Les tours surmontées d'une tourelle se disent _donjonnées_. Si les tours

n'ont point de donjons, mais seulement un couronnement crénelé, on doit

dire _crénelé_ de tant de pièces.

_Ajouré_ se dit lorsque les portes ou fenêtres des tours ou châteaux

sont d'un émail différent du bâtiment. Les mêmes termes s'appliquent aux

autres bâtiments. _Essoré_ se dit d'un bâtiment dont le toit est d'un

autre émail.

Un navire est _fretté_, _habillé_, lorsqu'il est muni de tous ses agrès

et voiles. Paris (115) porte: _de gueules à la nef frettée, habillée

d'argent flottant sur des ondes de même, au chef cousu de France

ancien_. Si le navire est sans mâts et sans voiles, on dit: _navire

arrêté_. Quand les ancres sont peintes de différents émaux, on doit le

spécifier. La _trabe_ est la traverse, la _stangue_ c'est la tige, les

_gumènes_ sont les câbles qui attachent l'ancre.

Nous n'entrerons pas dans de plus amples détails pour ce qui concerne

les divers instruments ou bâtiments qui figurent dans les armoiries;

nous renvoyons nos lecteurs aux traités spéciaux.

_Brisure_, en termes de blason, est un changement que l'on fait subir

aux armoiries pour distinguer les branches d'une même famille. On ne

brisait dans l'origine que par le changement de toutes les pièces, en

conservant seulement les émaux. Ainsi les comtes de Vermandois, sortis

de la maison de France, portaient: _échiqueté d'or et d'azur, au chef de

France_. Plus tard on brisa en changeant les émaux et conservant les

pièces. La branche aîné de Mailli porte: _d'or à trois maillets de

sinople_; les Mailli de Bourgogne portent: _de gueules à trois maillets

d'or_: d'autres branches portent: _d'or aux maillets de sable, d'or à

trois maillets d'azur_. On brisa aussi en changeant la situation des

pièces, ou en retranchant quelques-unes des pièces. Mais la manière de

briser qui fut la plus ordinaire en France consistait à ajouter une

pièce nouvelle aux armoiries pleines de la famille. Dès la fin du XIIIe

siècle les princes du sang de la maison de France brisèrent de cette

manière, et l'on choisit comme brisure des pièces qui n'altéraient pas

le blason principal, tels que le _lambel_; Orléans porte: _de France au

lambel à trois pendants d'argent pour brisure_;--_la bordure_, Anjou

porte: _de France à la bordure de gueules_;--_le bâton peri_, Bourbon

porte: _de France au bâton peri en bande de gueules_;--_le canton_, _la

molette d'éperon_, _le croissant_, _l'étoile_, _le besant_, _la

coquille_, _la croisette_, _la tierce quarte ou quinte feuille_. On

brise encore en écartelant les armes de sa maison avec les armes d'une

famille dans laquelle on a pris alliance.

Dans les exemples que nous avons donnés, nous avons choisi pour les écus

la forme généralement adoptée pendant les XIIIe, XIVe et XVe

siècles[258], forme qui fut modifiée pendant les XVIe et XVIIe siècles;

on leur donna alors un contour moins aigu et terminé souvent à la pointe

en accolade.

Les femmes mariées portent des écus accolés; le premier écusson donne

les armes de l'époux, et le second les leurs. Pour les écus des filles,

on adopta, dès le XIVe siècle, la forme d'un losange.

Des figures accessoires accompagnent les écus armoyés. À dater de la fin

du XIVe siècle, on voit fréquemment les écus soutenus par des supports

et tenants, surmontés quelquefois de _cimiers_, _timbres_, et se

détachant sur des _lambrequins_.

