d’être question. En 1901, le regretté professeur K. SCHUMANN, nous
montra les matériaux existant alors dans l’Herbier de Berlin et qu’il
venait d’étudier. Il nous encouragea à poursuivre, au cours du voyage
que nous allions entreprendre à travers l’Afrique, de nouvelles
recherches sur les arbres producteurs de noix de Kola. Il estimait, en
effet, que la systématique de ce groupe était encore très confuse.
Comme type de son _Cola vera_, il cite en première ligne le spécimen
récolté par AFZELIUS à Sierra-Leone et un autre spécimen récolté par
GÜRICH, à l’île Tumbo, en face Bulbiné. Cette île n’est autre chose que
la ville actuelle de Conakry, visitée par nous et elle ne renferme à
notre connaissance que des _Cola nitida_ s.-sp. _C. mixta_ A. Chev.
C’est donc cette forme qu’il faudrait considérer comme étant plus
particulièrement le type du _C. vera_ K. Schum. En second lieu, le même
auteur cite le spécimen de CUMMINS provenant de l’Achanti. Il est
probable qu’il appartient à la race _Cola nitida_ s.-sp., _C. rubra_ A.
Chev.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 26. — =Cola Supfiana= Busse. Type de l’Herbier de Berlin.]
K. SCHUMANN considère naturellement comme type du _Cola acuminata_, le
spécimen de PALISOT DE BEAUVOIS qu’il n’a pas vu et qu’il indique à tort
comme existant dans l’Herbier du Muséum de Paris.
A cette espèce il rattache les 5 variétés suivantes :
α. _kamerunensis_ K. Schum., β. _Ballayi_ K. Schum., γ. _grandiflora_ K.
Schum., δ. _latifolia_ K. Schum., ε. _trichandra_ K. Schum.
Nous avons déjà dit ce que nous pensions des variétés _Ballayi_ et
_trichandra_.
La variété _grandiflora_ ne nous parait pas pouvoir être distinguée même
comme simple variété, d’après ce que nous savons sur les variations dans
la forme des feuilles et dans la dimension des fleurs parfois sur un
même rameau. La variété _kamerunensis_ semble pouvoir s’identifier avec
le _Cola Ballayi_ Cornu.
Quant au _Cola acuminata_ var. _latifolia_ K. Schum., récolté par MANN à
Fernando-Pô et dont nous avons vu un bon spécimen à l’herbier de Kew, il
nous paraît mieux caractérisé et nous y reviendrons dans un prochain
chapitre.
K. SCHUMANN n’eut pas connaissance de l’existence du _Cola acuminata_ au
Togo, du moins il ne l’y mentionne pas dans sa monographie. Dans un
rapport du comte ZECH[96], le _Cola vera_ est signalé au Togo en 1901 ;
le _Cola acuminata_, au contraire, qui semble être l’espèce dominante
cultivée dans cette colonie, n’y est pas indiqué.
L’année suivante, WARBURG décrit le _Cola sublobata_ et le _Cola
astrophora_, provenant aussi du Togo et dont nous avons déjà parlé. Dans
les matériaux incomplets qui nous ont été communiqués sous ces noms par
l’Herbier de Berlin, nous avons cru reconnaître seulement le _Cola
acuminata_. Du reste, W. BUSSE identifie le _Cola astrospora_ Warb. au
_Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum. Pour le _Cola sublobata_,
il y a doute dans notre esprit, le spécimen que nous avons vu étant très
incomplet.
Le _Cola astrophora_, dont nous donnons la photographie (Pl. IX), est
bien lui-même identique au _Cola acuminata_.
Quant au _Cola Supfiana_ Busse[97], nous n’avons eu en main qu’un rameau
stérile que nous reproduisons (fig. 26). D’après l’aspect et la
nervation des feuilles, il ne nous semble point douteux qu’il s’agit du
_Cola acuminata_ ordinaire. L’espèce de BUSSE aurait les rameaux
retombants et c’est le caractère le plus important invoqué par son
auteur pour la distinguer de celle de PALISOT DE BEAUVOIS. Or, le
véritable _Cola acuminata_ a souvent le port _pleureur_. BUSSE indique
en outre que sa plante donne des Kolas mucilagineux connus sous le nom
de _Wasser Kola_. Ce dernier caractère ferait penser qu’il s’agit de
_Cola verticillata_, nommé _Cola d’eau_ ou _Cola mucilagineux_ au
Dahomey et qui existe probablement aussi au Togo. Toutefois l’exemplaire
d’herbier de BUSSE ne correspond certainement pas à cette dernière
espèce.
