guerrés_. A l’est et au sud-est, les Bétés confinent aux _Lôs_ ou
_Gourôs_. La pénétration du pays par nos soldats est toute récente.
C’est seulement en 1903 que l’administrateur THOMANN réussit à se rendre
de la Côte jusqu’à Séguela en suivant la vallée du Sassandra ; il quitta
le fleuve à partir de Soubré et s’enfonça dans la forêt des Bétés d’où
il ne sortit qu’à hauteur de Vavoua, pour venir déboucher chez les
Mandé-Dioulas au Soudan. Des postes furent établis par la suite en Pays
Bété à Guidéko, à Issia et à Daloa, mais ce n’est en réalité qu’en 1906,
après la première révolte des Bétés, que la pénétration européenne a
commencé. Au commencement de 1907, les officiers qui sillonnèrent toute
la partie nord de cette province purent constater l’importance donnée
par les Bétés à la culture des Kolatiers.
En 1907, nous avons visité Soubré et Guidéko dans la partie sud de la
région, c’est-à-dire celle qui n’exporte pas de noix de Kolas. Les _Cola
pallida_ sont communs à travers la forêt, mais les indigènes n’en tirent
aucun parti. La culture du précieux arbre commence seulement à hauteur
d’Issia, par 6° 30 environ et c’est entre ce village et Daloa qu’elle
atteint son plus grand développement.
D’intéressants renseignements nous ont été communiqués par le capitaine
SCHIFFER et par le lieutenant RIPERT, qui ont, le premier surtout,
beaucoup circulé entre la Sassandra et le Bandama.
Les races de Kolatiers qui dominent sont le _C. mixta_ et le _C. rubra_.
D’après RIPERT, on trouve aussi dans les environs de Daloa un certain
nombre de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Ces arbres
sont toujours cultivés dans la forêt dense, à proximité des villages, le
long des sentiers et sur les terrains occupés autrefois par les cultures
de bananiers, de manioc et d’aroïdées. D’après les notes obligeamment
communiqués par le capitaine SCHIFFER, au nord de la forêt, dans le pays
de transition où les îlots de forêts alternent avec de grandes
clairières, les Kolatiers sont peu abondants. On le constate en
particulier dans le Yokolo, appelé par les _Bétés_ Sokuya ou Sokuea, par
les _Gouros_ : Kuya-Fla, par les _Los_ et les _Dioulas_ : Ouaya ou Wuya.
Les Kolas ne font qu’y transiter pour aller dans le nord. En réalité,
ces noix proviennent des cantons du Leblé, du Balo, du Yokolo et du
Bogué qui sont les seuls du pays Bété se livrant à la culture et à la
récolte du Kola. La culture doit être très développée dans ces régions,
puisque RIPERT qui a parcouru presque tous les pays à Kolas de la Côte
d’Ivoire n’hésite pas à assurer que c’est dans ces cantons qu’il a vu
les Kolatiers en plus grande abondance et c’est là qu’il a observé les
plus belles noix : certaines, en très faible quantité il est vrai,
atteindraient et même dépasseraient le poids de 100 grammes. Il ne
serait pas rare de voir des lots entiers renfermant des amandes pesant
de 20 à 40 grammes, avec lesquelles sont mélangées quelques autres
encore plus lourdes.
Vers le nord, d’après SCHIFFER, les Kolatiers deviennent déjà rares dans
le Balogué ; de même vers le sud la véritable culture du Kolatier
s’arrête au 6me degré, c’est-à-dire à hauteur de Bitri.
De son côté, THOMANN dit n’avoir pas vu de Kolatiers dans le moyen
Sassandra, ni chez les Los, ni chez les Babouas, mais seulement dans le
Bogué et le Bala.
d) _Pays des Lôs ou Gouros._ — Les Gouros, auxquels DELAFOSSE[112]
attribue le nom de _Koueni_ et qui sont nommés _Lôs_ par les Mandés et
_Gouros_ par les Agnis, habitent une région forestière située à la
bordure ouest du Baoulé, par conséquent sur la rive droite du Bandama,
principalement entre la Marahoué ou Bandama rouge et le Bandama blanc
(rivière de Marabadiassa). Ils s’étendent en longueur du 6e au 8e
parallèle. A l’ouest, ils sont limités par les Bétés, au nord par les
Mandés-Dioulas, à l’est par les Baoulés avec lesquels ils sont mélangés
sur la frontière.
