même atteignant la grosseur d’une tête d’enfant (mesurant 6 cm. à 12 cm.
de diamètre frais et adultes), d’un gris-ocracé, dépourvus de sillons ou
de crêtes à la face supérieure et à la face inférieure, s’ouvrant à
maturité partiellement ou complètement en deux valves ; paroi externe
lisse à l’état frais, puis chagrinée lorsqu’elle se dessèche, paroi
interne glabre. Chaque follicule est brusquement atténué à la base en un
court stipe articulé sur le pédoncule, au sommet il se termine par un
bec aigu droit, long de 8 à 12 mm. Il renferme 2 à 6 grosses graines (le
plus souvent 4) insérées sur deux rangs au sommet du follicule, les
insertions étant opposées et non alternes. Graines grosses, ovoïdes,
arrondies aux extrémités, aplaties sur les faces en contact, entourées
d’un épais tégument lisse et membraneux blanchâtre, roussâtre en
vieillissant, mesurant 6 cm. de long, 4 cm. de large et 2 cm. 5 à 3 cm.
d’épaisseur. Amandes blanches, brunes à l’état sec, formées de 4 à 5
gros cotylédons inégaux, blancs, non comestibles.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Centre de l’île de San-Thomé, à la base du
Pico, dans la forêt vierge, entre San-Pédro et Lagua Amélia (de 1200 à
1400 m. alt.), août 1905 : en fruits !
=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figure 34 et Planche
XVI, Figure 1.
OBSERVATIONS. — La plante n’appartient à aucune des espèces connues du
genre _Cola_.
[Illustration : FIG. 34. — =Cola sphærocarpa= A. Chev. de l’Ile de San-
Thomé.
Deux carpelles adultes (Coll. Aug. Chevalier).]
Les fruits que nous avons décrits étaient tombés sur le sol et l’arbre
les produisant était si élevé qu’il ne nous fut pas possible d’en
examiner un rameau. Les graines sont bien semblables aux graines des
espèces de la section _Eucola_, mais il est pourtant possible que
l’examen des feuilles et des fleurs révèle plus tard d’autres affinités.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
144 _bis_.
FIG. 33. — =Cola Ballayi= Cornu. — Follicules presque mûrs.
_1a_ et _2a_, vus par la face supérieure ; _1b_ et _2b_, vus par la face
inférieure.
Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).]
* * * * *
[Note 98 : Au moment de mettre sous presse, nous recevons une lettre de
M. R. BARTHÉLEMY nous disant, d’après les indigènes, qu’il n’existe pas
chez les Ngans de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Les
cabosses contenant seulement des noix blanches que nous y avons vues
seraient mélangées à quelques cabosses contenant des noix blanches et
des noix rouges.]
[Note 99 : Les _Cola_ cultivés au Jardin de Buitenzorg (Java)
appartiennent, d’après TSCHIRCH, à l’espèce à deux cotylédons ; c’est
probablement ces plantes que BROWN avait en vue et qu’il identifia à
tort à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS.]
[Note 100 : Les analyses de graines faites postérieurement à la
rédaction de ces notes l’ont confirmé (voir la 3e partie de cet
ouvrage).]
CHAPITRE IX.
* * * * *
=Distribution géographique.=
* * * * *
Dans le chapitre consacré à la systématique, nous avons énuméré après la
description de chaque espèce et variété, les pays et les localités où
elle avait été observée.
Il convient d’examiner plus en détail la répartition des _Eucola_ dans
les diverses colonies du continent africain, ainsi que dans les autres
pays où certaines espèces ont été introduites.
On sait que toutes les espèces de _Cola_ sont spéciales à l’Afrique
tropicale.
Les cinq espèces de la section _Eucola_ sont localisées dans l’Ouest
africain, mais l’une d’elles pénètre fort loin dans le centre de
l’Afrique, puisque nous l’avons observée sur les rives du moyen Congo et
de l’Oubangui et qu’elle existe probablement beaucoup plus à l’est
encore.
Toutes ces espèces sont connues à l’état spontané ; l’une d’elles, _Cola
nitida_, présente de nombreuses races culturales vivant dans les
plantations indigènes, au delà de l’aire occupée à l’état naturel, mais
elle se rencontre réellement à l’état sauvage dans certaines parties
inhabitées de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire, par exemple, entre le
moyen Sassandra et le moyen Cavally, ainsi que l’un de nous a pu le
constater.
