* * * * *

[Note 70 : STOKES. — Bot. mat. méd., II, 1812, p. 564.]

[Note 71 : O. KUNTZE. — Rev. gen. plant., I, p. 79.]

[Note 72 : W.-P. HIERN. — _Welwitsch’s Catal. of the african Plants_, I,

1896, p. 84.]

CHAPITRE V.

* * * * *

=Caractères généraux des espèces de la section _Eucola_.=

_Port._ — Tous les Kolatiers de la section _Eucola_ sont des arbres de

deuxième grandeur atteignant leur port définitif vers la quinzième ou la

vingtième année. Dans l’ensemble, ils rappellent un peu les Noyers ou

mieux encore peut-être les Pommiers à cidre. Les branches s’étalent à

partir d’une hauteur de 3 à 4 mètres et il est rare que le tronc

atteigne 6 à 8 mètres sans ramifications (Fig. 4). La hauteur totale des

Kolatiers adultes est de 15 à 20 mètres et exceptionnellement dans la

forêt vierge leurs dimensions peuvent s’élever jusqu’à 25 mètres de

hauteur avec un tronc mesurant jusqu’à 60 cm. de diamètre à la base.

Les Kolatiers plantés dans les endroits éclairés, par exemple autour des

villages, restent toujours plus petits et souvent se ramifient à moins

de 2 mètres au-dessus du sol. Au contraire ceux qui croissent dans les

sous-bois de la forêt ont souvent un tronc grêle et lorsque les arbres

environnants sont abattus, ils se présentent avec un tronc élancé (Fig.

5).

L’écorce du tronc est brune et s’enlève par écailles ; sur les jeunes

rameaux, l’épiderme persiste jusqu’à la troisième ou quatrième année ;

ces mêmes rameaux sont pourvus d’une moelle abondante et à l’état frais

sont cylindriques, de couleur brun-verdâtre, luisants, sans trace de

lenticelles. Les cicatrices foliaires produisent des écussons sub-

circulaires, très saillants, au-dessus desquels on observe souvent les

_gemmules_ dont il sera question plus loin.

A l’état sec, les rameaux les plus jeunes sont anguleux et cannelés, par

suite de la course des faisceaux libéro-ligneux des feuilles qui

descendent en cordons apparents à l’extérieur sur un assez long parcours

dans l’écorce avant de se joindre à la couronne libéro-ligneuse de la

tige.

_Gemmules._ — Louis PIERRE, dans les notes manuscrites jointes à son

Herbier, donne ce nom à des organes très particuliers qui ne paraissent

pas avoir été signalés encore et qui existent chez toutes les espèces de

la section _Autocola_ (sensu stricto).

Ce sont de gros bourgeons qui naissent à l’aisselle de certaines

feuilles lorsque celles-ci sont parvenues à l’état adulte. Ces bourgeons

sont protégés extérieurement par un grand nombre d’écailles se

recouvrant les unes les autres. L’extérieure est très brune,

parcheminée, coriace ; ses bords sont soudés de sorte qu’elle affecte la

forme d’un cornet abritant le bourgeon tout entier.

Les gemmules persistent après la chute des feuilles, puis au lieu de

donner naissance à des rameaux ou à des inflorescences, elles se

détachent parfois à leur tour en laissant au-dessus de la cicatrice

foliaire une autre cicatrice circulaire, plus petite et fortement

concave.

L’abondance, la forme et les dimensions de ces gemmules varient d’un

arbre à l’autre. Mais on les trouve particulièrement abondantes sur

certains individus végétant dans des conditions défavorables.

Il s’agit en réalité de bourgeons dormants pouvant produire des

inflorescences ou pouvant tomber avant leur épanouissement pour des

causes encore mal connues.

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

56 _bis_.

FIGURE 11.

FIGURE 12.

FIG. 11. — =Cola nitida= A. Chev. — Jeune sujet vivant (Exemplaire du

Muséum de Paris).

FIG. 12. — =Cola= sp. à feuilles pendantes du Congo (Exemplaire cultivé

dans les serres du Muséum).]

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

57 _bis_.

FIG. 13. — =Cola acuminata= Schott. et Endl. — Follécules à différents

âges.

_a_, vues par la face supérieure ; _b_, vues par la face inférieure ;

Gabon (_Herb. Mus. Paris_).]