Nous n’avons pas eu en main le type du _Cola subverticillata_ De Wild. ;
toutefois la description très précise de M. DE WILDEMAN ainsi que les
deux belles planches qui accompagnent son travail ne laissent aucun
doute sur son identité avec le _Cola Ballayi_ Cornu.
L’Herbier du Gabon, de PIERRE, renferme de nombreux matériaux relatifs
aux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Cette dernière est
étiquetée _Bichea sulcata_ Pierre Mss. Nous nous en occuperons dans un
des prochains chapitres.
* * * * *
[Note 91 : LASÈGUE. — Mus. Bot. Delessert, p. 302.]
[Note 92 : Il est certain qu’en créant le binôme _Cola acuminata_ SCHOTT
et ENDLICHER avaient en vue la plante de PALISOT DE BEAUVOIS. (Voir :
_Kew Bulletin_, 1906, p. 90, une observation de STAPF à ce sujet).]
[Note 93 : _Cola Ballayi_ Cornu in Heckel. nom. emend. Les Kolas
africains. _Annales l’Institut botanico-géologique colonial de
Marseille_, vol. I (1893), p. 104 et fig. 8.]
[Note 94 : Chez les véritables _Cola acuminata_, comme chez les _Cola
nitida_, les jeunes plants de même que les adultes ont les feuilles
éparses ou groupées par paquets de 4 à 6 feuilles assez rapprochées,
mais elles n’ont jamais une apparence verticillée.]
[Note 95 : _Tropenpflanzer_, 1902, p. 626-631. — Voir aussi la même
étude traduite en français : _Rev. Cult. Col._, XII, 1903, 1er sem., p.
141-145.]
[Note 96 : Wissenchaftliche Beihefte zum Deutsch-Kolonialblatt Mittheil.
v. Forschungsreis. u. _Gelehrten an den Deutsch. Schutzgeb._ Bd XIV, h.
I, p. 8-14. Traduit en franç. _Rev. cult. col._ VIII. 1901, 1er sem., p.
366.]
[Note 97 : W. BUSSE. — Beiträge zur Kola (chap. VIII Bericht. über die
Pflanzen pathol. Expedition nach Kamerun und Togo 1904-1905) _Beihefte
z. Tropenpflanzer_ 1906, p. 22-228 et p. 60-66 du tirage à part.]
CHAPITRE VIII.
* * * * *
=Etude systématique des espèces de la section Eucola.=
* * * * *
Tous les _Cola_ de la section _Eucola_ actuellement connus peuvent se
classer de la manière suivante :
=A.= Graines toujours à deux cotylédons
1 =C. nitida= A. Chev
Arbre produisant exclusivement des noix rouges
1 a. sub-sp. _C. rubra_ A. Chev.
Arbre produisant exclusivement des noix blanches
1. b. sub-sp. _C. alba_ A. Chev.
Arbre produisant à la fois des noix rouges et des noix blanches et
parfois aussi des noix roses
1 c. sub-sp. _C. mixta_ A. Chev.
Arbre produisant de petites noix rose-pâle ou des noix blanches et
des petites noix rose-pâle en mélange
1 d. sub-sp. _C. pallida_ A. Chev.
=B.= Graines toujours à plus de deux cotylédons.
○ Follicules oblongs ou oblongs-allongés avec une crête dorsale
bien marquée,
+ Feuilles alternes
2 =C. acuminata= Schott et Endl.
+ Feuilles verticillées par 3 ou par 4, rarement opposées
3 =C. verticillata= Stapf.
+ Feuilles subverticillées par groupes de 5 à 15
4 =C. Ballayi= M. Cornu.
○ Follicules subglobuleux, de la grosseur du poing
5 =C. sphærocarpa= A. Chev.
Les quatre premières espèces sont aujourd’hui complètement connues.
Pour la cinquième, nous ne possédons encore que des documents incomplets
et il n’est pas certain qu’elle doive être maintenue dans la section
_Eucola_, lorsque ses feuilles et ses fleurs seront étudiées.
1. _Cola nitida_ A. CHEV. (comb. nov.).
_Sterculia nitida_ Vent. ! Jard. Malmaison (1804) tab. 91, adnot.
_Sterculia grandiflora_ Vent. ! _loc. cit._, t. 91, adnot.
_Sterculia acuminata_ mult. auct. (non Pal. Beauv.).
_Cola acuminata_ mult. auct. (Masters ! Baillon, etc.), _pro parte_.