En dehors de la forêt vierge, elle n’est nulle part spontanée.
Il en est de même du _Cola acuminata_. Il est incontestablement spontané
(et même parfois abondant) dans certaines parties de la grande forêt
vierge équatoriale, principalement au Cameroun et au Gabon. Mais dans
les pays de savanes, comme au Togo, au Dahomey, dans la plus grande
partie de la Nigéria, à San-Thomé, dans l’Angola, il existe seulement à
l’état cultivé ou domestiqué.
Les 3 autres espèces : _C. verticillata_, _C. Ballayi_, _C.
sphærocarpa_, peuvent être considérées comme spontanées partout où on
les rencontre, quoique quelques exemplaires de _C. verticillata_ et de
_C. Ballayi_ soient parfois plantés autour des villages, là où manquent
les deux premières espèces.
=I. — GUINÉE FRANÇAISE.=
Tous les Kolatiers observés dans cette colonie, que l’un de nous a
parcourue dans tous les sens, appartiennent à l’espèce _C. nitida_ et la
plupart à sa race _C. mixta_ qui est peut-être d’origine hybride, ainsi
que nous l’avons déjà mentionné.
Ils paraissent n’exister dans cette colonie qu’à l’état cultivé.
Dans les bouquets de forêts où on les entoure de soins, ils peuvent
accidentellement devenir subspontanés, c’est-à-dire que des graines
entraînées par les animaux peuvent germer et donner des arbres dans des
parties de forêts impénétrées, mais de tels cas sont rares et les
Kolatiers ainsi développés sont habituellement presque stériles.
On peut grouper les régions productrices de Kola de la Guinée en cinq
provinces principales :
1o Région maritime ou des Rivières du Sud ; 2o Plateau central ou Fouta-
Djalon ; 3o Chaîne du Kouranko et cercles du Haut-Niger ; 4o Le Kissi ;
5o Massifs boisés des Pays Tomas et Guerzés. Nous les examinerons à tour
de rôle.
1o _Rivières du Sud._ — Cette province géographique très naturelle borde
l’Océan Atlantique depuis la Guinée portugaise jusqu’à la frontière de
Sierra-Leone. Elle s’étend à une cinquantaine de kilomètres à peine dans
l’intérieur. Certains massifs comme le Kakoulima qui s’avancent à
proximité de la mer, appartiennent déjà à la province suivante. La
province des Rivières du Sud doit son nom aux fleuves originaires du
versant occidental du Fouta-Djalon et qui viennent déboucher à la mer
par de larges estuaires : le Rio Compony ou Gogon, le Rio-Nunez, le Rio-
Pongo, le Konkouré ou rivière de Dubreka, le Mellocorée, plus au sud
encore les deux Scarcies qui ont presque tout leur cours sur le
territoire de Sierra-Léone où elles se jettent à la mer.
Le climat est très spécial : la saison des pluies dure de mai à
novembre ; pendant les autres mois, il tombe à peine quelques pluies,
mais en hivernage les averses sont très violentes, puisqu’à Conakry on
enregistre de 3 m. à 5 m. d’eau par an. Les températures moyennes
mensuelles dans cette même localité sont comprises entre 25° 5 et 28°
2 ; les minima descendent rarement au-dessous de 20°.
Toutes ces conditions sont favorables au Kolatier. Par contre, la grande
sécheresse qui sévit dans la journée en saison sèche, surtout lorsque
souffle l’alizé N.-E., lui est défavorable. Aussi pour bien réussir dans
cette zône, il doit être cultivé de préférence dans les vallées
abritées, dans les petits bouquets de forêts, enfin au-dessous des
grands arbres ombrageant les villages. Nous verrons dans un autre
chapitre que c’est ainsi que procèdent les indigènes. Dans ces
conditions, le Kolatier donne de très belles récoltes et sa culture doit
être particulièrement encouragée dans cette province, d’autant plus que
la vente s’effectue le long de la côte pour l’exportation par mer dans
des conditions très rémunératrices.
Dans cette région, nous n’avons pu observer que les Kolatiers existant à
Conakry, à Camayenne et aux îles de Lôs. Ils sont en général robustes,
productifs, mais bien souvent atteints d’une maladie occasionnant la
formation de balais de sorciers. Dans la ville même de Conakry existent
quelques individus donnant de forts rendements, en général tous les deux
ans.