_Feuilles._ — RÉPARTITION. — Les feuilles sont, après les graines et les

fruits, les parties les plus importantes pour distinguer les espèces de

la section _Eucola_. Les variations, d’une espèce à l’autre, portent

surtout sur leur répartition, leur forme générale, la disposition des

nervures et sur l’acumen. Par contre, des différences individuelles

parfois considérables s’observent souvent dans la même espèce ; elles se

rapportent plus particulièrement aux dimensions du pétiole, longueur et

diamètre, à l’articulation de ce dernier avec le limbe, aux dimensions

et à la consistance de celui-ci, au nombre des nervures. Tous ces

caractères d’ordre secondaire sont fonction de l’âge et de la vigueur

des rameaux sur lesquels sont insérées les feuilles.

[Illustration : (Cliché Schiffer)

FIG. 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les Bétés à la Côte

d’Ivoire (conservé sur l’emplacement de la forêt défrichée).]

Presque toujours isolées, elles sont cependant, dans le _C.

verticillata_ Stapf, nettement verticillées par 3 ou par 4 à l’extrémité

des rameaux et parfois opposées à leur base (fig. 3). Chez quelques

formes d’autres espèces, on observe parfois de 2 à 6 feuilles insérées

presque à la même hauteur à l’extrémité de certains rameaux et dans ce

cas elles sont très brièvement pétiolées. Un examen plus attentif permet

de constater que ce sont des feuilles isolées en disposition spiralée,

mais sur une spire à tours très rapprochés vers l’extrémité et

s’écartant progressivement au fur et à mesure que l’on se rapproche de

la base du rameau où leur disposition redevient normale.

Le _C. Ballayi_ porte ses feuilles groupées par _faux verticilles_ de 5

à 15 feuilles, formant ainsi des panaches très écartés (Pl. VIII et fig.

6) les uns des autres et donnant à cet arbre un aspect particulier. Un

gros rameau privé de feuilles sur une grande partie de sa longueur se

termine par 2 ou 3 de ces faux verticilles très rapprochés les uns des

autres et les feuilles qui s’y insèrent sont dressées, formant ainsi un

seul gros bouquet à son extrémité. Tout le reste du rameau est

complètement dénudé ou parfois porte deux ou trois bouquets de feuilles

en faux verticilles, espacés de 5 cm. au moins les uns des autres.

_Pétiole._ — Parfois presque nul pour les feuilles terminant les

rameaux, il peut mesurer 15 à 20 cm. chez les feuilles inférieures et

son diamètre est également très variable. Sur les rameaux grêles, le

diamètre n’est guère que de 2 mm., tandis qu’elle atteint 4 mm. sur les

pousses très robustes. Il est toujours presque cylindrique et présente à

ses deux extrémités des renflements moteurs en forme de bourrelet épais

et allongé.

Le rôle de ces renflements est de régler par turgescence l’inclinaison

de la feuille, d’après l’éclairage qu’elle reçoit. Au jour et à la

grande lumière, le limbe est très incliné par rapport au pétiole (Fig.

11) ; dans les parties ombragées, le limbe est disposé de manière à

recevoir le maximum d’éclairage. Dans le chapitre consacré à l’anatomie,

nous montrerons comment s’effectue ce mouvement.

Le pétiole forme souvent un angle de 90° avec l’axe du rameau, sauf dans

le _C. Ballayi_ où il est très ascendant. Au contraire, dans une espèce

encore inédite cultivée dans les Serres du Muséum de Paris, il est

pendant et les rameaux ont ainsi un port très spécial.

[Illustration : FIG. 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec des

lobations.]

Quant au limbe, il est rare qu’il se continue dans la direction du

pétiole. Le plus souvent il est pendant et forme un angle très ouvert

avec ce dernier (Fig. 2) ; seules les feuilles des pousses terminales, à

pétiole court, ont la nervure médiane dans son prolongement et, d’une

façon générale, plus le pétiole est long, plus le limbe est incliné. Le

pétiole semble donc s’allonger de manière à assurer à la feuille un

éclairage suffisant. Il est accompagné à sa base dans les jeunes pousses

de très petites stipules linéaires ou lancéolées tombant bien avant que

les feuilles soient complètement épanouies.