_Cola acuminata_ Heckel ! (non Schott et Endl.,). Ann. mus. Marseille, I
(1893), p. 22 et suiv. et fig. 2.
_Cola vera_ K. Schum. ! _Notizbl. bot. Gart. Berl._, III (1900), p. 10,
Monograph. afric. Pflanz. V. Sterculiacæ (1901), p. 124.
_Cola sublobata_ et _C. astrophora_ Warb. _pro parte_, _Tropenpfl._,
1902 (pour la description des noix seulement).
Arbre de moyenne grandeur, ayant de 6 mètres à 15 mètres de haut et
parfois de 20 à 25 mètres au milieu de la forêt, à tronc de 25 cm. à 50
cm. de diam. et de 3 mètres à 12 mètres de long, souvent bifurquée à mi-
hauteur. Branches étalées ou ascendantes.
Jeunes rameaux verts, glabres.
Feuilles grandes, glabres, assez longuement pétiolées, toujours
alternes, rarement subopposées, à insertions souvent rapprochées à
l’extrémité et formant des rosettes terminales, mais non de faux-
verticilles comme dans _C. Ballayi_.
Limbe coriace-parcheminé, d’un vert mat en-dessus, rarement luisant,
oblong, cunéiforme à la base, rarement arrondi, acuminé et obtusiuscule
au sommet (acumen plus ou moins long et ordinairement droit), long de 18
cm. à 28 cm., sur 6 cm. 5 à 10 cm. 5 de large. Nervure médiane très
saillante sur les deux faces ; nervures secondaires de 5 à 8 paires,
très ascendantes. Inflorescences en petites grappes, longues de 2 cm. à
5 cm. pédoncules compris, insérées à l’aisselle des feuilles ou des
cicatrices foliaires. Rachis pulvérulent-blanchâtre par la présence de
poils étoilés.
Les grappes sont composées exclusivement de fleurs mâles ou comprennent
des fleurs mâles et des fleurs hermaphrodites ; parfois les deux sortes
d’inflorescences existent sur un même rameau ; dans ce cas, un rameau
produit des grappes mâles avant de produire des grappes hermaphrodites.
Pédicelles longs de 6 mm. à 12 mm., blancs-tomenteux. Boutons floraux
tomenteux-blanchâtres, subglobuleux. Calice de 15 mm. à 30 mm. de diam.
(et jusqu’à 40 mm. pour quelques fleurs hermaphrodites), à tube urcéolé
ou subcampanulé de 3 à 5 mm. de long, donnant insertion à 5 lobes (très
exceptionnellement 4 ou 6) ovales lancéolés, d’abord soudés par le haut,
ensuite étalés, parsemés de poils blancs-étoilés en dedans, couverts en
dehors de poils analogues, plus nombreux et formant un revêtement
laineux. Toute la fleur est d’un blanc-jaunâtre à l’exception de 15
nervures d’un pourpre noirâtre, très saillantes, s’étendant du fond du
tube jusqu’au milieu des lobes (3 nervures pourpres par lobe) ; seule
une race peu répandue, a les fleurs entièrement d’un blanc-crême sans
stries pourpres.
Fleurs mâles : androcée porté sur un stipe grêle de 0 mm. 5 à 1 mm. 5,
terminé en cupule, d’abord subglobuleux, plus tard étalée en disque un
peu concave avec 10 dents plus ou moins profondes où s’insèrent au
centre 5 stigmates rudimentaires.
Fleurs hermaphrodites : anthères petites sur deux rangs de 10 loges
superposées et souvent divergentes, insérées tout au fond du calice,
autour de la base de l’ovaire ; celui-ci est subsphérique, à 5 (ou
parfois 6) carpelles ovoïdes, blancs ou roux, tomenteux, terminés par
autant de styles linéaires, subulés ou obtusiuscules, réfléchis et
descendant presque au niveau des étamines mais sans être soudés aux
ovaires. Ovules 6 à 12 par carpelle, disposés sur deux rangs.
Jeunes fruits comprenant 4 ou 5 carpelles (rarement 6), ovoïdes, étalés
en étoile, parfois un peu pendants ou au contraire ascendants, verts ou
blanchâtres, glabres de bonne heure.
