avoisinant tous les villages. Chaque année, les indigènes plantent
quelques nouveaux arbres. La principale récolte se fait en novembre et
décembre.
La race la plus répandue est le _Cola mixta_, à noix rouges et blanches,
mais on trouve aussi des arbres donnant exclusivement des noix rouges
(_Cola rubra_) et aussi le rare _Cola alba_ à noix et à fleurs
entièrement blancs.
« Chaque forêt du Kissi, écrit judicieusement CASTÉRAN[105], dénonce un
village mystérieusement campé au milieu d’une vaste clairière ; c’est
dans cette forêt vraiment équatoriale, surmontée de palmiers à huile et
des cîmes géantes des Fromagers, que se dressent, bien abrités du
soleil, les Kolatiers élégants avec leurs troncs gris et leurs feuilles
lancéolées ». C’est aussi là qu’on trouve d’assez nombreuses lianes à
caoutchouc des genres _Landolphia_ et _Clitandra_.
Ajoutons que le village de Kissidougou est aujourd’hui à quelques jours
de marche du railway de Conakry au Niger, et il est vraisemblable que
dans un avenir peut-être peu éloigné, il sera relié par une voie ferrée
au rail déjà existant. Nos fonctionnaires coloniaux ayant à charge
l’administration du Kissi ne feront donc jamais trop d’efforts pour
étendre la culture des Kolatiers chez les indigènes, et si une partie
des peuples de race Kissi échappe à notre autorité, nos diplomates
devront veiller à ce que dans les arrangements pris, les dioulas
soudanais continuent à trouver en deçà de la frontière, les avantages
qu’ils s’y sont déjà créés.
On peut évaluer à 300 tonnes la quantité de noix exportées actuellement
chaque année par le Kissi vers notre Soudan.
5o _Pays des Tomas et des Guerzés._ — A l’est du Kissi s’étend le
Konian, territoire également très accidenté et d’altitude élevée, mais
d’aspect très différent, dévasté par les incendies d’herbes depuis des
siècles, dénudé et incultivable sur d’immenses espaces. Les galeries
forestières sont rares, et nulle part le Kolatier n’est cultivé en
grand.
Cette province présente assez d’analogies avec le Fouta-Djalon, et
l’élevage pourrait vraisemblablement y être développé.
Au centre du Konian se trouve la ville de Beyla, avec son faubourg de
Diakolidougou, fondé d’après LIURETTE, dès l’an 1230, par des nomades
venus du nord pour faire le commerce des esclaves et des noix de kola.
Beyla encore aujourd’hui est une place importante pour la précieuse
denrée. On évalue à 400 tonnes de kolas, 400 tonnes de caoutchouc, 2
tonnes d’ivoire, la quantité de denrées principales qui y passent chaque
année. Des traficants, la plupart indigènes de nos territoires, vont
chercher ces produits principalement aux grands marchés de Diorodougou,
Boola, Gouéké, Lola et Nzo, marchés fréquentés par les populations de la
forêt dense (située un peu plus au sud et habitée par deux peuplades
importantes, les Tômas et les Guerzés).
On a représenté ces peuplades comme très sauvages et encore
anthropophages. C’est une erreur. En général, Tômas et Guerzés ont des
mœurs frustes et primitives, mais ils sont beaucoup plus travailleurs et
« administrables » que les peuples du centre de la forêt.
Les Tômas ont fourni de bons manœuvres pour la construction du railway
de la Guinée.
Les Manons de la zône libérienne, qui semblent apparentés aux Guerzés et
aux Dyolas, sont venus de leur propre initiative en 1909 offrir leurs
services pour la construction de la belle route reliant les deux grands
marchés de Kolas, Lola et Nzo et ouverte par M. l’administrateur GUYOT-
JANIN, lors de mon passage dans cette région.
Il suffit de voir comment sont achalandés les deux marchés de Lola et de
Nzô, sur lesquels nous reviendrons dans un autre chapitre, pour juger
des qualités déployées par les Guerzés comme commerçants et comme
cultivateurs. Les Guerzés du Karagoua (entre Lola et Guéaso), placés
sous l’autorité d’un potentat à demi-civilisé, Gargaoulé, chef puissant
et redouté, sont devenus des cultivateurs ou des guerriers disciplinés,
mais souvent pressurés. Ils se sont mis depuis peu à exploiter le
caoutchouc de lianes et surtout celui du _Funtumia elastica_,
généralement commun partout où se trouvent des forêts jusqu’à la
montagne de Boola qui est sa limite Nord extrême.