Pour les autres cantons de cette zône, des renseignements intéressants
ont été rassemblés par les soins de l’administration et publiés en
1907[101] :
« Les districts qui possèdent le plus d’arbres sont dans le cercle de
Rio-Nunez : le Mékhiforé, le Bagaforé et le Toubakaye, les deux premiers
principalement. Les chefs Mekhiforés et Kansikaïe et de Sanguia, les
alcalis Landoumans de Doumaya et de Comené ont de belles plantations.
Dans le cercle du Rio-Pongo, tous les villages soussous de Colisakho et
du Pongo et les villages Bagas du Manchou, du Bikoré, du Sobaneh et du
Coyah, sont entourés d’une enceinte de verdure, formée en moyenne partie
par des Kolatiers ; d’après M. l’administrateur BRIÈRE, il en existerait
90.000. Le Colisokho est le grand centre producteur. Larata, Thia et
Khissing sont aussi bien pourvus. Les Kolatiers remontent la vallée du
Fatalla à travers le Lissa jusque dans les Timbis, à moins d’un jour de
marche de Télimélé. Il y a peu d’années, les Portugais de Bissao et
Boulam venaient en goëlette acheter des Kolas à Toboriah, capitale du
Coyah, dont la production n’a baissé que depuis peu de temps.
« Dans le cercle de Dubréka, les Kolatiers existent dans les villages de
Foullacoundgi et du Bacoundgi, mais c’est surtout au Fotenta (Bramaya)
et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les anciens villages Bagas du
Kaloum, des îles de Lôs et de Tumbo en possèdent beaucoup. Sur le
territoire de la commune de Conakry, on compte encore un grand nombre de
Kolatiers sur l’emplacement des villages de Boulbiné et de Conakry,
malgré le nombre de ceux abattus pour le percement des rues de la ville.
« Sur la route de Kakoulina à la Mellacorée, les gros villages de
Manéah, Coïa, Fandia, Forécariah, Farmoréah et Tagbée ont peu de
Kolatiers. Ils sont plus nombreux à Mangata et à Dandaya et deviennent
très abondants au Samoh. Cette province peuplée par les Mendengués,
exporte beaucoup de noix ; les Kolatiers n’y poussent pas à l’état
spontané, mais sont tous plantés et cultivés autour des agglomérations.
Les Soussous et les Timenés du Benna possèdent moins de ces précieux
arbres que leurs voisins Mendengués. On rencontre encore les Kolatiers
en bosquets dans le Lumban, resté français, près de Yomaya (FAMECHON).
« Le Kolatier n’est probablement pas originaire de la côte de Guinée.
Les plaines basses qui la bordent sont de formation récente et furent
longtemps inhabitées. La première émigration Baga eut lieu au début du
XVIIe siècle et seuls les Mendengués s’étaient fixés au Samoh peu de
temps auparavant. Venus du Haut-Niger, ces peuples, dont les coutumes et
les cultures sont identiques, emportèrent les Kolas du Kouranko où ils
se récoltent dans la forêt. Les Mendengués semblent être, comme le
suppose M. FAMECHON, les premiers introducteurs de ces graines ; leur
pays s’étendait jusqu’au Kakoulima, et les Bagas, leurs voisins, arrivés
après eux, peuvent être leurs tributaires.
« Il est certain que les Soussous, population d’origine Malinké, n’ont
pas introduit le Kolatier. Leurs villages, surtout au Colisokho et au
Pongo, où ils se fixèrent en premier, possèdent beaucoup de ces arbres.
« Ce sont d’anciennes agglomérations Bagas qu’ils conquirent lors de
leurs émigrations successives, et les arbres qu’on rencontre au
Calisokho en pleine brousse, occupent certainement l’emplacement de
villages détruits. »
En 1907, à notre demande, M. G. POULET, gouverneur par intérim de la
Guinée, a bien voulu de nouveau adresser aux administrateurs un
questionnaire relatif à la distribution et à la culture des Kolatiers
dans cette région.
Dans le cercle de Rio-Pongo, d’après les renseignements fournis par M.
HAUET, les Kolatiers, principalement dans le Koulissokho, forment des
plantations de 1.500 à 2.000 pieds autour de chaque village ; dans le
Lakhata, le Lisso et la province de Thié, ils sont également nombreux.