_Limbe._ — Le limbe très entier a un contour oblong, ou oblong-

lancéolé ; rarement il est plus large par rapport à la longueur et dans

ce cas il présente une forme ovale-lancéolée. Très rarement le contour

est assez étroit pour que le limbe soit nettement oblong-linéaire. C’est

le cas pour le _Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev.

Presque toujours cunéiforme à la base, il est cependant parfois arrondi,

ainsi qu’on le constate sur le type même du _Sterculia grandiflora_

Ventenat (Pl. IV). Au sommet, il se termine plus ou moins brusquement

par un acumen obtusiuscule mesurant de 5 mm. à 25 mm. de long, assez

étroit, tantôt droit, tantôt incliné d’un côté.

En résumé, toutes les espèces de la section _Eucola_ ont une forme

générale identique et ne présentent point les grandes variations qu’on

observe dans certaines sections du même genre. Nous avons parfois trouvé

sur _Cola acuminata_, parmi un grand nombre de feuilles normales,

quelques feuilles plus ou moins lobées au sommet (Fig. 8). Cette

anomalie permet d’expliquer l’existence à l’état normal, chez certaines

espèces d’autres sections, de feuilles lobées ou même de feuilles

composées-digitées. Enfin, nous avons découvert dans la forêt vierge de

la Côte d’Ivoire, une espèce de la section _Cheirocola_, récemment

décrite (_Cola proteiformis_ A. Chev.)[73], qui réunit, en quelque sorte

à l’état normal, les différentes formes de feuilles qu’il est possible

d’observer dans le genre _Cola_. A côté des feuilles lancéolées

acuminées dont la forme rappelle celles des _Eucola_, on trouve en assez

grand nombre sur le même rameau ou sur des rameaux séparés des feuilles

composées, tantôt à 3, tantôt à 5 folioles. Nous avons cru utile de

figurer un rameau de cette espèce pour montrer les affinités qui peuvent

exister entre des espèces d’apparence parfois très dissemblables, ce qui

est le cas pour les _Eucola_ par rapport aux _Cheirocola_ (Fig. 9).

Le bord du limbe dans les _Eucola_ est un peu épaissi et légèrement

incurvé en dessous.

[Illustration : FIG. 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev.

Sur le même rameau on voit une feuille à une foliole, une autre à 3

folioles et enfin une feuille à 5 folioles.]

Mesurant en moyenne 10 cm. à 15 cm. de long sur 3 cm. à 5 cm. de large,

il peut atteindre jusqu’à 25 cm., parfois 30 cm. de longueur et 12 cm.

de largeur et dans des cas exceptionnels (pousses très vigoureuses) il

peut avoir 50 cm. de longueur chez _C. Ballayi_.

La nervure médiane est légèrement saillante en-dessus et très saillante

en-dessous ; les nervures latérales I, au nombre de 5 à 8 paires, sont

ascendantes toujours dépourvues d’acarodomaties à leur aisselle, réunies

à l’extrémité par des arceaux plus ou moins visibles et plus ou moins

réguliers ; elles sont parfois entremêlées de quelques nervures

latérales II. Enfin, entre ces nervures existent des nervilles formant

des réseaux plus ou moins apparents à la face inférieure.

Les feuilles très jeunes sont recouvertes d’un léger tomentum roussâtre

formé de poils étoilés, plus ou moins nombreux, promptement caducs. Les

feuilles adultes sont glabres et coriaces, plus ou moins luisantes en-

dessus ; la face inférieure est d’un vert pâle. La dessiccation change

la coloration : dans les herbiers, le limbe est noirâtre ou d’un brun-

verdâtre en-dessus et d’un brun-fauve en-dessous.

Les feuilles sur les rameaux stériles et les jeunes pousses ont

sensiblement la même forme que sur les rameaux fertiles, mais elles sont

beaucoup plus grandes et terminées par un acumen plus allongé. Sur les

rameaux stériles du _Cola nitida_, on observe assez souvent des feuilles

dont le limbe atteint 30 cm. de long sur 12 cm. de large. Sur _Cola

Ballayi_, ces feuilles sont encore beaucoup plus grandes.

_Inflorescences._ — Elles naissent seulement sur les rameaux de

deuxième, de troisième ou quatrième année et rarement sur les rameaux

plus âgés ayant perdu leurs feuilles depuis longtemps.