Les Tômas habitent une contrée étendue située à l’est et au sud-est du
Kissi et à l’ouest de Lola.
Dans la partie nord de ce pays naît la rivière Saint-Paul ou Diani et
ses affluents.
Le peuple Toma s’étendrait jusqu’au cœur du Libéria, mais dans les
territoires qui nous ont été reconnus par le récent arrangement franco-
libérien, ils forment aussi des groupements importants.
C’est surtout au sud du 7° 30 qu’ils cultivent des Kolatiers. Dans les
territoires où s’étend aujourd’hui notre administration militaire,
territoires situés au sud et au sud-est de Sampouyara et de Diorodougou,
les Kolatiers sont en général clairsemés, bien que la forêt s’étende
presque partout et que le climat soit des plus favorables. Les villages
de cette région ont été souvent en guerre les uns contre les autres ou
contre les Sofas de Samory et sont encore mal remis à la culture. En
outre, une taxe exorbitante, plus élevée que la valeur intrinsèque des
Kolas sur place était jusqu’à ces derniers temps prélevée sur les noix
produites dans les régions que nous administrions et il n’était guère
possible d’amener ainsi les indigènes à étendre leurs plantations.
Les noix apportées sur nos marchés viennent donc en partie des
territoires plus au sud, considérés comme relevant du Libéria, mais dont
les Libériens ne s’occupent point et où ils n’ont jamais pénétré[106].
Les Kolas apportés au marché de Boola proviennent de contrées situées à
100 ou 200 kilomètres dans le sud-ouest et occupés par les Tômas et les
Bouziés dans le haut bassin de la rivière St-Paul.
Une grande partie des noix apportées à Boola sont blanches. A Mabouan,
entre Zébéla et Gouéké, c’est-à-dire dans la même région, on ne trouve
aussi, d’après le lieutenant GAUVAIN, que des Kolas blancs.
Notre ami, LIURETTE, l’administrateur qui connait le mieux ces régions
pour les avoir parcourues en tout sens, nous a assuré que le village de
Nsapa où fut massacré, en 1893, le lieutenant LECERF et que les
négociations de la commission de délimitation franco-libérienne ont
réussi à nous conserver, se trouve au centre d’une région riche en
Kolatiers cultivés. Il existe aussi des plantations étendues dans les
territoires situés sur la rive gauche du Diani.
Dans le Kabaradongou, on trouve aussi, d’après LIURETTE, 300 à 400 pieds
par village, soit 1.800 à 3.000, occupant 15 hectares. Il existe aussi
de petites plantations dans le Simandougou.
Les Kolas apportés au marché Lola, presque tous rouges, viennent surtout
des pays Manons situés à quelques heures au sud de ce village, et aussi
de quelques cantons Guerzés.
Ceux vendus au marché de Nzô, rouges aussi pour la plupart, sont en
grande partie originaires des pays Dans ou Dyolas de la haute Côte
d’Ivoire.
A Boola et dans les environs, nous n’avons observé que quelques
Kolatiers autour de chaque village.
Entre Gaéuso et Lola commence la grande forêt qui n’est interrompu que
par le massif montagneux des monts Nimba (environ 1.800 m. d’altitude),
en partie couverts de savane.
Cette forêt que nous avons traversée pour aller de Guéaso à Lola et de
ce point à Nzô, est encore peu riche en arbres de rapport. Au carrefour
des sentiers, on observe seulement quelques Kolatiers qui ont été
sûrement plantés et sont la propriété de quelques familles. Dans cette
région, comme au Kissi, il sera nécessaire que nos administrateurs
agissent sur les indigènes pour leur faire constituer des plantations
étendues de cette précieuse essence.
Dans ces régions, le Kolatier porte les noms suivants :
_Touré_ (toma et guerzé Konomenou), _Tougoulé_ (guerzé gouaka),
_Tougouré_ (guerzé Kono), _Ouoro_ (Koniankévi).
