extrémité de rameau munie de 5 feuilles et portant à l’aisselle de la
feuille inférieure une grappe de fleurs toutes mâles. Il paraît en effet
bien identique à celui de l’Herbier VENTENAT et il cadre également avec
la description de cet auteur. Dans les deux cas, les feuilles sont bien
_lancéolées-oblongues_ acuminées ; les inférieures ont un pétiole qui
mesure de 5 à 6 cm. et les supérieures sont presque sessiles ; le limbe
atteint 13 cm. à 22 cm. de long sur 4 cm. à 8 cm. de largeur. La fleur
est de petite taille. Les lobes du calice sont étalés en étoile,
glabrescents en dedans, nettement tomenteux en dessous. L’androcée est
une petite cupule (urcéole) subsessile.
En somme, cet échantillon est tout à fait identique à notre no 17.740
(Pl. XII), récolté dans la forêt de la Côte d’Ivoire, à fleurs aussi
toutes mâles et appartenant indubitablement au groupe des bons Kolas à 2
cotylédons.
Conformément aux règles de la nomenclature, l’appellation _Cola nitida_
(Vent.) A. Chev. devra donc être substituée à l’appellation _Cola vera_
K. Schum.
c) _L’Herbier général du Muséum_ renferme un troisième échantillon (Pl.
III), non étiqueté _Sterculia nitida_, mais tellement semblable à celui
de l’Herbier de LAMARCK, qu’il est probable que les deux échantillons
ont été recueillis sur le même arbre et le même jour.
Le spécimen dont il s’agit est accompagné d’une étiquette très
instructive qui nous renseigne sur la provenance et sur un caractère
biologique important. Elle est ainsi libellée :
Bois de Sagaye _vulgo
Indigènes_ de l’Ile de
France. Mâle et femelle
sur des pieds séparés
STERCULIA.
Les quatre premières lignes semblent être de l’écriture de COMMERSON.
_Sterculia_ est probablement de la main de LAURENT DE JUSSIEU.
Enfin l’étiquette du Muséum porte en impression :
_Ile de France_
COMMERSON.
Sur laquelle H. BAILLON a ajouté :
Cola acuminata R. Br.
_Ngourou_ senegalensum.
Le rameau présente à son extrémité 5 feuilles très rapprochées, mais
alternes, portant à leurs aisselles des cymes courtes et denses de
fleurs mâles. Les feuilles sont brièvement pétiolées, le pétiole
mesurant de 10 à 25 mm. au plus. Le limbe de texture assez coriace est
lancéolé-oblong, acuminé et mesure de 11 à 15 c. de longueur sur 3 c. 5
à 5 c. 5 de largeur ; la base est assez fortement cunéiforme et l’acumen
relativement court. La face supérieure de la feuille est un peu luisante
et l’inférieure d’un brun-mat finement réticulée montre 7 à 9 paires de
nervures secondaires. Inflorescences roussâtres, à rachis très
tomenteux. Calice rotacé de 15 à 17 mm. de diamètre à l’état sec, à 5
lobes oblongs-triangulaires, de 6 à 7 mm. de long, très tomenteux et
roussâtres au dehors, beaucoup moins au dedans, principalement dans leur
extrémité supérieure.
Androcée ayant la forme d’une petite cupule fortement concave à l’état
sec.
2o =Sterculia grandiflora= Vent. — Le « Jardin de la Malmaison » indique
cette espèce _a_) à l’Isle de France, d’après l’Herb. de JUSSIEU, _b_)
dans les Indes orientales, d’après l’Herb. de LAMARCK.
a) _Echantillon de l’Herbier de Jussieu_ (Pl. IV). — Le spécimen auquel
VENTENAT fait allusion existe en effet dans l’Herbier LAURENT DE
JUSSIEU ; une petite étiquette écrite probablement par VENTENAT porte
seulement le mot « _grandiflora_ ». Une seconde écrite de la main de
LAURENT DE JUSSIEU est ainsi libellée :
Sterculia grandiflora V.