Dans le Koba, les graines sont envahies par le _Sangara_, « ver », dont
nous parlerons plus loin, qui détruit très rapidement toute la provision
de noix. Aussi n’en fait-on pas le commerce ; ce fait nous a été
confirmé maintes fois, et malgré cela les indigènes continuent à planter
des Kolatiers.
A Boffa, il existe auprès de la Résidence un Kolatier qui n’a jamais
produit que des Kolas rouges aussi gros que le poing. Dans la grande
majorité des cas, on trouve généralement ensemble, dans une même gousse,
des graines blanches et des graines rouges.
Dans le cercle voisin de Dubreka, les renseignements qui nous ont été
officiellement communiqués sont identiques ; les Kolatiers ne reçoivent
guère de soins et sont peu nombreux, cependant il n’existe guère de
famille indigène qui n’ait en sa possession une centaine de ces arbres.
La production est, en grande partie, dirigée vers le Fouta, achetée par
les caravanes qui descendent la récolte de caoutchouc à la côte. C’est
surtout au Fotenta (Bramaya) et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les
anciens villages Bagas du Kaloum, les îles de Los et de Tumbo (Conakry)
en possèdent encore de nombreux exemplaires.
Pour la Mellacorée, l’administrateur de ce cercle nous écrivait de
Benty, en 1905, que les Kolas font l’objet d’un trafic important, mais
le plus grand nombre des noix dites _Kolas du Samo_ provient de Sierra-
Léone ; elles sont généralement plus petites que celles du pays
Toma[102], mais plus lourdes, plus actives et se conservant bien plus
longtemps.
2o _Fouta-Djalon._ — Bien qu’il existe quelques Kolatiers dans beaucoup
de villages du Fouta-Djalon (rarement plus d’une vingtaine d’individus
par village), la culture du précieux arbre a peu de chances de s’y
développer. Les conditions défavorables que nous énoncions pour la
région littorale (sécheresse depuis novembre jusqu’à mai, et action du
vent d’Est) y sont beaucoup plus prononcées. En outre, par suite de
l’altitude, le climat est beaucoup plus froid.
D’après les observations météorologiques encore très incomplètes faites
à Kindia, à Kouria, à Mamou et à Delaba, il tombe au Fouta de 1 m. 50 à
2 m. 50 d’eau par an ; la moyenne annuelle des températures est très
variable suivant les altitudes ; bien que des observations suivies
n’aient pas encore été faites, nulle part, elle n’est pas inférieure,
croyons-nous, à 20°.
A Dalaba, à 1200 m. d’altitude, il existe encore quelques Kolatiers
produisant des noix de petite taille. A l’Est et au Sud-Est de Timbo,
les Kolatiers sont un peu plus répandus, mais on n’en voit encore que
quelques exemplaires par village, vers l’ouest, notamment dans la région
de Kindia, il en existe aussi mais ils sont peu productifs. En résumé,
le Fouta-Djalon est loin de suffire à sa consommation ; le chemin de fer
de Conakry y déverse aujourd’hui les noix qui étaient autrefois apportée
par les caravaniers du pays soussou ou de Sierra-Léone.
3o _Kouranko et région du Haut-Niger._ — On donne le nom de Kouranko à
un pays très montagneux compris entre 9° 30 et 10° 30 de lat. N. et qui
s’étend du 11° au 14° de long. O. de Paris. C’est un peu au sud que le
Niger prend sa source. Au sud-est, il confine au Kissi dont nous
parlerons plus loin. Les pluies y sont plus précoces qu’au Fouta-Djalon.
Le Kolatier est cultivé dans tous les villages du Kouranko,
principalement dans le Bamaya. Chez les Lélés, il existe au plus
quelques centaines d’arbres par village et un petit nombre seulement
sont vraiment des plants de rapport. Ceux qui croissent dans les basses
vallées très boisées aux alentours des villages, de 400 m. à 500 m.
d’altitude, sont les plus productifs, mais on trouve encore quelques
beaux plants vers 700 m. d’altitude, par exemple à Dandafarra, près du
Mont Kola. Malgré les faibles rendements de ces Kolatiers, les Kourankos
tirent une partie de leurs ressources de la vente des noix de Kola pour
l’exportation vers Bamako. On en tire aussi une certaine quantité du
district de Kérouané.
Au nord du 10e parallèle, les Kolatiers dans les villages deviennent
clairsemés, on en trouve encore çà et là dans le Nord du cercle de
Faranna, surtout dans les petits îlots de forêts avoisinant quelques
villages.