Fruits adultes formés de 1 à 5 carpelles oblongs, ou ellipsoïdes,
parfois asymétriques, renflés sur les côtés, longs de 8 cm. à 12 cm. sur
4 cm. à 8 cm. de large, d’un vert clair ou lavés de blanc à la base,
parfois d’un roux-ferrugineux, très brièvement stipités à la base,
terminés au sommet en bec court obtus ou émarginé. Surface supérieure
avec crête étroite et très saillante, surface inférieure avec un sillon
ventral plus ou moins profond ; péricarpe épais de 6 à 10 mm., à paroi
externe lisse ou bombée, parfois scoriacée et couverte de grosses
verrues très rapprochées les unes des autres ; paroi interne lisse et
blanche. Graines, 3 à 10 par carpelle (très rarement une ou deux),
ovoïdes ou subglobuleuses, plus ou moins anguleuses par compression,
munies d’un tégument blanc, spongieux, épais de 3 mm. à 5 mm.
Amandes de couleur et de taille très variables suivant les races, mais
toujours à deux cotylédons, pouvant peser à l’état frais, de 3 grammes à
100 grammes, prenant en quelques minutes, dès qu’elles sont brisées, une
couleur jaune safran. Saveur agréable, d’abord un peu amère, puis sucrée
après salivation.
Cette espèce fournit les noix les plus appréciées.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Incontestablement spontané dans la forêt
vierge de la Côte d’Ivoire et du Libéria entre le 5e et le 7e
parallèles. Les diverses races énumérées ci-après (sauf la quatrième)
sont en outre cultivées en grand, non seulement au Libéria et à la Côte
d’Ivoire, mais aussi dans la Guinée française (jusqu’à 1200 mètres
d’altitude), à Sierra-Leone, dans le Gold-Coast, dans quelques villages
de la Nigéria anglaise et au Togo allemand.
Depuis quelques années, l’espèce est en outre introduite dans les
plantations européennes au Togo, au Dahomey, à Lagos, au Cameroun et au
Gabon.
=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 1 (hors texte),
5, 10, 11, 27, 28 (hors texte), 31 et 32 (hors texte).
Planches : I, II, III, IV, V, X, XI, XII, XIII, XV, XVI (3 à 9).
OBSERVATIONS. — Comme toutes les plantes cultivées depuis une époque
très reculée, le _Cola nitida_ présente un très grand nombre de
variétés, l’organe sur lequel portent les variations étant surtout
l’amande. Ces variations sont d’autant plus nombreuses et désordonnées
que les indigènes ne savent pas multiplier les variétés pures les plus
intéressantes et ne pratiquent ni la sélection méthodique des semences,
ni le greffage.
Du reste, ils ne distinguent pas ces variétés et disent que les qualités
qu’ils attribuent aux noix de certains arbres sont dues de la nature du
sol, au climat, etc. Sur les marchés, les amandes sont classées sous les
appellations de _Kolas blancs, Kolas rouges, Kolas roses, Kolas verts,
petits Kolas_, etc. appellations qui ne servent nullement à désigner des
variétés d’arbres producteurs, mais exclusivement la denrée commerciale
vendue. Pour différencier ces variétés, il faudrait en faire sur place
une étude attentive, et encore il serait nécessaire de suivre les mêmes
exemplaires à toutes les étapes de leur développement. Cela n’était pas
possible au cours des voyages que nous avons effectués, mais toutes les
formes que nous avons observées peuvent néanmoins être reparties dans
les quatre sous-espèces décrites ci-après (le mot sous-espèce ayant ici
plutôt le sens de _race culturale_) :
s.-sp. 1 a. =Cola rubra= A. CHEV. (s.-sp. nov.)
_Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis omnibus
purpureis._
Fleurs de taille très variable, à calice constamment strié de pourpre-
noirâtre. Urcéole staminal des fleurs mâles lavé de pourpre. Follicules
ordinairement gros, renflés, dépourvus de tubercules à leur surface,
lisses ou grossièrement bosselés. Amandes, toutes d’un rouge sombre à
maturité, prenant avant complet développement une teinte d’un rouge
cerise ou carmin. Chair rosée non mucilagineuse. Amandes fraîches ayant
un poids variant de 7 grammes à 100 grammes, pesant d’une manière
courante 10 grammes à 25 grammes.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : quelques exemplaires çà
et là dans les plantations du Kissi et des pays Tômas et Manons (région
de Lola).
Côte d’Ivoire : assez répandu dans le nord-ouest de la forêt (Pays
Diola, Pays Bété). Çà et là dans l’intérieur de la forêt : Pays Los ou
Gouros, Pays Abé !
Gold Coast : Pays Achanti où cette race existerait à l’exclusion de
toutes les autres.