Le support est un arbre, auquel est suspendu l'écu; les tenants sont une

ou deux figures d'hommes d'armes, chevaliers, couverts de leurs armures

et de la cotte armoyée aux armes de l'écu. L'origine de cette manière

d'accompagner l'écu se trouve dans les tombeaux des XIIIe et XIVe

siècles. Dans l'église de l'abbaye de Maubuisson, devant l'autel de

saint Michel, on voyait, à la fin du siècle dernier, le tombeau de

Clarembaud de Vendel, sur lequel ce personnage était représenté vêtu

d'une cotte de mailles avec son écu placé sur le corps, _émanché de

quatre pièces_. Il existe encore dans les cryptes de l'église de

Saint-Denis un assez grand nombre de statues de princes du sang royal,

morts à la fin du XIIIe siècle ou au commencement du XIVe, qui sont

représentés de la même manière, couchés sur leurs tombes. Nous citerons

entre autres celle de Robert de France, comte de Clermont, seigneur de

Bourbon (provenant des jacobins de Paris), ayant son écu pendu en

bandoulière incliné du côté gauche, portant: _de France_ (ancien) _à la

cotice de gueules_; celle de Louis de Bourbon, petit-fils de saint

Louis, de même; celle de Charles d'Alençon dont l'écu porte: _de France_

(ancien) _à la bordure de gueules chargée de seize besants_ de..., etc.

(voy. TOMBEAU). Dans les deniers d'or, Philippe de Valois est représenté

assis sur un pliant, tenant son épée haute de la main droite et de la

gauche s'appuyant sur l'écu _de France_. Dans les nobles à la rose et

les nobles Henri d'Angleterre, ce prince est figuré debout dans un

navire dont il sort à mi-corps, tenant en sa droite une épée haute et en

sa gauche un écu _écartelé de France et d'Angleterre_. Dans les Angelots

l'écu est attaché à une croix qui tient lieu de mât au vaisseau. Prenant

la partie pour le tout, on donna bientôt à ces monnaies d'or le nom

d'_écus d'or_.

Il est encore une façon de tenants, c'est celle qui consiste à faire

porter l'écu par des mores, des sauvages, des sirènes, des animaux réels

ou fabuleux. L'origine de cet usage se trouve dans les tournois. Les

chevaliers faisaient porter leurs lances, heaumes et écus par des pages

et valets déguisés en personnages étranges ou en animaux. Pour ouvrir le

pas d'armes les _tenants_ du tournoi faisaient attacher leurs écus à des

arbres sur les grands chemins, ou en certains lieux assignés, afin que

ceux qui voudraient combattre contre eux allassent toucher ces écus.

Pour les garder on mettait des nains, des géants, des mores, des hommes

déguisés en monstres ou en bêtes sauvages; un ou plusieurs hérauts

d'armes prenaient les noms de ceux qui touchaient les écus des tenants.

Au célèbre tournoi qui eut lieu en 1346, le premier de mai, à Chambéry,

Amédée VI de Savoie fit attacher son écu à un arbre, et le fit garder

par deux grands lions, qui depuis cette époque devinrent les tenants des

armoiries de Savoie; ce prince choisit probablement ces animaux pour

tenants, parce que le Chablais et la duché d'Aoste, ses deux principales

seigneuries, avaient des lions pour armoiries. Les écus armoyés,

timbres, cimiers et devises des chevaliers qui figurèrent à ce tournoi,

restèrent déposés au nombre de vingt pendant trois siècles dans la

grande église des pères de Saint-François à Chambéry; ce ne fut qu'en

1660 environ que les bons pères, en faisant badigeonner leur église,

enlevèrent ce précieux monument.