_Ile de France. — Herb. de Commerson. — Sans étiquette_
« _grandiflora_ » à la suite de _Sterculia_ a été ajouté plus tard avec
une autre encre, sans aucun doute après l’étude de VENTENAT.
L’échantillon qui accompagne cette étiquette est un rameau vigoureux,
muni de 5 feuilles rapprochées, en partie détachées et portant près de
son extrémité une inflorescence dont les fleurs fort grandes sont en
partie mangées par les insectes.
Ainsi que l’indique la description, les feuilles sont bien ovales
acuminées. Le pétiole mesure, de 3cm à 5cm de long ; le limbe est très
coriace, fortement réticulé, arrondi ou à peine cunéiforme à la base,
longuement acuminé au sommet, présentant 7 ou 8 paires de nervures
secondaires. Inflorescence à rachis très robuste, ramifié en panicule
pauciflore, presque glabre dans la partie inférieure, parsemé dans la
partie supérieure de poils étoilés roussâtres. Fleurs toutes
hermaphrodites de 2 à 3cm. environ de diamètre, calice divisé en 5 lobes
pourvus de poils roussâtres étoilés sur les deux faces, mais à poils
plus clairsemés sur la face interne. Ovaire gros, subsphérique, formé de
5 carpelles pubescents portant chacune un petit sillon médian
roussâtre ; stigmates assez longs, aigus, bien détachés de l’ovaire vers
leur extrémité.
b) _Echantillons de l’Herbier de Lamarck_ (Pl. V). — Outre le _Cola_
rattaché au _C. nitida_, dont nous avons parlé plus haut, il existe dans
l’Herbier LAMARCK un autre échantillon accompagné de deux petites
étiquettes. L’une porte l’inscription :
_Sterculia grandiflora_.
J. de Malmaison.
l’autre :
_Sterculia_ ?
Cette dernière inscription est l’écriture de LAMARCK lui-même.
L’échantillon est aussi une extrémité de rameau portant 7 feuilles et à
2 cm. 5 de l’extrémité une cyme axillaire peu rameuse, formée de
quelques grandes fleurs hermaphrodites, la plupart détachées et
renfermées dans un sachet. Ces fleurs présentent les mêmes caractères
que celles du spécimen de l’Herbier de JUSSIEU.
Les feuilles par contre sont moins ovales et plus nettement oblongues,
bien cunéiformes à la base ; le limbe mesure 20 cm. à 25 cm. de long sur
6 cm. 5 à 7 cm. 5 de large. Malgré ces légères différences, ce rameau
qui provient aussi probablement des récoltes de COMMERSON, s’identifie
avec l’échantillon _a_) mentionné ci-dessus.
L’examen attentif que nous avons fait de ces deux spécimens nous a
convaincu que non seulement ils devaient être rapportés au même type
spécifique mais encore ils rentrent dans le même groupe que les
spécimens décrits par VENTENAT sous le nom de _Sterculia nitida_. La
nervation et la consistance des feuilles sont très semblables, quant aux
différences dans la forme et la dimension des feuilles, dans la
dimension des fleurs, on observe parfois ces différences groupées sur un
même arbre. La Planche XI (no 19.849 de notre herbier) représente un
échantillon de cette même espèce que nous avons recueilli dans la forêt
de la Côte d’Ivoire et qui porte à la partie inférieure deux racèmes de
grandes fleurs hermaphrodites semblables à celle de _Sterculia
grandiflora_ et plus haut, sur le même rameau, deux groupes de fleurs
mâles beaucoup plus petites et ayant tous les caractères, ainsi que les
feuilles du _Sterculia nitida_.
Cette planche montre d’une manière irréfutable que les deux espèces n’en
forment qu’une et comme l’appellation de _Sterculia nitida_ précède
l’autre, c’est celle que nous conserverons en nous conformant aux règles
de la nomenclature.