J. EYSSERIC[113] le premier a pénétré dans ce pays en 1897. Quelques
années plus tard, en 1901, le capitaine SCHIFFER en commençait
l’occupation. Divers postes militaires : Béoumi, Zuénoula, Bouaflé,
Sinfra, Oumé, sont aujourd’hui installés dans cette contrée. L’état
troublé dans lequel elle se trouvait en 1907 et 1909 ne nous a pas
permis d’y pénétrer.
Depuis longtemps, BINGER a fait connaître qu’une grande partie des Kolas
transportés par les Dioulas du Soudan proviennent de cette contrée.
D’après le lieutenant BEIGBEDER, ancien chef de poste de Sinfra, la
principale province productive est le Koyaradougou. Les tribus qui se
livrent à la récolte des Kolas sont les _Lôs Sia_ au sud et les _Lôs
Mona_ au nord. Les Kolatiers sont plantés aux abords des villages, le
long des chemins de la forêt et surtout aux carrefours, ces carrefours
étant souvent l’emplacement d’anciens lieux habités. On ne les rencontre
jamais en véritables plantations. Les arbres sont la propriété de la
communauté du village. La principale récolte se fait en novembre et
décembre. Il y aurait aussi une petite récolte en avril et mai.
Le lieutenant RIPERT qui a parcouru aussi cette région assure qu’il y a
peu de Kolatiers dans le pays Lô proprement dit ; des cantons entiers
n’en produisent pas et dans toute la partie sud du pays Gouro, les noix
de Kola sont inconnues comme produit d’échange. En réalité, les noix de
Kola, considérées comme venant du pays Lô, viennent du pays des Bétés.
Les Lôs sont des intermédiaires qui vont chercher les noix chez les
Bétés pour les vendre sur leurs marchés aux femmes Mandé-Dioulas. Nous
nous étendrons davantage sur cette question dans le chapitre consacré au
commerce.
Selon SCHIFFER, dans la partie septentrionale du pays des Lôs, il
n’existe encore que quelques arbres isolés vers Kamalo, Koussana,
Diorolé, Mankoro, Goaka. En pays Lô, le canton de Lueno ne possède
qu’une cinquantaine d’arbres ; on en compte une centaine dans le canton
de Mieole, quelques centaine dans ceux de Karagnian, Digougou, Naté.
Ceux de Boromo, Gokomo n’en ont que quelques pieds. C’est seulement dans
le canton de Niogor que les Kolatiers deviennent nombreux, mais ils ne
sont véritablement abondants que dans le pays des Ouayas, principalement
au sud, dans le nord du pays des Bétés et chez les Gouros vivant sur la
rive droite de la Marahoué.
e) _Pays des Ngans._ — Dans le récit de son exploration BINGER rapporte
qu’une partie des Kolas exportés sur Kong et sur Bobo-Dioulasso
proviennent de l’Anno ou Mango. Cette province que nous avons traversée
est située au sud-ouest du grand centre de Bondoukou, mais les Agnis qui
l’habitent ne produisent qu’une faible quantité d’amandes. En réalité,
les noix de Kola dites de l’Anno proviennent en majeure partie du pays
des Ngans situé au nord-est du Baoulé, entre 7° 30 et 8° de lat. N.
d’une part et entre le moyen Nzi et le moyen Comoë, d’autre part. Dans
le pays des Ngans, on distingue deux régions : 1o les Ngans du Guiamala,
rattachés au cercle de Kong ; 2o les Ngans du Mango, dépendant du cercle
du Nzi-Comoé, secteur d’Akouakoumékrou. Au N.-E., ils confinent au
Bini ; plus au N. encore, vers le 8e parallèle commence le pays Barabo
qui ne produit pas de Kolas. Les Ngans parlent presque tous la langue
mandé-dioula ; au contact du Mango proprement dit, ils parlent aussi
agni. D’après DELAFOSSE, ils seraient apparentés aux Lôs ou Gouros.
Notre itinéraire de Bongouanou à Akouakoumékrou nous a conduit à
proximité des Ngans du Mango et nous avons pu nous procurer des
spécimens de rameaux en fleurs, de cabosses et de noix des Kolatiers de
cette région. On y trouve des _Cola mixta_, des _Cola pallida_ et
probablement aussi des _Cola_ ne produisant que des noix blanches mais
non complètement identiques au _Cola alba_ du Kissi, car ce dernier a
les fleurs entièrement blanches, tandis que le Kola blanc des Ngans
aurait des fleurs rayés de pourpre. Ses noix ne sont pas du reste
complètement blanches, mais d’un blanc-verdâtre à l’état frais, d’où le
nom de _Biguendé oro_ (_Kola vert_) que lui donnent quelques soudanais.