Charles VI paraît être le premier des rois de France qui ait fait porter

son écu et sa devise par des tenants. Juvénal des Ursins raconte que ce

prince, allant à Senlis pour chasser, poursuivit un cerf qui avait au

cou une chaîne de cuivre doré; il voulut que ce cerf fût pris aux lacs

sans le tuer, ce qui fut exécuté, «et trouva-t-on qu'il avoit au col

ladite chaîne où avoit écrit: _Cæsar hoc mihi donavit_. Et dès lors, le

roy, de son mouvement, porta en devise le cerf volant couronné d'or au

col, et partout où on mettoit ses armes, y avoit deux cerfs tenant ses

armes d'un côté et de l'autre. 1380.» Depuis, Charles VII, Louis XI et

Charles VIII, conservèrent les cerfs ailés comme tenants des armes

royales. Louis XII et François Ier prirent pour tenants, le premier, des

porcs-épics, le second, des salamandres, qui étaient les animaux de

leurs devises. A partir du XVIe siècle, presque toutes les familles de

la noblesse française adoptèrent des tenants pour leurs armoiries; mais

cet usage n'avait rien de rigoureux, et on changeait souvent, suivant

les circonstances, les supports ou tenants de ses armes. Telle famille,

qui avait pour tenants de son écusson des sauvages ou des mores, le

faisant peindre dans une chapelle, changeait ces figures profanes contre

des anges. Les armes de Savoye, par exemple, dont nous avons parlé,

étaient soutenues par un ange sur l'une des portes du couvent de

Saint-François à Chambéry, avec cette devise: _Crux fidelis inter

omnes_. Les armoiries des villes furent aussi, à partir du XVe siècle,

représentées avec des supports: Bâle a pour support un dragon; Bordeaux

deux béliers; Avignon deux gerfauts, avec cette devise: _Unguibus et

rostro_. Souvent les supports furent donnés par le nom des familles;

ainsi la maison des Ursins avait deux ours pour supports. Les supports

sont parfois variés; les rois d'Angleterre ont pour supports de leurs

armes, à droite, _un léopard couronné armé et lampassé d'azur_, à

gauche, _une licorne d'argent accolée d'une couronne et attachée à une

chaîne d'or passant entre les deux pieds de devant et retournant sur le

dos_. Mais ces supports sont postérieurs à la réunion de l'Écosse au

royaume d'Angleterre; avant cette époque, les supports des armes

d'Angleterre étaient un lion et un dragon, ce dernier symbole à cause de

l'ordre de la Jarretière dédié à saint Georges.

Pendant les tournois et avant l'entrée en lice, il était d'usage

d'exposer les armoiries des combattants sur de riches tapis. Peut-être

est-ce là l'origine des lambrequins sur lesquels, à partir du XVe

siècle, on peignit les armoiries. Lorsqu'un tenant se présentait au pas

d'armes, son écu ou sa targe était, dans certaines circonstances,

suspendu dans un pavillon qu'il fallait ouvrir pour le faire toucher par

ceux qui se faisaient inscrire pour jouter. «Le premier samedy du mois

de may l'an 1450, le pavillon fut tendu, comme il estoit de coutume, et

comme toujours se continua chacun samedy de l'an, durant l'emprise des

susdicts. Si vint audict pavillon un jeune escuyer de Bourgogne, nommé

Gérard de Rossillon, beau compaignon, haut et droit, et de belle taille;

et s'adreça ledict escuyer à Charolois le héraut, luy requérant qu'il

luy fist ouverture; car il vouloit toucher la targe blanche, en

intention de combatre le chevalier entrepreneur de la hache, jusques à

l'accomplissement de vingt-cinq coups. Ledict héraut luy fist ouverture,

et ledict Gérard toucha: et de ce fut faict le rapport à messire Jacques

de Lalain, qui prestement envoya devers luy pour prendre jour...[259]»

On peut voir encore dans cet usage l'origine des lambrequins qui

semblent découvrir l'écu. Il faut dire aussi que dès le XVe siècle les

heaumes des chevaliers qui devaient jouter étaient armés d'un lambrequin

en étoffe ou en cuir doré et peint, déchiqueté sur les bords; cette

sorte de parure qui accompagne le timbre surmontant l'écu, et qui tombe

des deux côtés, paraît être le principe de cet accessoire que l'on

trouve joint aux armoiries pendant les XVe et XVIe siècles... «Le tymbre

doibt estre sur une pièce de cuir boully, laquelle doibt estre bien

faultrée d'ung doy d'espez, ou plus par dedans; et doibt contenir ladite

pièce de cuir tout le sommet du heaulme, et sera couverte ladite pièce

du lambequin, armoyé des armes de cellui qui le portera. Et sur ledit

lambequin, au plus hault du sommet, sera assis ledit tymbre, et autour

d'icellui aura ung tortis des couleurs que vouldra ledit tournoyeur, du

gros du bras ou plus ou moins à son plaisir[260].» Nous l'avons dit déjà

au commencement de cet article, les chevaliers et princes qui se

présentaient dans la lice pour jouter adoptaient des armes de fantaisie

et ne paraissaient avec leurs armes héréditaires qu'exceptionnellement.

