L’un des plus grands colonisateurs auxquels la France ait donné le jour,

Pierre POIVRE, intendant aux Iles de France et de Bourbon (1766-1773), à

qui l’on doit l’introduction de presque toutes les plantes à épices dans

les îles de la côté orientale d’Afrique, s’était attaché, comme

collaborateur, COMMERSON (1768). Ce botaniste revenait à cette époque de

faire le tour du monde avec BOUGAINVILLE.

« POIVRE l’avait engagé à rester à l’Ile de France pour en faire

l’histoire naturelle et apprendre aux colons à employer les richesses de

leur territoire »[51].

COMMERSON et POIVRE collaborèrent très activement à l’étude et à

l’extension des cultures tropicales aux Iles de Maurice et de la

Réunion. « COMMERSON, botaniste passionné mettait le même intérêt à

toute plante, pourvu qu’elle fut curieuse et nouvelle. POIVRE,

administrateur et philosophe, ne dédaignait pas la curiosité, mais

fixait principalement ses regards sur l’utilité. C’était aux plantes

utiles qu’il prodiguait ses soins ».

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

32 _bis_.

FIG. 2. — =Cola nitida= A. Chev.

_1_, rameau en fleurs ; _2_, fleur entière vue en dehors ; _3_, fleur

hermaphrodite ; _4, 5_, deux formes de pistil dans la même

inflorescence ; _6_, fleur male ; _7_, amande (Kola) ; _8_, Kola au

début de la germination.]

On sait en effet que POIVRE introduisit ou fit introduire dans les deux

îles, alors françaises, l’Arbre à pain, le Thé de Chine, les Cannelliers

de Ceylan et de Cochinchine, le Muscadier, le Giroflier et quantité

d’autres végétaux économiques. COMMERSON joua un rôle non moins

important en étudiant toutes ces plantes et en les faisant parvenir au

Cabinet du Roy (Jardin des Plantes). Ces spécimens constituent l’un des

plus anciens noyaux de l’Herbier du Muséum de Paris.

Dans le premier fascicule des « Végétaux utiles »[52], nous signalions

la pomme de terre de Madagascar, plante de la famille des Labiées,

produisant des tubercules alimentaires et nous montrions que cette

plante décrite par Maxime CORNU en 1900, comme espèce nouvelle sous le

nom de _Plectranthus Coppini_, existait en réalité dans l’Herbier du

Muséum depuis près de 130 ans. Elle provenait également des envois de

COMMERSON et avait été longtemps après nommée _Germanea rotundifolia_

par POIRET. C’est le _Coleus rotundifolius_ A. Chev.

Est-ce POIVRE qui avait importé le _Coleus_ et le _Cola_ aux Iles

Mascareignes ? Nous l’ignorons, mais cela nous semble très

vraisemblable. On sait qu’il avait visité les Iles Malaises qui sont

probablement la patrie du _Coleus_, et d’autre part les Portugais et les

Hollandais qui avaient des possessions aussi bien sur la côte

occidentale d’Afrique que dans l’Océan Indien avaient probablement

transporté le Kolatier d’une région dans l’autre.

Au cours de ses nombreux voyages, POIVRE mit un zèle d’apôtre à importer

des pays étrangers dans les possessions françaises des graines de toutes

les plantes intéressantes qu’il pouvait recueillir « sentant qu’il peut

être plus utile d’acquérir une plante qu’une province »[53].

Il avait réuni tous ces végétaux dans un magnifique jardin nommé

« Montplaisir, enclos peu distant du port de l’Ile de France ». Le

Kolatier faisait très probablement partie des plantes qu’on y

cultivait[54].

Toujours est-il qu’entre 1768 et 1778, COMMERSON y récoltait des rameaux

en fleurs très ressemblants à ceux ayant servi, comme il a été dit plus

haut, à VENTENAT pour décrire son _Sterculia nitida_ dont le type existe

dans l’Herbier du Musée botanique de Genève (Voir Pl. I).