NOMS VERNAC. — _Kola rouge_, _noix de Gondja_, _Kola de l’Achanti_
(Colons), _Gonja_ (dans la Nigéria, d’après BARTER).
s.-sp. 1 b. =Cola alba= A. CHEV. (s.-sp. nov).
_Floribus integiter luteo-albidis, sine lineolis purpureis, nucleis
omnibus albidis._
_Cola alba_ A. Chev. _C. R. Acad. Sc._, 7 mars 1910.
_Cola macrocarpa_ Barth ; BINGER, du Niger au Golfe de Guinée, I, p. 312
(non G. Don), pour les noix de l’Anno.
Fleurs de taille moyenne (18 mm. de diam. environ dans les fleurs mâles)
à _calice entièrement d’un blanc-jaunâtre_ sans stries rouges à la base
sur la face interne ; lobes formant un bouton subglobuleux avant
l’anthèse, couverts de poils blancs étoilés en dedans et en dehors.
Fleurs mâles : androcée complètement blanc, porté par un stipe très
court ou presque nul, connectif commun terminé par un disque,
correspondant aux 10 loges supérieures des anthères. Au centre du
disque, le gynécée avorté fait saillie sous forme de 5 petits mamelons
accolés et blanchâtres. Fleurs hermaphrodites inconnues.
Fruits mûrs composés de follicules vert-pâle à maturité, ovoïdes-
ellipsoïdes, brièvement stipités à la base, terminés au sommet par un
bec court et obtus, portant en-dessus un crête dorsale peu saillante et
en-dessous un sillon ventral très peu accusé ; la surface du péricarpe
est légèrement bosselée, mais non profondément scoriacée-tuberculeuse.
Graines 3 à 9 par follicule, assez grosses, avec un tégument peu épais,
noix grosses (pesant 25 à 30 grammes en moyenne), toutes d’un blanc de
neige lorsqu’elles viennent d’être dépouillées du tégument, prenant
longtemps après une teinte blanc sale ou blanc-jaune pâle. _Chair
blanche_ non mucilagineuse, prenant une teinte jaune-safran sitôt brisée
et exposée à l’air.
Saveur un peu moins âpre que dans la race précédente et dans la race
suivante.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : Bangadou dans le Kissi !
et dans quelques autres villages de la même région. Cette race est rare
et on en rencontre seulement quelques individus dans un petit nombre de
points.
D’après des renseignements indigènes, elle existerait aussi dans le Samo
et dans le Pays Toma au sud de Diorodougou.
[Illustration : FIG. 27. — =Fleurs de Cola nitida= A. Chev. — A et A¹,
sous-espèce _C. alba_ A. Chev. A, fleur épanouie ; A¹, fleur en bouton ;
B, sous-espèce _C. mixta_ fleur épanouie ; B¹ et B², androcée d’une
fleur mâle vu au dessus et de profil ; B³, le même en coupe
longitudinale.]
Côte d’Ivoire : Daloa dans le Pays Bété (d’après le lieutenant RIPERT).
=Figure relative à cette sous-espèce= : Fig. 27, A et A¹.
OBSERVATION. — Le _Kola blanc_ du pays des Ngans à la Côte d’Ivoire
connu des dioulas soudanais sous le nom de _Kola blanc de l’Anno_, et
sur lequel BINGER a le premier attiré l’attention, est produit par un
arbre que nous avons étudié sur place et qui se différencie assez
sérieusement de la race que nous venons de décrire. Les fleurs ne sont
pas complètement blanches, mais le périanthe est strié de pourpre comme
dans les autres races. Les follicules mûrs ont la forme de ceux du _Cola
alba_ du Kissi et ils renferment aussi de 3 à 9 graines de grosse
taille. Les noix sont extérieurement d’un blanc-jaunâtre, plus ou moins
lavées d’un vert pâle surtout sur les bords des cotylédons et sur les
faces cotylédonaires en contact. Cette teinte verte domine même sur
toute la surface quand les noix ont été cueillies avant maturité. Les
noix non encore mûres contenues dans le fruit sont entièrement _vertes_
à leur surface, mais blanches à l’intérieur. Certaines amandes mûres
sont, à l’état frais, d’un jaune-verdâtre, légèrement lavées de rose.
Dans tous les cas, la chair est blanche et très ferme ; brisée, elle
prend aussitôt une teinte jaune-safran dans la partie déchirée.
