--Si vous aviez tiré un ordre de votre poche, je vous aurais brûlé la
cervelle, voilà tout, lui dit-il.
--Après moi, il y a M. de Louvois, répondit le favori.
--Après moi, il y a le prince de Condé, répliqua M. de Pomereux. Tenez,
Belle-Rose, cessez de craindre pour ma vie; on ne s'avisera pas de
toucher un seul ruban de mon habit, et monsieur que voilà le sait bien.
M. de Charny regardait tout autour de lui comme une bête fauve; ses yeux
s'arrêtèrent sur le balcon, et il se demanda s'il ne ferait pas bien
d'appeler les gens de la maréchaussée à son aide pour en finir tout d'un
coup. La Déroute devina sa pensée à l'expression de ses regards, et fut
s'appuyer contre la fenêtre d'un air tranquille. M. de Charny lui jeta
un regard de vipère et se tint immobile. Il y eut un instant de silence
pendant lequel chacun s'observa. M. de Charny ne voulait pas s'éloigner,
craignant que, durant son absence, Belle-Rose ne s'échappât par une
issue secrète de l'hôtel; M. de Pomereux désirait de son côté garder M.
de Charny en son pouvoir, mais tout le monde comprenait qu'il fallait à
tout prix sortir de cette situation violente. Ce fut M. de Pomereux qui
rompit le premier le silence.
--Tout ce qui vient de se passer, dit-il avec une aisance parfaite, doit
nous prouver à tous que chacun de nous ici a une volonté ferme et
nette. Vous, M. de Charny, vous voulez Belle-Rose mort ou vivant; vous,
Belle-Rose, vous êtes décidé à vous battre jusqu'à la dernière goutte de
votre sang; je vois là-bas mon ami la Déroute qui est aussi de cet avis.
--Certainement, dit le sergent.
--Quant à moi, continua le comte, je suis très résolu à ne pas souffrir
que M. de Charny attente à la liberté de mon hôte.
--Si je poussais un cri, mes gens envahiraient l'hôtel, dit le
confident.
--Essayez, j'ai trente laquais armés jusqu'aux dents, et parmi eux, il y
en a qui portent la livrée de M. de Condé.