VENTENAT, ancien abbé, était devenu conservateur à la bibliothèque du

Panthéon, puis également intendant du palais de la Malmaison où vivait

Joséphine, la future impératrice des Français. Il publia, sous ses

auspices, un magnifique atlas de plantes « peintes par REDOUTÉ ». Cet

ouvrage, daté de l’an XI (1803)[55] pour le 1er volume et 1804 pour le

2e volume, est intitulé « Jardin de la Malmaison » et dédié par l’auteur

à « Madame Bonaparte »[56].

Après avoir longuement décrit le _Sterculia monosperma_, VENTENAT expose

que, par la même occasion, il a été conduit à étudier, dans divers

herbiers, six nouvelles espèces de _Sterculia_ qui n’avaient pas encore

reçu de noms et dont il donne une diagnose latine succinte.

Deux de ces plantes, _S. nitida_ et _S. grandiflora_, que l’auteur

considérait comme des espèces distinctes, et qui n’en forment en réalité

qu’une, nous intéressent au plus haut point, car elles sont la source

des bonnes noix de Kola, ce que du reste VENTENAT a complètement ignoré.

Voici les descriptions de cet auteur dans l’ordre où elles se

trouvent[57] :

« _Sterculia nitida_ (6), _Foliis lanceolato-oblongis, acuminatis ;

laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile_ (il s’agit de

l’urcéole formée par les anthères groupées en cupule). _Ex Africa. Culta

in Insula Mauritii_.

« (6) Je présume que cette plante dont MICHAUX m’avait envoyé de beaux

exemplaires est dioïque puisque je n’ai trouvé aucune apparence d’ovaire

dans les fleurs que j’ai analysées. Cette espèce est-elle congénère de

_Sterculia_ ? N’appartiendrait-elle pas à quelque autre genre de la

famille ?

« _Sterculia grandiflora_ (7), _Foliis ovatis, acuminatis, glabris ;

laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile ; Stylis 5, reflexis.

Isle de France ex. Herb. D. de Jussieu. Ex. India orientali_, juxt. à

Herb. D. de LAMARCK.

« (7) Cette espèce semble s’éloigner du genre par l’absence du pivot et

par les 5 styles qui surmontent l’ovaire. Ces cinq styles ne pourraient-

ils pas être considérés comme les stigmates d’un seul style qui ne

serait pas encore développé ? »

Sans être bien précis, le texte de VENTENAT concorde avec les caractères

des arbres producteurs de Kolas. Ce que l’auteur appelle _urcéole_ est

sans aucun doute l’androcée. Il nous apprend aussi que, dès le XVIIIe

siècle, les Kolatiers étaient déjà cultivés dans les Indes orientales,

et aux îles Mascareignes, ce qui n’est pas fait pour nous surprendre

d’après ce que nous avons dit précédemment.

Une troisième espèce, décrite par VENTENAT le _S. longifolia_, n’est pas

un _Cola_, mais un vrai _Sterculia_, dont nous avons pu voir le type de

VENTENAT conservé dans l’herbier Delessert, à Genève, obligeamment

communiqué par M. J. BRIQUET. C’est donc à tort que l’Index de Kew

identifie les 3 espèces ci-dessus au _Sterculia acuminata_ Palisot de

Beauvois. Deux se rapportent bien à un vrai _Cola_ que nous nommerons

désormais _Cola nitida_ mais aucune n’est identique au _Sterculia

acuminata_.

Il n’y a guère de doute que VENTENAT fut le premier botaniste

descripteur d’un arbre à Kola ; mais il n’en connut ni les fruits ni les

graines et ne soupçonna même pas que les végétaux qu’il venait de

décrire produisaient les fameuses amandes sur lesquelles de nombreux

voyageurs avaient déjà attiré l’attention.