On prenait trop au sérieux les armoiries de famille pour les livrer aux

hasards de combats qui n'étaient qu'un jeu. Il est curieux de lire à ce

sujet le passage des _Mémoires_ d'Olivier de la Marche, fort expert en

ces matières. «D'autre part, dit-il[261], se présenta Michau de

Certaines sur un cheval couvert de _ses armes_: dont plusieurs gens

s'émerveillèrent; et sembloit à plusieurs, que considéré que les armes

d'un noble homme sont et doyvent estre l'émail et la noble marque de son

ancienne noblesse, que nullement ne se doit mettre en danger d'estre

trébuchée, renversée, abatue, ne foulée si bas qu'à terre, tant que le

noble homme le peut détourner ou deffendre: car d'aventurer la riche

monstre de ses armes, l'homme aventure plus que son honneur, pour ce que

d'aventurer son honneur n'est despense que le sien, et ce où chacun a

pouvoir; mais d'aventurer ses armes, c'est mis en avanture la parure de

ses parens et de son lignage, et avanturé à petit prix ce où il ne peut

avoir que la quantité de sa part; et en celle manière est mis à la mercy

d'un cheval et d'une beste irraisonnable (qui peut estre portée à terre

par une dure atteinte, ou choper à par soy ou mémarcher); ce que le plus

preux et plus seur homme du monde ressongue bien, et doute de porter sur

son dos en tel cas...»

La veille du tournoi les tournoyeurs étaient invités à faire déposer

leurs armes, heaumes, timbres et bannières à l'hôtel des _juges

diseurs_. Ces armes, déposées sous les portiques de la cour, étaient

examinées par les juges pour en faire le _département_. «Item, et quant

tous les heaulmes seront ainsi mis et ordonnez pour les départir,

viendront toutes les dames et damoiselles et tous seigneurs, chevaliers

et escuiers, en les visitant d'ung bout à autre, là présens les juges

qui maineront troys ou quatre tours les dames pour bien veoir et visiter

les timbres et y aura ung hérault ou poursuivant qui dira aux dames,

selon l'endroit où elles seront, le nom de ceulx à qui sont les timbres,

ad ce que s'il y en a nul qui ait des dames mesdit, et elles touchent

son timbre, qu'il soit le lendemain pour recommandé. Touteffoiz nul ne

doibt estre batu audit tournoy, se non par l'advis et ordonnance des

juges, et le cas bien desbatu et attaint au vray, estre trouvé tel qu'il

mérite pugnicion; et lors en ce cas doibt estre si bien batu le

mesdisant, et que ses épaules s'en sentent très-bien, et par manière que

une autreffois ne parle ou médie ainsi deshonnestement des dames, comme

il a accoutumé[262].»

Ces timbres, dont on surmonta les écussons armoyés, ne furent, comme les

supports et tenants, que des accessoires variables pendant le cours du

XVe siècle. Un noble qui avait jouté d'une façon brillante pendant la

durée d'un tournoi, la tête couverte d'un heaume timbré de quelque

emblème singulier, et sous le nom du _chevalier de la licorne_, _du

dragon_, etc., timbrait de ce heaume l'écu des armes de sa famille,

pendant un certain temps, ou sa vie durant, si de nouvelles prouesses ne

faisaient oublier les premières. Ce ne fut qu'à la fin du XVe siècle que

l'on adopta pour les timbres, comme pour les couronnes, des formes qui

indiquèrent le degré de noblesse ou les titres des nobles (voy.