Parfois cependant, par exemple dans le _C. Ballayi_, on observe des

inflorescences sur des rameaux non feuillés ; dans ce cas, elles

s’insèrent au-dessus ou sur les côtés des cicatrices foliaires (Fig. 7).

On observe aussi assez fréquemment, notamment chez les _C. verticillata_

et _C. nitida_, des rameaux de l’année fleuris (Pl. III et Pl. IV) ; les

inflorescences sont alors courtes, ramassées et presque toujours

réduites à des fleurs mâles, de sorte que des fruits ne naissent jamais

de ces organes. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu’un jeune

rameau aurait de la peine à supporter une fructification de Kolatier,

puisqu’une seule fleur fécondée peut produire 5 ou 6 carpelles d’un

poids à l’état adulte de deux à trois kilogs.

On sait du reste que, chez la plupart des représentants de la famille

des Sterculiacées, les fleurs naissent non sur les jeunes rameaux, mais

sur les branches déjà assez âgées. Chez le Cacaoyer en particulier,

c’est sur le tronc et sur les vieilles branches latérales que s’insèrent

les cabosses. Les inflorescences sont des grappes composées, pauciflores

ou plus ou moins denses, à rachis un peu comprimé, avec des pédicelles

ayant de 6 mm. à 12 mm. de long, mais pouvant atteindre jusqu’à 18 mm.

et portant des bractées et bractéoles très caduques, ovales, très

concaves, plus ou moins couvertes d’un tomentum roussâtre ou brun-

rouille.

Chaque racème principal atteint de 2 cm. à 6 cm. de long ; il est

souvent accompagné à sa base de deux petits racèmes courts subsessiles.

Les fleurs s’épanouissent successivement et la floraison dure très

longtemps. Il n’est pas rare d’observer certains arbres de ce groupe en

fleurs presque toute l’année.

Du reste le calice est marcescent et persiste longtemps après la

floraison, même si les fleurs ont avorté.

Pendant l’anthèse, les fleurs dégagent un parfum nauséeux.

_Fleurs._ — Les espèces de la section _Eucola_ présentent une

hétérogamie des plus remarquables. Certains arbres ne produisent

exclusivement que des fleurs mâles ; la plupart des individus produisent

un grand nombre d’inflorescences exclusivement mâles, puis quelques

grappes avec des fleurs hermaphrodites à la base et des fleurs mâles au

sommet. Quelques plants ont des fleurs mâles et des fleurs

hermaphrodites entremêlées sur toutes les inflorescences et quelquefois

une grappe de fleurs mâles est surmontée d’une ou plusieurs fleurs

hermaphrodites ; il est très rare de rencontrer des Kolatiers portant

plus de fleurs hermaphrodites que de fleurs mâles. Enfin nous n’avons

jamais rencontré un Kolatier chargé exclusivement de fleurs

hermaphrodites.

Dans toutes les espèces, même avant leur épanouissement, les fleurs

mâles sont faciles à distinguer des hermaphrodites. Le calice, qui a une

préfloraison valvaire dans les deux cas, forme un petit bouton

subglobuleux et blanc tomenteux chez les premières. Chez les secondes,

il est plus gros, nettement obovoïde et un peu apiculé au sommet. Quand

les fleurs s’épanouissent, on constate un dimorphisme encore plus

accusé : les mâles ont un calice de petite taille et rotacé : dans les

hermaphrodites, il est souvent beaucoup plus grand et toujours

campanuliforme.

Les premières, lorsqu’elles sont épanouies, mesurent souvent que 12 à 20

mm. de diam., les secondes peuvent atteindre 30 à 40 mm. Dans les deux

sortes de fleurs et dans toutes les espèces, les lobes sont ovales,

lancéolés, longs ordinairement de 5 à 9 mm., plus ou moins aigüs au

sommet, blancs-tomenteux à l’extérieur, recouverts en dedans de quelques

poils étoilés, jamais complètement glabres sur l’une ou l’autre face.