C’est pour cette raison que nous avons adopté le nom de _Cola nitida_
(Vent.) A. Chev. pour désigner l’espèce produisant les noix à deux
cotylédons.
=Type du Sterculia acuminata= P. Beauv.
L’explorateur de la flore de Benin récolta en 1789, plusieurs
échantillons de son _Sterculia acuminata_ qui se trouvent aujourd’hui
dans l’Herbier de Genève et au British Museum. Les caractères que
présentent ces échantillons authentiques ne concordent pas complètement
avec ceux qui sont attribuées à l’espèce dans la flore du royaume
d’Ovare et de Bénin, ainsi que nous l’avons montré dans un Chapitre
précédent.
[Illustration : FIG. 25. — =Sterculia acuminata=, Pal. Beauv. Type de
l’Herbier du British Museum. Androcées des fleurs mâles et poils étoilés
(Croquis communiqué par M. le Dr STAPF).]
Nous reproduisons (fig. 25) le croquis que nous a aimablement communiqué
M. STAPF, croquis représentant les principaux organes du _Sterculia
acuminata_ type du British Museum. Nous avons examiné nous-même les
fleurs du spécimen du Muséum de Genève, contenu dans l’Herbier DELESSERT
(Planche VI), fixé sur une feuille de papier portant la mention :
Herbier Palisot de Beauvois.
C’est ce dernier échantillon que l’on doit considérer comme le type le
plus authentique. Du reste, il paraît bien identique à celui de Londres
que nous connaissons d’après les dessins de STAPF.
Ce type de Genève porte l’étiquette suivante :
_Sterculia nitida_.
_Oware en Afrique,
Envoyé par M. de Beauvois, 1789, no XIV... 5.
sans nom._
Au milieu est épinglé un fragment de papier avec l’inscription :
« nitida »
qui parait avoir été écrit par VENTENAT. Sur l’étiquette même,
_Sterculia_ et _nitida_ sont d’écritures différentes, de sorte que le
nom spécifique n’a été ajouté qu’après la détermination de VENTENAT.
Il ne faut pas s’étonner si VENTENAT ou un autre botaniste de son époque
a cru reconnaître, dans la plante du Bénin, l’espèce de l’Ile Maurice
qui venait d’être décrite. Les matériaux diffèrent par des caractères
très difficiles à discerner, mais il est cependant possible, avec
quelque attention, de différencier le rameau avec fleurs mâles de
l’Herbier LAMARCK rapporté à _Sterculia nitida_ par VENTENAT et les
échantillons recueillis par PALISOT DE BEAUVOIS.
Dans l’Herbier DELESSERT l’échantillon que nous avons photographié
(Planche VI), se compose d’une branche portant deux rameaux repliés et
munis chacun de six feuilles environ. Celles-ci sont peu coriaces, assez
régulièrement écartées et non groupées en rosette terminale ; pétiole
grèle, dressé, long de 1 cm. à 6 cm. Limbe oblong-lancéolé, long de 11
cm. à 18 cm. sur 3 cm. à 6 cm. de large, cunéiforme à la base, terminé
au sommet par un acumen assez long et grèle ; 7 à 8 paires de nervures
secondaires ; nervilles formant des réticules peu apparentes ; surface
supérieure très luisante. Inflorescences courtes, pauciflores, à fleurs
de petite dimension ; les fleurs mâles et les fleurs hermaphrodites
entremêlées. Calice urcéolé-campanuliforme profondément divisé en 5 ou 6
lobes, parsemés de poils étoilés en dedans et en dehors, avec une marge
blanchâtre épaissie. Fleurs mâles à androcée brièvement stipité, le bord
supérieur des loges des anthères faisant un peu saillie au-dessus du
disque un peu pubescent.