Dans les lots de Kolas achetés dans le pays par les dioulas, on trouve
ordinairement mélangées aux noix blanches, un cinquième de noix rouges
et de noix roses, tout à fait semblables à celles du Haut-Cavally ou de
l’Achanti.
Toutefois les arbres produisant exclusivement des noix rouges ou
exclusivement des noix blanches n’existeraient pas au dire des
indigènes. Mais cette assertion aurait besoin d’être contrôlée, car un
Agni nous a montré aux environs d’Akouakoumékrou, où existent peu de
Kolatiers, un arbre qui donnerait exclusivement des noix blanches.
C’est cet arbre dont les fleurs présentaient trois raies pourpres sur
chaque sépale en dedans du calice.
Le passage du livre de BINGER que nous avons reproduit au 2e chapitre
page 27 et qui assure que le Mango ne produit que des noix blanches et
des noix rosées n’est en tout cas pas tout à fait exact.
Dans une cabosse fraiche et parvenue à maturité, cabosse à forte crête
dorsale et tuberculeuse-scoriacée à la face inférieure nous avons trouvé
quatre noix rouges et une noix blanche. Par contre, nous avons examiné
cinq cabosses qui ne renfermaient que des noix blanches.
Les indigènes assurent que sur les arbres qui les produisent on trouve
aussi quelques cabosses contenant des amandes blanches et roses en
mélange, mais nous sommes loin d’en avoir la certitude.
Les Ngans ne paraissent point disposés à fournir beaucoup de
renseignements sur un végétal qui fait, en somme, toute leur richesse.
Ils assurent qu’il n’existe qu’une seule race de Kolatiers dans leur
pays, donnant des noix blanches, rouges et roses. Les variations
constatées dans la taille des fruits, la coloration et la dimension des
amandes, tiendraient seulement aux différences de sol, d’abri, de soins
culturaux. Bien plus, ils assurent que des différences dans la
coloration des amandes d’un arbre se produiraient parfois d’une année à
l’autre : ainsi un Kolatier qui ne donne que des noix blanches et des
noix rosées pourra produire aussi une autre année quelques noix rouges.
Contrairement à l’assertion de BINGER, les dioulas que nous avons
interrogés assurent que les Kolas des Ngans ne sont pas inférieurs à
ceux des Achantis. Ils se vendent aujourd’hui aussi cher sur les marchés
et se conservent aussi longtemps s’ils sont bien emballés.
Seuls les Kolas blancs très lavés de vert, seraient de médiocre qualité
et ne se conserveraient pas longtemps. Nous nous demandons si cette
coloration ne proviendrait pas de ce que les amandes auraient été
récoltées avant maturité.
Les noix du Kissi, qu’on laisse mûrir sur les arbres, sont les plus
estimées.
La principale récolte des Ngans se fait en septembre et octobre. En
décembre, il ne reste plus de cabosses sur les arbres ; une deuxième
récolte, plus faible a lieu en juin. En dehors de ces périodes, les
Kolatiers donnent quelques fruits tout au long de l’année. Ils sont
presque constamment en fleurs.
M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a communiqué d’intéressants
renseignements sur les Ngans du Guiamala dont nous n’avons pu visiter le
pays et sur la manière dont ils cultivent les Kolatiers :
« Les Ngans sont arrivés dans le pays depuis trois ou quatre
générations. Ils venaient des rives d’un grand fleuve (Comoë ou
Volta ?), fuyant devant des voisins envahisseurs. Ils s’établirent sur
la rive gauche du Nzi, là où le plateau central, qui sépare les deux
bassins Comoë et Nzi, vient mourir en croupes peu élevées. A l’origine,
ils étaient, sans nul doute, peu nombreux puisqu’ils ne purent fonder
que deux villages, mais vivant dans la paix la plus complète ils se
multiplièrent, si bien qu’à l’heure actuelle le pays des Ngans du
Guiamala renferme 24 villages et plus de 2.500 habitants. A l’encontre
de tous leurs voisins, ils échappèrent, vers 1895, aux ruines et aux
massacres accumulés par les Sofas (soldats) de Samory et c’est surtout
parce qu’ils étaient les producteurs des noix de Kola qu’ils furent
épargnés.