Un autre caractère de peu d’importance mais d’une constance remarquable

se retrouve chez toutes les espèces de la section : nous voulons parler

de la coloration. Le calice est d’un blanc-crême, mais il présente en

dedans au fond du tube une tache d’un pourpre noirâtre qui se prolonge

jusqu’à mi-hauteur des lobes, le long des 3 nervures, visibles à la face

interne de chaque lobe. Ces stries pourpres n’existent pas à

l’extérieur, mais elles sont constantes à la face interne ; une seule

race en est privée et a les fleurs complètement blanches, c’est le _Cola

nitida_ A. Chev. s.-sp. _C. alba_ A. Chev. du Kissi.

La forme de l’androcée est assez constante dans toutes les espèces, mais

elle varie suivant le degré d’épanouissement de la fleur : du fond du

calice s’élève un petit stipe grêle, pubescent, parfois presque nul,

parfois atteignant 3 mm. de long. Ce stipe se dilate brusquement et se

termine par un écusson orbiculaire, aplati ou même concave en-dessus ;

sur son bord, cet écusson (qui n’est autre qu’un connectif commun adné à

un pistil central avorté réduit à 5 ou 6 petits points faisant saillie

au centre de l’écusson et en-dessus) porte vingt logettes[74]

considérées comme des anthères. Ces logettes sont disposées en deux

séries de 10, superposées.

Chacune constitue une loge à déhiscence longitudinale, mais lorsque

celle-ci est opérée, il reste à l’intérieur un petit dissépiment

longitudinal qui pourrait faire croire à l’existence d’une anthère à

deux loges.

Le sagace observateur qu’était PIERRE, a interprété de la manière

suivante l’androcée des _Eucola_. Il correspondrait à 5 étamines

seulement, ces étamines étant verticales (comme dans d’autres sections

du genre _Cola_) et chacune à deux loges avec déhiscence longitudinale :

les étamines auraient leurs loges écartées ; en outre, il se serait

produit une cloison transversale dans chaque loge amenant ainsi la

constitution d’un thèque supérieur et d’un thèque inférieur, c’est-à-

dire la formation des 20 logettes existantes. Cette transformation a pu

se produire pendant l’évolution des ancêtres des _Eucola_, mais dans les

espèces actuelles, même à l’état très jeune les 20 thèques sont bien

distincts et écartés les uns des autres.

Les logettes staminales de l’étage supérieur font saillie au-dessus du

disque qu’elles entourent ; avant leur déhiscence, elles convergent vers

le centre en formant une masse capitée ; plus tard cette masse s’ouvre

et forme une urcéole, enfin elle s’étale en disque ; la pointe des loges

fait saillie sur les bords du disque en produisant 10 crénelures et 10

dents dont 5 parfois plus profondes. Ainsi que nous l’avons exposé dans

un chapitre précédent, ces dispositions se retrouvent dans toutes les

espèces d’_Eucola_ dont les fleurs sont connues.

Les fleurs hermaphrodites portent un gros gynécée ovoïde formé de 5 ou 6

carpelles (parfois moins et parfois aussi jusqu’à 8) libres, mais

pressés les uns contre les autres, blancs-tomenteux à l’extérieur,

oblongs, surmontés chacun d’un stigmate sessile, étroit, courbé en

crosse dès sa base et descendant le long du carpelle jusqu’à mi-hauteur

de celui-ci, parfois en s’en écartant un peu, le plus souvent en

s’appuyant à sa surface sans lui adhérer ; l’extrémité de chaque

stigmate est subaiguë ou obtusiuscule, mais jamais en large écusson,

comme l’a figuré à tort SCHUMANN pour _C. vera_ (Monographie, fig. 2, C,

p. 125).

A l’intérieur de chaque carpelle, à l’angle interne, c’est-à-dire sur la

face supérieure lorsqu’il sera étalé, s’insèrent 6 à 16 ovules disposés

sur deux lignes et en ordre alternant. Ces ovules sont anatropes,

pendants dans la cavité ovarienne, sessiles et insérés par un large

ombilic.

Quant aux organes mâles des fleurs hermaphrodites, ils se réduisent à 20

logettes (parfois plus ou moins suivant le nombre des carpelles) insérés

sur deux rangs à la base du gynécée. A la partie basale de chaque

carpelle et intimement soudées à lui on observe, en effet, 4 logettes

disposées en X, c’est-à-dire deux supérieures divergentes par le haut et

deux inférieures divergentes par le bas. Ces logettes sont normalement

constituées et renferment des grains de pollen. Cependant TSCHIRCH et

ŒSTERLE ne pensent pas que le pollen soit normal, de sorte que les

fleurs seraient exclusivement femelles.