En rapprochant la plante que nous venons de décrire de notre no 19.715
(Planche XIV), recueilli à la Côte d’Ivoire où elle est cultivée par les
Kroumen (Bas-Cavally), on verra l’analogie frappante qui existe entre
les deux exsiccata et le no 19.715 appartient indubitablement au _Cola_
produisant des noix à plus de deux cotylédons.
En résumé, le Kolatier découvert par PALISOT DE BEAUVOIS au Bénin est
une espèce bien distincte du Kolatier cultivé à l’Ile Maurice au XVIIIe
siècle. Le premier est le véritable _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.)
Schott et Endl.[92].
Le second devra être nommé désormais, comme nous l’avons déjà dit, _Cola
nitida_ (Vent.) A. Chev. = _Cola vera_ K. Schum.
=Type du Sterculia verticillata= Thonning in Schumacher.
Nous avons pu examiner deux spécimens récoltés par THONNING à la Gold-
Coast, dans le district d’Aquapim. Tous les deux sont certainement
authentiques, mais stériles et réduits à un ou deux verticilles de
feuilles. La description que SCHUMACHER a donnée de cette plante est
suivie de la mention T, indiquant que la description a été faite sur
place par THONNING, or l’on sait que l’herbier de ce voyageur fut
détruit par un incendie lors du bombardement de Christianburg. Il ne
reste donc que les spécimens incomplets adressés probablement à VAHL et
à SCHUMACHER.
Le premier se trouve dans l’herbier des JUSSIEU, au Muséum, et porte
l’étiquette suivante :
Sterculia
verticillata
Nonne Sterculia acuminata
Beauv. Fl. ow. tab. 24
Misit d. Vahl, 1804
e Guinea
Le second (Planche VII), qu’on peut considérer comme le type, se trouve
à Copenhague et provient de l’herbier SCHUMACHER.
Bien qu’ils soient dépourvus de fleurs, ces spécimens se distinguent de
tous les _Cola_ connus aujourd’hui encore par la disposition des
feuilles verticillées par 4. Dans chacun des deux herbiers, on ne trouve
qu’un court rameau réduit à deux verticilles de feuilles, en partie
détachées dans l’herbier des JUSSIEU, mais dont on retrouve les
insertions.
Par suite de la disposition verticillée des feuilles, l’extrémité des
rameaux est subquadrangulaire avec des sillons (à l’état sec) entre
chaque angle sur le dernier entre-nœud. Le bourgeon terminal porte
quelques poils blanchâtres et présente de petites stipules.
Les pétioles longs de 2 cm. à 6 cm. sont grêles et étalés. Le limbe est
mince, lancéolé ou lancéolé-oblong, long de 12 cm. à 20 cm. sur 4 cm. 5
de large, cunéiforme à la base, terminé au sommet par un acumen court
(de 5 à 7 mm. de long), mais très étroit ; texture papyracée-coriace ;
nervures secondaires 6 ou 8 paires régulièrement courbées en arceaux ;
surface supérieure d’un vert mat, l’inférieure brune (à l’état sec),
fortement réticulée.
Par les caractères que nous venons d’énoncer, la plante en question
s’identifie complètement avec un _Cola_ à feuilles verticillées,
recueilli en fleurs et en fruit dans ces dernières années par JOHNSON,
aux environs d’Aburi et nommé dans l’Herbier de Kew _Cola Johnsoni_
Stapf Mss.
Nous avons retrouvé récemment la même plante à l’état spontané, au
Dahomey, où elle est connue sous le nom de _Kola abidan_ ou _Kola
d’eau_.
Cette espèce sera désignée désormais sous le nom de _Cola verticillata_
(Thonn. in Schum.) Stapf.
=Type du Cola macrocarpa= G. Don.
Ce type existerait au British Museum, mais nous ne l’avons pas observé.
D’après STAPF, il provient de San Thomé. Nous connaissons dans cette île
que nous avons parcourue _Cola acuminata_ et _Cola sphærocarpa_ A. Chev.
Or, il ne peut s’agir de cette dernière puisque DON attribue à son
espèce des graines également connues en Guinée sous le nom de Kola et
jouissant des mêmes qualités que le Kola ordinaire.