On en signale aussi quelques exemplaires en plusieurs villages du cercle
de Denguiray.
Dans les cercles de Kouroussa et Kankan, des Kolatiers existent dans
beaucoup de villages, mais ils sont peu nombreux et donnent de très
faibles rendements ; ils sont loin de suffire à la consommation locale.
« Au Sankaran, ils n’existent que dans le Sud de la province, un peu au-
dessus du 10°. Les villages des cercles de Kouroussa, compris dans cette
zône, qui possèdent les peuplements les plus importants, sont ceux de
Sikaro, Bassokouria, Simbo, où l’on peut compter de 150 à 200 arbres,
les autres villages n’en possèdent que de 20 à 40. La partie comprise
dans les cercles de Kouroussa n’est guère plus riche, on y compte au
total 950 arbres, dont 600 seulement sont en rapport ; ils se
répartissent ainsi entre les différents districts : Ouroubé 450,
Moussadougou 310, Finamora 120, Bassando 25, Dienné 20, Torodougou 20,
Divers 20. Les arbres sont surtout nombreux dans le territoire compris
entre la frontière du Kissi et l’affluent du Niandan, le Balé. Les
principales plantations sont celles de Gualako, 125 arbres,
Sirékouroumaya 50, Talikoro 40, Mamoria 25, Koudou 20. » (_Rapport du
commandant du cercle de Kouroussa, conservé dans les archives du
Gouvernement à Conakry_ où nous en avons eu communication. Ce rapport,
en partie publié par l’inspection d’Agriculture de l’Afrique
occidentale[103] qui n’en mentionne pas la provenance est probablement
dû à M. POBÉGUIN, qui a rassemblé de 1900 à 1910 de nombreux documents
sur la flore et l’agriculture de la Guinée.)
Au cours du premier voyage que nous avons effectué dans ces cercles en
1899, alors qu’ils constituaient encore la région sud du Soudan
français, nous avons noté la présence des Kolatiers dans d’assez
nombreux villages.
Les premiers que nous ayons vus en venant de Siguiri se trouvaient à
Balato, sur les bords du Niger, par 11° environ ; mais, d’après
POBÉGUIN, on en trouverait encore plus au N., au village de Sansando,
près du confluent du Niger et du Milo, c’est bien là certainement la
limite Nord extrême, non de la culture, car on ne peut dire qu’il y a
culture puisqu’il n’existe dans quelques villages que de rares
exemplaires constituant une curiosité, mais la limite géographique où
peut vivre et fructifier le Kolatier. Plus à l’ouest en effet, à
proximité de la mer, le Kolatier ne dépasse pas le Rio-Nunez, dont
l’embouchure est située un peu en dessous du 11e parallèle. C’est à tort
que POBÉGUIN le mentionne au Casamance[104]. Il y a peut-être été
introduit depuis peu par les Européens, mais il n’y existait pas en
1900.
Plus à l’Est aussi, le Kolatier ne monte pas à cette latitude.
Au sud des pays Sénoufo, Mandé-Dioula et de Kong, on ne le rencontre
plus au N. du 8° et même sous cette latitude on ne cultive que de rares
exemplaires.
Enfin entre le 10° 30 et le 9° de lat., dans la région du Niger, nous
avons encore rencontré des Kolatiers à Babéla (où l’un d’eux est
entretenu avec beaucoup de soins par les indigènes qui ont élevé tout
autour une levée de terre, (no 371 de notre Herbier), à Kouroussa, à
Moussaïa (no 400 Herb. CHEVALIER), à Saréya, à Diaragouéla, à Ouassaïa,
à Kankan, etc. Nous avons rarement vu plus de 4 ou 5 arbres par village.
Ils sont du reste entourés de soins et considérés comme arbres sacrés
par les indigènes. Nulle part ils n’auraient été plantés
intentionnellement, mais sont nés de graines perdues. Du reste, dans
toute cette contrée, les noirs se gardent bien d’en planter d’autres,
car ils sont persuadés que quiconque ensemence un Kolatier meurt l’année
où celui-ci commence à fleurir.
Ces Kolatiers produisent quelques follicules chaque année, surtout si la
plante vit dans un endroit bien abrité, soit à l’ombre des fromagers,
dans les villages, soit dans les galeries forestières voisines. Dans
chaque cabosse, on trouve habituellement des noix blanches et des noix
rouges. Cependant à Diaragouéla on m’a montré un Kolatier qui produirait
exclusivement des noix blanches, d’après les indigènes.