=II. — HAUT-SÉNÉGAL-NIGER.=
Le Kolatier n’est pas cultivé dans cette colonie et ne saurait
certainement y réussir. S’il y est mentionné dans diverses publications
datant de quelques années, cela tient à ce que le vieux Soudan français
possédait autrefois des territoires à Kolatiers, mais au moment de sa
dislocation ces territoires ont été rattachés les uns à la Guinée
française, les autres à la Côte d’Ivoire. On trouve peut-être quelques
exemplaires du précieux arbre dans les villages situés au sud du cercle
de Bougouni, rattaché au Ht-Sénégal-Niger, de même qu’on en trouve
quelques-uns dans ceux d’Odienné et de Kong qui appartiennent à la Côte
d’Ivoire et l’avoisinant, mais ces arbres sont en très petite quantité
et donnent des rendements insignifiants.
Des essais de plantation, faits par l’administration aux stations
agricoles de Kati et de Koulicoro, ont donné de mauvais résultats.
Dans tout le Soudan, les noix de Kola sont connues sous les noms de
_Ouoro, Oro, Gouro, Goro_. C’est toujours la même appellation avec une
prononciation qui varie d’un district à l’autre.
=III. — CÔTE D’IVOIRE.=
Cette riche colonie, grâce à son immense forêt vierge couvrant 120.000
kilomètres carrés et large en certains endroits de 300 kilomètres, est
par excellence le pays de prédilection pour la culture des Kolatiers. Le
_Cola nitida_, qui fournit les noix les plus estimées, croît à l’état
spontané à travers presque toute la forêt à l’exclusion de toutes les
autres espèces.
Il a été presque partout domestiqué par les peuplades forestières et il
est cultivé sur une bande de 50 à 80 kilomètres de large située près de
la limite IV de la forêt, c’est-à-dire là où elle est encore très dense.
Une autre espèce, le _C. acuminata_, a été introduite par les Kroumen
dans la région du Bas-Cavally. Elle a une faible valeur, et c’est
incontestablement le _C. nitida_ qui doit être partout multiplié. Aussi
bien on le trouve presque dans tous les districts forestiers à l’état
sauvage, et, même en pleine forêt, il donne parfois d’aussi belles noix
que dans les plantations.
Nous passerons en revue les principales régions de cette colonie, en
examinant successivement :
1o La zone située au nord du 8e parallèle ;
2o Le Baoulé ;
3o La zone nord de la forêt allant du 6° 30 au 7° 30 de latitude nord ;
4o La zone sud et la zone moyenne de la forêt s’étendant depuis la mer
jusqu’au 6° 30.
1o _Zone au nord du 8e parallèle._ — Cette région présente de grandes
analogies avec le Kouranko et les territoires de la Hte-Guinée,
traversés par le Niger et par ses affluents les plus occidentaux, mais
par suite de l’éloignement de la mer et de la plus faible altitude du
relief, la sécheresse y est beaucoup plus accentuée. Dans les cercles de
Touba et d’Odienné qui confinent à la Guinée, il existe encore,
disséminés de loin en loin à proximité des villages, de rares Kolatiers
plantés appartenant à la race _C. mixta_ ; mais ils sont sans intérêt et
ne doivent être mentionnés qu’à titre de curiosité. Bien plus, si l’on
descend encore au sud en poussant toujours plus à l’est, et en suivant
le 8e degré, en traversant les grands centres qui sont de l’ouest à
l’est : Tonna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa, Dabakala et Bondoukou, on
constate l’absence presque complète des Kolatiers, alors que sous la
même latitude, en Guinée et à Sierra-Léone ils sont très répandus.
Ainsi, à Séguéla et à Marabadiassa, nous n’avons pas vu un seul
Kolatier ; à Mankono, il en existe quelques uns plantés depuis peu par
notre administration, mais les indigènes n’en possèdent point ; à
Bondoukou, on n’en trouve pas.
Au Chapitre II, page 25, nous avons reproduit un passage du récit de
voyage de BINGER, relatif à la limite des Kolatiers dans cette région.
Considérant Tangréla, Maninian et Sambatiguila comme marchés de la
première zône et Touté, Kani, Sakala comme marchés de la seconde zône,
dite du Ouorodougou, l’explorateur estimait que les Kolas devaient
provenir d’une troisième zône située 30 kilomètres plus au sud où « les
Lôs apportent les Kolas en des lieux d’échanges situés en pleine
brousse ».