Il est donc très probable que la plante de ce botaniste doit être
rapportée à _Cola acuminata_. Il la distingue surtout parce qu’elle a 4
à 6 graines, alors que PALISOT DE BEAUVOIS avait, par erreur, attribué à
son espèce des follicules monospermes.
M. RENDLE, directeur du Département botanique au British Museum, nous
écrit que « l’herbier du British renferme divers spécimens de _Cola_
provenant de G. DON et qu’il est difficile de dire quel est celui qui
doit être regardé comme type de son espèce. »
=Type du Syphoniopsis monoica= Karst.
Nous ne connaissons pas le type et nous ignorons s’il se trouve dans
quelque herbier européen. C’est BAILLON qui le premier a rattaché le
_Syphoniopsis_ au _Cola acuminata_. K. SCHUMANN a maintenu ce
rattachement en spécifiant que le _Syphoniopsis monoica_ était identique
à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS à plus de deux cotylédons. Cette
assertion devra être contrôlée, car nous savons au contraire que c’est
ordinairement le _Cola nitida_ à deux cotylédons qui est cultivé dans
l’Amérique tropicale et aux Antilles.
=Types des Cola du Flora of Tropical Africa.=
Ces types existent dans l’Herbier de KEW, où nous les avons examinés.
Aucun ne nous intéresse, tout le groupe _Eucola_ étant fondu en une
seule espèce _Cola acuminata_ R. Brown.
=Type du Cola Ballayi= M. Cornu, in Heckel.
Principal collaborateur de SAVORGNAN DE BRAZZA au Congo depuis 1875, le
Docteur BALLAY fit parvenir vers 1885 au service des Cultures du Muséum,
un lot de noix de Kola, qui furent ensemencées dans les serres de cet
établissement. Le Professeur MAXIME CORNU constata de profondes
différences dans la forme des noix, le mode de germination et la
disposition des feuilles sur les jeunes sujets, entre les plantes venant
des graines de Kolatiers recueillis au Gabon par BALLAY et celles
provenant des graines à deux cotylédons reçues de la côte de Guinée,
considérées alors comme provenant du _Cola acuminata_ alors que ces noix
à deux cotylédons étaient en réalité fournies par le _Cola nitida_.
MAXIME CORNU étiqueta ce nouveau Kolatier des serres du Muséum _Cola
Ballayi_, mais il n’en publia pas la description et le nom serait resté
inédit si le Professeur HECKEL n’avait décrit et figuré la plante de
CORNU[93].
Malheureusement HECKEL a confondu deux espèces et la description qu’il
donne de _Cola Ballayi_ se rapporte à la fois au _Cola Ballayi_ Cornu in
Hort. Mus. et au _Cola acuminata_ P. Beauv. (non Heckel). C’est bien au
_Cola Ballayi_ qu’appartiennent les figures 8 et 9 de la monographie de
HECKEL et la première partie de la description, « Feuilles verticillées
à l’état jeune »[94] et aussi la planche II.
Presque tout le reste de la description se rapporte presque certainement
au _Cola acuminata_ (P. B.) Schott et Endl. (non Heckel) et il ne faut
pas s’en étonner puisque cette espèce donnant aussi des noix à quatre
cotylédons est beaucoup plus commune au Gabon que le véritable _Cola
Ballayi_, ce dernier étant surtout répandu dans la région de l’Oubangui.
On sait d’autre part que HECKEL considérait les noix à deux cotylédons
comme fournies par le _Cola acuminata_ et les noix à plus de deux
cotylédons comme fournies exclusivement par le _Cola Ballayi_.
C’est ce qui explique sans doute pourquoi K. SCHUMANN dans sa
monographie a décrit une plante du Gabon sous le nom de _Cola acuminata_
var. _Ballayi_, qui n’est certainement pas le véritable _Cola Ballayi_
Maxime Cornu et qui n’est probablement qu’une forme insignifiante du
_Cola acuminata_.