PALISOT DE BEAUVOIS allait bientôt faire la lumière sur cette question ;

mais, en décrivant son _Sterculia acuminata_, il prit l’espèce

produisant les noix à quatre cotylédons, la seule qui existe au Bénin,

comme la source des noix à deux cotylédons recherchées par les noirs et

déjà connues à Sierra-Leone.

PALISOT DE BEAUVOIS était déjà depuis longtemps de retour en France

lorsque parut le travail de VENTENAT. Il avait accompagné dans le delta

du Niger, pour y faire la traite des esclaves, un négrier célèbre, le

capitaine LANDOLPHE[58], et, au cours de cette campagne, il avait

séjourné deux ans (1786-1787) au pays d’Oware (Wari aujourd’hui) et de

Bénin. Il rapporta de ce voyage de nombreuses collections, et, de 1804 à

1807, il publia sa célèbre _Flore des Royaumes d’Oware et de Bénin_ en

Afrique.

La Pl. XXIV, parue en 1804 et très probablement postérieure de quelques

semaines à la livraison du _Jardin de la Malmaison_ où VENTENAT décrit

ses _Sterculia_ est consacrée au _Sterculia acuminata_. Elle est

accompagnée d’un texte assez étendu. Nous croyons utile de reproduire

les parties les plus importantes[59] :

« =Sterculie=. _Sterculia_.

« =Sterculia=, _Linn., Juss., Cavan., Lam., Vent., Schreb., Gmel._ —

Fam. des Malvacées. _Jus., Vent._, Dodecandrie Monogynie. _Linn.,

Schreb., Gmel._

« _Sterculie acuminée_. Fleurs axillaires : calice à six divisions

égales colorées ; capsules monospermes ; feuilles entières, oblongues,

terminées par une longue pointe aigüe et portées sur un long pétiole.

Obs. _Cola_, G. BAUH. _Pin._, p. 507 ; J. BAUH., _Hist. Plant._ Vol. I,

p. 210. Kola ou Cola, LAM. _Dict. Encycl._ Cet arbre croît dans le

royaume d’Oware dans l’intérieur et sur les bords de la mer.

« Cette espèce offre un caractère très particulier, une disparate

(_sic_) qui se trouve rarement parmi les plantes d’un même genre et

d’une même famille. Le nombre des divisions du calice ou de la corolle

est ordinairement égal, double, triple ou quadruple, de celui des autres

organes de la fleur ; mais, dans la _Sterculie acuminée_, le calice

porte six divisions lorsque les anthères, au nombre de dix ou de vingt,

forment le double ou le quadruple de cinq et que les capsules sont

encore au nombre de cinq.

« L’amande est d’un rouge tendre, tirant un peu sur le violet ; on la

nomme, dans le pays, Kola ou Cola ».

Le même naturaliste trouve exagérées la valeur et les propriétés

merveilleuses attribuées à cette graine par quelques-uns des anciens

auteurs, et il ajoute : « J’ignore si, à Sierra-Leona, ce fruit a été et

s’il est encore aussi précieux que le prétend l’auteur de l’_Histoire

des Voyages_ ; j’ignore si, dans ce pays, il sert uniquement de monnaie

et si les nègres qui, partout ailleurs, ne vendent leurs esclaves que

pour des marchandises européennes, dont ils se sont fait un objet de

première nécessité, les prisent assez peu à Sierra-Leona pour changer

une femme contre cinquante noix de Kola ; enfin, j’ignore si, dans cette

partie de l’Afrique, les Cauris (petits coquillage de la famille des

_Cypræa_) ne sont pas, comme dans tout le reste, la seule petite monnaie

courante ; mais je suis assuré qu’à Oware et à Bénin, le Kola estimé en

raison de la propriété qu’il a de faire trouver bonne l’eau la plus

commune après qu’on a mâché de ce fruit, n’est ni aussi précieux, ni

aussi recherché qu’on a voulu le faire croire. Si nous jugeons de tous

ces détails par l’exagération avec laquelle on donne aux nègres de

Sierra-Leona des dents plus fortes que celles des chevaux, nous devons

les regarder comme très apocryphes.