« Ils feraient trois récoltes de Kolas par an : la principale en
octobre-novembre, une autre en février et mars et enfin une troisième en
juin et juillet. Les cabosses sont de taille très variable : elles
renferment 4, 6, parfois 10 noix ; on m’a affirmé en avoir vu qui en
contenaient jusqu’à 20. La noix est blanche ou rouge ; la même cabosse
peut contenir des noix de différentes couleurs, mais chez les Ngans, les
Kolas blancs dominent. Les arbres sont ordinairement groupés en petites
plantations de 250 à 300 Kolatiers espacés sans aucune symétrie ».
Nous reviendrons plus loin sur ces plantations.
4o _Zône sud et moyenne de la Côte d’Ivoire._ — Bien que le Kolatier n’y
soit l’objet d’aucune exploitation et que la culture en soit
rudimentaire, il existe partout dans la partie méridionale de la Côte
d’Ivoire, depuis la mer jusqu’au 6° 30 de latitude. Non seulement on le
trouve à l’état spontané à travers la forêt — et par endroits il
constitue environ 1/100 des peuplements — mais presque toujours aussi on
observe quelques Kolatiers plantés aux abords des villages.
La consommation des noix de Kolas dans cette zone est très restreinte.
Les autochtones en font rarement usage et en mâchent en petite
quantité ; les sénégalais et soudanais employés de l’administration ou
des maisons de commerce, recueillent souvent eux-mêmes sur les arbres
existant aux abords des postes, les noix dont ils ont besoin.
Depuis quelques années seulement, des dioulas soudanais achètent çà et
là dans les villages de la forêt, des charges de noix de Kola et vont
les vendre dans les principaux centres côtiers ou bien remontent dans le
nord par les routes créées par l’administration ou même par le chemin de
fer. C’est ainsi que nous avons constaté en 1909 que des achats assez
sérieux de Kolas se faisaient déjà dans le Morenou, dans l’Attié, dans
le pays Abé et ce trafic était tout à fait inconnu les années
précédentes. Il est bien certain qu’en multipliant les routes, dont un
beau réseau a déjà été créé depuis peu à travers la forêt, on
développera de plus en plus l’exportation des Kolas, soit vers la côte,
soit vers les régions soudanaises ; mais, sans se contenter d’exploiter
les arbres sauvages qui donnent généralement des rendements faibles, il
deviendra très utile de faire effectuer aux indigènes des plantations
autour de chaque village. C’est à cette condition qu’on pourra suffire à
la consommation qui se développe de plus en plus au Soudan.
Il n’est probablement pas un canton dans toute la partie forestière de
la basse Côte d’Ivoire où les Kolatiers ne se rencontrent déjà plantés
en petite quantité. Les formes les plus fréquentes sont _Cola mixta_ et
_Cola pallida_.
Dans les forêts comprises entre le moyen Sassandra et le moyen Cavally,
ainsi que dans tout le bas Cavally, nous avons remarqué fréquemment des
Kolatiers à travers la forêt. On en trouve également à l’état cultivé
chez les Tébo, les Trépo, les habitants de Grabo, et chez les Kroumen de
la Côte.
Dans ces régions, en juin, les Kolatiers ne portent pas de fleurs ; une
abondante floraison commence vers le 15 juillet et continue pendant tout
le mois d’août. C’est probablement cette floraison qui donne la grande
récolte d’octobre et novembre.
Dans les langues de ces régions, le Kola porte les noms suivants : _Oué_
(trépo), _Houré_ (plabo, langue de Bériby), _Gouéré_ (néyau, langue du
bas Sassandra).
Il a été aussi signalé dans le cercle de Grand-Lahou et dans celui de
Tiassalé.
Le Kolatier est commun dans le grand massif forestier constituant le
cercle des Lagunes et il y porte les noms suivants :
_Bouessé_ (langue de Mbonoi), _Hapo_ (ébrié), _Halou_ (adioukrou), _Na_
(abé), _Hahouessé_ (agni), _Lô_ (attié).
De Dabou, M. JOLLY avait envoyé à PIERRE des spécimens d’un _Kola
nitida_, qu’il considérait comme la source des Kolas blancs de la
région ; ces spécimens sont conservés dans l’herbier du Muséum. Plus au
N., dans la vallée de l’Agniéby et sur tout le parcours de la voie
ferrée depuis Abidjan jusqu’à Nziville, nous avons observé partout des
Kolatiers, soit à travers la forêt, soit plantés à proximité des
villages. Très souvent ces arbres donnent de petites noix rosées, mais
aux environs d’Agboville en pays _Abé_, on nous a apporté aussi des noix
rouges pesant de 60 grammes à 100 grammes[114] et considérées par les
soudanais comme étant de toute première valeur.