Nous avons eu la bonne fortune de retrouver dans les serres du Muséum
quelques exemplaires du vrai _Cola Ballayi_, mis en cultures il y a plus
de 15 ans par le Professeur CORNU. Ce sont des arbustes de 2 à 3 mètres
de haut ; l’un d’eux s’est ramifié. Nous reproduisons (Pl. VIII) la
photographie de l’un de ses rameaux ; il est étiqueté encore _Cola
Ballayi_ ; d’autre part, le véritable _Cola acuminata_ à 3 ou 4
cotylédons ne paraît pas exister dans ces serres. On peut donc
considérer l’exemplaire photographié comme étant le type même de CORNU.
C’est du reste certainement la même plante qui est représentée dans
l’ouvrage d’HECKEL (Fig. 8) et qui est très reconnaissable par ses faux
verticilles de feuilles. Nous avons recueilli exactement la même espèce
en fleurs et en fruits dans l’Oubangui, en 1902, et c’est encore elle
que E. DE WILDEMAN a décrite et figurée en 1907 sous le nom nouveau de
_Cola subverticillata_ De Wild., chose très compréhensible, puisque,
sans l’examen du type vivant de l’espèce créée par CORNU, il était
impossible de la reconnaître dans les descriptions de HECKEL et de K.
SCHUMANN.
=Types des espèces décrites par K. Schumann, O. Warburg et W. Busse.=
La systématique des espèces produisant les noix de Kola était donc très
confuse quand K. SCHUMANN entreprit la monographie du groupe.
Il ne réussit pas à y mettre de l’ordre et O. WARBURG ne fut pas plus
heureux.
En décembre 1902, ce dernier publia une étude sur les noix de Kola du
Togo[95], mais ses recherches basées sur des documents incomplets, loin
de faire la lumière, ne font qu’augmenter la confusion. Il propose la
création d’une appellation nouvelle, _Cola sublobata_ Warb., pour
désigner l’arbre produisant le Kola des Achantis qu’il croit différent
du _Cola vera_ K. Schum., mais la description botanique qu’il donne
s’applique pour les graines au _Cola vera_ et pour les branches
florifères probablement au _Cola acuminata_. Toutefois, d’après BUSSE,
ces rameaux appartiennent à une forme que cet auteur distingue sous le
nom de _Cola vera_ K. Sch. var. _sublobata_ (Warb.) Busse.
Sous le nom nouveau _Cola astrophora_, WARBURG a décrit une seconde
espèce qui n’est elle aussi que le _Cola acuminata_ avec les fleurs
mâles à androcée bien épanoui. Il lui attribue aussi deux cotylédons
(Pl. IX).
WARBURG, ainsi que K. SCHUMANN l’avait tenté avant lui, essaie de
distinguer tous les _Autocola_ (sensu stricto), d’après la disposition
et la forme de l’androcée des fleurs mâles ; suivant ces auteurs :
Dans _Cola acuminata_, l’androcée est une sorte de cupule subsessile.
Dans _Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum., c’est une plaque
divisée en dessus en 5 lobes bifides, subtomenteux.
Dans _Cola sublobata_ Warb., l’androcée est légèrement lobé et le stipe
est à peine ébauché.
Dans _Cola astrophora_ Warb., l’androcée est constitué par une sorte de
plaque longuement et finement stipitée, de sorte que « les anthères
relativement petites sont disposées par paires sur les lobes de
l’androcée, au nombre de 10 environ et de telle façon qu’elles ne
peuvent être aperçues du dessus ; tout l’organe est finement velu ».
Enfin le _Cola vera_ K. Schum. posséderait un androcée constitué par une
masse capitée non divisée et subsessile.