« Mais, d’après toutes les assertions hasardées et controuvées que l’on

a débitées sur l’Afrique, contre le commerce des noirs et contre les

habitants des Antilles, à la fin du dix-huitième siècle, on ne doit pas

s’étonner de l’inexactitude de tous les rapports des anciens sur

l’Afrique Equinoxiale. Ce pays a toujours été et est encore très peu

connu. Il n’a été qu’imparfaitement visité par des capitaines de navires

plus occupés de leur commerce que de recherches sur les mœurs des

habitants et sur les productions du lieu. Nous ne pouvons en avoir que

des relations imparfaites, exagérées, et dont les faits se dénaturent

sous la plume des historiens qui copient et cherchent souvent à faire

briller leur éloquence, la chaleur de leur imagination et leur mauvaise

foi aux dépens de la vérité. Pour donner une preuve récente de cette

assertion, je ne citerai, pour le moment, que le rapport astucieux,

mensonger et calomnieux fait à la Convention Nationale, en l’an IV, et

imprimé en quatre volumes in-8o, en l’an V. Ce rapport est le coup le

plus fatal porté contre Saint-Domingue ; il a décidé sa perte totale ;

il a creusé toutes les sources d’où ont jailli plus de ruisseaux de sang

dans les colonies que l’esclavage n’a fait verser de gouttes de sueur

depuis plus de deux siècles qu’elles sont cultivées. Quoi qu’il en soit,

au surplus, et pour rectifier tout ce qui concerne le Kola, je dirai ce

que j’ai vu et éprouvé par moi-même.

« Les nègres d’Oware mangent ce fruit avec une sorte de délice avant

leur repas, non pas à cause de son bon goût, puisqu’il laisse dans la

bouche une sorte d’âpreté acide, mais en raison de la propriété

singulière qu’il a de faire trouver bon tout ce que l’on mange après en

avoir mâché.

« C’est surtout sur les différentes liqueurs et principalement sur

l’eau, que cet effet se manifeste sensiblement. Si, avant d’en boire, on

a mâché du Kola, elle acquiert une saveur des plus agréables. Pour

vérifier ce fait, j’ai souvent bu de l’eau saumâtre après avoir mâché du

Kola : elle m’a toujours paru bonne et agréable à boire. Mais cet effet

ne dure qu’autant que l’intérieur de la bouche est empreinte de cette

âpreté qu’y laisse le Kola.

« Les naturels ne mâchent pas la même noix alternativement ; elle n’est

ni assez rare ni assez précieuse. Le cas qu’ils en font est bien éloigné

de celui que suppose l’auteur de l’_Histoire des Voyages_ ; j’en ai

échangé plusieurs fois vingt à trente noix pour une poignée de _Cauris_,

dont deux ou trois tonnes pleines n’auraient pas payé la femme la moins

parfaite. Je ne sais pas comment se faisait autrefois le commerce des

noirs à Sierra-Leone ; mais aujourd’hui il ne s’opère dans toute

l’Afrique qu’en échange des marchandises européennes ; encore faut-il

qu’un capitaine soit assorti de toutes celles qu’on est en usage d’y

porter. Un capitaine qui manquerait d’une seule de ces marchandises,

peut faire une fausse traite et un voyage très onéreux, pour ses

armateurs, au lieu du bénéfice qu’ils s’étaient proposé.

