M. John Bright, qu'une longue maladie avait tenu depuis près de deux ans
éloigné des affaires, a prononcé jeudi dernier, à Birmingham, un
discours qui était impatiemment attendu et qui a produit dans toute
l'Angleterre un effet considérable. L'opinion publique était désireuse
de juger du degré d'influence que la rentrée de M. Bright au ministère
exercerait sur la marche de l'administration. Aussi l'affluence des
électeurs était-elle considérable, et plus de seize mille personnes se
pressaient dans l'enceinte.
Les déclarations du vieux chef du libéralisme anglais, quelque précises,
quelque énergiques qu'elles soient, laissent dans l'esprit l'incertitude
et le doute sur les intentions du cabinet Gladstone, parce qu'elles ont
un caractère absolument personnel et qu'elles sont même directement
opposées à l'opinion bien connue de M. Gladstone sur les questions
auxquelles elles ont trait.
Le point le plus important traité dans le discours de M. Bright est le
passage relatif à la loi sur l'éducation. Pour saisir cette importance,
il est indispensable de présenter rapidement l'historique de cette loi.
En 1870, M. Forster a fait adopter par le Parlement une loi sur
l'instruction élémentaire dont un paragraphe, le vingt-cinquième,
autorise les _School's Boards_, ou conseils locaux d'instruction, à
prélever des impôts pour subvenir aux frais de l'instruction, mais
seulement dans les écoles où l'élément religieux fait partie de
l'instruction. En d'autres termes, la loi Forster accorde une subvention
aux écoles où l'instruction religieuse fait partie du programme de
l'enseignement.
Cet article a toujours soulevé une grande opposition chez les
_dissenters_, qui, ne reconnaissant pas l'Église établie, demandent
qu'on subventionne seulement les écoles où aucune espèce d'instruction
religieuse n'est donnée et où la lecture de la Bible elle-même n'a pas
lieu. Les _dissenters_ appartiennent au parti libéral.
Mais le premier ministre est loin d'avoir les mêmes idées qu'eux. Il est
convaincu, ainsi qu'il l'a exprimé dans sa réfutation de Strauss et dans
son livre _Ecce homo_, que l'indifférence religieuse était le plus grand
danger que pût courir la société, et que, par conséquent, il est de
toute nécessité de donner au peuple l'instruction religieuse.
Cette question est celle que M. Bright s'est attaché à traiter le plus
explicitement dans son discours.
La loi sur l'instruction est, à son avis, complètement à refaire, et
l'article 25 sur les _School's Boards_ est à rejeter. Cette déclaration
a évidemment dû satisfaire les _dissenters_. Mais quel résultat
aura-t-elle? Rendra-t-elle au parti libéral son ancienne unité? Cela
n'est pas probable. Pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que M.
Gladstone adhérât aux déclarations de M. Bright. Or, il est manifeste
que non-seulement il ne les approuve pas, mais encore qu'il leur est
opposé de la manière la plus absolue.