L’examen de très nombreux matériaux vivants appartenant aux espèces :
_Cola nitida_, _Cola Ballayi_ et _Cola acuminata_, étudiés sur place et
avec des fleurs à tous les états d’avancement, nous a montré que les
caractères énumérés n’avaient aucune valeur spécifique. Dans les jeunes
fleurs, alors que les loges des anthères sont encore loin de l’époque de
leur déhiscence, l’androcée forme une masse arrondie sessile, les loges
supérieures sont recourbées sur le disque jusqu’à se toucher, de sorte
que l’androcée est alors subglobuleux et sessile ; plus tard, il
s’épanouit et prend une forme cupuliforme. Enfin, à un âge avancé,
lorsque les loges ont effectué leur déhiscence, le connectif s’étale en
disque plan ou légèrement concave et plus ou moins profondément divisé
par 10 fentes dont 5 plus profondes. La pubescence de l’androcée et
l’allongement du stipe qui le porte quand la fleur est bien épanouie,
sont des caractères qui varient d’une fleur à l’autre, parfois sur le
même arbre, et nous avons observé ces variations sur toutes les espèces
examinées.
SCHUMANN a invoqué d’autres caractères pour distinguer les deux espèces
productives de noix de Kola.
Il attribue au _Cola vera_ un calice à 5 lobes, subpulvérulent-tomenteux
à l’extérieur, glabre en dedans sauf à la base du tube. Le _Cola
acuminata_ aurait un calice à 5 ou 6 lobes et serait subtomenteux à
l’intérieur et à l’extérieur.
Le nombre des lobes est généralement de 5 dans toutes les espèces que
nous avons examinées, mais il peut être accidentellement aussi de 4 ou
de 6 et parfois même de 7 ou de 8.
Quant à la pubescence, elle varie aussi et il n’y a point de différence
notable d’une espèce à l’autre.
K. SCHUMANN croyait aussi pouvoir distinguer _Cola vera_ de _Cola
acuminata_ par la forme et la disposition des stigmates dans les fleurs
femelles. Dans la première espèce, les stigmates seraient courts, obtus
et apprimés « stigmatibus latis, appressis obtusis » ; dans _Cola
acuminata_, ils seraient acuminés et recourbés, et distants de l’ovaire,
« stigmatibus acuminatis, recurvatis ». Et les figures accompagnant le
mémoire de K. SCHUMANN exagèrent encore la description. Elles montrent
en effet, chez _C. vera_ (Fig. 25 de l’ouvrage de SCHUMANN), des
stigmates dilatés à l’extrémité et apprimés sur l’ovaire, comme s’ils
lui étaient soudés dans toute leur longueur. La figure relative à _C.
acuminata_ (Fig. 26 de SCHUMANN), montre au contraire des stigmates
courbés en crochet, effilés, très aigus et bien écartés de l’ovaire. Ces
dessins sont tous les deux certainement inexacts et l’étude de très
abondants matériaux dans les herbiers et à l’état vivant ne nous a
montré aucune différence notable dans la disposition du gynécée de ces
deux espèces.
Enfin le même auteur pensait que, dans _Cola vera_, il existait toujours
6 ovules par loge, tandis que _Cola acuminata_ en posséderait 10 à 12.
Ce caractère différentiel lui-même ne résiste pas à l’examen de nombreux
matériaux et, ainsi que nous le verrons, le nombre des ovules — et des
graines — se rencontrant dans les deux espèces est sensiblement le même
et très variable suivant la robustesse des carpelles et des follicules.
En définitive, le seul caractère valable, mis en relief par le savant
botaniste berlinois, est l’existence constante de deux cotylédons dans
les graines du _C. vera_ et de 4 à 6 cotylédons dans les graines de son
autre espèce. Mais cette différenciation avait déjà été faite par
BARTER, CORNU et HECKEL.
En 1904, W. BUSSE tente aussi l’étude des _Cola_ de la section _Eucola_
vivant au Togo. Il décrit le _Cola Supfiana_ Busse, qu’il considère
comme une nouvelle espèce à plus de 2 cotylédons.