« Je traiterai plus au long, dans la Relation de mon voyage, de tout ce

qui a rapport aux idées fausses que l’on a de l’Afrique équinoxiale et

au commerce qu’on y fait. Je dévoilerai toutes les erreurs que l’on a

mises en avant contre ce pays, les mensonges et les calomnies employés

pour faire valoir un système absurde, auquel nous devons la destruction

de nos colonies et les massacres qui s’y sont faits[60]. »

La description et les assertions de PALISOT DE BEAUVOIS ne méritent

certainement pas toute l’admiration que POIRET leur prodigua[61]. De

graves erreurs se sont glissées dans sa diagnose. PALISOT indique

constamment six divisions à la fleur, alors que dans la plupart des

fleurs des échantillons qu’il a récoltés (Herbier Delessert, herbier du

British Museum), elles sont à cinq divisions ; les fleurs à six

divisions sont même exceptionnelles dans les Kolatiers. En outre, il ne

décrit pas de fleurs exclusivement mâles.

Enfin, en indiquant les capsules monospermes, il commet une erreur

sérieuse ; on rencontre bien parfois des follicules ne renfermant qu’une

seule graine par avortement, mais c’est un cas très rare et il est plus

probable que PALISOT n’avait pas vu de fruits ou qu’il a rédigé sa

description d’après des souvenirs qui l’ont trahi.

La planche XXIV, représentant un rameau et les principaux organes de la

reproduction, laisse elle-même beaucoup à désirer. La figure _C_

représente une fleur mâle et dans l’explication de la Planche (p. 43) le

texte indique : _calice avec les anthères et le germe_ (germe est ici

synonyme d’ovaire). La figure _D_ représente une fleur hermaphrodite

dégagée du calice. Les étamines placées dans ces fleurs à la base des

ovaires sont même très exactement figurées ; cependant, comme

explication de cette figure, l’auteur dit : _germe détaché_. La figure

_F_ est mentionnée comme « amande de grosseur naturelle ». Il est

probable que PALISOT DE BEAUVOIS n’ayant pas rapporté de noix de Kola,

le dessinateur a représenté sur ses indications une masse ovoïde, se

rapprochant plus ou moins grossièrement de la forme réelle de la noix ;

en tous cas, la ligne de séparation des cotylédons n’est pas figurée, et

il serait tout aussi impossible d’y voir une noix à deux cotylédons

qu’une noix à quatre lobes.

Cet auteur fut aussi mal inspiré en cherchant à faire passer pour

erronés les récits des voyageurs qui avaient parlé du Kola avant lui.

Ces voyageurs, quoi qu’il ait écrit, n’avaient rien exagéré. Ils avaient

observé les noix de Kola à Sierra-Leone où elles sont très estimées et

d’où on les transporte vers le Soudan. Les caravaniers qui apportaient

des esclaves à la côte troquaient sans aucun doute, comme l’assure le

compagnon de LANDOLPHE, leur troupeau humain surtout contre des

marchandises européennes, mais il est non moins certain que les dioulas

soudanais venaient échanger aussi des esclaves contre des charges de

Kolas, notamment dans les pays situés au sud de Beyla. L’un de nous a

visité le Soudan à l’époque où ce trafic se faisait encore et nous

n’oserions affirmer que de tels échanges ne se pratiquent pas encore

dans le nord de la République de Libéria. La valeur d’un esclave dans

cette région équivaut naturellement aujourd’hui à de nombreuses charges

de Kolas, mais il est très possible qu’après certaines razzias il fut

autrefois aisé de se procurer un esclave pour une faible quantité de

Kolas de l’espèce _C. nitida_.

Au contraire, PALISOT rencontra les noix de l’espèce qui produit

d’ailleurs les amandes de moindre valeur dans une région où, encore

aujourd’hui, les indigènes en font un usage modéré. Enfin, ce botaniste,

en annonçant que la suppression de la traite des noirs entraînerait la

ruine de l’Afrique, fut, nous le répétons, aussi mauvais prophète que

Madame de Sévigné prédisant la faillite du café.

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

40 _bis_.

FIG. 6. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau portant un pseudo verticille de

feuilles (une partie des feuilles ont été enlevées). — Moyen Oubangui

(Herb. A. CHEVALIER).]