LAMBREQUIN, TIMBRE). Ce n'est qu'au XVIIe siècle que les armes de France

furent couvertes et enveloppées d'un pavillon ou tente, c'est-à-dire

d'un baldaquin et de deux courtines, ce support ou enveloppe étant

réservée depuis lors pour les empereurs et rois. Voici comment se

blasonnaient ces armes: _d'azur à trois fleurs de lis d'or, deux et une,

l'écu environné des colliers des ordres de Saint-Michel et du

Saint-Esprit, timbré d'un casque entièrement ouvert, d'or; par dessus,

la couronne fermée à l'impériale de huit rayons, hautement exhaussée

d'une double fleur de lis d'or, qui est le cimier; pour tenants, deux

anges vêtus de la cotte d'arme de France; le tout couvert du pavillon

royal semé de France, doublé d'hermine_, et pour devise: «_Lilia non

laborant, neque nent._» Sous Henri IV et Louis XIII, l'écu de Navarre

était accolé à celui de France, et l'un des anges était vêtu de la cotte

d'armes de Navarre. Jusqu'à Charles V, les fleurs de lis étaient sans

nombre sur champ d'azur; ce fut ce prince qui réduisit leur nombre à

trois en l'honneur de la Sainte-Trinité. Depuis le XVIIe siècle, les

ducs et pairs enveloppèrent leurs armes du pavillon, mais à une seule

courtine. L'origine de cette enveloppe est, comme nous l'avons vu plus

haut, le pavillon dans lequel les _tournoyeurs_ se retiraient avant ou

après l'entrée en lice, et non point le manteau impérial, royal ou

ducal; c'est donc un contre-sens de placer la couronne au-dessus du

pavillon, le pavillon devrait au contraire recouvrir la couronne; et, en

effet, dans les premières armes peintes avec le pavillon, la couronne

est posée sur l'écu, et le pavillon enveloppe le tout. Cette erreur, que

nous voyons se perpétuer, indique combien il est essentiel, en fait

d'armoiries, de connaître les origines de toutes les parties principales

ou accessoires qui les doivent composer.

Le clergé régulier et séculier, comme seigneur féodal, adopta des armes

dès le XIIIe siècle; c'est-à-dire que les abbayes, les chapitres, les

évêchés eurent leurs armes; ce qui n'empêcha pas les évêques de porter

leurs armes héréditaires. Ceux-ci, pour distinguer leurs écussons de

ceux des membres séculiers de leur famille, les surmontèrent du chapeau

épiscopal ou de la mitre, alors que la noblesse ne posait aucun signe

au-dessus de ses armes. Nous avons vu des clés de voûte, des peintures

des XIIIe et XIVe siècles, où les écussons des évêques sont surmontés du

chapeau ou de la mitre[263]. Le chapeau épiscopal et le chapeau de

cardinal ont la même forme; seulement le premier est vert et n'a que dix

glands aux cordons de chaque côté, posés 1, 2, 3 et 4; tandis que le

second est rouge et les cordons terminés chacun par quinze glands, posés

1, 2, 3, 4 et 5.

Dès le XIIIe siècle la décoration peinte ou sculptée admit dans les

édifices un grand nombre de figures héraldiques, et les armoiries

exercèrent une influence sur les artistes jusqu'au commencement du XVIe

siècle. La peinture monumentale n'emploie guère, pendant les XIIIe, XIVe

et XVe siècles, que les émaux héraldiques; elle ne modèle pas ses

ornements, mais, comme dans le blason, les couche à plat en les

redessinant par un trait noir. Les harmonies de la peinture héraldique

se retrouvent partout pendant ces époques. Nous développons ces

observations dans le mot PEINTURE, auquel nous renvoyons nos lecteurs.

Un grand nombre de vitraux de l'époque de saint Louis ont pour bordure

et même pour fonds des fleurs de lis, des tours de Castille. A

Notre-Dame de Paris deux des portails de la façade présentaient dans

leurs soubassements des fleurs de lis gravées en creux. Il en est de

même au portail de l'église de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons. Le

trumeau central de la porte principale de l'église de Semur en Auxois,

qui date de la première moitié du XIIIe siècle, est couvert des armes de

Bourgogne et de fleurs de lis sculptées en relief. A Reims, à Chartres,

les vitraux des cathédrales sont remplis de fleurs de lis. À la

cathédrale de Troyes on rencontre dans les vitraux du XIVe siècle les

armes des évêques, celles de Champagne. Les villes et les corporations

mêmes prirent aussi des armoiries; les _bonnes villes_, celles qui

s'étaient plus particulièrement associées aux efforts du pouvoir royal

pour s'affranchir de la féodalité, eurent le droit de placer en chef les

armes de France; telles étaient les armes de Paris, d'Amiens, de

Narbonne, de Tours, de Saintes, de Lyon, de Béziers, de Toulouse,

d'Uzès, de Castres, etc. Quelques villes mêmes portaient: _de France_,

particulièrement dans le Languedoc. Les corporations prenaient pour

armes généralement des figures tirées des métiers qu'elles exerçaient;

il en était de même pour les bourgeois annoblis. En Picardie beaucoup

d'armoiries des XVe et XVIe siècles sont des rébus ou armes parlantes,

mais la plupart de ces armes appartenaient à des familles sorties de la

classe industrielle et commerçante de cette province.