Les informateurs de BINGER étaient mal renseignés ; d’après les
distances indiquées, cette troisième zône coïnciderait avec les grands
marchés de Touba, Touna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa et on sait
aujourd’hui que ces centres sont encore situés à 60 ou 80 kilomètres des
lieux de production ; il existe encore plus au sud une quatrième et même
une cinquième zône où les Kolas doivent transiter. A Mankono où viennent
les femmes de Sakala, ce sont d’autres femmes mandé-dioulas qui vont les
chercher au sud et là elles rencontrent des femmes Lôs qui elles-mêmes
se sont avancées jusqu’en plein pays Bété pour se procurer ces noix.
Nous étudierons ce trafic avec tout le développement qu’il comporte dans
le chapitre consacré au commerce.
La province du Ouorodougou doit son nom à sa situation sur les routes
suivies par les colporteurs de Kola venant s’approvisionner de noix
récoltées plus au sud, mais elle ne produit pas de Kolas pour
l’exportation.
Il existe bien dans quelques villages mandé-dioulas, avoisinant le pays
des Lôs, quelques Kolatiers plantés, mais le nombre en est faible et ils
produisent peu. Le climat pourrait pourtant convenir à cet arbre
précieux au sud du 9e parallèle et s’il était planté dans les étroites
forêts bordant les rivières ou dans les futaies plus ou moins étendues
qui avoisinent certains villages, notamment dans la région de Séguéla,
il est probable qu’ils donnerait des rendements normaux.
A Mankono même, une quinzaine de Kolatiers plantés depuis 11 ans dans le
jardin du poste, sur les bords d’un ravin où coule l’eau toute l’année
et à l’abri d’une grande plantation de bananiers, forment aujourd’hui de
beaux arbustes vigoureux, hauts de 5 à 8 mètres et n’ayant pas de
maladies. L’un d’eux a produit des cabosses pour la première fois en
1909.
Mais les habitants du Ouorodougou n’ont aucun désir de se livrer à cette
culture, les femmes étant habituées depuis des siècles à aller chercher
des noix au sud chez les Lôs, chez les Ouobés et même chez les Bétés.
2o _Le Baoulé._ — On donne ce nom à une région très naturelle en forme
de triangle, ayant sa base marquée au N. par le 8e parallèle et son
sommet au confluent du Bandama et du Nzi, près de la gare de Nziville,
récemment créée à l’extrémité actuelle du railway de la Côte d’Ivoire.
Les deux rivières forment les côtés du triangle. Cette région très
spéciale est constituée par un pays plat, accidenté seulement à l’est et
au sud, d’une altitude de 100 m. au sud et atteignant progressivement
300 m. au nord. Il est couvert d’une savane parsemée d’arbres rabougris
et çà et là dans le sud de forêts claires de rôniers (_Borassus
æthiopum_) et de plantations étendues d’Ignames constituant la base de
l’alimentation des indigènes ; les îlots de forêt y sont rares ; il n’y
a pas de cours d’eau permanent en dehors des deux grandes artères
limitant le Baoulé ; aussi les galeries forestières font défaut ; la
flore de la savane rappelle celle du moyen Dahomey dans les parties
situées sous la même latitude.
Les habitants, nommés Baoulés, appartiennent à la famille Achanti-Agni
et sont certainement d’origine forestière. Ils ont commencé à envahir le
pays il y a 2 ou 3 siècles et ont absorbé ou refoulé vers le nord les
premiers possesseurs du sol qui devaient être des Gouros au sud et des
Sénoufos au nord. Ils ont conservé les cultures des premiers autochtones
(riz et mil dans le nord) et ont aussi introduit les leurs.
Les plantations de Kolatiers n’existent pas et ne paraissent pas avoir
existé dans ce pays trop découvert. Nous pensons qu’il serait cependant
possible de faire prospérer cette culture dans des terrains choisis aux
abords des villages en plantant préalablement des arbres abris :
fromagers, grandes légumineuses, _Ficus_, _Blighia_.
Les Baoulés qui constituent une population d’environ 200.000 habitants,
consomment actuellement très peu de Kolas, mais dans un avenir peu
éloigné, le railway de la Côte d’Ivoire va traverser leur pays dans
toute son étendue ; d’une part il pourra transporter les noix au cœur du
Soudan, de l’autre il pourra les amener à la Côte.
On trouve des Kolatiers en petit nombre seulement à proximité de
quelques villages. Les noix vendues au marché de Bouaké viendraient de
villages situés à une dizaine de kilomètres à l’ouest.
On en trouve aussi près de Sakassa ; à Mbayakro il en existe dans la
forêt sur la rive gauche du Nzi, mais ils ne sont pas cultivés ; les
noix qu’on consomme dans le pays sont apportées du Pays des Ngans.