Ces logettes staminales desséchées persistent longtemps à la base des

jeunes carpelles. Ceux-ci, à mesure qu’ils se développent, s’étalent en

étoile tout autour du réceptacle leur donnant insertion. Le plus souvent

ils sont étalés dans un plan, parfois au contraire ils sont décombants

ou même ascendants.

Fréquemment les poils qui les recouvrent tombent rapidement, mais dans

certaines races, les carpelles restent jusqu’à un âge avancé couverts

d’une pulvérulence d’un blanc de neige.

L’organogénie des ovules après la fécondation mérite d’être signalée :

Lorsque la jeune graine n’a encore que la taille d’un petit pois, sous

un double tégument membraneux existe une poche remplie de mucilage qui

n’est autre que le sac embryonnaire.

La membrane qui le limite est tapissée de petites écailles brunes

paraissant provenir du nucelle résorbé et plus ou moins analogues aux

écailles tapissant la paroi interne des carpelles. Nous reviendrons sur

ces écailles dans l’étude anatomique.

A l’intérieur du sac embryonnaire et dès le jeune âge, on trouve de très

bonne heure l’embryon coloré en rouge (si la noix doit être rouge plus

tard) ; il est ovoïde, plus renflé du côté du hile et dans le _C.

acuminata_ présente une section tetra ou pentagonale correspondant aux

quatre ou cinq cotylédons. Après résorption du sac embryonnaire, la

graine doit encore rester plusieurs mois sur l’arbre avant d’arriver à

complet développement.

_Fruit._ — On sait que chaque fleur femelle fécondée peut donner en

général 5 follicules dérivant des 5 carpelles de l’ovaire, rarement plus

de 5 et assez souvent moins. La forme et les dimensions de ces fruits

varient beaucoup d’une espèce à l’autre, aussi fournissent-ils

d’excellents caractères de classification.

Ces follicules sont insérés en verticille autour du pédoncule de la

fleur devenu ligneux et considérablement accru pendant la maturation.

Les graines s’insèrent sur deux larges lignes placentaires situées

tantôt sur les bords de la feuille carpellaire dans les espèces de la

section _Cheirocola_ ; au contraire, dans les espèces de la section

_Eucola_, elles s’insèrent sur deux lignes rapprochées de part et

d’autre de la crête dorsale qui correspond à la nervure médiane de la

feuille carpellaire ; elles sont par conséquent opposées à la suture

inférieure ou ventrale par où se fait la déhiscence du fruit (Fig. 13).

Chaque follicule presque adulte présente dans les espèces de ce groupe :

1o Une crête dorsale ou interne ou supérieure correspondant à la face

placentaire ; 2o un sillon ventral, externe ou inférieur correspondant à

la ligne de déhiscence, chez les espèces qui s’ouvrent à maturité ; ce

sillon ventral est souvent à son tour bordé par deux rebords ou fausses

crêtes ; 3o les côtés sont tantôt lisses ou grossièrement bombés par la

protubérance des noix ; dans certaines races, ils sont fortement

verruqueux-scoriacés et les verrues s’étendent parfois jusqu’au sillon

ventral.

La forme générale d’un carpelle adulte est ovoïde-allongée avec la face

dorsale ordinairement beaucoup plus bombée que l’autre, la dimension est

de 5 à 12 cm. de long sur 3 à 7 cm. de large. Certains carpelles très

robustes dans _C. acuminata_ et dans _C. Ballayi_, atteignent jusqu’à 15

et 20 cm. de long.

Le follicule, dans la partie basilaire qui ne renferme pas de graines,

s’amincit plus ou moins en stipe ; le sommet se termine par un rostre

(base du stigmate accrescent) qui a souvent dans le jeune âge la forme

d’un bec d’oiseau et qui parfois se prolonge en pointe recourbée vers la

face ventrale.

En outre, la forme de ces fruits varie énormément d’une espèce à l’autre

comme aussi leur disposition par rapport à l’axe du pédoncule : ils sont

parfois étalés horizontalement, parfois réfléchis, rarement un peu

ascendants.

Les kolatiers & les noix de kola · 第 6 / 40 段