Ce fut à la fin du XIIIe siècle, sous Philippe le Hardi, que parurent

les premières lettres de noblesse en faveur d'un orfévre nommé Raoul

(1270)[264]. Depuis lors les rois de France usèrent largement de leur

prérogative; mais ils ne purent faire que l'ancienne noblesse

d'extraction considérât ces nouveaux annoblis comme gentilhommes. Les

armoiries de la nouvelle noblesse, composées non plus au camp, en face

de l'ennemi, mais par quelque héraut dans le fond de son cabinet, n'ont

pas cette originalité d'aspect, cette netteté et cette franchise dans la

répartition des émaux et des figures que nous trouvons dans les

armoiries de l'ancienne noblesse.

Au commencement de son règne, Louis XV renchérit encore sur ses

prédécesseurs en instituant la _Noblesse militaire_[265]. Les

considérants qui précèdent cet édit indiquent encore des ménagements

envers la noblesse de race, et les tendances de la monarchie, désormais

maîtresse de la féodalité. Les grands exemples de zèle et de courage que

la Noblesse de notre Roïaume a donné pendant le cours de la dernière

guerre, disent ces considérants, ont été si dignement suivis par _ceux

qui n'avaient pas les_ _mêmes avantages du côté de la naissance_, que

nous ne perdrons jamais le souvenir de la généreuse émulation avec

laquelle nous les avons vus combattre et vaincre nos ennemis: nous leur

avons déjà donné des témoignages authentiques de notre satisfaction, par

les grades, les honneurs et les autres récompenses que nous leur avons

accordés; mais nous avons considéré que ces grâces, personnelles à ceux

qui les ont obtenues, s'éteindront un jour avec eux, et rien ne nous a

paru plus digne de la bonté du Souverain que de faire passer jusqu'à la

postérité les distinctions qu'ils ont si justement acquises par leurs

services. La Noblesse la plus ancienne de nos États, qui doit sa

première origine à la gloire des armes, verra sans doute avec plaisir

que nous regardons la communication de ses Privilèges comme le prix le

plus flatteur que puissent obtenir ceux qui ont marché sur ses traces

pendant la guerre. Déjà _annoblis par leurs actions, ils ont le mérite

de la Noblesse, s'ils_ _n'en ont pas encore le titre_; et nous nous

portons d'autant plus volontiers à le leur accorder, que nous

suppléerons par ce moyen à ce qui pouvait manquer à la perfection des

lois précédentes, en établissant dans notre Roïaume une Noblesse

Militaire qui puisse s'acquérir de droit par les armes, sans lettres

particulières d'annoblissement. Le Roi Henry IV avait eu le même objet

dans l'article XXV de l'édit sur les tailles, qu'il donna en 1600...»

L'institution des ordres militaires avait créé au XIIe siècle des

confréries assez puissantes pour alarmer les rois de la chrétienté.

C'était la féodalité, non plus rivale et disséminée, mais organisée,

armée et pouvant dicter les plus dures conditions aux souverains. Le

pouvoir monarchique, après avoir brisé le faisceau, voulut le relier

autour de lui et s'en faire un rempart; il institua pendant les XVe et

XVIe siècles les ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, pendant le

XVIIe l'ordre de Saint-Louis, et plus tard encore Louis XV établit

l'ordre du Mérite-Militaire peu de temps après la promulgation de l'édit

dont nous avons cité un extrait. Ces institutions effaçaient les

derniers écussons armoyés. Désormais la noblesse devait se reconnaître

par un signe général, non plus par des signes individuels. La monarchie

tendait à mettre sur le même rang, à couvrir du même manteau, toute

noblesse, qu'elle fût ancienne ou nouvelle, et la nuit du 4 août 1789

vit briser, par l'assemblée constituante, des écussons qui, voilés par

le pouvoir royal, n'étaient pour la foule que le signe de priviléges

injustes, non plus le souvenir et la marque d'immenses services rendus à

la patrie. L'écusson royal de Louis XIV avait couvert tous ceux de la

noblesse française; au jour du danger il se trouva seul; il fut brisé;

cela devait être.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 1 - (A) · 第 46 / 47 段