[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=

41 _bis_.

FIG. 7. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau âgé chargé d’inflorescences.

Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).]

Nous avons, après KARL SCHUMANN, acquis la certitude que la plante de

PALISOT DE BEAUVOIS était le Kolatier produisant des noix à 4 ou 5

cotylédons. D’abord, cette espèce est la seule espèce du groupe

_Autocola_ actuellement connue au Bénin ; en outre, l’échantillon de

l’Herbier Delessert, avec ses feuilles alternes luisantes en-dessus,

terminées par un long acumen, ne peut appartenir qu’à cette espèce très

répandue sur la côte depuis le Togo jusqu’à l’Angola. Quant à l’amande

figurée à la planche XXIV de son livre, elle ne représente pas, comme le

pense STAPF[62], une noix à deux cotylédons. Le dessinateur a figuré

grossièrement une masse ovoïde, compacte, sans indication de cotylédons

et dont la forme ne correspond nullement à celle d’une noix de Kola. Il

est probable que ce dessin a été fait d’après les vagues souvenirs du

voyageur.

POIRET se contenta de maintenir dans l’Encyclopédie les _Sterculia

nitida_, _S. grandiflora_ et _S. acuminata_ comme espèces distinctes,

mais de nouveaux noms allaient bientôt être créés.

Avec le _Prodromus_ de A.-P. DE CANDOLLE, la confusion s’accroit en

effet. Dans le volume I, à la famille des _Sterculiacæ_, cet auteur

décrit comme distinctes l’espèce de PALISOT DE BEAUVOIS et les trois

espèces de VENTENAT. Dans le volume II, paru en 1825, il décrit dans la

famille des _Terebinthaceæ_, sous le nom de _Lunanea Bichy_, une plante

signalée par RAFINESQUE, qui l’avait appelée _Edwardia lurida_ ; elle

provenait d’un arbre cultivé à la Jamaïque, qui est certainement un

Kolatier et probablement l’une des races du _C. nitida_ (Vent.) A. Chev.

Sans remonter aux descriptions de RAFINESQUE[63], datant de 1814, et à

celles de LUNAN, nous nous contenterons de reproduire les renseignements

de ces auteurs, rapportés par DE CANDOLLE en créant le genre _Lunanea_,

rejeté à la fin des Térébinthacées (p. 92) :

LIII. _Lunanea_, Petala 0. Stamina 10-13. _Edwardia_ RAFIN. _Specch._,

I, p. 158. Non SAL. _Bichy_ LUNAN, JAM., I, p. 86.

Flores polygami. Calyx coloratus 5-partibus, lobis crassis extus pilosis

erecto-patentibus. Petala 0. Disons concavus 10-dentatus. Stamina 10 e

disco exserta, antheris extus dentibus coalitis. Ovarium subrotundum.

Stigmatibus 5-coronatum. Capsula subovata gibba, 1-locularis evalvis (ex

RAFIN.) ; semilocularis, bivalvis (ex LUN.). Semina dorsa affixa (ex

RAFIN.) ; imbricata angulata (ex LUN.). Genus affine _Poupartiæ_ (ex

RAFIN.). Dicatum cl. LUNAN ob alterum genus _Edwardsia_ dictum.

I. _L. Bichy_. in Guinea unde sub nomine Bichy in ins. Caribæis

introducta. Edwardia lurida RAFIN., _l. c._ Folia alterna petiolata

oblonga acuminata glabra undulata venosa ; Racemi compositi. Flores

flavi purpuro striati, odoris ingrati (Rafin.)[64].

Là ne devrait pas s’arrêter l’imbroglio.

La description erronée de PALISOT entraîna Georg DON à créer encore un

nouveau nom pour désigner l’arbre produisant le Kola.