Dans les provinces dont nous venons de parler, le Kolatier ne trouve
plus les conditions climatériques optima favorables à sa croissance,
sauf peut-être dans certains vallons bien abrités du Kouranko ; il n’y a
donc aucun intérêt à le multiplier, d’autant que beaucoup de cultures
plus appropriées et aussi intéressantes peuvent être entreprises dans
ces régions.
4o _Le Kissi._ — Cette province, un des plus beaux coins de notre
domaine colonial africain, est un des pays les plus favorables à la
culture du Kolatier, et un de ceux qui produisent les noix les plus
estimées. Le cercle comprend 65 cantons et 34 villages indépendants. Son
chef-lieu, Kénéma ou Kissidougou, est un gros village situé à proximité
du Niandan (affluent du Niger), par 490 m. d’altitude. Le poste fut créé
par le colonel COMBES, le 24 mars 1893, pour empêcher l’installation des
Sofas de Samory dans le pays ; le premier commandant fut le capitaine
VALENTIN.
Le Kissi proprement dit s’étend depuis le Kouranko jusqu’à la frontière
de Libéria non encore abornée ; il est à cheval sur les hauts affluents
de droite du Niger d’une part et d’autre part sur le bassin de la Makona
(avec son affluent la rivière Méli), fleuve qui pénètre dans le
territoire de Sierra-Léone et tombe à la mer à Soulima. La mission de
délimitation, dirigée par M. RICHAUD en 1908-1909, a adopté une partie
du cours de la rivière Makona comme frontière du Libéria. Cette
frontière qui avait déjà été admise par la convention franco-libérienne
de 1907, ampute malheureusement le Kissi de territoires habités
également par des Kissis et où la France avait incontestablement plus de
droits que les 12.000 ou 15.000 noirs Libériens cantonnés le long de la
côte. Nous voulons espérer que notre pays saura défendre les intérêts et
les droits que nous avons dans cette contrée pleine de promesses pour
l’avenir. Ce qui fait en effet la richesse du Kissi, c’est la variété
des terrains propres à quantité de cultures et l’habileté de ses
habitants comme cultivateurs et commerçants.
C’est un pays de transition entre la forêt dense du Sud et la brousse du
Nord, entre les plaines basses situées à moins de 300 m. au dessus de la
mer dans la vallée de la Makona et les coteaux boisés et souvent habités
dépassant souvent 600 mètres d’altitude et très propres à la culture des
Caféiers. Les trois espèces : Caféier du Libéria, Caféier d’Arabie et
Caféier de Rio Nunez introduites en 1899 par un membre de la mission du
général de TRENTINIAN, M. ROSSIGNOL, forment aujourd’hui des arbustes
superbes au poste de Kissidougou. Au sud de la rivière Makona, la forêt
vierge fait son apparition entre 7° 30 et 8° de lat.
Mais au nord de cette forêt, la savane est constamment coupée par des
îlots de hautes futaies denses souvent reliés les unes aux autres et se
continuant jusqu’au 9° 30 où existent encore de belles galeries
forestières. Les savanes sont utilisées pour la culture des céréales et
en particulier du riz ; les îlots de forêt abritent des plantations de
Kolatiers, de Bananiers, d’ignames, de méléguette ou Graine de Paradis.
Les noix de Kola du Kissi sont exportées vers Siguiri, Bamako et Ségou
où elles sont très appréciées.
Quelques observations météorologiques ont été faites à Kissidougou, ce
qui nous permet de donner un aperçu sur le climat de cette belle
province. Il tombe chaque année de 2 m. à 2 m. 50 d’eau, mais la saison
des pluies est beaucoup plus précoce qu’au Fouta-Djalon, puisqu’il tombe
déjà d’assez nombreuses averses en février et en mars. Les pluies
diminuent un peu soit en mai, soit en juin, mais elles reprennent avec
plus d’intensité en juillet, août et septembre pour continuer parfois
jusqu’en décembre.
La moyenne annuelle de la température est comprise entre 25° et 26°.
Les températures extrêmes constatées sont 9° le 6 janvier 1904 comme
minimum et 38° les 4 et 5 mai 1903 comme maxima. Il n’existe qu’un écart
relativement faible entre les moyennes de maxima et les moyennes de
minima. C’est en somme un climat approprié à presque toutes les cultures
équatoriales.