L’embryon est constitué par 2 cotylédons légèrement fendus du côté de la
radicule. On rencontre accidentellement des noix à 3 ou même à 4
cotylédons mais à peine dans la proportion de 1 pour 1.000. A l’encontre
du Kola blanc du Kissi (qui est le plus estimé de tous les Kolas) la
noix blanche de l’Anno n’est pas prisée par tous les dioulas et certains
affirment qu’elle ne se conserve jamais plus de 2 à 3 mois. Il ne faut
pas confondre ces noix blanches avec les petites noix roses de l’Anno,
vendues souvent en mélange et dont il sera question à propos du _Cola
pallida_[98].
s.-sp. 1 c. =Cola mixta= A. CHEV. (s.-sp. nov.)
_Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis albidis et
purpureis intermixtis in singulos folliculis._
Mêmes fleurs que _C. rubra_. Follicules ovoïdes, oblongs, tantôt lisses
ou un peu bosselés, tantôt assez fortement tuberculeux à la surface.
Noix rouges et noix blanches (et parfois des noix rosées) sur le même
arbre, ordinairement en mélange dans les mêmes follicules, parfois
portées sur des follicules différents.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Cette race est de beaucoup la plus répandue
dans les cultures de l’Afrique occidentale (à l’exception de la Gold-
Coast où domine _C. rubra_). D’après le rapport officiel publié dans
l’_Agriculture pratique des Pays chauds_, 1907, 1er sem., elle existe, à
l’exclusion de toutes les autres, dans la région littorale de la Guinée
française. C’est aussi la seule que nous ayons observée dans les cercles
de Faranna ! de Kouroussa ! et Kankan ! Enfin elle domine dans le
Kissi ! le pays Tôma ! et dans le Nord-Ouest de la forêt de la Côte
d’Ivoire ! Dans le centre et le nord de la forêt, surtout loin des
villages, c’est _C. pallida_ qui prend sa place, mais _C. mixta_ s’y
rencontre néanmoins.
OBSERVATION I. — Dans le _Cola mixta_, les noix rouges sont en général
dans la proportion de 2/3 ou 3/4 ; les noix blanches ou roses ne formant
que le tiers ou le quart. Ces proportions se rapprochent de celles qui
sont admises pour le retour aux caractères des parents dans les
descendants d’hybrides (_loi de Mendel_). Aussi avons nous récemment
émis l’hypothèse que le _Cola mixta_ était un hybride de _C. rubra_ et
_C. alba_. Cependant il convient d’observer que suivant la loi de
MENDEL, dès la 2e génération, une partie des arbres devraient donner
exclusivement des noix rouges et une partie des autres exclusivement des
noix blanches. Or, il n’en est pas ainsi puisque presque partout c’est
_C. mixta_ qui prédomine. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre
relatif à la biologie.
Les noix rouges et les noix blanches sont disposées sans ordre dans les
follicules. Dans une cabosse comprenant 9 graines, nous avons trouvé,
par exemple, en allant du pédoncule vers l’extrémité : 1re paire, noix
rouge à gauche, noix rouge à droite ; 2e paire, noix rouge à gauche,
noix blanche à droite ; 3e paire, noix rouge à gauche et noix blanche à
droite ; 4e paire, noix blanche à gauche, noix rouge à droite ; 5e une
noix rouge à gauche, rien à droite. Soit 3 noix blanches et 6 noix
rouges.
OBSERVATION II. — La forme des feuilles varie beaucoup d’un arbre à
l’autre. En Guinée française, outre le type (Fig. 2), nous avons
distingué deux variations assez différenciées, mais nous ignorons si
elles sont héréditaires. L’une, _forma angustifolia_ A. Chev. (Fig. 28
hors texte), observée dans le Haut-Niger (cercle de Kouroussa) a les
feuilles étroites, presque oblongues-linéaires ; l’autre, recueillie à
Conakry : _forma latifolia_ A. Chev., a au contraire les feuilles larges
nettement obovales.
Aucun autre caractère ne nous parait distinguer ces formes.
s.-sp. 1 d. =Cola pallida= A. CHEV. (s.-sp. nov.).
_Floribus albo-tomentosis, cum lineolis purpureis ; nucleis minoribus
roseo-pallidis, vel roseis et albidis intermixtis._
Race fréquemment dioïque ou plutôt comprenant des individus ne portant
que des fleurs mâles et d’autres individus portant à la fois des fleurs
mâles et des fleurs hermaphrodites, soit sur les mêmes inflorescences
soit sur des racèmes séparés.
Calice ordinairement de petite taille dans les fleurs mâles. Stipe de
l’androcée court, disque staminal en soucoupe avec 10 crénelures un peu
inégales.