En 1831, il décrivit un _Sterculia macrocarpa_ avec la diagnose suivante

traduite en français :

« _Sterculia macrocarpa_. Feuilles oblongues acuminées, entières,

lisses, portées sur des longs pétioles ; fleurs axillaires paniculées ;

anthères sur deux rangs sessiles (?) Carpelles à 4 et 6 graines.

Originaire de Guinée. Fleurs blanches ; follicules ordinairement deux

par avortement, opposés. Les graines de cet arbre sont aussi connues

sous le nom de Cola en Guinée. Elles possèdent les mêmes qualités que

celles du _Sterculia acuminata_. Arbre de 40 pieds[65] ».

D’après cette diagnose, il est impossible de savoir si DON a voulu

décrire le _Cola_ à graines à deux cotylédons. L’habitat « Guinée »

qu’il donne à son _S. macrocarpa_ est trop imprécis, car on sait qu’à

Sierra-Leone existe exclusivement l’espèce produisant le Kola à deux

cotylédons et à San-Thomé l’espèce produisant les noix à quatre

cotylédons. Malheureusement l’auteur a omis de noter dans lequel de ces

deux pays il a observé sa plante.

[Illustration : Cliché Noury.

FIG. 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au Bas-Dahomey.]

Au British Museum où existe le type de DON qu’a vu STAPF, la plante est

donnée comme provenant de San-Thomé où on n’observe aujourd’hui comme

appartenant au groupe que le _Cola acuminata_. Ce qui paraît bien

probable, c’est que DON a vu les follicules de l’une et l’autre espèces

à _Cola_, et comme PALISOT DE BEAUVOIS avait inexactement attribué à son

_Sterculia acuminata_ des fruits _monospermes_, DON, constatant que

chaque carpelle renfermait quatre ou six graines, ce qui est en effet la

règle dans toutes les espèces fournissant des noix, n’hésita pas à créer

un nom nouveau. Le même auteur donne aussi des détails sur l’arbre

décrit par PALISOT DE BEAUVOIS ; il lui attribue 40 pieds de hauteur et

à chaque carpelle du _Sterculia acuminata_ une ou deux graines. Il

ajoute ensuite au sujet de cette dernière plante :

« Originaire des parties tropicales de l’Afrique, particulièrement de la

côte ouest. Fleurs blanches, avec des segments étalés ; carpelles,

ordinairement deux, opposés par avortement. Il existe deux variétés de

Cola, l’une avec des graines blanches et l’autre avec des graines

rouges. Les graines sont environ de la taille d’un marron d’Inde.

« Les graines de cette espèce sont connues à travers l’Afrique tropicale

sous les noms de Cola ou Kola. Elles ont depuis longtemps été citées par

les voyageurs comme possédant une grande valeur chez les noirs de la

Guinée qui en prennent un fragment avant leur repas parce qu’ils pensent

que cela augmente le bon goût de ce qu’ils mangent ou boivent.

« Autrefois les graines avaient une très haute valeur chez les indigènes

de la Guinée, puisqu’il en suffisait de cinquante pour acheter une

femme ; mais à présent vingt ou trente graines peuvent être obtenues

pour une poignée de cauris. Deux ou trois tonnes de cauris ne seraient

pas aujourd’hui suffisants pour acheter une femme parfaite[66].

« Nous avons goûté des graines : elles ont un goût très amer ; elles ont

environ la taille d’un œuf de pigeon avec une couleur brune. Elles sont

supposées posséder les mêmes propriétés que le Peruvian Bark[67] ».

Enfin DON maintient encore comme espèces distinctes des précédentes les

_S. nitida_, _S. grandiflora_ et _S. longifolia_ et il reproduit les

descriptions publiées par VENTENAT.

Au moment où l’auteur anglais du _General System_ publiait sa revision

des _Sterculia_, il ne connaissait sans doute pas un important travail

danois paru dès 1827 dans les « _Mémoires de l’Académie des Sciences de

Copenhague_ ».

Les kolatiers & les noix de kola · 第 4 / 40 段