3o _Zone Nord de la forêt de 6° 30 et 7° 45._ — Cette bande, large d’une
centaine de kilomètres seulement et interrompue à hauteur du Baoulé, est
la région la plus importante de production des noix de Kola du monde
entier. A l’est, elle se continue à travers la Gold Coast et couvre une
partie du pays Achanti.
A la vérité, les Kolatiers ne sont pas répartis régulièrement sur toute
cette étendue : dans des cantons entiers, ils font presque complètement
défaut et dans d’autres, au contraire, ils foisonnent autour de tous les
villages. On trouve presque partout les quatre races que nous avons
distinguées ; cependant, dans chaque région une race domine sur les
autres ; tantôt c’est _Cola mixta_, tantôt _Cola rubra_, rarement _Cola
alba_ ; le _Cola pallida_ pur, c’est-à-dire bien caractérisé, est rare
dans les plantations. On trouve bien ça et là quelques petites noix
roses sur les marchés, mais elles proviennent des mêmes cabosses que les
trois autres sortes : les arbres produisant exclusivement les petites
amandes roses, ne se trouvent que dans la forêt et parfois dans les
plantations de la zone située plus au sud.
Certaines peuplades de la forêt se sont réellement spécialisées dans la
production des noix de Kola : nous passerons les principales en revue.
a) _Pays des Dyolas ou Dans._ — L’existence de cette importante tribu a
été révélée par l’exploration du lieutenant BLONDIAUX[107] en 1897 et en
1899 par la mission WŒLFFEL-MANGIN, qui y créait en plein sud le poste
de Nouantogloin qu’on dut évacuer en 1900 après la mort du lieutenant
SÉNAC, successeur de WŒLFFEL.
Egalement en 1899, la mission HOSTAINS et D’OLLONE, partie de la Côte,
traversait le même pays à l’ouest pour se rendre au Soudan. C’est de la
publication des travaux de ces missions que datent les premiers
renseignements sur la contrée[108].
Elles apprirent, entre autres choses, qu’une partie des Kolas
transportés dans le Soudan occidental proviennent de cette région.
Un poste fut créé à Danané (Fort-Hittos) en 1905, en plein pays dyola,
dans le bassin de la Nuon ou Rio-Cestos ; il est aujourd’hui le chef-
lieu de la circonscription de Danané. Plus à l’est, notre administration
a constitué une seconde circonscription ayant pour chef-lieu Man, poste
créé en 1907.
Des renseignements géographiques et ethnographiques importants ont été
publiés[109] sur cette contrée copieusement arrosée par la Nuon, par le
Haut Cavally et ses affluents et surtout par un important éventail de
rivières tributaires du Bafing, principal affluent du Sassandra. Plus au
sud, d’autres rivières et notamment le Zô vont directement au Sassandra.
Dans les grandes vallées le pays est plat, et son altitude ne dépasse
pas 200 à 300 mètres, mais entre le Moyen Sassandra et le Haut Cavally
se dressent d’une manière presque ininterrompue des pâtés de montagnes
dont les pics, en nombre incalculable, s’élèvent de 800 m. à 1400 m. au-
dessus du niveau de la mer, sur un ruban large de plus de 50 km. (allant
du 7° 20 au 7° 50 de lat. N. et couvrant une superficie de 6.000 km². La
forêt vierge couvre une grande partie de cette contrée et ne fait défaut
que sur certaines crêtes de montagnes.
Au sud de 7° 30, elle s’étend d’une manière ininterrompue, et c’est
surtout sous cette latitude, dans les régions peu élevées, que le
Kolatier est cultivé en grand. La saison des pluies y est de longue
durée et pendant les mois secs, de novembre à mars d’une part, en mai ou
juin d’autre part, il est rare qu’il ne tombe pas au moins une averse
par semaine.
Presque tout le pays est habité par les Dans, encore nommés Dioulas ou
Dyolas, ou Yapoubas. (L’appellation de Dioulas ou Dyolas, aujourd’hui
employée dans les rapports administratifs et dans la littérature
géographique devrait, à notre avis, être proscrite, car elle prête à une
trop grande confusion. Le mot _dioula_ devrait être réservé pour
désigner les colporteurs soudanais ordinairement d’origine Mandé, mais
pouvant appartenir aussi à un autre peuple et qui circulent aujourd’hui
à travers toute l’Afrique occidentale).