Dans cette région les indigènes distinguent :
1o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes rouges, atteignant
parfois une très grosse taille, nommé _Na hé_ (_Kola_ rouge). Assez
commun.
2o Un Kolatier donnant à la fois des amandes rouges et des amandes
blanches. Assez commun à l’état cultivé.
3o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes blanches. _Na fo_
(_Kola blanc_). Très rare et vraisemblablement importé.
4o Un Kolatier donnant exclusivement des petites noix rosées. Assez
rare. Les Abés le nomment _Oua Na_, Kola du sanglier. Il croît dans la
forêt et les sangliers (potomochères) en seraient friands. D’autres
indigènes assurent qu’on le nomme ainsi parce que sa couleur rappelle la
robe fauve de ce sanglier.
Les Abés laissent perdre encore beaucoup de Kolas dans la forêt.
Cependant ils commencent à en recueillir les noix pour les vendre aux
caravaniers soudanais circulant sur la voie ferrée.
Dans le Morénou et spécialement dans la région de Sahoua, les Kolatiers
sont assez répandus autour des villages. Nous y avons observé :
1o des Kolas d’un beau rouge-brun (bons Kolas du Soudan) ;
2o des Kolas moyens d’un jaune-rosé, parfois d’un blanc-jaune au
sommet ;
3o des Kolas d’un blanc-jaunâtre, légèrement verdâtres au sommet. Ces
dernières noix sont dans la proportion d’un tiers environ et paraissent
identiques aux _Kolas verts_ du Pays des Ngans. Certains soudanais ne
les mangent pas, prétendant qu’ils donneraient la fièvre.
Dans l’Indenié, le Sanwi, l’Attié, les Kolatiers existent çà et là le
long des sentiers à l’entrée des villages. Dans ces provinces très
boisées et fort humides ils sont souvent couverts d’épiphytes ; c’est
ainsi qu’aux environs d’Alepé, leurs branches sont chargées d’une belle
cactée, le _Rhipsalis Cassytha_ Gaertn. dont les rameaux verts sans
feuilles rappellent des touffes de gui.
Il n’est pas douteux que ces provinces remplissent les meilleures
conditions pour la réussite de la culture du Kolatier.
=IV. — DAHOMEY.=
« La Kolah du Dahomey, écrivait J. FONSSAGRIVES[115], est facilement
reconnaissable à ce que chaque fruit se divise en quatre ou cinq
parties. Elle est principalement récoltée à Abomey-Calavi et dans les
environs, en septembre et octobre. Les plus gros fruits sont d’une
couleur rose, les petits sont rouge vif ; on en trouve même quelques-uns
blancs. »
L’espèce donnant des noix à deux cotylédons (_C. nitida_) n’existait pas
en effet au Dahomey jusqu’à ces dernières années, mais elle a été
introduite depuis par le Service d’agriculture.
Celle qui se rencontre dans tout le Bas-Dahomey jusqu’à hauteur de la
bande marécageuse nommée Lama est le _C. acuminata_ (Pal. Beauv.) Schott
et Endl. ; c’est du reste à une faible distance plus à l’est dans la
province du Bénin, dépendant aujourd’hui de la Nigéria anglaise, que
PALISOT DE BEAUVOIS avait découvert son espèce. Ce _Cola acuminata_ ne
nous paraît exister qu’à l’état cultivé au Dahomey. Nous l’avons observé
à Porto-Novo même, à Adjara, aux environs de Sakété, à Ouidah, aux
environs d’Allada, à Zagnanado où il est à sa limite nord extrême. Il
croît soit sur la bordure des palmeraies d’_Elæis_, soit dans les rues
des villages, ou dans les cours-vergers avoisinant souvent les cases des
indigènes, soit encore dans de petits bouquets de forêts où les
Kolatiers sont souvent plantés en lignes et ombragent des Méléguettes
(_Aframomum Melegueta_ K. Schum) également cultivés.
Nous empruntons à SAVARIAU[116], qui lui-même les tenait des
administrateurs du Dahomey, les renseignements suivants sur la
répartition des Kolatiers :
Les principaux peuplements se rencontrent :
1o Dans le cercle de Porto-Novo, au voisinage de la rivière Iguidi, de
la lagune d’Adjara, du Bas-Ouémé, existent toujours quelques pieds
autour des nombreux petits villages du cercle ; on y rencontre aussi
parfois des _Garcinia Kola_ Heckel.