Ces Dans s’étendent dans la forêt et à sa lisière, depuis le 6° de lat.
N. jusqu’au Bafing, sur les rives duquel ils sont mélangés aux
Soudanais. _Dan_ est le nom qu’ils portent dans leur langue même. Les
Guerzés et les Mandés du Karagoua les nomment _Kerrés_ ou _Guerrés_,
mais ce nom qui signifie _sauvages_ est aujourd’hui appliqué pour
désigner les peuplades d’origine _Bakoué_ qui vivent dans le bassin du
Cavally au sud du 6e parallèle. Les Tômas les appellent _Manons_. A
l’est, ils s’étendent presque jusqu’à la rive droite du Sassandra. A
l’ouest, on les trouve très loin dans le cœur du Libéria et d’après Sir
HARRY JOHNSTON, ils iraient jusqu’au fleuve St-Paul. Tous ceux qui
vivent dans le bassin du Cavally et dans le bassin de la Nuon sont
encore anthropophages.
Les Dans auxquels se rattachent les _Touras_ et peut-être les _Ouobés_
seraient, d’après LAURENT, venus de pays situés plus au N., au delà de
Bafing, constituant le canton actuel du Mahou, au S.-E. de Touba.
DELAFOSSE admet l’existence d’une race Mandé-Fou qui renfermerait ces
peuplades et quelques autres de la Côte d’Ivoire : les _Gbins_, au S. de
Bondoukou, les _Ngans_ du Mango, les _Monas_, au S. de Mankono, les
_Lôs_, les _Gourôs_, au S.-O. de Séguéla. Toutes ces peuplades se
livrent à la culture du Kolatier.
Le district de Danané, que nous avons traversé de l’ouest à ’est en
1909, est une des régions de nos possessions produisant le plus de noix
de Kola.
Nous avons recueilli sur place d’assez nombreux renseignements sur cette
question, mais nous avons surtout puisé de précieuses données dans les
archives du poste rassemblées par le capitaine LAURENT, qui a parcouru
depuis 1905 toute la contrée et visité les moindres villages et a aussi
pénétré fort loin à l’ouest dans les pays rattachés au Libéria.
Le lieutenant GAUVAIN qui l’avait remplacé à Danané lors de notre
voyage, continuait avec le même zèle et la même compétence l’occupation
et l’étude de la région ; il nous a aussi fourni d’intéressants
renseignements :
« Les Dyolas, écrit LAURENT, sont attachés au sol par la culture des
Kolatiers. Ces Kolatiers, on les rencontre partout où il y a des
villages, aussi bien sur les sommets ou sur les flancs dénudés des
montagnes, que sous la galerie verdoyante de la forêt plate. Leur
culture atteint son maximum d’intensité sous le 7e degré, dans les
cantons de Lolé, Blossé, Hyré, Blouno, Oua sud. Ils ne poussent pas au
hasard dans la forêt qui est beaucoup trop dense et où ils
étoufferaient. Tous ont été plantés. Si une noix perdue arrive à germer
en pleine forêt, l’arbre qui en résulte ne rapporte pas, la forêt des
régions inhabitées étant trop épaisse.
« Les innombrables Kolatiers des Mandé-Fou ont donc été plantés et sont
régulièrement entretenus comme le sont en France les arbres de nos
vergers. La tradition rapporte que le Kolatier est originaire du Sud. Ce
sont les gens de Koulinlé qui, les premiers, en ont connu la culture
sans jamais s’y donner beaucoup, sans doute à cause du manque de
débouchés. Les Kolatiers sont de trois espèces : ceux à fruits blancs,
ceux à fruits rouges et ceux à fruits par moitié blancs et rouges. Lolé,
Houné, Blossé apprécient davantage et cultivent les rouges, Oua les
blancs ».
Les principaux centres de production sont Té, Dioandougou, Togouapolé,
Oua, Flampleu, Bounda, Fineu, Danané, sur lesquels nous reviendrons à
propos du commerce.
D’après GAUVAIN, Kahounien, dans le moyen Cavally, par 6° 57 de lat.,
est le marché limite des Kolas vers le Sud. Les _Guerrés_ de race
Bakoué, vivant du 6° au 6° 30, c’est-à-dire plus au sud et qui ne
cultivent pas les Kolatiers, viennent, paraît-il, y faire des achats.